jeudi 2 juillet 2020

À la ligne – Feuillets d’usine (Joseph Ponthus)


Joseph Ponthus. – À la ligne – Feuillets d’usine. – Paris : La Table ronde, 2019. – 262 pages.



Premier roman







Résumé :

C'est l'histoire d'un ouvrier intérimaire qui embauche dans les conserveries de poissons et les abattoirs bretons. Jour après jour, il inventorie avec une infinie précision les gestes du travail à la ligne, le bruit, la fatigue, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps. Ce qui le sauve, c'est qu'il a eu une autre vie. Il connaît les auteurs latins, il a vibré avec Dumas, il sait les poèmes d'Apollinaire et les chansons de Trenet. C'est sa victoire provisoire contre tout ce qui fait mal, tout ce qui aliène. Et, en allant à la ligne, on trouvera dans les blancs du texte la femme aimée, le bonheur dominical, le chien Pok Pok, l'odeur de la mer.

Par la magie d'une écriture tour à tour distanciée, coléreuse, drôle, fraternelle, la vie ouvrière devient une odyssée où Ulysse combat des carcasses de bœufs et des tonnes de boulots comme autant de cyclopes.


Commentaires :

À la ligne est le premier roman de Joseph Ponthus originaire de Reims. Wikipédia nous apprend que l’auteur a travaillé à la mairie de Nanterre comme éducateur spécialisé puis a suivi et aidé des jeunes en difficulté. En 2015, un mariage le conduit en Bretagne, à Lorient. Ne trouvant pas de travail dans la continuité de son activité en région parisienne, il s’inscrit dans une agence d’intérim. Cette société lui propose des postes successifs comme ouvrier. Tout d’abord dans une conserverie de poissons, où il passe de la ligne des poissons frais, à celle des poissons panés, puis à l’égouttage des tofus et enfin à la cuisson des bulots. Son emploi suivant est dans un abattoir.

Ce sont ses deux expériences d’ouvriers d’usine que Joseph Ponthus nous relate dans une autofiction coup de poing, un livre remarquable.

D’abord par son style littéraire, déroutant en début de lecture, mais tout à fait adapté à la thématique : à la ligne, sans points ni virgules. Un long poème, une ode aux ouvriers qui peinent au quotidien dans un travail à la chaîne dévalorisant, dévalorisé, travail ignoré des consommateurs qui profite du produit de leur labeur.

Et par les questions de société qu’il soulève.  Ambiance, odeurs, descriptions souvent déstabilisantes, réflexions de l’ « homme-machine » sur la monotonie des heures passées à l’usine, les cadences infernales, le travail déshumanisant, la surexploitation des ressources et des humains, l’épuisement physique, les courtes nuits de sommeil, les relations de travail malsaines, le ridicule de certaines tâches… l’apanage de ce roman social hors normes.

Une œuvre romanesque remarquable qui choque, qui dérange, qui révolte, qui laisse en bouche le goût des produits alimentaires usinés. Un livre que j’ai dévoré en quelques heures et qui mérite bien le Grand prix RTL-Lire, le Prix Régine-Deforges, le Prix Jean-Amila-Meckert, le Prix du premier roman par les lecteurs des bibliothèques de la Ville de Paris et le Prix Eugène-Dabit du roman populiste reçus au moment de la publication de cet avis de lecture.

Une de mes lectures coup de cœur 2020.


Originalité/Choix du sujet :
*****
Qualité littéraire :
*****
Intrigue :
*****
Psychologie des personnages :
*****
Intérêt/Émotion ressentie :
*****
Appréciation générale :
*****

mardi 30 juin 2020

Au royaume des aveugles (Louise Penny)


Louise Penny. – Au royaume des aveugles. – Montréal : Flammarion Québec, 2019. – 444 pages.



Genre : Polar






Résumé :

Convoqué dans une vieille ferme abandonnée, Armand Gamache apprend qu’une parfaite inconnue l’a choisi comme exécuteur testamentaire avec Myrna Landers, la libraire de Three Pines, et Benedict Pouliot, un jeune entrepreneur. Intrigués, tous trois acceptent ce rôle et découvrent des clauses tellement insolites qu’ils doutent de la santé mentale de la défunte. À moins qu’elle ne soit, au contraire, particulièrement lucide et consciente du danger qui pèse sur ses héritiers.

Telle est l’intuition de Gamache qui se méfie davantage des évidences depuis que, sur un autre front, il a sacrifié sa carrière pour lutter contre le narcotrafic. En voulant piéger les cartels, n’a-t-il pas libéré dans les rues de Montréal le pire opiacé qui soit ? En recrutant l’insaisissable Amelia Choquet, n’a-t-il pas introduit l’ennemi dans les rangs de la police ?

Pour faire la lumière sur ces deux affaires, l’ancien chef de la Sûreté du Québec n’a d’autre choix que de se lancer dans une course contre la montre et contre la mort.

Commentaires :

Une autre enquête d’Armand Gamache qui nous ramène dans le village imaginaire de Three Pines dans une vallée perdue des Cantons de l’Est. Au sein d’une petite communauté réduite à quelques personnages récurrents tous aussi attachants les uns que les autres. L’univers imaginaire de Louise Penny qui se traduit par un récit entraînant.

Quelques invraisemblances et certaines descriptions de la mentalité québécoise qui fait parfois sourciller.

À voir évoluer Gamache, on finit par se demander si l’auteure en fera pas un jour un personnage politique, un ministre de la justice, pourquoi pas un premier ministre !

Un polar d’ambiance – on a froid avec les protagonistes, on salive et on hume les arômes des plats cuisinés partagés – d’humanité, confortant dans lequel on discute, on baratine, on palabre…

Originalité/Choix du sujet :
*****
Qualité littéraire :
*****
Intrigue :
****
Psychologie des personnages :
*****
Intérêt/Émotion ressentie :
****
Appréciation générale :
****

Rinzen et l’homme perdu (Johanne Seymour)


Johanne Seymour. – Rinzen et l’homme perdu. – Montréal : Libre Expression, 2016. – 282 pages.



Genre : Polar







Résumé :

Un enfant qui se sent disparaître, le journal d'un confesseur, un vieillard crucifié… et un étonnant duo d'enquêteurs : Rinzen Gyatso, une bouddhiste qui vit avec son fils de sept ans et ses parents tibétains, et Luc Paradis, un athée insomniaque qui, la nuit, s'entraîne à la boxe et arpente le quartier gai.
Quand le frère Samuel Clément est trouvé mort dans son appartement, Rinzen et Paradis plongent au cœur d'une enquête qui ébranle leurs convictions et les oppose. Et leur supérieur, le lieutenant Gerry Desautels, en pleine crise existentielle de la cinquantaine, ne leur est d'aucun secours. Plus les victimes s'additionnent, plus l'équipe se perd en hypothèses.
Pendant ce temps, l'homme perdu les observe et s'interroge. Qui le sauvera de lui-même ?

Commentaires :

Une histoire relativement simple, mais somme toute captivante. Personnages bien campés. J’ai eu des doutes assez rapidement sur le meurtrier. Une enquête qui nous oriente vers différentes pistes au gré des hypothèses soulevées. Un page turner avec ses courts chapitres. Intéressante cette enquêtrice d’origine tibétaine bien adaptée en territoire québécois. Un bon suspense jusqu’à la fin.

Originalité/Choix du sujet :
*****
Qualité littéraire :
*****
Intrigue :
*****
Psychologie des personnages :
*****
Intérêt/Émotion ressentie :
****
Appréciation générale :
*****



lundi 15 juin 2020

Argent sale (Karin Slaughter et Lee Child)

Karin Slaughter et Lee Child. – Argent sale. – Paris : Harper Collins, 2019. – 116 pages.


Polar


Résumé : 

Will Trent, du Georgia Bureau of Investigation, se fait recruter sous une fausse identité pour travailler à Fort Knox, après avoir découvert que le suspect dans le meurtre d'un policier commis vingt ans auparavant a été embauché pour l'inspection et le nettoyage des lingots d'or. En entrant dans la chambre forte, il réalise que le suspect n'est autre que l'ancien officier de police Jack Reacher. 

Commentaires :  

Un peu décevant ce roman qui s’apparente davantage à une longue nouvelle écrite à quatre mains. Prétexte pour réunir à la fois deux auteurs de romans policiers et leurs deux personnages fétiches dans un récit sans suspense. Si la collaboration se poursuit, souhaitons qu’elle soit plus enlevante.

Originalité/Choix du sujet :
*****
Qualité littéraire :
*****
Intrigue :
***
Psychologie des personnages :
***
Intérêt/Émotion ressentie :
***
Appréciation générale :
***

dimanche 14 juin 2020

Les chars meurent aussi (Marie-Renée Lavoie)

Marie-Renée Lavoie. – Les chars meurent aussi. – Montréal : XYZ, 2018. – 244 pages.

 

Roman

 

 
 
 
Résumé :

Si elle tient de son père quelques notions de mécanique, c’est à sa mère que Laurie doit son goût immodéré pour la lecture ; de la petite Cindy, cette gamine amochée par la vie qu’elle a prise sous son aile, elle a reçu des poux, mais pas que ça. Autour de la jeune femme, le monde change et les grandes assurances s’effritent, mais une chose demeure : c’est auprès des siens qu’on trouve la force de se retrousser les manches et de sourire.

Commentaires :

Un joli petit roman plein d’humour et tendresse dont l’action se déroule au cours des années 90 en grande partie dans le quartier Limoilou et ses environs. La vie quotidienne d’une brochette de personnages bien campés. Un récit humaniste et des dialogues truculents dans une langue bien sentie. Un portrait réaliste de la société ouvrière de l’époque.

Agréable lecture de cette fiction qui a été choisi pour la première édition québécoise du projet Une ville, un livre sélectionné par les libraires et les bibliothécaires de Québec. Excellent choix mettant en valeur un auteur de la ville de Québec qui devait « avoir été publié dans les trois dernières années et se démarquer par sa qualité littéraire ainsi que par son côté rassembleur et porteur ». 

Une belle lecture d’été.
 

Originalité/Choix du sujet :
*****
Qualité littéraire :
*****
Intrigue :
****
Psychologie des personnages :
*****
Intérêt/Émotion ressentie :
*****
Appréciation générale :
****

lundi 8 juin 2020

La trilogie Fabio Montale (Jean-Claude Izzo)

Jean-Claude Izzo. – La trilogie Fabio Montale – Total Khéops – Chourmo – Solea. – Paris : Gallimard, 2006. – 810 pages.

 

Polar

 

 
 
 
Résumé :  

Des quartiers nord aux ruelles du Panier, des quais du Vieux Port aux calanques les plus reculées des bords de mer, Fabio Montale en sait tellement sur Marseille qu'il sent battre en lui les pulsations de la ville. Flic déclassé. fils d'immigrés appréciant les poètes, le jazz, la pêche et les femmes, il est à l'image de cette ville tant aimée. un homme sensible dont le passé parfois douloureux resurgit au fil des enquêtes...  

Réunir en un seul volume les trois romans qui mettent en scène le personnage de Fabio Montale est l'occasion. pour les éditions Gallimard, de rendre un hommage appuyé à Jean-Claude Izzo qui aura toute sa vie lutté pour être au plus près de ses rêves. Cette trilogie, véritable prolongement romanesque d'un homme, offre, par sa cohérence, la possibilité de (re)découvrir le très grand talent d'un homme de coeœur et d'engagements. 


Commentaires :  

Trois romans d’ambiance qui nous font découvrir la ville de Marseille comme on ne l’a probablement jamais imaginée : ses quartiers, la mer incontournable, la bouffe, le bon vin, le pastis, le Lagavulin (whisky) et la musique. Un flic désabusé hors normes qui évolue dans un univers où la mort frappe progressivement dans son entourage au fur et à mesure où se déroule l’action. 

Une action lente, probablement au rythme de vie de la région, sans grand suspense, ponctuée de retour en arrière sur la vie amoureuse du protagoniste au cœur d’une cité aux prises avec une réalité sociale et politique très d’actualité. La mixité culturelle avec ses mafieux algériens, sociale avec la petite pègre et la mafia et l’omniprésence politique du Front national.  

Trois polars français engagés qui se démarquent de la mouture américaine et des pays nordiques. Complétés par une biographie inédite de l’auteur signée Nadia Dhoukar, auteure d’une « thèse de littérature française sur le pouvoir de fascination du personnage récurrent dans le roman policier ». Un incontournable pour mieux comprendre le cheminement et les sources d’inspiration de Jean-Claude Izzo. 

Et que dire du style : phrases courtes, fluidité des mots. L’essentiel.
 

Originalité/Choix du sujet :
*****
Qualité littéraire :
*****
Intrigue :
****
Psychologie des personnages :
*****
Intérêt/Émotion ressentie :
*****
Appréciation générale :
*****

mardi 26 mai 2020

ADN (Yrsa Sigurdðardόttir)

Yrsa Sigurðardόttir. – ADN. – Arles : Actes Sud, 2018. – 524 pages.

 

Polar

 

Résumé : On vient de retrouver à son domicile le corps d’Elísa Bjarnadóttir, la tête entourée de gros scotch, exécutée de la façon la plus sordide. L’agonie a dû être atroce. Sa fille de sept ans a tout vu, cachée sous le lit de sa mère, mais la petite se mure dans le silence. Espérant l’en faire sortir, l’officier chargé de l’enquête se tourne alors vers une psychologue pour enfants. C’est sa seule chance de remonter jusqu’au meurtrier. Ce dernier n’a pas laissé de trace, juste une incompréhensible suite de nombres griffonnée sur les lieux du crime. 

Alors que les experts de la police tentent de la déchiffrer, un étudiant asocial passionné de cibi reçoit à son tour d’étranges messages sur son poste à ondes courtes. Que cherche-t-on à lui dire ? Sans le savoir, il va se retrouver mêlé à l’une des séries de meurtres les plus terrifiantes qu’ait connues l’Islande. 
 

Commentaires : Voici un polar islandais à la fois touffu qui nous livre une quantité impressionnante d’information pour tenter de dénouer cette intrigue farcie de meurtres tout aussi sordide les uns que les autres. Définitivement, ce meurtrier a un dégoût tel de l’hémoglobine pour sélectionner un attirail létal aussi original.  

Une enquête qui s’embrouille à partir de prémisses relatives à ces trois enfants abandonnés qui doivent être adoptés qu’on peine à associer au déroulement de l’action. Dans cette atmosphère glauque le lecteur ne peut faire autrement que s’interroger sur la motivation de cette séquence d’assassinats. Et qui peut bien en être l’auteur ? À une centaine de pages de la finale, j’ai eu un doute qui s’est avéré. Belle trouvaille de l’auteur que ces messages codés plutôt intrigants.  

Dans l’ensemble, j’ai bien aimé cette intrigue bien ficelée malgré certaines longueurs affectant le rythme du récit que j’avoue avoir lues parfois en diagonale. Une belle découverte d’une romancière qu’on qualifie de reine du polar islandais.
 

Originalité/Choix du sujet :
*****
Qualité littéraire :
*****
Intrigue :
****
Psychologie des personnages :
****
Intérêt/Émotion ressentie :
***
Appréciation générale :
****

dimanche 26 avril 2020

Une erreur de parcours (Denis Robert/Franck Biancarelli)

Denis Robert et Franck Biancarelli. – Une erreur de parcours. – Paris : Dargaud, 2019. – 156 pages.

 

Polar - BD

 

Résumé : Dans une ville de l'Est de la France, Sylvestre Ruppert-Levansky, un président de cours d'assises entame son dernier procès, là où justement il a démarré sa carrière. Tout lui rappelle Rachel son premier amour et surtout Mathilde, une serial killeuse manipulatrice et diabolique. Le vieux juge a une réputations sans tâche. On le dit tolérant et juste. Mais un policier surgi de ce passé demande à le voir. Tout n'est peut-être pas aussi limpide que le veut la légende de Sylvestre le si bon président...

Commentaires : Un polar en bande dessinée : pourquoi pas ! Une découverte pour moi de Denis Robert,  journaliste et écrivain français originaire de Moyeuvre-Grande en Moselle, auteur de ce genre littéraire, mais aussi de romans, d’essais, de documentaires et de livre d’art. Dans un polar judiciaire, le lecteur est confronté à deux histoires de meurtres mises au jour en parallèle, dont une inspirée d’une affaire célèbre en France, inconnue au Québec impliquant une criminelle française, Simone Weber condamnée en 1991 à une peine de vingt ans de réclusion pour le meurtre de son ancien amant. Et la deuxième, une erreur de parcours du protagoniste, un juriste promis à une brillante carrière.

Un scénario tissé serré avec de nombreux retours en arrière, des personnages manipulateurs aux traits psychologiques marquants, des crimes presque parfaits, des dialogues très crédibles, une réalisation graphique remarquable et une écriture efficace, parfois angoissante, qui nous tient en haleine jusqu’à la dernière page.

Tout à fait d’accord avec l’appréciation du portail BDGEST : « Pour les amateurs de bons polars et de personnages torturés, passer à côté de ce thriller judiciaire constituerait une grosse "erreur de parcours" ».
 

Originalité/Choix du sujet :
*****
Qualité littéraire :
****
Intrigue :
****
Psychologie des personnages :
*****
Intérêt/Émotion ressentie :
***
Appréciation générale :
****

dimanche 19 avril 2020

L’ours est un écrivain comme les autres (Alain Kokor)

Alain Kokor. – L’ours est un écrivain comme les autres. – Paris : Futuropolis, 2020. – 118 pages + compléments.

 

Bande dessinée

 

 
 
 
Résumé :

Ayant découvert un manuscrit caché sous un arbre au fin fond de la forêt du Maine (son auteur, Arthur Bramhall, craignait de voir son manuscrit partir en fumée comme son roman précédent), un plantigrade comprend qu’il a sous la patte le sésame susceptible de lui ouvrir les portes du monde humain – et de ses supermarchés aux linéaires débordants de sucreries…

Le livre sous le bras, il s’en va à New York où les éditeurs vont se battre pour publier l’œuvre de cet écrivain si singulier – certes bourru et imprévisible, mais tellement charismatique ! Devenu la coqueluche du monde des lettres sous le nom de Dan Flakes, l’ours caracole bientôt en tête de liste des meilleures ventes… tandis qu’Arthur Bramhall, quasiment devenu ermite, s’enfonce de plus en plus dans la forêt.

Commentaires :

Cette BD est adaptée du roman de William Kotzwinkle. Alain Konor nous livre une satire sociale du monde de l’édition, du lectorat et des médias à la recherche de la révélation littéraire du moment : agents littéraires en pâmoison, éditeurs assoiffés de bénéfices, journalistes prêts à encenser un roman qu'ils n’ont même pas lu, fabricants de vedettes… sans s’interroger sur qui est réellement cet usurpateur, en l’occurrence un ours.  

Une réflexion incisive et loufoque sur l’écriture, l’écrivain, la littérature spectacle, la célébrité artificielle. Une conception graphique monochrome où la représentation de l’ours l’emporte sur celle des humains qui l’adulent et de l’auteur dépossédé à deux reprises de son œuvre. 

Une BD jouissive ou atterrante, c’est selon, pour tout auteur qui aspire au sérail.
 

Originalité/Choix du sujet :
*****
Qualité littéraire :
****
Intrigue :
****
Psychologie des personnages :
*****
Intérêt/Émotion ressentie :
*****
Appréciation générale :
****

mercredi 25 mars 2020

ZEC La Croche (Maureen Martineau)

Maureen Martineau. – ZEC La Croche. – Montréal : Héliotrope, 2020. 171 pages.

 
 

Roman noir

 

 

Résumé :

Haute-Mauricie. Le train avance lentement entre lacs et forêts. À la gare de Rapide-Blanc, la vieille Mikona Awashish en descend pour rejoindre sa fille, qui l'attend sur le quai. Par la fenêtre du wagon, l'agent de protection de la faune André Chillas épie les deux Atikamekw, persuadé qu'elles sont là pour braconner. Mais c'est à un autre type de chasse que les femmes ont l'intention de s'adonner. Et elles entraîneront dans leur sombre dessein la jeune Lorie, venue se recueillir au bord du lac à Matte, sur le site de camping où sa mère a été tuée l'été dernier. Un paradis où, la nuit venue, rôdent toutes sortes de prédateurs.


Commentaires :

Les éditions Héliotrope Noir récidivent avec un autre sombre roman. Auteure de plusieurs polars, Maureen Martineau nous entraîne en Haute-Mauricie dans une Zone d’Exploitation Contrôlée (ZEC), royaume hors civilisation de certains mâles blancs, chasseurs, pêcheurs…, qui carburent à la testostérone. Elle met en scène trois femmes et une ourse qui ont diverses raisons de se diriger  vers le lac à Matte. Une histoire inspirée des enquêtes menées en Abitibi concernant la disparition et le meurtre de femmes autochtones, de l’implication et de l’aveuglement volontaire des forces policières. Une histoire à la fois horrible dans les faits relatés et poétique dans les descriptions oniriques de l’environnement où évoluent les protagonistes, « sous un ciel gros engoncé dans un matelas de nuages ». Un scénario dans lequel les « poissons sont les seuls gagnants ».

À mon avis, Zec La Croche est très certainement le meilleur roman de Maureen Martineau. « Bien tassé » en 169 pages, comme elle le mentionnait dans la dédicace qu’elle m’a faite. Un roman tout en ambiance. Des chapitres courts qui invitent à dévorer le récit en quelques heures. Un suspense qui se construit de page en page pour aboutir dans l’horreur une finale inattendue. Des personnages très crédibles qui convergent vers l’assouvissement de leur soif de vengeance. Et cette ourse…

J’ai beaucoup aimé et je vous le recommande sans réserves.

Ce que j’ai aimé : Le sujet d’actualité, la psychologie des personnages, le suspens permanent qui s’installe dès les premiers chapitres, le style de l’auteur. Des images qui nous hantent. D’autres qui nous rapprochent de la nature vierge tel ce train en provenance de Senneterre (Abitibi) qui « s’enfonce en forêt, escorté par une armée de sapins ».

Ce que j’ai moins aimé : -

Cote : *****