Johanne Seymour. – Alertes – La face cachée du meurtre de Marilou Magloire. – Montréal : Libre Expression, 2026. – 300 pages.
Polar
Résumé :
Coup sur coup, les membres de l’Escouade
Cerbère sont confrontés à des enquêtes qui les troublent profondément.
D’abord sur le plan personnel quand, quatre
ans après la mort de la sœur du sergent Renaud Magloire, de nouvelles
révélations font vaciller les certitudes sur le meurtre de Marilou.
L’affaire Magloire n’était-elle que la pointe
d’un iceberg ?
Puis un dossier délicat aux rebondissements
tragiques, la disparition de la jeune Faduna Hus-sein Ali, garde l’escouade en
haleine jusqu’à son dénouement.
Face à ces enquêtes entremêlées, une question
obsédante s’impose : quel sort notre société réserve-t-elle aux femmes ?
Commentaires :
Généralement, c'est un roman qui inspire une
adaptation cinématographique ou une télésérie. Avec « Alertes », le processus est inversé. Johanne Seymour définit
son polar de « novellisation de
l’œuvre télévisuelle de Julie Hivon » dont l’action « se situe temporellement entre les troisième
et quatrième saisons de la série ». Une production du réseau québécois
TVA qui compte 140 épisodes diffusés de 2021 à
2026.
Particularité intéressante : la
couverture de première réalisée par Grace Cheong, à partir d’une photographie
d’Ève B. Lavoie, des acteurs de la production nous permet de visualiser
l’apparence physique de six des principaux personnages composant l’Escouade
Cerbère de la « Sécurité du Québec » :
De gauche à droite : Dominic Lacroix, Stéphanie Duquette, Renaud Magloire, Lily-Rose Bernard, Guillaume Pelletier et Frédéric Lamontagne
Il existe des thrillers qui misent sur une
succession de rebondissements spectaculaires, tandis que d'autres préfèrent
installer l’action progressivement jusqu'à rendre le danger omniprésent. Avec « Alertes », Johanne Seymour excelle
dans cette seconde catégorie. Elle construit un suspense entretenu, un
développement méthodique, où chaque nouvel événement contribue à alimenter la
tension dramatique en croissance jusqu’à la chute finale.
Dès les premières pages, le lecteur comprend
qu'il est entraîné dans deux intrigues où plusieurs trajectoires finiront par
se rejoindre. L'auteure prend le temps de présenter ses personnages – celles et
ceux qui ont suivi la télésérie retrouveront plus rapidement leurs points de
repère – et les enjeux qui les concernent, sans affecter le rythme du récit.
Cette construction, à la fois rigoureuse et fluide, permet de maintenir
l'intérêt tout au long de la lecture, au point d'en faire un véritable
tourne-page que j'ai dévoré en quelques heures.
L'une des grandes forces de ce polar réside
dans sa crédibilité, tant de l’action que des personnages principaux et
secondaires. Johanne Seymour s'appuie sur une connaissance manifeste des
réalités policières et des mécanismes de gestion de crise. Cette recherche de
réalisme donne tout son sens à l'intrigue et renforce l'impression que les
événements pourraient très bien se produire dans notre quotidien.
« Alertes »
s’inscrit dans la lignée de ces thrillers qui donnent une place aux enjeux
sociaux qui alimentent leurs intrigues. Johanne Seymour y aborde des réalités
contemporaines sensibles comme l'immigration, l'intégration et le difficile
équilibre entre le respect des traditions culturelles et la protection des
droits fondamentaux. Elle ne cherche pas à imposer une vision, mais à montrer
toute la complexité de situations où les repères moraux ne sont jamais aussi
simples qu'ils le paraissent.
Le titre du roman – quoique le sous-titre suggère
ne traiter qu’exclusivement du meurtre de Marilou Magloire – prend tout son
sens au fil de la lecture. Les « alertes »
sont multiples : celle déclenchée par la disparition d'une enfant, mais aussi
celles que soulèvent les violences faites aux femmes, les crimes sexuels, les
mutilations génitales féminines, les traumatismes qui traversent les familles
immigrantes et, jusqu’à un certain point, les limites des institutions appelées
à intervenir. En tissant ces différents enjeux à son intrigue policière,
Johanne Seymour rappelle que le polar peut se faire révélateur de certains côtés
sombres de notre société sans jamais perdre sa vocation première : captiver le
lecteur.
Au-delà de l'enquête policière, Johanne
Seymour s'intéresse aussi aux êtres humains placés sous une pression extrême.
