Alexandre Vézina. – Le Phénix des affaires. – Boucherville : Béliveau, 2025. – 385 pages.
Thriller
Résumé :
Et s’il fallait plonger dans les ténèbres
pour espérer revoir la lumière ?
Jean-François Savard avait tout : une
entreprise florissante, une maison somptueuse, une vie qu’on envie. Mais, dans
le monde sans pitié des affaires, l’ascension est souvent suivie d’une chute
brutale. Aujourd’hui relégué au rôle de consultant dans une région tranquille
de Portneuf, il survit plus qu’il ne vit, porté par une amertume discrète et
une certitude glaçante : le succès n’est qu’un masque.
Mais quand l’un de ses clients, dirigeant
d’une importante entreprise manufacturière, se suicide dans des circonstances troublantes,
Jean-François accepte, à contrecœur, de reprendre les rênes. Ce qui semblait
n’être qu’un mandat de redressement financier se transforme vite en cauchemar.
Mensonges comptables, alliances toxiques,
menaces silencieuses : l’entreprise cache bien plus que des dettes. Tandis que
le piège se referme, Jean-François se retrouve au cœur d’une spirale de
trahisons, de manipulations et de jeux de pouvoir, où le monde des affaires
flirte dangereusement avec celui du crime organisé. Pour survivre, il devra
affronter non seulement les ennemis de l’extérieur, mais surtout les fantômes
d’un passé qu’il croyait enfoui. Dans « Le Phénix des affaires », chaque décision peut être fatale,
chaque vérité, un risque de trop. Et si renaître signifiait perdre tout ce qu’on
croyait être ?
Commentaires :
Avec « Le phénix des affaires », Alexandre Vézina propose un premier roman
hybride qui oscille entre fiction et transmission de savoir-faire. Présenté
comme un thriller, le livre est à la limite des codes du genre pour privilégier
une immersion dans le processus de redressement d’une entreprise, domaine où
l’auteur démontre une expertise indéniable.
Le point de départ laisse entrevoir une
intrigue à potentiel : un contexte de crise, des enjeux importants, la promesse
d’une tension dramatique à la suite de la mort d’un chef d’entreprise :
« ... de l'argent a disparu de l'entreprise.
Je pense qu'il y a du vol à l'interne, ou un déplacement d'argent sans trace.
Est-ce que quelque chose est payé au noir ? Est-ce que Martin ou certains
employés sont derrière tout ça ? J'ai remarqué que les ferrailleurs achètent
moins de résidus de métal que d'habitude. Ça crée un trou dans les revenus,
mais ça n'explique pas tout. De plus, les dépenses de la firme de sécurité ont
explosé. Est-ce que Martin avait peur de quelqu'un ? Il me donnait chaque mois
les papiers de comptabilité en main propre. On doit regarder les relevés
bancaires. C'est la seule façon de savoir si Martin a pris cet argent sans le
comptabiliser.»
Pourtant, au fil des pages, le suspense qui
caractérise cette littérature de genre demeure relativement en retrait, au
profit d’une approche didactique centrée sur les mécanismes de gestion, de
leadership et de restructuration organisationnelle.
Les lecteurs à la recherche d’un tourne-page
risquent de rester sur leur faim. La tension narrative est présente, mais elle
ne se développe jamais pleinement. On ne ressent ni urgence marquée, ni danger
imminent, ni cette pression constante qui caractérise habituellement le genre.
Le récit emprunte certains codes du thriller,
mais sans en exploiter toute la portée. Il en résulte une lecture plus calme,
plus réflexive, où les enjeux sont davantage professionnels que dramatiques. On
est ici dans un thriller léger, où l’intérêt repose moins sur le suspense que
sur la compréhension des situations.
Là où le livre trouve véritablement sa force,
c’est dans la qualité de son contenu lié au monde des affaires. Sur ce plan,
Alexandre Vézina démontre clairement qu’il maîtrise son sujet.
