Chroniques d’un monde qui s’écroule (Michel Bélair)


Michel Bélair. – Chroniques d’un monde qui s’écroule. – Montréal : Somme toute/Le Devoir, 2026. – 204 pages.

 

 

Chroniques littéraires

 

 

 

Résumé :

 

Le polar est, par définition, un genre littéraire qui reflète les tiraillements agitant la société dans laquelle il s'incarne. Tous les jours ou presque, une suite ininterrompue d'évènements force notre monde à se remettre en question, parfois brutalement. C'est précisément ce choc de la réalité la plus quotidienne, souvent ordinaire, qui constitue la trame de fond de tous les polars, d'où qu'ils viennent et de quelque type qu'ils soient. Polar & Société propose de lire ou relire 36 polars provenant d'un peu partout, dont des ouvrages québécois signés par Chrystine Brouillet, Jean Lemieux, Patrick Sénécal, Jacques Savoie et plusieurs autres.

 

 

Commentaires :

 

« Chroniques d’un monde qui s’écroule » regroupe 36 critiques littéraires publiées par Michel Bélair dans le magazine en ligne En Retrait, sous la rubrique Polar & Société, entre 2021 et 2024. Des chroniques qui, comme le précise le sous-titre, « remettent en question nos certitudes ».

 

Comme l’explique son auteur en introduction, les ouvrages retenus sont des polars « écrits originellement en français ou traduits d’une autre langue, par des éditeurs européens et québécois ». Des récits qui « illustrent à leur façon la théorie du chaos... qui semble désormais prendre un sens de plus en plus concret un peu partout à travers le monde » :

 

« Tous ces récits témoignent des conflits et des enjeux majeurs secouant le monde déjanté dans lequel nous vivons désormais puisque le polar est, par définition, un genre littéraire qui reflète les tiraillements agitant la société dans laquelle il s’incarne. »

 

Le chroniqueur rappelle également l’« étourdissante diversité » de cette littérature de genre et les sources d’inspiration quasi inépuisables des auteur,e,s :

 

« il y a des polars drôles et des polars tristes, des polars historiques, psychanalytiques ou philosophiques, des polars ‘’ sociaux ‘’, politiques, ou même complotistes et il y a aussi des polars ‘’ polars ‘’, mafieux, violents, tout comme des polars à l'eau de rose et d'autres résolument sanglants, ‘’ gores ‘’ -, le polar naît et se nourrit des tensions et des inégalités du monde. »

 

Les 36 chroniques sont réparties en trois blocs aux dénominations particulièrement évocatrices :

 

·        « Le monde à l’envers »

·        « Des repères de plus en plus flous »

·        « Violences ordinaires et autres »

 

Chacune d’entre elles est précédée d’un titre qui résume en quelques mots la thématique du roman commenté : « L’apocalypse en temps réel ou presque », « L’insoutenable lourdeur de l’être », « Retrouvailles en enfer »...

 

Michel Bélair commence généralement par situer le contexte sociétal, politique ou culturel dans lequel s’inscrit le récit. Il propose ensuite un résumé assez détaillé de l’intrigue, présente les principaux personnages et analyse les enjeux soulevés par le roman. Le tout est ponctué de cette formule, ou de l’une de ses variantes : « on ne vous en dira pas plus pour vous laisser le plaisir de découvrir le pot aux roses ».

 

Des commentaires sur la qualité de l’écriture, et de la traduction lorsqu’il s’agit d’un roman étranger, complètent chacune des chroniques, accompagnés des références bibliographiques et de la date de publication initiale dans En Retrait.

 

Ce qui m’a particulièrement intéressé dans ce recueil, c’est la manière dont Michel Bélair dépasse la simple critique littéraire pour replacer chaque polar dans le monde qui l’a vu naître. Guerre, montée des populismes, dérèglements climatiques, immigration, radicalisation, inégalités sociales, corruption, crise des institutions, violence, manipulation de l’information : derrière les enquêtes, les meurtres et les intrigues, c’est notre époque que le chroniqueur nous invite à regarder.

 

Ces « Chroniques d’un monde qui s’écroule » démontrent que le polar n’est pas qu’une littérature de divertissement. Il constitue également un formidable observatoire de nos sociétés, de leurs contradictions, de leurs dérives et de leurs inquiétudes.

 

Les 36 romans retenus offrent d’ailleurs un remarquable panorama de la production policière contemporaine, québécoise, française et internationale. Plusieurs auteurs que je connaissais déjà côtoient ici des écrivains que je n’ai pas encore lus. Et, comme tout bon recueil de critiques devrait le faire, certaines chroniques auront probablement pour vous un effet très concret d’ajouter quelques titres à votre pile de lecture :

 

1 - Tempête sur Kinlochleven de Peter May

2 - Collapsus de Thomas Bronnec

3 - Le premier renne d'Olivier Truc

4 - Noces de coton d'Edem Awumey

5 - Le siffleur de nuit de Greg Woodland

6 - Indépendance de Javier Cercas

7 - Un effluve anonyme de Lucie Lavoie.

8 - Saison morte d'Erik Axel Sund

9 - Meurtres avec malveillance de Thomas King.

10 - La toile du diable de Max Seeck

11 - Nos meilleurs amis sont les morts de Jean Lemieux

12 - Le serment d'Arttu Tuominen

13 - La ligne de Jean-Christophe Tixier

14 - Le mois des morts de Chrystine Brouillette

15 - Le tueur au caillou d'Alessandro Robecchi

16 - La honte de Frank White de Jacques Savoie

17 - Les derniers jours des fauves de Jérôme Leroy

18 - Oligarque d'Elena B. Morozov

19 - Le cimetière de la mer d'Aslak Nore

20 - L'horizon d'une nuit de Camilla Grebe

21 - La revanche d'Arttu Tuominen

22 - Une pluie de septembre d'Anna Bailey

23 - Première dame d'Amélie Serberg

24 - Brazilian Psycho de Joe Thomas

25 - L'homme aux chats de Michèle Ouimet

26 - Vert comme l'enfer d'Isabelle Grégoire

27 - La disparue du lac Hjälmaren d'Anna Jansson

28 - La poupée d'Yrsa Sigurardóttir

29 - Les enfants de Godmann de Maureen Martineau

30 - Le dernier souffle est le plus lourd de Catherine Lafrance

31 - Le dossier 1569 de Jørn Lier Horst

32 - Les deux visages du monde de David Joy

33 - Châtiment de Percival Everett

34 - Civilisés de Patrick Senécal.

35 - La poésie du marchand d'armes de Frédéric Potier

36 - Sans collier de Michele Pedinielli

 

Avec « Chroniques d’un monde qui s’écroule », Michel Bélair propose donc beaucoup plus qu’une compilation de textes publiés au fil des années. Il offre une cartographie personnelle d’un polar contemporain qui observe, questionne et parfois dénonce le monde dans lequel nous vivons.

 

Pour les amateurs de polars qui aiment comprendre ce qui se cache derrière les crimes et les enquêtes, mais aussi pour celles et ceux qui sont toujours à la recherche de leur prochaine lecture, ce recueil constitue une excellente porte d’entrée vers 36 univers littéraires différents.

 

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Michel Bélair est devenu critique de polars au Devoir au début du millénaire. Longtemps responsable du cahier Culture hebdomadaire du journal, il a aussi passionnément couvert le théâtre – avec un penchant marqué pour le théâtre jeunesse – pendant quelques décennies et publié plusieurs livres sur le sujet. Retraité depuis 2012, il collabore régulièrement au magazine en ligne En Retrait (en-retrait.com) et au DMagazine du week-end où il se permet désormais d'afficher sans aucune gêne son engouement pour le roman dit « noir ». En 2023, il publiait « Théâtre en direct » chez Somme toute/Le Devoir, et en 2024, « Noir sur blanc. Le polar en vingt portraits » chez Somme toute.

 

Je tiens à remercier les éditions Somme toute/Le Devoir pour l’envoi du service de presse.

 

Au Québec, des redevances symboliques me sont versées si vous commandez votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca et le récupérez à la librairie indépendante de votre choix.



51e Canada 2038 (Hervé Gagnon)


Hervé Gagnon. – 51e Canada 2038. – Lévis : Alire, 2026. – 428 pages.

 

 

Polar dystopique

 

 

 

Résumé :

 

Montréal, État du Canada, USA

 

Comme tous ses concitoyens, Jean-François Foley vit les conséquences de l'annexion de son pays : rationnement alimentaire, censure, exécutions publiques... Policier au SPVM, il tente tant bien que mal de faire son devoir, même si le service de police municipal n'a plus grand pouvoir, la Garde nationale et le Secret Service ayant préséance sur les agents locaux.

 

C'est pourquoi sa partenaire Alexandra et lui sont méfiants lorsqu'on leur confie une mission plutôt délicate : retrouver Ellie Belliveau, la fille du gouverneur de l'État, disparue mystérieusement alors qu'elle se rendait à l'université.

 

Bien que privilégiée par le gouverneur, la thèse de l'enlèvement est mise à mal quand Jeff et Alex apprennent qu'Ellie entretenait une liaison secrète avec Christopher Saad, son garde du corps, qui lui aussi manque à l'appel.

 

Tentés de conclure à une escapade amoureuse, les enquêteurs comprennent que l'affaire est beaucoup plus complexe quand une info improbable les mène à une cache d'armes du Front de libération du Québec, ressuscité sous le nouveau régime. Ce qui est louche, c'est que Saad a été aperçu récemment à cette adresse...

 

Perplexe, Foley s'interroge : Saad aurait-il des liens avec le FLQ, ces " terroristes " pour lesquels lui-même entretient une sympathie certaine ?

 

 

 

Commentaires :

 

J’ai lu en rafale ce nouveau tourne-page d’Hervé Gagnon qui publie pour la première fois aux éditions Alire. Bien que je ne sois pas un adepte du genre, je dois avouer que ce roman dystopique m’a donné envie de tourner les pages tout en me faisant souhaiter que l’avenir imaginé par son auteur demeure justement… une fiction.

 

Avec « 51e Canada 2038 », Hervé Gagnon nous transporte en novembre 2038, avec quelques analepses en 2025 et en 2029. Plus de 400 pages réparties en 70 chapitres nous précipitent dans un Québec et un Canada que nous ne sommes peut-être pas prêts à imaginer.

 

Et c’est probablement ce qui rend cette lecture aussi inquiétante.


Car l’auteur n’a pas eu besoin d’inventer un monde complètement différent du nôtre. Il s’est appuyé sur des événements, des débats et des réalités politiques bien réels pour pousser certaines tendances jusqu’à leurs conséquences extrêmes. Une réalité parfois rocambolesque, voire burlesque, mais qui devient rapidement affolante lorsqu’on imagine ce qu’elle pourrait produire quelques années plus tard.

 

L’enquête policière constitue le fil conducteur de cette dystopie. Elle respecte les codes du genre : fausses pistes, révélations inattendues, personnages dont il faut apprendre à se méfier et, surtout, ces fins de chapitres qui donnent constamment envie de poursuivre la lecture. La solution de l’énigme ne constitue toutefois qu’une partie du plaisir. Elle permet surtout à Hervé Gagnon d’explorer les transformations sociales, politiques, juridiques et économiques d’une société québécoise qui pourrait être profondément bouleversée si...

 

Et le Montréal de 2038 qu’il nous présente est méconnaissable.

 

L’une des trouvailles les plus intéressantes demeure la renaissance du Front de libération du Québec, auquel l’auteur ajoute la référence à 1837, année de la rébellion des Patriotes. À cette organisation s’ajoutent d’autres mouvements poursuivant des objectifs semblables au Canada, dans les Maritimes et en Ontario. Leurs modes d’action rappellent évidemment ceux des groupes qui ont marqué les années 1970.

 

Mais le plus troublant n’est pas là.

 

C’est dans les détails du quotidien que cette dystopie trouve la majeure partie de sa crédibilité. Dans les changements qui semblent d’abord anodins. Dans les nouvelles règles, les nouvelles façons de vivre, les nouveaux rapports de force. Dans cette société où les personnages, autant les sympathiques que les franchement exécrables, donnent l’impression d’exister.

 

Hervé Gagnon réussit ainsi un exercice particulièrement difficile : nous faire croire à ce que l’on croit impossible.

 

Le scénario est solidement construit et tient la route jusqu’à une finale particulièrement réjouissante… mais dont les conséquences pourraient l’être beaucoup moins. Je n’en dirai évidemment pas davantage, car ce serait vous priver d’une partie du plaisir.

 

Préparez-vous plutôt à quelques chutes en fin de chapitre qui vous empêcheront de refermer le livre, à des fausses pistes qui vous feront changer d’avis et à des révélations qui ne manqueront pas de vous surprendre.

 

Une dystopie peut-elle être un bon tourne-page ? « 51e Canada 2038 » en est la preuve.

 

Mais c’est aussi beaucoup plus qu’un roman policier efficace. Derrière l’enquête, Hervé Gagnon nous force à réfléchir à ce que pourraient devenir nos sociétés lorsque les repères politiques, sociaux et économiques commencent à se fissurer. Il nous rappelle surtout qu’une démocratie, une société de droit ou un certain équilibre entre les communautés ne sont jamais acquis pour toujours.

 

C’est peut-être là que réside la principale force de ce roman : on peut refermer le livre en se disant que tout cela est invraisemblable… puis se surprendre à penser que certains éléments ne le sont peut-être pas tant que ça.

 

Pour apprécier pleinement « 51e Canada 2038 », il faut donc être prêt à plonger dans un avenir inquiétant. Et avoir envie de se laisser surprendre.

 

Pour ma part, j’en ressors avec une conviction : Hervé Gagnon nous offre un roman aussi efficace qu’inquiétant, qui combine avec intelligence les codes du polar et ceux de la dystopie.

 

Une mention spéciale, enfin, pour la couverture de première de François Vaillancourt, qui ne laissera certainement pas les bouquineuses et les bouquineurs indifférents.

 

À vous maintenant de découvrir jusqu’où Hervé Gagnon a osé pousser son imagination.

 

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Hervé Gagnon est né à La Baie et il détient un doctorat et une maîtrise en histoire ainsi qu'une maîtrise en muséologie. Après avoir enseigné ces deux disciplines dans diverses universités québécoises et travaillé comme muséologue pendant vingt-cinq ans, il se consacre désormais à l'écriture. Hormis le fait d'inventer des thrillers et des polars compliqués (ce qui sera toujours un plaisir, jamais un travail), il aime le whisky, le blues et la guitare. Si vous le cherchez, vous le trouverez dans un petit recoin sombre de l'histoire, en train de débroussailler un petit détail que tout le monde ignore.

 

Je tiens à remercier les éditions Alire pour l’envoi du service de presse.

 

Au Québec, des redevances symboliques me sont versées si vous commandez votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca et le récupérez à la librairie indépendante de votre choix.

 

 

Évaluation :

Pour comprendre les critères pris en compte, il est possible de se référer au menu du site [https://bit.ly/4gFMJHV], qui met l’accent sur les aspects clés du genre littéraire.

 

Intrigue et suspense :

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Originalité :

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Personnages :

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Ambiance et contexte :

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Rythme narratif :

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Cohérence de l'intrigue :

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Style d’écriture :

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Impact émotionnel :

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Développement de la thématique :

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Finale :

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Évaluation globale :

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