Passés composés – Quand la fiction réinvente l’Histoire (Collectif)


Collectif. – Passés composés – Quand la fiction réinvente l’Histoire. – Montréal : Druide, 2025. – 309 pages.

 

 

Recueil de nouvelles

 

 

 

Résumé :

 

Ne vous méprenez pas ! Passés composés n’est pas le titre d’une grammaire ni d’un outil de conjugaison, mais celui d’un recueil de nouvelles. Treize personnages ayant marqué, chacun à sa manière, la grande ou la petite histoire du Québec y sont présentés, à la fois par l’entremise de la fiction, puis dans de courtes biographies. Revivent alors des figures emblématiques, de Frontenac à René Lévesque, en passant par Louis Cyr, Gaby Bernier et Kateri Tekakwitha, ainsi que plusieurs dont le souvenir s’est malheureusement estompé au fil du temps. Grâce à leur créativité et à la pertinence de leur plume, les auteurs et les autrices de ce collectif recomposent le passé de façon à jeter une lumière neuve sur notre présent, et ce, pour notre plus grand plaisir.

 

 

Commentaires :

 

« Passés composés », le neuvième recueil de nouvelles dirigé par Richard Migneault a comme sous-titre « Quand la fiction réinvente l’Histoire ». Après la lecture des 13 textes imaginés par autant d’auteur,e,s, (dont quelques polaristes : personnes qui écrivent des polars, des romans policiers), j’ajouterais que cet ouvrage illustre bien à quel point la fiction peut contribuer à parfaire nos connaissances relatives à notre Histoire collective. Divertir et accomplir une démarche pédagogique qui caractérise le parcours professionnel de Richard Migneault qui a suscité la participation d’écrivain,e,s passionné,es de littérature et des faits qui ont marqué notre passé.

 

En introduction, Richard Migneault nous propose une « chasse au personnage » révélant l’origine de ce projet, en donnant la parole à son personnage. Les manifestations contemporaines de revendications et de solidarités citoyennes et la rébellion des Patriotes en 1837 constituent le trait d’union entre le présent et le passé, objectif de la démarche littéraire dans laquelle s’engageront les lectrices et les lecteurs. Pour découvrir « comment la généalogie a été l’étincelle à l’origine de ce recueil ».


Les textes, à l’exception du premier dans lequel on retrouve quelques redites avec l’introduction, sont présentés par ordre chronologique de l’année de naissance de chacun des personnages tous décédés à l’exception du dernier :

 

Richard Migneault - Arthur Mignault (1865-1937)

 

J.L. Blanchard - La chambre interdite

Louis de Buade, comte de Frontenac (1622-1698)

 

Isabelle Grégoire - Le fils du bourreau

Jean Rattier (1650-1703)

 

Maya Ombasic - Échos et résonances

Kateri Tekakwitha (1656-1680)

 

Guillaume Morrissette - Le fermier qui sauva Trois-Rivières

Antoine Gauthier (1720-1790)

 

Isabelle Picard - Tsawenhohi : la mémoire des promesses

Nicolas Vincent (1811-1844)

 

Steve Laflamme - Leurs pleurs fondus dans le silence

Jean-Louis Légaré (1841-1918)

 

Pierre B. Berthelot - Un tramway nommé Laurier

Herbert Holt (1856-1941)

 

Ghislain Taschereau - Jetons le rocher Percé à la mer !

Louis Cyr (1863-1912)

 

Josée Bournival - Une étoffe de rebelle

Gabrielle Bernier (1901-1976)

 

Joël Bégin - Ainsi te voici donc dans ton pays natal

Jacques Ferron (1921-1985)

 

Karine Vilder - À la prochaine fois

René Lévesque (1922-1987)

 

Catherine Côté - « Nous avons cru un moment »

Jacques Lanctôt (1945-     )

 

Ayant moi-même une formation en histoire, j’ai aimé explorer l’imaginaire éclaté qui se dégage de ces courts textes et découvrir quelques personnages dont j’ignorais l’existence : Arthur Migneault, Antoine Gauthier, Jean-Louis Légaré, Herbert Holt, Gabrielle Bernier).

 

Chaque nouvelle impliquant un protagoniste fictif est complétée de notes biographiques sur son auteur,e, et sur le personnage ayant réellement vécu et d’une brève bibliographie ayant servi à documenter la démarche littéraire. La plupart d’entre elles se terminent par une chute qui nous étonne et qui nous fait sourire (Jean Rattier, Gabrielle Bernier et René Lévesque, par exemple).