Les deux tiers du roman mettent en scène, de
manière détaillée, les étapes d’un redressement d’entreprise : diagnostic,
prise de décision, gestion des équipes, repositionnement stratégique. Le tout
est présenté de façon structurée, accessible et crédible. Ce qui, pour ma part,
n’était pas sans intérêt : ayant été entrepreneur dans une autre vie, j’aurais
sans doute bénéficié de ce type de conseils.
La différence entre un entrepreneur et un
travailleur autonome :
« ... être propriétaire d'une compagnie et un
travailleur autonome sont deux choses différentes. [...] un entrepreneur est un individu à la tête
d'un commerce qui a une vision, une mission, des valeurs et qui met en place
les bons processus pour travailler en cohérence avec cet idéal. Il canalise ses
efforts et ses ressources pour atteindre ses objectifs. Il bâtit quelque chose
de plus grand que lui tout en tentant d'en assurer la pérennité. Il crée de la
richesse. Tandis qu'un travailleur autonome travaille pour quelques clients en
ayant comme objectif de se sortir un salaire adéquat et vivre sa vie comme il
l'entend. Ce n'est pas une question du nombre d'employés géré, ça, c'est un
choix de modèle d'affaires. »
La mise en place d’une « prime à l’urgence » :
« ... c'est une façon de prévoir l'imprévu. Ça
nous donne une marge de manœuvre dans la réalisation et assure qu'on optimise
nos revenus lorsque les clients demandent des urgences. Il faut établir
premièrement un standard de mise en production. Quel est le délai moyen entre
une commande confirmée et la mise en production ? »
Le concept de « hangaround » :
« ... consiste à tourner autour de la personne
que tu veux atteindre. Tu commences par suivre leur [sic] activité sur LinkedIn. Tu likes leurs [sic] publications, tu les commentes, toujours de manière professionnelle.
Petit à petit, tu deviens une présence familière. »
La technique des trois B et les effets de
levier :
« Le premier B, c'est Build. Tu construis quelque chose avec tes
propres ressources, que ce soit un produit, une équipe, ou même des bureaux. Le
deuxième, c'est Borrow. Tu empruntes
des ressources, tu fais des partenariats, ou tu loues ce dont tu as besoin. Le
dernier, c'est Buy. Tu achètes une
solution clé en main, une entreprise, une technologie.
[...]
Prenons un exemple
simple. Disons que tes bureaux sont devenus trop petits. Option Build : tu construis tes propres locaux. Option Borrow : tu loues un espace temporaire. Option Buy : tu achètes un bâtiment existant. »
Les outils pour produire un diagnostic
organisationnel en béton :
« J'ai utilisé tout l'attirail : FFOM, PESTEL,
les fameuses « cinq forces de Porter». J'ai analysé la concurrence, les
faiblesses internes, les tendances externes, et j'ai même proposé un plan
d'action en trois axes : augmenter le cashflow à court terme, améliorer la
productivité, et réduire les frais fixes. En gros, j'ai fait le boulot d'un
vrai pro. Mes honoraires sont largement mérités. »
La sous-traitance, la chaîne alimentaire des
affaires en action :
« Tout ce qui ne fait pas partie de nos zones
d'excellence sera sous-traité. Il y a aussi la fabrication de certaines menues
pièces qui seront aussi déléguées à l'externe à de plus petites entreprises de
la région. Même logique. Au lieu de payer immédiatement la matière première et
les employés, je vais refiler le problème à un plus petit qui a soif de
contrats. On va financer une partie de nos liquidités sur leurs dos à moins
qu'ils nous offrent 5% de réduction s'ils désirent être payés plus rapidement.
La chaîne alimentaire
des affaires en action. Les plus gros dictent les règles du jeu aux plus petits
joueurs. Sinon, tant pis! On passe au prochain qui est prêt à baisser les
culottes pour avoir l'ouvrage à la place de l'autre. »
On sent que l’auteur s’appuie sur une
expérience concrète. Cette dimension donne au roman une valeur particulière :
celle d’un récit qui transmet un savoir, presque comme un cas pratique mis en
fiction. À ce titre, le livre pourra intéresser les lecteurs sensibles aux
enjeux de gestion, d’entrepreneuriat et de leadership.
