André Noël. – Sale ville. – Montréal : Boréal, 2026. – 331 pages.
Polar
Résumé :
Laval n’est pas une ville comme les autres.
On y trouve bien sûr de jolis quartiers verdoyants, mi-campagne, mi-banlieue,
mais ce qui frappe surtout, sur ses grandes artères, en ce début des années
2000, c’est la succession anarchique de fast-food et de clubs vidéo, les
boutiques miteuses de prêteurs sur gages, les garages aux façades délabrées et
les vendeurs de voitures d’occasion, les débris de construction encombrant les
terrains vagues. C’est ce que constate Valérie Simon alors qu’elle rentre chez
elle, avec en poche son diplôme d’ingénieur et, dans son holster, son cher
pistolet Glock 17L qui ne la quitte jamais. Elle se dit qu’une nouvelle mission
lui incombe : faire le ménage dans cette ville, au propre comme au figuré.
En reprenant les rênes de l’entreprise
familiale, elle découvre bientôt que Construction Albert Simon inc. est exclue
du club sélect des entrepreneurs qui se partagent tous les contrats accordés
par la Ville. Pour Valérie, il est hors de question de garder le silence devant
ces manoeuvres véreuses. Elle est prête à tout pour mettre au pas cette bande
d’escrocs, quitte à devoir les battre à leur propre jeu.
Elle le répète à qui veut l’entendre : la
prochaine reine de Laval, ce sera elle.
Commentaires :
Une des caractéristiques du polar, en tant
que genre littéraire, consiste généralement à mettre en évidence certains
travers de notre société. « Sale ville
» d’André Noël nous ramène dans la ville de Laval du début des années 2000, à
une époque où la corruption municipale et la collusion dans l’industrie de la
construction faisaient partie d’un système qui semblait avoir été soigneusement
organisé pour profiter à quelques-uns :
« ... l’important,
pour cette administration, c’était d’enrichir les entrepreneurs et les
politiciens, pas d’utiliser les deniers publics à bon escient. »
Ancien journaliste d’enquête à La Presse,
puis enquêteur et rédacteur à la Commission d’enquête sur l’octroi et la
gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction, mieux connue
sous le nom de « Commission Charbonneau »,
l’auteur possède une connaissance privilégiée de cet univers. Une connaissance
qui se ressent à pratiquement toutes les pages de ce roman.
Le système de collusion lavallois présenté
dans « Sale ville » s’inspire d’une réalité qui n’a malheureusement rien d’une
invention romanesque. Plusieurs éléments rappellent d’ailleurs les révélations
faites lors des audiences de la Commission, notamment le partage des contrats
municipaux entre un cercle fermé d’entrepreneurs, le trucage des appels
d’offres, l’implication des firmes d’ingénieurs, les surfacturations et les
ristournes versées en retour de contrats :
« Le
stratagème est toujours le même. Il est en place depuis des années. Les
soumissions sont truquées. Les entreprises se partagent les contrats à tour de
rôle. Elles gonflent les prix. En échange, le maire exige qu'elles lui
remettent une ristourne équivalant à deux pour cent de la valeur des contrats. »
« Sale
ville » c’est d’abord et avant tout un roman avec lequel j’ai éprouvé au
fil de la lecture une certaine difficulté car je n’arrivais pas à voir en quoi
cette fiction était un polar.
Bien sûr, dès le prologue, il est question
d’un meurtre alors que la narratrice s’adresse à sa fille :
« L'avion se pose. Des journalistes tendent
leurs micros vers moi comme autant de poignards. Des photographes et des
cameramen m'aveuglent avec leurs flashs et leurs spots.
Des policiers me font
monter dans un fourgon. Ils me poussent dans une cellule et me traînent dès
l'aube dans la salle bondée d'un tribunal. Des gens que je connais et d'autres
que je ne connais pas défilent à la barre des témoins et me diffament les uns
après les autres. Si je les interromps pour rétablir les faits, le juge
m'intime de me taire. Quand à la fin de ce simulacre de procès il me permet de
prendre la parole, je plaide mon innocence, mais je ne convaincs personne. Les
preuves de ma culpabilité sont accablantes. Je n'ai rien pour montrer qu'elles
sont fausses. On me condamne à vingt ans de prison. Peut-être viens-tu me
visiter de temps en temps. Peut-être pas non plus. Peut-être crois-tu, toi
aussi, que c'est moi qui ai tué ton père.
Mais ce n'est pas
moi. Ta mère n'est pas une meurtrière. »
L’essentiel de la trame dramatique repose sur
le parcours du personnage principal, Valérie Simon, jeune ingénieure
fraîchement diplômée de Polytechnique, qui reprend les rênes de l’entreprise
familiale de construction alors que son père n’est plus en mesure de la
diriger. Elle découvre rapidement que l’entreprise est exclue du cercle fermé
des entrepreneurs qui se partagent les contrats de la ville de Laval.
En soi, le personnage de Valérie Simon est
particulièrement intéressant : femme dans un milieu essentiellement masculin,
elle possède également un passé qui l’a profondément marquée et qui explique en
partie son rapport très particulier à la violence et à la sécurité. Pour
obtenir sa place dans ce milieu d’hommes où les règles sont déjà établies, elle
devra apprendre à composer avec des entrepreneurs, des ingénieurs, des
politiciens et des intermédiaires qui connaissent parfaitement les rouages du
système.
C’est pourquoi j’ai eu l’impression de lire
un roman très documenté portant sur la corruption municipale, l’industrie de la
construction et les mécanismes de la collusion plutôt qu’un polar traditionnel.
L’enquête policière n’est pas au cœur du récit alors qu’André Noël met
l’emphase sur les personnages, les mécanismes du système et la façon dont une
jeune femme tente de s’y tailler une place.
Plus j’avançais dans ma lecture, plus je me
demandais où l’auteur voulait m’amener. Car ce dernier ne décrit pas uniquement
les magouilles entourant l’attribution des contrats. Il connaît également le
fonctionnement d’une entreprise de construction et les réalités d’un chantier.
En abordant les aspects techniques de différents travaux, il a le talent de
nous faire entrer dans un univers où la qualité des matériaux, les méthodes de
construction, les plans, les structures et les responsabilités de chacun
peuvent avoir des conséquences considérables.
Il y a dans « Sale ville » un niveau de documentation qui m’a particulièrement
impressionné. La précision avec laquelle sont décrits les travaux – comme, au
chapitre 21, la description des étapes de la reconstruction d’un viaduc qui
devient un élément central pour la suite du récit –, les différents
intervenants et les problèmes qui peuvent survenir sur un chantier donnent une
crédibilité particulière au récit. Et cette connaissance constitue probablement
l’une des grandes forces du roman.
André Noël nous présente également une
galerie de personnages — entrepreneurs, ingénieurs, politiciens,
intermédiaires, policiers — qui semblent tout droit sortis d’une enquête
journalistique. Il aborde également le sort réservé aux travailleurs étrangers
et les abus de pouvoir dans le secteur agricole, ajoutant une autre dimension
sociale à l’histoire.
Mais où est le polar ?
Et puis arrivent les derniers chapitres. Avec
une finale que je n’avais absolument pas vue venir. Ma perception du roman a changé.
Jusqu’à la toute fin, plusieurs possibilités demeurant ouvertes, il m’avait été
impossible de prévoir comment l’histoire allait se terminer ou de découvrir qui
était coupable de l’assassinat.
Cette conclusion donne rétrospectivement un
autre éclairage à plusieurs éléments et détails du récit alors que « Sale ville » devient véritablement un
polar. Avec cet épilogue convaincant, surprenant et suffisamment bien amené, je
me suis finalement dit que j’avais peut-être été trop impatient de lui
attribuer une étiquette.
J’ai souri à la lecture de cet auto-clin d’œil
de l’auteur :
« Contactez ce journaliste [de La Presse].
Je suis ses enquêtes depuis longtemps.
C'est un remueur de boue comme moi. Un fouille-merde, si vous préférez. »
« Sale
ville », qui trouve son titre à la page 302, m’a fait découvrir un nouveau
polariste qui, je l’espère, continuera à nous faire profiter de ses
connaissances du milieu interlope pour nous surprendre dans l’écriture de ses
fictions noires.
* * * * *
André Noël a été journaliste à La Presse pendant près de trente ans. La rigueur de ses enquêtes lui a valu une solide renommée et de nombreux prix de journalisme. Il a ensuite été enquêteur et rédacteur à la commission Charbonneau. Avec André Cédilot, il est coauteur de « Mafia Inc. » (2012) et de « Gangters et Mafiosi » (2017), deux essais-documents portant sur le crime organisé qui font autorité en la matière.
Je tiens à remercier les Édition du Boréal pour l’envoi du
service de presse.
Au Québec, des redevances symboliques me sont
versées si vous commandez votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca et le récupérez à la
librairie indépendante de votre choix.
Évaluation :
Pour
comprendre les critères pris en compte, il est possible de se référer au menu
du site [https://bit.ly/4gFMJHV],
qui met l’accent sur les aspects clés du
genre littéraire.
Intrigue et suspense
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Originalité :
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Ambiance
et contexte :
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Rythme
narratif :
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Cohérence
de l'intrigue :
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Style
d’écriture :
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Impact
émotionnel :
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Développement
de la thématique :
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Finale
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Évaluation globale :
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