 

J’ai beaucoup aimé le texte ayant pour cadre le Château Frontenac et celui qui donne la parole au felquiste Jacques Lanctôt. Quant au scénario fantaisiste de la séparation du Québec imaginé par Ghislain Taschereau et impliquant, entre autres, les hommes forts Louis Cyr et Victor Delamarre, il m’a bien fait rigoler.

 

Dans son rapport en 1838, Lord Durham estimait que les Canadiens français (les Québécois d’aujourd’hui) étaient « un peuple sans histoire et sans littérature ». Le recueil « Passés composés » illustre qu’il avait tort. J’aurais bien aimé impliquer cet infâme personnage dans une nouvelle qui lui aurait cloué le bec.

 

À vous de plonger dans une portion de notre héritage qui a contribué à façonner notre identité en tant que nation francophone d’Amérique.

 

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Richard Migneault termine ses études collégiales en littérature française au Cégep du Vieux Montréal en 1970. Il complète un baccalauréat en enseignement secondaire à l’Université du Québec à Montréal en 1972 et fait une partie de la scolarité de la maîtrise en administration scolaire à l’Université de Sherbrooke, de 1984 à 1986. Il entreprend sa carrière dans le réseau de l’éducation au niveau secondaire comme enseignant en 1972. À partir de 1976, il occupe divers postes de gestionnaire : directeur adjoint, directeur, coordonnateur de l’enseignement général, directeur du service de l’enseignement. À la retraite, passionné de lecture depuis toujours, il s’est recyclé en ambassadeur du polar. Défenseur de la littérature québécoise et se définissant comme un passeur littéraire, il anime le blogue Polar, noir et blanc depuis plus de dix ans et il est derrière la page Facebook Huis clos. Ses projets se démarquent : Mystères à l’école et Les nouveaux mystères à l’école ont respectivement été finalistes aux Prix littéraires des enseignant,e,s de français en 2019 et 2021, catégorie Nouvelles.

 

 

Je tiens à remercier les Éditions Druide pour l’envoi du service de presse.

 

Au Québec, des redevances symboliques me sont versées si vous commandez votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca et le récupérez à la librairie indépendante de votre choix.

 

 

 

Évaluation :

Pour comprendre les critères pris en compte, il est possible de se référer au menu du site [https://bit.ly/4gFMJHV], qui met l’accent sur les aspects clés du genre littéraire.

 

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Morgentaler Avec elles (Michel Viau et Dante Ginevra)


Michel Viau et Dante Ginevra. – Morgentaler  Avec elles. – Montréal : Glénat Québec , 2025. – 192 pages.

 

 

Bande dessinée - Docufiction

 

 

 

 

Résumé :

 

Canada, 1967, l’avortement est un crime passible d’emprisonnement. Chaque année, des centaines de femmes meurent, ou restent mutilées aux mains de charlatans. Le silence se fissure. Le mouvement féministe émerge, réclamant le droit à l’avortement sécuritaire et légal.

 

À Montréal, Henry Morgentaler entend son appel. Ce médecin, militant humaniste et survivant de la Shoah, choisit de défier la loi et commence à pratiquer des avortements dans des conditions médicales rigoureuses. Il est arrêté. S’ouvrent alors 15 années de lutte juridique, de procès spectaculaires et de mobilisation sociale.

 

Soutenu par les militantes, confronté à l’État et à la prison, Morgentaler deviendra malgré lui une figure centrale d’un combat historique, celui du libre choix des femmes à disposer de leur corps.

 

 

Commentaires :

 

Je connaissais les à-côtés de ce qu’il était convenu d’appeler à l’époque « l’affaire Morgentaler ». Mais, après avoir lu « Morgentaler Avec elles », j’ai appris en détail tous les tenants et aboutissants de la démarche conjointe du médecin et de groupes de femmes, incluant quelques hommes, qui ont mené à la légalisation non seulement des avortements sécuritaires, mais également des moyens de contraception.

 

La docufiction de Michel Viau, brillamment illustrée par Dante Ginevra est d’abord et avant tout un ouvrage pédagogique facile d’accès et très documenté. Elle permet de mettre en lumière une période de notre histoire au cours de laquelle les femmes se sont approprié le droit de décider pour elles-mêmes, en lutte contre des politiciens (les Créditistes avec Réal Caouette, Gilbert Rondeau et Camille Samson, les libéraux Jérôme Choquette et Claude Castonguay, des médecins, certains membres du Barreau du Québec et des artistes à l’esprit obtus (Marie-Josée Longchamp du Mouvement naturiste social). Confrontées à une loi canadienne encadrant l’avortement adoptée en 1869 dont ses articles ont été inscrits dans le Code criminel de 1892, toujours en vigueur en 1967 et qui déclarait, entre autres :

 

« Est coupable d’un acte criminel et passible de l’emprisonnement à perpétuité, celui qui cause la mort d’un enfant qui n’est pas devenu un être humain ».