Les membres de l'Escouade Cerbère ne sont pas de simples enquêteurs efficaces :
ils doutent, se trompent, portent le poids de leurs décisions et doivent
concilier leurs responsabilités professionnelles avec leur propre
vulnérabilité. Cette dimension humaine confère une profondeur supplémentaire au
récit.
Le style de Johanne Seymour est sobre et
efficace. Elle maîtrise une écriture directe qui laisse toute la place à
l'évolution de l'intrigue. Les 62 courts chapitres contribuent également à
maintenir un rythme soutenu et invitent constamment à poursuivre la lecture.
En définitive, Alertes confirme le talent de
Johanne Seymour pour élaborer des thrillers solidement construits, où la
crédibilité des situations importe autant que l'efficacité du suspense. Il
s'agit d'un roman qui séduira les amateurs d'intrigues policières réalistes, de
personnages bien campés et de tension psychologique plus que de spectaculaire.
Deux passages ont particulièrement retenu mon
attention :
« La catharsis. Vivre l’horreur à travers un
livre [...], bien au chaud dans son
salon, à l’abri du mal extérieur. Ça nous libère de nos angoisses. »
Et celui-ci sur les prisonniers célèbres qui
sont ou ont été hébergés au centre de détention Archambault à
Sainte-Anne-des-Plaines :
« ...
les tueurs en série Clifford Olson, Karla
Homolka et Luka Rocco Magnotta, mais également le chef des Hells Angels Mom
Boucher et Valery Fabrikant, le meurtrier de quatre enseignants de l’Université
Concodia. »
Avec « Alertes », Johanne Seymour signe un thriller aussi captivant
que pertinent. L'intrigue est solidement construite, les personnages possèdent
une véritable épaisseur psychologique et les thèmes abordés confèrent au récit
une portée qui dépasse largement la simple enquête policière. En refermant ce
roman, le lecteur conserve certes le souvenir d'un suspense efficace, mais
également celui d'une réflexion nuancée sur certaines réalités de notre époque.
L’épilogue se terminant par ces statistiques :
« En 2023, au Québec, soixante-seize pour cent
des victimes d’agressions contre la personne en contexte conjugal étaient des
femmes et quatre-vingt-six pour cent des victimes d’infractions sexuelles
déclarées étaient également des femmes. »
N'ayant jamais regardé un seul épisode de la
télésérie, je craignais d'être désavantagé. Il n'en fut rien. J’ai abordé ce
roman avec une certaine curiosité. Les novellisations inspirées de séries
télévisées se contentent parfois de transposer un univers déjà connu. Johanne
Seymour a évité cet écueil.
Une lecture que je recommande sans hésitation
aux amateurs de polars intelligents et profondément humains.
* * * * *
Johanne Seymour est comédienne, scénariste, metteure en scène, réalisatrice et romancière. Elle a publié son premier roman en 2005, Le Cri du cerf, scénarisé et adapté en minisérie télévisée en 2016 par l’auteure, met en vedette Kate McDougall, sa détective fétiche. Cette première enquête et les quatre autres qui ont suivi ont été, tour à tour, finalistes au Prix de la relève Archambault, au Grand Prix Archambault, au prix Saint-Pacôme ainsi qu'au prix Arthur Ellis.
Elle a aussi écrit Wildwood, un roman d'apprentissage sur fond noir ainsi que Rinzen et l'homme perdu, finaliste au
prix Arthur Ellis 2017 du meilleur roman policier de langue française. Rinzen, la beauté intérieure, le
deuxième opus de la série Gyatso, paru à l'automne 2018, a été finaliste au
prix Arthur Ellis 2019 du meilleur roman policier de langue française ainsi
qu'au prix Saint-Pacôme 2019 du meilleur roman policier.
Johanne Seymour est également la fondatrice
du festival international de littérature policière Les Printemps meurtriers de Knowlton qui s’est déroulé de 2012 à
2016. Le festival dont on parle encore et qui a laissé d’excellents souvenirs
aux auteur,e,s qui ont eu la chance de participer.
Je tiens à remercier les éditions Libre Expression pour l’envoi du
service de presse.
Au Québec, des redevances symboliques me sont
versées si vous commandez votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca et le récupérez à la
librairie indépendante de votre choix.
Évaluation :
Pour
comprendre les critères pris en compte, il est possible de se référer au menu
du site [https://bit.ly/4gFMJHV],
qui met l’accent sur les aspects clés du
genre littéraire.
Intrigue et suspense
:
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Originalité :
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Personnages
:
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Ambiance
et contexte :
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Rythme
narratif :
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Cohérence
de l'intrigue :
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Style
d’écriture :
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Impact
émotionnel :
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Développement
de la thématique :
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Finale
:
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Évaluation globale :
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