mardi 19 février 2019

Les fils de la poussière (Arnaldur Indridason)

Arnaldur Indridason. – Les fils de la poussière. – Paris : Métaillé, 2018. 304 pages.

 

Polar

 
 
 
 

Résumé : Daniel, quadragénaire interné dans un hôpital psychiatrique de Reykjavík, se jette par la fenêtre sous les yeux de son frère Palmi. Au même moment, un vieil enseignant, qui a eu Daniel comme élève dans les années 60, meurt dans l’incendie de sa maison.

L’enquête est menée parallèlement par le frère de Daniel, libraire d’occasion, un tendre rongé par la culpabilité, et par une équipe de policiers parmi lesquels apparaît un certain Erlendur, aux côtés du premier de la classe Sigurdur Oli et d’Elinborg. Peu à peu, ils découvrent une triste histoire d’essais pharmaceutiques et génétiques menés sur une classe de cancres des bas quartiers, des gamins avec qui on peut tout se permettre.

Commentaires : Quel plaisir de retrouver « le génial Erlendur, bien sûr, tourmenté, maussade, sombre comme un ciel islandais » dans ce roman paru en 1997 qui « ouvre magistralement la voie au polar islandais » !

La mode est aux publications ou aux rééditions de premiers romans d’auteurs ayant acquis la célébrité par l’abondance et la qualité de leur œuvre littéraire. Dans le cas présent, elle permet de remonter à l’origine des 12 enquêtes du désormais célèbre Erlendur Sveinsson.

Flirtant avec la science-fiction, Indridason nous entraîne dans une enquête rythmée mettant en scène une brochette de personnages bien campés. Déjà, les origines modestes et le  caractère bouillant de son enquêteur méticuleux sont mis en évidence. On y apprend qu’Erlendur a deux enfants, Eva Lind qui sombre dans la drogue et Sindri Snaer qu'il voit rarement. Aucune mention, par contre, du drame qui hantera le personnage depuis son enfance : pris dans une tempête de neige avec son petit frère, dont il a lâché la main alors qu’il a lui-même été retrouvé, mais son petit frère, jamais.

Malgré la faible crédibilité de certaines situations dans le déroulement et le dénouement de l’enquête qu’on peut pardonner à l’auteur d’un premier opus, Les fils de la poussière est une fiction passionnante annonciatrice d’une série qui séduira un lectorat féru de littérature policière. L’engagement social de l’auteur s’y traduit par la mise en lumière de certains points d’éthique scientifique en projetant dans le futur les risques qui guettent l’humanité qui pourrait être tentée de rêver d’éternité. Avec, au passage, une lecture critique de certains travers de la société islandaise. Une constante dans l’œuvre de ce diplômé en histoire, journaliste et critique de cinéma originaire de Reykjavik dont les écrits traduits dans une quarantaine de langues ont été couronnés par de nombreux prix prodigieux.

Récit qui nous tient en haleine de chapitre en chapitre jusqu’à une finale plutôt surprenante, Les fils de la poussière, est une lecture incontournable en attendant l’émergence d’un nouvel enquêteur, un jumeau littéraire d’Erlendur, qui, selon son éditeur français, inscrit Indridason « dans la lignée de Simenon, avec la construction d’un environnement social et affectif soigné et captivant. »

Ce que j’ai aimé : L’originalité du récit. La qualité littéraire. Quelques rebondissements inattendus. 

Ce que j’ai moins aimé : -

Cote :

dimanche 17 février 2019

Au fond de l'eau (Paula Hawkins)

Paula Hawkins. – Au fond de l’eau. – Paris : Sonatine éditions, 2017. 405 pages.

  

Polar

 


 

Résumé : En froid avec sa sœur Nel depuis des années, Julia n'a pas voulu lui répondre lorsque celle-ci a tenté de la joindre. Une semaine plus tard, le corps de Nel est retrouvé dans la rivière qui traverse Beckford, la ville de leur enfance. Obligée d'y revenir, Julia est terrifiée. De quoi a-t-elle le plus peur ? D'affronter le prétendu suicide de sa sœur ? De s'occuper de Lena, sa nièce de quinze ans, qu'elle ne connaît pas ? Ou de faire face à un passé qu'elle a toujours fui ? Plus que tout encore, c'est peut-être la rivière qui la terrifie, ces eaux à la fois enchanteresses et mortelles, où, depuis toujours, les tragédies se succèdent...

Commentaires : Après l’avoir terminé, ce long, très long, très très long roman de Paula Hawkins m’a laissé une impression mitigée. Bien sûr la structure du récit réparti sur les témoignages, de chapitre en chapitre, de chaque personnage (et ils sont nombreux) est intéressante. Quoiqu’il est difficile de les situer, au départ. Il y a du mystère dans cette histoire de Bassin des suicidées dont on ne vient plus à bout de dénouer l’intrigue. Le rythme est lent, la narration est un peu confuse, à tel point que j’ai failli abandonner avant la fin de la première partie (140 premières pages). Le tout est entremêlé de fausses solutions qui visent à dérouter le lecteur. En ce sens, c’est réussi jusqu’à la dernière phrase du dernier chapitre (si vous avez l’intention de vous taper Au fond de l’eau, n’allez surtout pas la lire : vous allez gâcher votre « plaisir »). Surprenant dénouement après des heures de lecture d’une histoire plutôt superficielle !

J’ai aussi eu beaucoup de difficulté à cerner les caractéristiques de chacun des personnages qui m’ont semblé sans âge, tout au long du récit. Les niveaux de langages dans les dialogues ne permettent pas de départager les adolescents des adultes plus ou moins âgés.

Ce que j’ai aimé : - 

Ce que j’ai moins aimé : Un récit qui s’étire pour aboutir sur une finale simpliste.

Cote :

mercredi 13 février 2019

Le dynamiteur (Henning Mankell)

Henning Mankell. – Le dynamiteur. – Paris : Seuil, 2018. 215 pages.

 

Roman

 

 
 

Résumé : 911. Oskar Johansson a 23 ans. Dynamiteur, il participe au percement d’un tunnel ferroviaire et manipule des explosifs pour fragmenter la roche. Mutilé à la suite d'un grave accident du travail, il reprendra pourtant son ancien métier, se mariera, aura trois enfants, adhérera aux idéaux socialistes puis communistes. Au soir de sa vie, il partagera son temps entre la ville et un cabanon de fortune sur une île aux confins de l’archipel suédois.

Un mystérieux narrateur recueille la parole de cet homme de peu de mots, qui aura vécu en lisière de la grande histoire, à laquelle il aura pourtant contribué, à sa manière humble et digne.

Ce premier roman de Henning Mankell, écrit à 25 ans, et inédit en France à ce jour, se veut un hommage vibrant à la classe ouvrière, à ces millions d’anonymes qui ont bâti le modèle suédois. Par son dépouillement, sa beauté austère, son émotion pudique, Le Dynamiteur contient en germe toute l’œuvre à venir de Mankell, sa tonalité solitaire, discrète, marquée à la fois par une mélancolie profonde et une confiance inébranlable dans l’individu.

Commentaires : Dans sa première œuvre de fiction, Henning Mankell annonce ses couleurs de romancier : engagement politique et social et portrait de la société suédoise en évolution. Le dynamiteur est le précurseur d’une œuvre littéraire centrée sur la condition humaine. Caractéristique qu’on retrouve aussi dans ses polars nordiques.

En un peu plus de 200 pages, Mankell amène le lecteur à découvrir un personnage attachant, sensible, blessé dans son corps et dans son âme. Jusqu’à s’y identifier. Un récit sensible où s’entremêlent les commentaires du narrateur tout au long de la rude vie du personnage résilient d’Oskar Johansson. Lui qui rêve de justice sociale, de lutter contre le capitalisme sauvage qui écrase le petit peuple. À ce titre, le chapitre intitulé L’affiche (La pyramide du système capitaliste qu’on peut visualiser sur Internet) illustre les préoccupations politiques du personnage et certainement celles de l’auteur.

Oskar rêve : le socialisme est la solution. Il est en partie déçu : « La déchéance la plus honteuse des sociaux-démocrates est d’avoir transformé le socialisme en une sorte d’organisation de fonctionnaires inutiles qui se sucrent sur le dos des travailleurs. Cette organisation a une entrée et une sortie, mais entre les deux on ne sait pas ce qu’il y a. » Ses réflexions sur la solitude (page 201) sont aussi très éloquentes.

Malgré sa condition modeste, Oskar aime la lecture, mais pas n’importe quel type de littérature. Mankell y glisse sa propre vision qui le motivera dans sa propre écriture : « J’ai lu les livres de Moberg (Vilhelm Moberg (1898-1973) écrivain rattaché au courant du roman prolétarien, connu surtout pour La Saga des émigrants).. Ils sont bien. C’est comme des livres d’histoire, mais plus passionnant. On est captivés. Ceux dont il parle n’ont rien d’extraordinaire. Ils sont comme tout le monde. Mais on voit tout ce qu’ils ont dû traverser. Il faudrait écrire plus de livres comme ça. Les gens ont été réduits à murmurer pendant des siècles, mais ce sont quand même eux qui ont pris les coups et ont été battus. Il faudrait écrire davantage sur ce que les gens n’ont pu que murmurer. »

Le dynamiteur est un roman émouvant, comme le seront L’homme inquiet (le dernier de la série Wallander), Les bottes suédoises ou Sable mouvant : Fragments de ma vie.

Un style déroutant, des propos dérangeants, un humanisme fondé sur des valeurs progressistes sans tomber dans le pathétisme.

Évidemment, un incontournable.

Ce que j’ai aimé : Puiser à la source de l’œuvre littéraire de Mankell.  

Ce que j’ai moins aimé : -

Cote :

Nuit d’ô rage (Odile Marteau Guernion)

Odile Marteau Guernion. – Nuit d’ô rage. – Dieppe : Esenal Éditions, 2018. 150 pages.

 

 
Roman noir

 

 

Résumé : Une locataire énigmatique et si séduisante qui bouscule, déstabilise la narratrice dans ses convictions. Ce qu’elle avait cru jusqu’alors s’écroule, se désagrège au contact de cette jeune Katia au passé chaotique et sulfureux.

Deux chemins contraires, deux femmes Marie-Noëlle et Katia, deux personnages aux caractères opposés qui ont besoin de façon différente l’une de l’autre. Après la disparition de Katia, mue par un désir irrépressible de comprendre, Marie-Noëlle entame un voyage vers le passé de celle-ci.

Commentaires : Voici un roman que je qualifierais de noir qui a principalement pour cadre la campagne havraise. Le sixième opus de Odile Marteau Guernion qui se spécialise dans les polars et les romans à suspense. Nuit d’ô rage, avec une graphie qui, de prime abord intrigue entre à sa façon dans cette dernière catégorie, avec son côté sombre.

Dès le départ, la narratrice se présente et annonce presque le drame qui s’ensuivra, en parallèle avec celui qui influencera les événements subséquents. Histoire de deux vies parallèles dont le point d’union viendra bouleverser une vie. Un orage, et le récit plonge le lecteur dans l’imprévu quasi prévisible. Jusqu'au dénouement, à la chute finale impossible à imaginer.

Malgré quelques coquilles au passage, le style de l’auteur – de la narratrice – nous entraîne dans un drame contemporain intéressant qui prend sa source à l’aube de l’an 2000.

Odile Marteau Guernion, une auteure à découvrir de ce côté-ci de l’Atlantique.  

Ce que j’ai aimé : L’originalité de l’histoire.

Ce que j’ai moins aimé : -

Cote :

L’homme de l’ombre T.1 Québec, 1770 (Laurent Turcot)

Laurent Turcot. – L’homme de l’ombre T.1 Québec, 1770. – Montréal : Hurtubise, 2018. 326 pages.

  

Roman historique

 

 

 
Résumé : Québec, 17 février 1770. Il fait plus froid que froid. Un mort gît dans la côte de la Montagne, la gorge tranchée. Pierre Dubois, un Français arrivé depuis peu en ville, est un des premiers à voir le corps. Suspecté, il décide de mener une enquête pour découvrir l’auteur du crime. Au cœur du régime britannique, il évolue dans un monde où l’armée est omniprésente. Son ami, Peter O’Sullivan, un Irlandais de la Royal Artillery, va l’aider dans ses recherches — tout comme Madelon, prostituée, qui n’attend plus rien de la vie et qui trouve en Dubois une oreille attentive. Les indices s’accumulent, comme les obstacles. S’agirait-il d’un complot ?

Dubois rencontre toute une galerie de personnages : un curé, une maquerelle, des francs-maçons, un marchand et un juge en chef. Tous veulent connaître la vérité… mais quelle vérité ?

Commentaires : Voici le premier roman de Laurent Turcot, professeur en histoire à l’Université du Québec à Trois-Rivières, titulaire de la Chaire de recherche en histoire des loisirs et des divertissements. Une fiction qui a pour but de « vulgariser l’histoire et de rendre utile et agréable la culture historique ». Un premier tome qui annonce une « suite » qui aura pour cadre l’invasion de 1775 publiée en mars 2019.

Le résultat est intéressant. Dès les premiers chapitres, le lecteur est plongé dans l’ambiance hivernale de Québec tombée dix ans plus tôt aux mains des Anglais, sous la domination de l’armée des conquérants. Les descriptions de la ville et de ses habitants sont fort réalistes, entre la haute ville bourgeoise, le port et ses tripots et maisons closes, le quartier pauvre de Saint-Roch et la banlieue hors murs. Avec des personnages bien campés et attachants. Une intrigue qui alimente un certain suspense. Une vision noire de l’époque du début du régime anglais.

Au passage, l’auteur incruste des commentaires qu’on sent parfois personnels, par exemple quand il fait dire à son héros, combattant déchu de la bataille des Plaines d’Abraham : « Un jour, nous nous déferons de ce joug pernicieux de l’armée britannique et nous saurons nous affranchir pour n’exister que par nous-mêmes… »

L’ouvrage est aussi didactique. On le sent tout au long du récit. L’insertion de certains faits historiques semble parfois un peu trop évidente. Mais on ne saurait en tenir rigueur puisque ce genre romanesque a sa raison d’être : il permet aux générations actuelles de se connecter avec leur passé pour mieux comprendre la société dans laquelle nous vivons aujourd’hui et l’apport de nos ancêtres sur ce que nous sommes devenus.

Une lecture agréable, des dialogues bien concoctés, une belle intégration de personnages réels de l’époque (Carleton, Montcalm, Aubert de Gaspé, pour ne nommer que ceux-là), avec en prime une énigme à la Vigenère.

Ce que j’ai aimé : La géographie du récit au cœur de la vieille ville de Québec avec ses références actuelles.

Ce que j’ai moins aimé : Les éléments à caractère didactique plus ou moins bien intégrés, parfois artificiels.

Cote :

mardi 29 janvier 2019

Trilogie des ombres (Arnaldur Indridason)










Arnaldur Indridason. – Tome 1 : Dans l’ombre. – Paris : Éditions Métalié, 2017. 334 pages. – Tome 2 : La femme de l’ombre. – 2017. 317 pages. – Tome 3 : Passage des ombres. – 2018. – 302 pages.

Polars

Résumé :

Tome 1 : Un représentant de commerce est retrouvé dans un petit appartement de Reykjavik, tué d’une balle de Colt et le front marqué d’un “SS” en lettres de sang. Rapidement les soupçons portent sur les soldats étrangers qui grouillent dans la ville en cet été 1941.
Deux jeunes gens sont chargés des investigations : Flovent, le seul enquêteur de la police criminelle d’Islande, ex-stagiaire à Scotland Yard, et Thorson, l’Islandais né au Canada, désigné comme enquêteur par les militaires parce qu’il est bilingue.
L’afflux des soldats britanniques et américains bouleverse cette île de pêcheurs et d’agriculteurs qui évolue rapidement vers la modernité. Les femmes s’émancipent. Les nazis, malgré la dissolution de leur parti, n’ont pas renoncé à trouver de es traces de leurs mythes et de la pureté aryenne dans l’île. Par ailleurs on attend en secret la visite d’un grand homme.
Les multiples rebondissements de l’enquête dressent un tableau passionnant de l’Islande de la “Situation”, cette occupation de jeunes soldats qui sèment le trouble parmi la population féminine. Ils révèlent aussi des enquêteurs tenaces, méprisés par les autorités militaires mais déterminés à ne pas se laisser imposer des coupables attendus.

Tome 2 : Une jeune femme attend son fiancé à Petsamo, une ville tout au nord de la Finlande. Tous deux doivent rentrer en Islande sur le paquebot Esja pour fuir la guerre qui vient d’éclater dans les pays nordiques, mais le jeune homme n’arrive pas.
Au printemps 1943, dans une Islande occupée par les troupes alliées, la découverte d’un corps rejeté par la mer sème l’émoi à Reykjavík. Au même moment, un jeune homme est victime d’une agression d’une sauvagerie inouïe non loin d’un bar à soldats, et une femme qui fréquente avec assiduité les militaires disparaît brusquement. Les jeunes enquêteurs Flovent et Thorson suivent des pistes contradictoires et dangereuses : officiers corrompus, Gestapo, vulgaires voyous…

Tome 3 : Un vieil homme solitaire est retrouvé mort dans son lit. Il semble avoir été étouffé sous son oreiller. Dans ses tiroirs, des coupures de presse sur la découverte du corps d’une jeune couturière dans le passage des Ombres en 1944, pendant l’occupation américaine.
Pourquoi cet ancien crime refait-il surface après tout ce temps ? La police a-t-elle arrêté un innocent ?
Soixante ans plus tard, l’ex-inspecteur Konrad décide de mener une double enquête. Jumeau littéraire d’Erlendur, il a grandi en ville, dans ce quartier des Ombres si mal famé, avec un père escroc, vraie brute et faux spirite. Il découvre que l’Islande de la « situation » n’est pas tendre avec les jeunes filles, trompées, abusées, abandonnées, à qui on souffle parfois, une fois l’affaire consommée, « tu diras que c’était les elfes ».

Commentaires : D’entrée de jeu je dois le confesser : Arnaldur Indridason est un de mes des auteurs de polars préférés et il ne m’a  jamais déçu. J’ai lu toute sa production publiée en français et j’attends toujours l’arrivée en librairie de son roman le plus récent.

Dans la Trilogie des ombres, cet historien de formation, journaliste et critique de cinéma délaisse son limier fétiche, Erlendur Sveinsson, pour mettre en scène un nouveau couple d’enquêteurs, Flovent et Thorson à l’époque de l’occupation américano-britannique de l’Islande à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Et dans le dernier tome, un certain Konrad, policier à la retraite, qui nous reviendra dans un roman noir dont la parution est annoncée pour février 2019 : Ce que savait la nuit.

Dans cette trilogie, d’abord deux enquêtes habilement ficelées à la Indridason nous font découvrir quelques pages peu reluisantes de la présence militaire dans l’île en 1941 et en 1944. Deux enquêteurs qui mènent rondement leurs interrogatoires à la recherche de la vérité. Celle qu’on croit deviner de chapitre en chapitre et, à la toute fin, l’imprévisible. Deux récits dont il est difficile de suspendre la lecture. Des personnages bien campés, des dialogues vivants. Le tout dans une Reykjavik noire.

Dans le troisième roman, l’auteur entrecroise deux enquêtes qui n’en font qu’une. Sur deux époques : en 1944 et dans les années 2000. Encore une fois, des meurtres liés à des croyances populaires issues « des brumes, des glaces et des champs de lave » d’Islande dont les auteurs ne sont pas ceux que même les enquêteurs croient être. Je n’en dis pas plus pour ne pas gâcher votre plaisir.

À noter que le Prix Blood Drop du roman policier islandais 2017 a été attribué à La femme de l’ombre alors que Passage des ombres s’est mérité le Grand prix RBA du roman noir.

Après que vous ayez lu la première phrase de ce triptyque polaire (« Le Sudin contourna soigneusement les frégates et les torpilleurs avant d’accoster au port de Reykjavik »), vous serez rapidement envoûté-e et incapable d’arrêter la lecture.

Ce que j’ai aimé : Dès les premières pages, Indridason nous plonge dans son univers d’écrivain amoureux de son pays.

Ce que j’ai moins aimé : Un petit détail pour le traducteur. On ne dit pas « né dans le Manitoba » (expression récurrente dans les trois tomes), mais plutôt « né au Manitoba ».

Cote :

mercredi 16 janvier 2019

À tombeau ouvert (Laurent Chabin)


Laurent Chabin. – À tombeau ouvert. – Montréal : Hurtubise, 2018. 161 pages.

  

Roman noir Jeunesse

 

  

Résumé : Ombres furtives, messages menaçants, mouchoir ensanglanté dans un tiroir… Plaisanteries macabres? Non, ça ne ressemble décidément pas à des blagues : quelqu’un en veut à Normand. À mort!

Lorsque Alice, sa conjointe, introuvable, semble victime d’un enlèvement, Normand part à sa recherche. Mais chaque fois qu’il croit s’en rapprocher, Alice s’enfuit de plus en plus loin. Où va-t-elle? Pourquoi? Quel monstre tire les ficelles de cet imbroglio? La réponse à ces questions ne fera qu’amplifier la tension qui imprègne ce récit.

Commentaires : Laurent Chabin est l’auteur de plus de 90 romans. Il récidive en signant À tombeau ouvert, un roman noir jeunesse pour un lectorat en fin d’adolescence. Une fiction qui se déroule au Québec (Montréal, Saguenay/Lac-Saint-Jean et Chibougamau) dont le personnage principal, le bédéiste Normand Gallo (Hôtel de la dernière heure, autre roman auquel l’auteur réfère à plusieurs reprises) devenu chargé de cours à l’université est convaincu de croiser à nouveau l’abominable Enver Kazan. À la recherche de sa femme Alice qui laisse sur la route des indices devant mener à solutionner sa disparition, Gallo est confronté à un mystère.

Je dois avouer que j’ai eu passablement de difficultés à me laisser entraîner dans cette histoire plus ou moins crédible. Les nombreuses redites tout au long de l’intrigue ralentissent le rythme de l’ensemble. Les personnages de l’étudiante, Hélène, de la femme au style gothique et même des enquêteurs montréalais m’ont semblés désincarnés à bien des égards. Et la finale plutôt décevante.

Désolé. Je m’attendais à un « roman noir haletant » comme nous a généralement habitués Laurent Chabin. J’y ai trouvé malgré tout une lecture divertissante. Des lecteurs plus jeunes apprécieront peut-être davantage.

Ce que j’ai aimé : Un certain suspens dans les premiers chapitres. La qualité de l’écriture.

Ce que j’ai moins aimé : Les nombreuses redites.


Cote :

mardi 15 janvier 2019

Dangereuse poursuite (Chantal Beauregard)

Chantal Beauregard. – Dangereuse poursuite. – Montréal : Hurtubise, 2018. 257 pages.

 
Polar Jeunesse

 

 

 

Résumé : Tout commence par un accident de la route. Un banal fait divers. Le fils de la victime, Samuel, habitué à la facilité, se retrouve démuni.

De son côté, Emma travaille au salon de coiffure de sa mère, le samedi. C’est là qu’elle rencontre Samuel, qui lui raconte le tragique événement qui a changé sa vie. Ils conviennent de se revoir.

Après le visionnement d’une vidéo de la collision prise par un témoin, la thèse de l’accident est mise en doute. Les deux amis décident d’enquêter, tandis que l’inspectrice Rajotte, du SPVM, suit sa propre piste.

Commentaires : « Attachez vos tuques », comme on dit en bon québécois. Ce roman jeunesse met en vedette deux ados de 16 et 17 ans provenant de milieux sociaux aux antipodes : Emma de Verdun et Samuel d’un quartier huppé de Montréal qui viennent de terminer leurs études au niveau secondaire.
 
Publiée dans la collection « Atout » qui compte plus de 150 titres, cette fiction découpée en 35 chapitres est très bien ficelée avec un bon rythme et un déroulement d’action qui entretient le suspens. Une histoire de deuil et de recherche de la vérité très crédible du début à la fin qui intègre bien les maladresses et les préoccupations des ados de leur âge. Avec un niveau de langage approprié à chacun des personnages. Évidemment, tout fini bien.

Chantal Beauregard en est à son 5e roman dont deux pour un lectorat adulte. Elle a aussi collaboré au collectif Mystères à l’école avec la nouvelle Le carnage canin.

Ce que j’ai aimé : La psychologie des personnages. Le scénario et l’incrustation du récit dans divers lieux réels de Montréal.

Ce que j’ai moins aimé : -

Cote :

dimanche 30 décembre 2018

Martha. Les forces cachées (Steven Laperrière)

Steven Laperrière. – Martha. Les forces cachées. – Saint-Lambert : Éditions La Roupille, 2018. 199 pages.
Récit biographique
Résumé : Je ne l’ai pas oublié. Il est juste derrière moi. Mon Rwanda, ma terre natale.
Pourtant, après que le génocide m’a volé une enfant et peu après le décès de mon mari, une subite envie de fuir s’est imposée à moi. Ce besoin absolu de m’échapper, d’abandonner mon pays pour offrir une vie plus sécuritaire à mes trois enfants s’est fait sentir au plus profond de mon être, jusque dans mes tripes.­ Malgré mon fauteuil roulant, mes limitations et ma situation de femme monoparentale, je devais le faire­: m’expatrier. Pour moi, pour eux.
Jamais je n’aurais pu imaginer ce qui m’attendait et ce que serait ma vie de réfugiée, dans ce pays de froid­ : le Québec.
Commentaires : Nous nous faisons une tête concernant l’arrivée parfois massive de réfugiés ainsi que des immigrants dits légaux ou illégaux et des problèmes potentiels qui en découlent à partir des médias et des déclarations des politiciens. Sécurité nationale, criminalité, coûts économiques et sociaux… sont généralement mis de l’avant pour manipuler l’opinion publique.
Mais qu’en est-il du point de vue de la personne qui a dû quitter son pays, sa famille, ses amis et abandonner derrière elle ses biens pour assurer sa propre sécurité et celle de ses enfants? Dans une société d’accueil où les références culturelles sont parfois aux antipodes? Quand on a la peau noire, qu’on doit se véhiculer dans un fauteuil roulant, qu’on est monoparentale avec trois jeunes enfants? Avec toute la volonté de s’intégrer à son nouveau milieu de vie; de survivre à la paperasserie gouvernementale; de trouver logement et emploi; d’apprendre à utiliser les transports en commun, les services de santé…; de faire son épicerie; de se créer un réseau d’amis; ou même d’apprivoiser les services policiers? Et j’en passe.
C’est ce dont témoigne avec un humour bon enfant cette courageuse Africaine dans ce récit biographique qui nous la fait suivre depuis sa terre natale, Rubengera, Rwanda, jusqu’à sa terre d’adoption, Lachine, Québec. Elle qui craint un moment qu’on l’extradait en Chine J.
Steven Laperrière, un militant montréalais pour l’accessibilité universelle des personnes handicapées et défenseur des victimes de discrimination fondée sur le handicap, a recueilli les propos de Martha Twibanire et les a mis en forme de récit. C’est Martha la déterminée, la résiliente, qui nous relate de grands pans de son histoire : son enfance dans son village, son travail à Kigali, son espoir de remarcher (elle qui a été victime toute jeune de poliomyélite), le grand amour de sa vie, le génocide, la grande traversée vers les États-Unis pour prendre ensuite la direction de Montréal,  sa nouvelle vie au Québec à partir de 1999, ses angoisses, son adaptation, le rôle qu’ont joué les Grands Frères et Grandes Sœurs, l’intégration de ses enfants à l’école, son premier Noël et les difficultés rencontrées sur le marché du travail.
N’ayez crainte, vous ne verserez pas de larmes en écoutant Martha. Vous sourirez plus souvent qu’autrement en constatant le caractère parfois ridicule de certaines situations : la cuisson de la première dinde, la question de la minorité invisible, le devoir sur le thème de la sexualité de sa fille de huit ans, le diable qui n’en est pas un, les expressions québécoises (chum, vente de garage…), les déplacements en triporteur... Mais vous serez aussi sensibilisé par les difficultés vécues au quotidien : le transport adapté, l’inaccessibilité des locaux de l’école, les relations avec la clientèle, pour ne nommer que celles-là.
Ce sont là quelques-unes des forces cachées de Martha et combien d’autres qui sont mises en lumière par cet ouvrage que je vous invite à découvrir.
Ce que j’ai aimé : Le ton du récit. L’humour de la narratrice. La leçon de courage.
Ce que j’ai moins aimé : -
Cote :

jeudi 27 décembre 2018

Il était une fois l’inspecteur Chen (Qiu Xiaolong)

Qiu Xiaolong. – Il était une fois l’inspecteur Chen. – Paris : Éditions Liana Levi/Points, 2016. 227 pages.


Nouvelles policières


Résumé : De son enfance en pleine Révolution culturelle, Chen Cao garde en mémoire les dénonciations, les cris, les quolibets dont son père a été l'une des victimes humiliées. Quelques années plus tard, Chen est affecté d'office dans un commissariat où, jeune policier, il se charge d'une enquête aux relents d'un passé de corruption : l'assassinat d'un commerçant spolié puis réhabilité. Cette première enquête le ramène aux heures sombres de la Chine de Mao et réveille un douloureux passé.Poète de cœur et policier de métier, il dénoue cette affaire d'une main de maître et devient l'incorruptible inspecteur Chen.

Commentaires : Dans ce recueil de « nouvelles » policières, Qiu Xiaolong raconte l’enfance et la « naissance » de son personnage fétiche, l’inspecteur Chen, au cœur des transformations politiques et sociales que connaît progressivement la Chine moderne. Fiction et autobiographie s’entremêlent pour nous dresser un portrait saisissant et révélateur d’une période plutôt sombre de la vie de l’écrivain. L’œuvre se présente en trois temps : « Jeunesse » raconte l'enfance de Chen; « Première enquête » décrit son entrée dans la police et sa première enquête; « Sur le terrain » regroupe de petites histoires concernant Chen, complétées par la suite de la vie de l’auteur amorcée dans le préambule jusqu’à ce qu’il devienne écrivain.

Ne cherchez pas dans cet ouvrage des enquêtes à suspense sur des crimes odieux. Vous y retrouverez davantage une dénonciation des affres de la Révolution culturelle de Mao au travers l’histoire douloureuse d’un personnage qui en a souffert les affres, forcé bien malgré lui de devenir inspecteur de police.    

Il était une fois l’inspecteur Chen, c’est aussi l’éloge de la poésie, de la gastronomie, de la sagesse confrontée à la peur, aux dépossessions, à la corruption de l’administration, aux dénonciations, à l’autocritique publique, à l’humiliation dans une Chine brutale à l’idéologie en dérive. Il introduit un personnage récurrent dans l’œuvre de Qiu Xiaolong : son ami d’enfance Lu, le « Chinois d’outre-mer ».

Ce que j’ai aimé : L’imbrication du récit, de l’histoire du personnage (de l’auteur) et de sa famille dans celle de la Chine de Mao.

Ce que j’ai moins aimé : -


Cote :