 

En s’appuyant des témoignages publiés sur le sujet, l’auteur a habilement entremêlé « personnages réels et fictifs. Les réflexions du docteur Morgentaler sont extraites de diverses entrevues qu’il a accordées au fil des ans. Ces propos ont parfois été légèrement adaptés pour les besoins. »

 

Dès le premier chapitre, on apprend dans une déclaration à la Chambre des Communes à Ottawa, en avril 1967 que « 800 canadiennes meurent chaque année à la suite d’un avortement clandestin effectué dans des conditions indignes et inhumaines ». Et que le docteur Mongentaler rencontre en octobre de la même année les membres du Comité permanent de la santé et du bien-être social pour réclamer des changements à la loi mentionnant « qu’environ 100 000 Canadiennes se font avorter illégalement ».

 



S’ensuit la description de l’acharnement des groupes pro-vie, des gouvernements tant canadiens que québécois contre celui qui était d’origine juive, né en 1923 dans le ghetto de Lodz en Pologne, avait survécu aux camps d’extermination d’Auschwitz et de Dachau et avait émigré au Canada en 1950. Lui qui a décidé d’aller au bout de ses convictions humanistes en défiant la loi dans sa clinique de Tétreauville.

 



Obtenant l’appui de plusieurs groupes de soutien au Canada et aux États-Unis et d’individus (Dr Serge Mongeau, Dr. Augustin Roy,  Lise Payette, Luce Guilbeault...).

 

Procès, condamnations, emprisonnement, libérations sous caution, appel en Cour suprême, nouveau procès... jusqu’à un acquittement en septembre 1976. En novembre 1976, après l’élection du Parti québécois, le nouveau ministre de la Justice, Marc-André Bédard annoncera « l’abandon de toutes les accusations contre le Dr Morgentaler et les autres médecins qui pratiquent des avortements ». Une victoire pour Henry Henekh Morgentaler et pour Elles. Décédé en mai 2013, fier d’avoir osé faire quelque chose de sa vie.

 


On y apprend également l’édition en 1968 d’un « Birth Control Handbook », une initiative de l’Association étudiante de l’Université McGill plusieurs fois rééditée et publiée en français une fois la Loi modifiant le droit pénal adoptée en 1969 par la Chambre des Communes à l’initiative du gouvernement de Pierre Eliot Trudeau. Un guide qui a été diffusé au Canada et aux États-Unis en plusieurs centaines de milliers d’exemplaires.

 

Vous devez absolument lire et faire lire cette BD à vos ados, garçons et filles, qui est complétée par un « cahier documentaire » illustré préparé par la journaliste, éditrice et auteure Catherine Girouard. Cette annexe présente un certain nombre de personnes qui « ont connu le médecin de près ou de loin », qui « ont milité, soigné ou témoigné » ou qui ont « demandé, exigé ou défendu le droit à l’avortement ». Ces « témoignages offrent un éclairage pluriel sur l’impact du travail de Morgentaler, les tensions qu’il a soulevées et les transformations sociales auxquelles il a contribué ».

 

L’ouvrage est complété par deux chronologies : une intitulée « Morgentaler en quelques dates » 1923 à 2013 et une autre énonçant la liste des projets de loi qui ont été déposés à la Chambre des Communes de 1987 à 2023. Auxquelles s’ajoute une bibliographie très complète : monographies, sites web et documents audiovisuels.

 

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Historien de la bande dessinée, directeur de collection, scénariste, enseignant et écrivain québécois, Michel Viau a publié plus d’une vingtaine d’ouvrages.  Depuis 2019, il signe des scénarios inspirés d'affaires criminelles québécoises : L'affaire Delorme (dessins Grégoire Mabit) sur une célèbre cause judiciaire québécoise qui opposa le détective Georges Farah-Lajoie à l'abbé Adélard Delorme accusé d'avoir tué son propre frère ; Blass : Le chat sur un toit brûlant (dessins de Jocelyn Bonnier) sur le gangster Richard Blass ; Havana Connection (dessins de Djibril Morissette-Phan) qui met en scène le narcotrafiquant Lucien Rivard lors de la révolution cubaine. .