Le roman se distingue également par
l’intégration de séquences oniriques ou fantastiques qui viennent ponctuer le
récit. Ces passages, les rêves/cauchemars du protagoniste, apportent une
certaine originalité, mais créent aussi une rupture de ton avec les parties
plus réalistes.
Cette alternance entre fiction
professionnelle très ancrée dans le réel et moments plus symboliques peut
surprendre. Selon la sensibilité du lecteur, elle sera perçue soit comme un
enrichissement du propos, soit comme un élément qui nuit à la fluidité de
l’ensemble.
L’intérêt du roman varie selon les sections.
Les passages liés au redressement d’entreprise sont solides et convaincants. À
l’inverse, l’intrigue proprement dite peine à maintenir une tension constante.
On a par moments l’impression de lire un
essai déguisé en roman, ce qui n’est pas un défaut en soi, mais oriente
clairement l’expérience de lecture. L’engagement du lecteur devient alors plus
intellectuel qu’émotionnel.
Deux scènes m’ont fait sourire, me rappelant
des expériences comparables.
Celle à la caisse populaire de Pont-Rouge :
« — Bonjour, Monsieur ! Que puis-je faire pour
vous aujourd'hui ? me lance la caissière, avec un sourire professionnel qui me fait
regretter d'être ici.
Je m'avance vers
elle.
— J'ai un chèque à
déposer, s'il vous plaît.
— Vous savez que vous
pouvez utiliser les guichets automatiques pour ça ?
—
Je suis allergique
aux guichets.
Elle hausse un
sourcil, puis me demande d'insérer ma carte dans le lecteur. J’obéis, entre mon
NIP et signe le chèque avant de le lui remettre.
— Aimeriez-vous
retirer de l'argent, Monsieur Savard ?
—
Oui, je vais prendre
5 000 $.
— Désolée, vous ne
pouvez encaisser que 1000 $. Le reste du montant est gelé pendant 7 jours.
—
Sérieux? C'est quoi
ce bordel ?
— Ce sont les
procédures standards pour un dépôt de chèque. Si vous aviez reçu un transfert
bancaire, il n'y aurait pas de délai. Je vous recommande d'en faire la demande
pour vos futurs paiements. »
Et celle chez le concessionnaire Mercedes-Benz
de Lévis :
« Je franchis les portes vitrées du
concessionnaire, en jetant un coup d'œil autour. L'endroit n'a pas changé.
Toujours cette ambiance impersonnelle, avec ses colonnes noires qui me font
penser à un temple grec. Un temple dédié à Hermès, le dieu des voyageurs, des
voleurs, et des... morts. Ça me semble tout à fait approprié.
— Bonjour, monsieur.
Vous êtes perdu ?
La réceptionniste me
dévisage. Je regarde rapidement mes vêtements : des espadrilles usées, un jean
noir déchiré aux genoux, t-shirt de Nirvana, celui avec l'émoji jaune tirant la
langue, blouson de cuir. Rien d'exceptionnel. C'est quoi son problème ?
— Pardon ?
—
Que puis-je pour vous, monsieur ?
— J’ai besoin d'un
nouveau char. Est-ce que Christopher Durand est là ?
— Aviez-vous un
rendez-vous ?
— Euh, non. Ça n'a
jamais été un problème avant. Il est là, oui ou non ?
— Il est occupé pour
l'instant, mais je peux prendre vos coordonnées et il vous rappellera plus tard
dans la journée.
Un rire sarcastique
m'échappe.
— Non merci, je vais
l'attendre.
Je commence à faire
le tour des voitures dans la salle d’exposition. Les conseillers passent près
de moi sans un mot. C'est comme si je n'existais pas, comme si je n'étais plus
qu'une ombre dans ce temple luxueux. Après quinze minutes de ce petit manège,
j'en ai assez. Je sens la colère monter.
— Eille ! Personne
veut me vendre un char ici ?
Tous les regards se
tournent vers moi. Malaise. Je les ai peut-être surpris avec mon ton un peu
trop fort.
— Ça fait quatre
chars que j'achète ici. Où est Christopher ?
