lundi 17 décembre 2018

Au paradis des manuscrits refusés (Irving Finkel)

Irving Finkel. – Au paradis des manuscrits refusés. – Paris : J.C. Lattès – 10/18, 2016. 283 pages.



Roman


Résumé : La Bibliothèque des Refusés est un établissement des plus singuliers : elle recueille plus encore, elle sauvegarde tout texte ayant essuyé refus sur refus de la part des éditeurs. Littérature, poésie, mémoires, récits épistolaires... tous les écrits trouvent leur place sur les étagères de la Bibliothèque des Refusés.

L'arrivée impromptue d'une insupportable bibliothécaire américaine, l'imposture d'une actrice se faisant passer pour une étudiante dans l'idée de voler des idées pour son prochain film, la menace de cambrioleurs convaincus de trouver là le gros lot, sans compter l'irruption de nombreux aspirants écrivains... autant de mésaventures qui viennent perturber l'ordre tranquille de la Bibliothèque.

Entre personnages hauts en couleur et situations cocasses, le tout dans un irrésistible humour british, Au paradis des manuscrits refusés est également une merveilleuse déclaration d'amour aux livres et aux manuscrits en tout genre.

Commentaires : Irving Finkel, conservateur au département du Moyen-Orient du British Museum de Londres responsable de la plus grande collection de tablettes d’argile cunéiformes au monde a imaginé un lieu hors du commun. Une institution privée qui s’est dotée comme mission « de venir au secours des personnes démunies », de défendre « ces auteurs au cœur sincère contre les ‘‘anti-écrivains’’, ces impitoyables au cœur de pierre. Ceux qui dans leurs luxueux bureaux lisent et rejettent. Ces anonymes qui feuillettent et méprisent, qui survolent et renvoient. Les ‘‘lecteurs’’ des maisons d’édition, le doigt posé sur le pouls du commerce, qui chaussent leurs œillères pour décréter ce qui se vendra. » Un centre d’archivage des manuscrits refusés et non publiés et de la kyrielle des lettres de refus afférentes.

Au paradis des manuscrits refusés est une fiction loufoque, à l’humour british. Une série de tableaux tout aussi sarcastiques et burlesques sur la valeur ou non de  milliers d’œuvres non publiées (romans, poésie, journaux intimes, autobiographies, livres jeunesse, partitions musicales…), leur conservation, leur classement, leur inventaire, leur accessibilité. Un hommage à tous celles et ceux qui écrivent par plaisir (Irving Finkel en est un parfait ambassadeur) et qui souhaitent un jour être lus. Même s’ils ne sont pas de la trempe d’un Houellebecq, d’une Nothomb ou d’un Connelly.

Les 27 saynètes qui composent ce roman décrivent aussi assez bien le milieu de la bibliothéconomie, voire de l’archivistique, avec ses sympathiques protagonistes conservateurs (dans tous les sens du qualificatif) soucieux de préserver les résultats d’une certaine créativité humaine. Et dans ce cas, ceux des oubliés de la « littérature », dont certains décident de tenter de vivre leur heure de gloire grâce à l’autoédition et la diffusion hors circuit conventionnelles. Parmi lesquels certains manuscrits ont peut-être malencontreusement été ignorés pour des fausses fallacieuses [entre autres, j’ai personnellement en mémoire le refus, en 2014, du manuscrit d’un polar par une maison d’édition qui alléguait cesser de publier ce genre littéraire alors qu’elle a récidivé au cours des quatre années qui suivirent]. C’est à se demander si une telle institution ne devrait pas avoir pignon sur rue !

Au paradis des manuscrits refusés est un roman léger, qui fait sourire, écrit par un auteur qui compatis avec les non élus, les non lus. Un ouvrage grinçant qui, heureusement, a été publié et n’est pas resté « œuvres mortes » dans la pile des rejetés, pilonné ou retourné à son auteur, abandonné au fond d’un tiroir ou d’une cave humide.

Ce que j’ai aimé : La thématique universelle; la typologie des personnages, figures à peine caricaturés, tant ceux qui œuvrent à l’intérieur des murs de cette organisation fictive que ceux qui les franchissent; la « photo » de famille et l’organigramme de la Bibliothèque en page liminaire; l’invitation à l’autodérision.

Ce que j’ai moins aimé : -

Cote :

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire