Le monstre des abysses (Kim St-Pierre)


Kim St-Pierre. – Le monstre des abysses. – Saint-Bruno-de-Montarville : Éditions Goélette, 2026. – 260 pages.

 

 

Polar

 

 

 

Résumé :

 

L’enquêtrice Léa Beaumont est confrontée à une nouvelle affaire : le corps d’une adolescente est repêché dans le canal Lachine. Ce qui devait être une simple enquête sur une mort suspecte se transforme en une plongée vertigineuse dans un réseau criminel aussi invisible que redoutable, où chaque indice dévoile une vérité plus inquiétante que la précédente.

 

Quand un drame inattendu frappe, Léa comprend qu’elle n’a plus le choix : elle doit aller jusqu’au bout, quitte à tout perdre. Face à des prédateurs sans scrupules et à des secrets enfouis depuis trop longtemps, elle devra s’aventurer dans les abysses de la ville, où chaque révélation la rapproche d’un monstre tapi dans l’ombre.

 

 

 

Commentaires :

 

« Le monstre des abysses » est le troisième polar de Kim St-Pierre mettant en vedette l’enquêtrice Léa Beaumont. Avec un avertissement « Pour un public averti » en couverture de première et celui de l’auteure en page liminaire :

 

« Ce roman aborde des thèmes de violences sexuelles et de maltraitance d’enfants. Ces passages pourraient heurter la sensibilité de certains lecteurs. »

 

Contrairement au roman précédent (« La proie des flammes ») que j’ai lu lors de sa sortie en 2024 , celui-ci est truffé de descriptions de lieux, de personnages et de scènes scabreuses redondantes qui, dans ce dernier cas, auraient gagné à être moins nombreuses pour laisser libre cours à  l’imagination des lecteurs. Vous comprendrez que je n’en reproduirai aucune pour plutôt mettre en évidence la qualité de la plume talentueuse de l’auteure qui nous permet de visualiser l’action et les caractéristiques physiques des personnages. En voici quelques exemples éloquents :

 

La salle d’interrogatoire du poste de police :

 

« La salle [...] dégage une austérité sans fioritures. Les murs sont peints dans une teinte gris métallique terne, dépourvue de personnalité ou d'émotion, comme si la pièce elle-même refusait de révéler ses secrets. La lumière provenant du plafonnier est dure et impitoyable et ne fait que renforcer ce sentiment. Au centre se trouve une table carrée rugueuse aux bords abrupts. Parfaitement adaptée pour deux, elle suppose un face-à-face inquisiteur avec la personne alignée devant vous. Deux chaises au design industriel complètent ce tableau simple, mais intimidant. Le seul élément décoratif est un grand miroir rectangulaire qui s'étend sur presque toute la largeur du mur opposé à la porte, le fameux ‘’ miroir sans tain ‘’ derrière lequel, on le sait bien, des yeux anonymes surveillent chaque mouvement, chaque expression. Pas une once de douceur ou de répit ici, une salle dictée par la rigueur du questionnement et centrée sur l'extraction imperturbable des faits. »

 

Un personnage féminin :

 

« ... frêle comme une fleur poussée entre des pavés rugueux. Elle possède une beauté subtile, ses cheveux courts légèrement ondulés tombent délicatement autour de son visage doux qui exprime à la fois la gentillesse et une certaine mélancolie. Sa robe aux motifs floraux accentue sa silhouette fragile. »

 

Le Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) et le personnel médical :

 

« ... les chambres individuelles, où règne un calme palpable pendant que les patients récupèrent ou attendent leurs diagnostics; chaque pièce est dotée d'une fenêtre offrant une vue soit sur l'effervescence urbaine, soit sur le jardin de l'hôpital, qui respire la nature et la fraîcheur. Dans ce microcosme où les parcours de vie se croisent, chaque étage, chaque salle abrite une histoire différente d'espoirs, de défis et de résilience. Les médecins, comme les gardiens silencieux du sanctuaire, déambulent dans leurs blouses blanches, se mêlant aux uniformes colorés des infirmières. Le personnel de l'hôpital incarne une formidable force chargée d'humanité, dont la tâche dépasse largement celle consistant à panser des blessures ou soigner des maladies. Tous sont souvent autant curateurs que confidents; leur rôle transcende le simple acte médical. »

 

Le bureau de la patronne de Léa Beaumont :

 

« Le bureau [...] est une tempête de documents non triés, de dossiers ouverts et de tasses à café à moitié vides. Les piles de rapports et les photographies s'étendent dans une vague désordonnée, créant un paysage de casse-tête pour quiconque n'est pas familiarisé avec le chaos organisé du lieu. La lumière au néon, qui grésille par intermittence, jette une lueur indécise sur la surface débordante de la table de travail. Enfouis sous un fatras d'objets variés se trouvent: un porte-gobelet rempli de stylos qui ont cessé d'écrire depuis longtemps; des Post-it jaunis collés un peu partout avec des notes indéchiffrables griffonnées dessus; une boîte recouverte d'une couche épaisse de poussière où diverses médailles et badges dorment probablement depuis des années. Le côté gauche du bureau supporte un ordinateur au moniteur fissuré dont le fond d'écran contraste avec les nombreuses fenêtres ouvertes: courriels restés sans réponse, recherches Google en attente et bases de données policières. »

 

Une adolescente :

 

« Amélia est une adolescente introvertie et troublée dont les yeux noisette scrutent le monde avec désillusion et suspicion. Ses cheveux sombres tombent lourdement sur ses épaules comme un voile ou une forteresse invisible. Physiquement menue et presque minuscule face à l'univers qui l’entoure, elle contracte son corps, comme si elle essayait de prendre le moins d'espace possible. »

 

Un personnage masculin :

 

« Le visage de Laporte se décompose d'un seul coup. Son regard pétillant perd son éclat, retombant dans un abîme sombre que seule la peur habite. Ses sourcils se froncent presque imperceptiblement tandis que sa lèvre supérieure tressaute légèrement, signe d'une tension intérieure grandissante. Son corps se recroqueville discrètement sur lui-même; un mouvement subtil, mais qui expose l'effroi que suscite [...]. Il s'agite sur sa chaise, lançant des œillades inquiètes à gauche et à droite. »

 

Une barmaid :

 

« ... une femme dans la cinquantaine, dont le maquillage rappelle celui d'un clown, essuie des verres d'un air las. Son apparence raconte un mélange d'histoires vécues et de rêves égarés. Ses cheveux, jadis châtain éclatant, sont maintenant ternes et légèrement emmêlés, groupés en un chignon désordonné qui laisse quelques mèches rebelles s'échapper sur son front. La lumière tamisée du bar danse sur son visage, révélant des cernes sous ses yeux noisette fatigués par les nuits sans sommeil passées à servir des clients aux exigences variées. »

 

Une lectrice, rédactrice d’un blogue, a relevé quelques similitudes avec le déroulement des enquêtes de l’inspectrice Maud Graham de Chrystine Brouillet. C’est tout à l’honneur de Kim St-Pierre.

 

Le scénario du roman s’inspire, jusqu’à un certain point, d’une triste et dégoûtante réalité mettant en évidence le côté sombre – c’est un euphémisme – de certains « humains » en effleurant le profil psychologique tant des victimes que des prédateurs. On y retrouve le microcosme de Léa Beaumont : Jules, son amoureux, Élise, sa patronne, Christophe et Camille, ses coéquipiers, alors que l’action se déroule dans la région de Montréal avec une brève incursion à Québec. Toujours un défi d’exploiter un espace géographique qui n’est pas le sien en y intégrant des lieux fictifs.

 

Il est indéniable que l’auteure s’est documentée pour l’écriture de certains détails de son récit. À preuve cet extrait décrivant une liste de médicaments qui agissent sur le système nerveux :

 

« Il y avait des traces non négligeables de chlorpromazine, souvent appelée thorazine; de quétiapine, ou Seroquel; de carbamazépine ainsi que des benzodiazépines. Ça fait un méchant cocktail: antidépresseur, anxiolytique et antipsychotique. »

 

Le récit s’étale sans rebondissement sur 25 courts chapitres. La finale qui laisse grandement ouverte la porte pour une prochaine enquête de Léa Beaumont m’a laissé sur ma faim.

 

On m’a soufflé à l’oreille que Kim St-Pierre mijote un projet de thriller/horreur [genre littéraire qui ne me rejoint pas]. Par contre, j’ai bien hâte de découvrir une autre facette de cette jeune auteure du Bas-Saint-Laurent lorsque paraîtra sa romance historique inspirée de l’histoire d’une aïeule et également le roman jeunesse qu’elle envisage d’écrire !

 

 

* * * * *

 

Originaire de Saint-Pascal, dans le Bas-Saint-Laurent, Kim Saint-Pierre est une auteure québécoise de romans policiers. Elle est l’autrice de la série d’enquêtes mettant en scène l’enquêtrice Léa Beaumont, composée de « Comme une ombre », « La proie des flammes » et « Le monstre des abysses ». À travers ses romans, elle explore les zones d’ombre de l’âme humaine en tissant des intrigues tendues, portées par des personnages forts et une atmosphère empreinte de mystère.

 

Je tiens à remercier les éditions Goélette pour l’envoi du service de presse.

 

Au Québec, des redevances symboliques me sont versées si vous commandez votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca et le récupérez à la librairie indépendante de votre choix.

 

 

 

Évaluation :

Pour comprendre les critères pris en compte, il est possible de se référer au menu du site [https://bit.ly/4gFMJHV], qui met l’accent sur les aspects clés du genre littéraire.

 

Intrigue et suspense :

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Originalité :

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Personnages :

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Ambiance et contexte :

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Rythme narratif :

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Cohérence de l'intrigue :

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Style d’écriture :

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Impact émotionnel :

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Développement de la thématique :

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Finale :

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Évaluation globale :

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Nulle part où revenir (Henry Wise)


Henry Wise. – Nulle part où revenir. – Paris : Sonatine, 2025. – 425 pages.

 

 

Polar

 

 

 

Résumé :

 

Après dix années passées à Richmond, Will Seems revient dans la petite ville où il a grandi, pour prendre un poste d'adjoint au shérif. Il y retrouve cette terre du sud de la Virginie hantée par l'histoire, celle des riches plantations de tabac et de l'esclavage, que le progrès semble avoir oublié. Dans ce paysage désolé, entre marais et maisons abandonnées, les fantômes sont partout. Et Will va bientôt devoir affronter ceux de son propre passé lorsqu'un de ses amis d'enfance est assassiné. Alors qu'un vieil homme est soupçonné, la communauté noire de la région engage une détective privée, Bennico Watts, pour l'innocenter. Leur enquête va les mener, elle et Will, vers le Snakefoot, ce territoire marécageux où depuis toujours se réfugient les exclus et les dépossédés, et où cohabitent aujourd'hui les descendants d'esclaves et les white trash. Bientôt ils vont réaliser que pour élucider un crime, la compréhension du lieu importe parfois tout autant que le mobile.

 

 

 

Commentaires :

 

Avec « Nulle part où revenir » – « Holy City » en version originale anglaise –, Henry Wise « nous présente le portrait stupéfiant d'une Amérique rurale où règnent toujours de vieux démons, exaltés par une situation économique misérable [...]. Avec un personnage principal complexe, dont tous les repères s'effondrent dans un pays qu'il ne reconnaît plus... », dixit l’éditeur.

 

L’auteur américain, qui en est à son premier roman, propose une fiction où les personnages et l’environnement dans lequel se déroule l’action, plus que l’intrigue elle-même, portent la tension du récit. Si la première moitié installe patiemment le décor, la seconde entraîne le lecteur dans une mécanique dramatique relativement efficace.

 

Henry Wise explore les thèmes de la loyauté, de la culpabilité et des choix impossibles, dans un univers où les personnages, noirs et blancs, semblent constamment rattrapés par leur passé. Ceux-ci sont assez crédibles et passablement tourmentés, imparfaits, fragiles et tiraillés par rapport à leurs convictions personnelles. Les motivations, les hésitations et les erreurs du personnage central, Will Seems, contribuent à lui donner une profondeur qui dépasse la simple fonction narrative. Les acteurs secondaires, eux aussi, participent à étayer ce microcosme dans lequel ils évoluent avec leurs propres histoires, leurs blessures, leurs croyances religieuses et leurs valeurs morales.

 

La plume d’Henry Wise est caractérisée par une écriture très visuelle, presque cinématographique par moments. Les scènes s’imposent facilement à l’imagination du lecteur, grâce à des descriptions très nombreuses qui privilégient l’image et l’atmosphère. En voici quelques exemples notés au gré de la lecture :

 

« Les arbres étaient penchés autour de la bâtisse comme des vieillards courbés sous le poids des années. La maison elle-même était le seul élément dont semblait émaner un sentiment de fierté, pour quelque chose dont le souvenir s'était perdu dans le temps. Des serpents s'y introduisaient souvent, ondulants intrus qui profitaient des brèches dans les fondations, semaient ici ou là leurs longues mues dans des spires de solitude torturée et s'endormaient dans des positions illisibles qui évoquaient l'écriture d'un possédé. »

 

« Il gesticulait tellement que sa cravate sortit de sa veste, qu’elle se plissa comme l'eau de la rivière avec le vent. »

 

« Quelques photos pendaient encore à un fil, accrochées par des pinces à linge, tandis que d'autres étaient sommairement encadrées ou punaisées aux murs, gondolées par l'humidité, des photos qu'il avait prises, toutes monochromes, un noir et blanc austère avec un effet de clair-obscur qui amplifiait le contraste entre les formes sombres et le vide derrière elles. Les arbres noirs le long du marais qui bavaient en reflets mouillés arachnéens, un bref éclat de lumière sur le visage d'une eau sombre, de fins nuages comme des traces de sang sur un ciel de papier, évoquant la quintessence d'une soirée d'automne... »

 

« Le Lounge avait des airs de Noël triste. Des boules de billard gisaient sur les tables élimées dans leurs combinaisons silencieuses inachevées, pendant que l'éternelle partie de poker se déroulait dans le fond. »

 

« Ils étaient entrés dans Richmond comme une baleine au milieu d'un banc d'automobilistes affalés au volant de leurs berlines ou de leurs SUV bardés d'autocollants à l'effigie de la ville dans une débauche grotesque de customisation, et de pick-up en tout genre, petits et grands, tel un assortiment de poissons. »

 

Les lieux, les gestes et les situations renforcent l’immersion dans l’histoire. On a souvent l’impression d’assister directement aux événements plutôt que de simplement les lire. Une règle de base dans l’écriture romanesque.

 

La mise en place de l’intrigue demande un certain temps d’adaptation, le temps que les différentes pièces du puzzle se mettent en place. Le roman prend véritablement son envol à partir de la deuxième moitié. Certains lecteurs pourraient souhaiter une entrée en matière plus rapide. À mi-chemin, c’est à ce moment que les enjeux se clarifient et que la tension dramatique s’intensifie. À partir de là, le récit devient beaucoup plus entraînant. Les événements s’enchaînent avec davantage de rythme, les motivations des personnages se précisent et le suspense se resserre progressivement jusqu’au dénouement qui m’a laissé sur mon appétit. Ce n’est pas la finale à laquelle je m’attendais.

 

En conclusion, Henry Wise propose un roman noir porté par des personnages assez crédibles, une écriture visuelle et une intrigue qui gagne en intensité au fil des pages. Si le démarrage demande un peu de patience – quelques longueurs et redites –, la seconde moitié du livre compense par son efficacité et son pouvoir d’entraînement.

 

* * * * *

 

Henry Wise est né et a grandi à Richmond, en Virginie. Il est diplômé du Virginia Military Institute et de l'université du Mississippi. Il est repéré par R. T. Smith, le poète et éditeur de la revue Shenandoah, qui publie ses premiers écrits aux côtés de ceux de James Lee Burke. Les poèmes de Henry Wise ont également été imprimés dans les revues Nixes Mate, Radar Poetry et Clackamas. Ses articles de non-fiction et ses photographies sont parus dans le journal Southern Cultures. Salué par la critique et par ses pairs, Nulle part ou revenir est lauréat du Edgar Award 2025 du meilleur premier roman américain.

 

Je tiens à remercier les éditions Sonatine pour l’envoi du service de presse.

 

Au Québec, des redevances symboliques me sont versées si vous commandez votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca et le récupérez à la librairie indépendante de votre choix.

 

 

 

Évaluation :

Pour comprendre les critères pris en compte, il est possible de se référer au menu du site [https://bit.ly/4gFMJHV], qui met l’accent sur les aspects clés du genre littéraire.

 

Intrigue et suspense :

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Originalité :

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Ambiance et contexte :

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Rythme narratif :

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Cohérence de l'intrigue :

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Style d’écriture :

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Impact émotionnel :

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Développement de la thématique :

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Finale :

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Évaluation globale :

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