 

Caricaturiste, illustrateur, Dante Ginevra a commencé sa carrière entre le design et les illustrations publicitaires, le graphisme et l'animation dans les médias audiovisuels et la bande dessinée, qu'il n'a cessé de publier depuis 2000 en Argentine, en Uruguay, en France, en Espagne, en Angleterre et aux États-Unis. Notamment : Tacuara (2023) ; Les Rufians (2021) ; La Malédiction de l'Immortel (2018) ; Le Dégoût (2013) ; Los Dueños de la Tierra (2010) ; El Muertero Zabaletta (2008) ; Entreactos (2004). Il a également publié des bandes dessinées dans le magazine italien Lanciostory, le magazine espagnol Cthulhu, le magazine argentin Fierro et l'agence de presse argentine Élam. Il publie continuellement des romans graphiques pour jeunes adultes pour Capstone Press. Il a enseigné à l'Université de Palerme et à l'école Da Vinci de Buenos Aires. Il a été directeur artistique du studio argentin Untref Media et a travaillé au studio d'animation Mundoloco dans le même pays.

 

 

Je tiens à remercier les éditions Glénat pour l’envoi du service de presse.

 

Au Québec, des redevances symboliques me sont versées si vous commandez votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca et le récupérez à la librairie indépendante de votre choix.

 

 

 

Évaluation :

Pour comprendre les critères pris en compte, il est possible de se référer au menu du site [https://bit.ly/4gFMJHV], qui met l’accent sur les aspects clés du genre littéraire.

 

Originalité :

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Ambiance et contexte :

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Impact émotionnel :

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Le Roi des cendres (S. A. Cosby)


S. A. Cosby. – Le Roi des cendres. – Paris : Sonatine, 2025. – 406 pages.

 

 

Thriller

 

 

 

Résumé :

 

Roman est à la tête d'une entreprise de gestion de patrimoine florissante à Atlanta. Quand il apprend que son père a été victime d'un accident de la route, il décide de revenir à Jefferson Run, la petite ville de Virginie où il a grandi. Il sait qu'il va y être confronté à quelques souvenirs qu'il a tout fait pour oublier : la mystérieuse disparition de sa mère, dont il ne s'est jamais remis ; l'entreprise de pompes funèbres de son père, ses odeurs de mort et de cendres, qu'il n'a jamais supportées. Il y retrouve sa sœur et son frère, qu'il culpabilise toujours d'avoir abandonnés le jour où il a fui Jefferson Run. Cet ancien fleuron industriel de l'État est aujourd'hui devenu une ville en perdition, gangrenée par la pauvreté, la drogue et une violence extrême. Lorsqu'il apprend que son frère Dante est impliqué dans une affaire criminelle, Roman veut tout faire pour l'aider. Il va alors subir de plein fouet la réalité désastreuse de l'Amérique, où une nouvelle génération, sans aucun scrupule et prête à tout, tient désormais les rues. Et il n'est pas au bout de ses surprises : comme dans toute famille qui se respecte, tout le monde cache des choses. Son père a-t-il vraiment été victime d'un accident de la route ? Et la disparition de sa mère est-elle vraiment aussi mystérieuse que tout le monde le croit ?

 

Commentaires :

 

Les thrillers qui sortent de l’ordinaire nous gardent en haleine et nous surprennent. Dans ce roman, il faut franchir 90% du récit pour que la vérité éclate en quelques paragraphes. J’ai beaucoup aimé et vous recommande sans réserve « Le Roi des cendres » de Shawn A. Cosby, un auteur américain que je viens de découvrir. Les commentaires élogieux de Dennis Lehane, du Washington Post et de Michael Connelly, reproduits sur le rabat de la quatrième de couverture, sont tout à fait appropriés.

 

« Le roi des cendres », dont la signification du titre est dévoilée à la fin du deuxième chapitre, est une tragédie criminelle qui transcende le simple roman à suspense pour atteindre une véritable intensité tragique. Ce roman n’est pas seulement un récit criminel efficace : c’est une incursion méthodique dans la violence sociale, la loyauté familiale et l’impossibilité d’échapper à son destin.

 

Dès les premières pages, le ton est donné : nous sommes dans un Sud américain étouffant, où la dette morale pèse plus lourd que la dette financière, et où la famille peut devenir à la fois refuge et condamnation.

 

L’intrigue repose sur une mécanique implacable : un homme est contraint de replonger dans un univers criminel qu’il croyait avoir quitté, pour protéger les siens. Chaque décision qu’il prend entraîne une conséquence plus grave que la précédente. Plus le protagoniste tente de limiter les dégâts, plus il s’enfonce. Tout au long du récit, S. A. Cosby entretient un suspense qui monte en crescendo dramatique parfaitement maîtrisé : l’anticipation anxieuse du moment où tout bascule l’emporte sur le dénouement lui-même impossible à deviner. Le tout sans effets spectaculaires gratuits dans ce scénario où le lecteur sent très bien qu’aucune issue heureuse n’est véritablement possible.

 

Une des grandes forces de cette fiction réside dans la dimension psychologique des personnages. Le protagoniste, Roman Carruthers, n’est ni un héros ni un antihéros : c’est un homme déchiré et moralement tiraillé entre ses ambitions personnelles et sa loyauté familiale.

 

Les personnages secondaires (frère, sœur, adversaires...) possèdent leurs propres logiques qui rendent compréhensible, sinon excusable, la violence qu’ils incarnent. Il en résulte une galerie humaine d’une grande densité, où les rapports familiaux sont assortis de rivalités fraternelles, de fierté, de rancœur, d’amour oppressant.

 

J’ai été séduit par l’écriture très imagée de Cosby, teintée parfois d’élans lyriques inattendus et dont le style que qualifient certains critiques est empreint d'une culture orale afro-américaine. Probablement davantage  en anglais, parce que la traduction en France nous impose les tics de langage de l’heure dans l’Hexagone avec ses nombreux « du coup »dans la narration.

 

J’ai toutefois noté ces quelques extraits parmi tant d’autres :

 

« ... un gangster, c’est rien de plus qu’un PDG de la rue. »

 

« Un monstre, c’est juste un animal dont on n’a pas encore compris le fonctionnement. »

 

« ... comme tous les lampadaires étaient orientés vers les rails, il y faisait toujours aussi noir que dans le cœur d’un politicien. »

 

« Parfois, l’homme qui porte la couronne n’est pas celui qui est censé être roi. »

 

« Une fine pluie arrosait la ville, comme si le ciel pleurait sur le sang qui avait été versé pendant la journée. »

 

« ... les nuages gris encombraient le ciel et semblaient vouloir empêcher le soleil de se lever. »

 

Les dialogues sont directs, crédibles et souvent chargés d’une tension qui en dit plus long que les descriptions.

 

Dans « Le Roi des cendres », l’environnement social, économique et racial façonne le cheminement des personnages. Certaines scènes frappent par leur intensité visuelle et émotionnelle. L’auteur fait passer le lecteur dans toute la gamme d’émotions allant de séquences brèves et explosives suivies de moments plus introspectifs où la culpabilité et la peur s’installent.

 

Ce roman noir intense et profondément humain est remarquablement efficace. Il est difficile d’en reporter la poursuite de la lecture. Une lecture que je recommande sans réserve aux amateurs exigeants de ce genre littéraire et aux lecteurs qui apprécient les récits où la violence, bien qu'omniprésente, n’est jamais gratuite, mais toujours signifiante.

 

* * * * *

 

S. A. Cosby grandit en milieu rural à proximité de Richmond, ancienne capitale de la Confédération sudiste, en Virginie. Issu d’une famille pauvre – il n'y avait pas d'eau courante chez eux avant ses 16 ans – , un de ses oncles lui a fait découvrir des auteurs de romans policiers comme Raymond Chandler et John D. MacDonald. Il a fait des études à l'université Christopher Newport. Il est marié à Kimberly Redmond Cosby, directrice d'un funérarium qui a très certainement influencé l’écriture de ce roman.

 

Pour le Los Angeles Times, S. A. Cosby se distingue par sa description détaillée du « New South ». Ses romans comportent beaucoup de scènes violentes, ce que l'auteur explique par son goût pour « la viscéralité de la violence », le fait que « la souffrance et la violence sont universelles ».

Depuis 2015, il a publié des nouvelles et cinq autres romans dont trois ont été traduits en français. Il a été finaliste et récipiendaire de nombreux prix littéraires.

 

 

Je tiens à remercier les éditions Sonatine pour l’envoi du service de presse.

 

Au Québec, des redevances symboliques me sont versées si vous commandez votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca et le récupérez à la librairie indépendante de votre choix.

 

 

 

Évaluation :

Pour comprendre les critères pris en compte, il est possible de se référer au menu du site [https://bit.ly/4gFMJHV], qui met l’accent sur les aspects clés du genre littéraire.

 

Intrigue et suspense :

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Originalité :

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Personnages :

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Ambiance et contexte :

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Rythme narratif :

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Cohérence de l'intrigue :

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Style d’écriture :

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Impact émotionnel :

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Développement de la thématique :

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Finale :

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