Un homme d'une cinquantaine
d'années apparaît soudainement. Costume bleu marine, cravate assortie, chemise
blanche bien repassée. Il me tend une bouteille d'eau en guise de bienvenue. »
L’un des éléments les plus inattendus du
roman demeure sa conclusion qui vient apporter un éclairage étonnant sur
l’ensemble du récit. Elle donne une certaine cohérence rétrospective à certains
éléments du récit.
Au final, « Le phénix des affaires » est un roman atypique, qui séduit
davantage par la richesse de son contenu et l’expertise de son auteur que par
son intensité dramatique. Plus proche du récit de transmission de connaissances
que du thriller pur, il propose une lecture intéressante, dont l’appréciation
dépendra largement des attentes des lectrices et des lecteurs. Comme il s’agit
d’un premier roman, les prochains risquent d’être meilleurs.
Je recommande ce livre aux lectrices et aux lecteurs
intéressé,es par le monde des affaires, le leadership et le redressement
d’entreprise ainsi qu’à celles et ceux qui apprécient les romans hybrides, à
mi-chemin entre fiction et réflexion.
En revanche, les amateurs de thrillers
tendus, axés sur le suspense et l’adrénaline, risquent de rester sur leur
appétit.
En passant, une révision plus rigoureuse du
manuscrit de la part de l’éditeur aurait permis d’éliminer plusieurs coquilles
et supprimer un paragraphe en double à la page 65. De plus, en ce qui concerne
la mise en page, les documents ou les textes cités aux pages 30, 171, 174 et
330 auraient dû être isolés de la narration par l’emploi de fontes différentes,
italiques, voire sur fond tramé.
* * * * *
Alexandre Vézina est stratège entrepreneurial, mentor, conférencier et auteur. Depuis 2007, Alexandre Vézina a accompagné et conseillé des milliers d’entrepreneurs pour les aider à améliorer leur situation en plus de les outiller au quotidien à faire face à leurs défis en affaires.
À travers sa propre expérience comme
entrepreneur et grâce à ses collaborations étroites avec de nombreuses
organisations en développement économique, Alexandre a développé une expertise
reconnue pour accompagner les entrepreneurs. Avide des meilleures pratiques,
des découvertes et des tendances mondiales en management, Alexandre s’applique,
par des moyens très concrets, à transmettre les meilleures astuces aux
entrepreneurs afin que ces derniers puissent prendre des décisions éclairées et
poser les bons gestes en affaires.
Pour conseiller ses clients, Alexandre
utilise une approche pratico-pratique et des méthodes originales adaptées à la
réalité vécue par chaque entrepreneur. Tous les entrepreneurs qu’il a
accompagnés vous parleront de sa franchise redoutable. Alexandre outille ses
clients dans leur croissance avec ce qu’il y a de plus précieux : en leur
donnant l’heure juste.
Il est l’auteur de plusieurs livres et
recueils entrepreneuriaux dont la trilogie « Enfin les vraies affaires », « Deux-par-Quatre », « C’est
de TA faute », « Évolution »,
« Marqués au fer rouge » et
« Révélations ». Chacun de
ses livres regorge d’idées concrètes, de questions terre-à-terre et de notions
à découvrir pour le développement et pour la croissance d’entreprises.
Je tiens à remercier les éditions Béliveau pour l’envoi du
service de presse.
Au Québec, des redevances symboliques me sont
versées si vous commandez votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca et le récupérez à la
librairie indépendante de votre choix.
Évaluation :
Pour
comprendre les critères pris en compte, il est possible de se référer au menu
du site [https://bit.ly/4gFMJHV],
qui met l’accent sur les aspects clés du
genre littéraire.
Intrigue et suspense
:
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Originalité :
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9 |
10 |
Personnages
:
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8 |
9 |
10 |
Ambiance
et contexte :
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1 |
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3 |
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5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |
Rythme
narratif :
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1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |
Cohérence
de l'intrigue :
|
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |
Style
d’écriture :
|
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |
Impact
émotionnel :
|
1 |
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3 |
4 |
5 |
6 |
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8 |
9 |
10 |
Développement
de la thématique :
|
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |
Finale
:
|
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |
Évaluation globale :
|
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |

