Hulda (Ragnar Jónasson)


Ragnar Jónasson. – Hulda. – Paris : Éditions de La Martinière, 2026. – 295 pages.

 

 

Polar

 

 

 

Résumé :

 

Un soir de novembre 1980, un ours en peluche refait surface dans un pavillon de chasse du nord islandais. Ce simple jouet pourrait être la clé d'un mystère volontairement enfoui : une disparition d'enfant vieille de vingt ans, jamais élucidée. La jeune inspectrice Hulda Hermannsdóttir est envoyée dans cette vallée isolée. Dans un paysage hivernal hostile, Hulda affronte les silences d'un village replié sur lui-même, en même temps que la poursuivent les fantômes de sa propre vie.

 

 

Commentaires :

 

Avec « Hulda », Ragnar Jónasson me ramène une fois de plus dans cette Islande glaciale, isolée et mystérieuse que j’avais découverte avec « Siglo » et « La Dernière Tempête », ainsi qu’avec les romans d’Arnaldur Indridasson, un de mes auteurs préférés de polars nordiques.

 

Troisième roman de Jónasson que je lis, mais deuxième rencontre avec son enquêtrice Hulda Hermannsdóttir, que les lectrices et les lecteurs de la trilogie « La Dame de Reykjavík » connaissent déjà. Une série à la chronologie inversée qui invite le lecteur à remonter progressivement dans la vie de la policière.

 

Dans « La Dame de Reykjavík » (2015), Hulda a 64 ans et se trouve confrontée à la perspective de la retraite et aux secrets qu’elle a refoulés. « L’Île au secret » (2016) se déroule dix ans auparavant sur l’île d’Ellidaey, où quatre amis vivent un drame après la chute mortelle de l’un d’eux. Quant à « La Dernière Tempête » (2017), elle se situe vingt-cinq ans avant le premier roman, alors que l’inspectrice continue d’être hantée par ses fantômes.

 

« Hulda », la quatrième enquête de la série, permet de découvrir une policière encore plus jeune, au début de sa carrière. À sa lecture, ce qui frappe d’abord, c’est l’atmosphère. Chez l’auteur islandais, le décor, le froid, l’isolement et l’impression d’être coupé du reste du monde participent pleinement à l’intrigue. Comme dans ces deux exemples :

 

« Il faisait encore un temps désastreux : pluie diluvienne, vent glacial, visibilité extrêmement réduite car, bien sûr, il n'y avait pas le moindre éclairage. Hulda se dit qu'ils auraient aussi bien pu se trouver sur un plateau des hautes terres, en plein désert de roche et de glace, alors qu'ils étaient en réalité entourés d'habitations assez proches les unes des autres. »

 

« Bien plus clémente que la veille, la météo s'était calmée et offrait une journée d'hiver typique, mais la mort flottait dans l'air, projetant une ombre sur tout le reste. »

 

Le lecteur se retrouve rapidement enfermé avec les personnages dans cet univers où chacun semble connaître les secrets des autres, mais où personne ne veut vraiment parler.

 

L’enquête fait ressurgir un passé que certains auraient préféré laisser définitivement enterré. À mesure que Hulda avance dans ses recherches, les témoignages se contredisent, les zones d’ombre se multiplient et les apparences deviennent de moins en moins fiables.

 

Mais le roman est également un portrait de la jeune policière évoluant dans un environnement professionnel qui ne lui facilite pas toujours la tâche. C’est toutefois une femme déterminée, solitaire et profondément attachante que le roman nous permet comprendre certains traits de sa personnalité et les blessures qui ont contribué à la façonner.

 

J’ai particulièrement apprécié cette dimension humaine. L’enquête n’est pas seulement celle d’un crime ancien, d’une affaire non résolue vingt ans auparavant : elle est aussi celle d’une femme qui cherche sa place dans un monde professionnel qui ne l’attend pas forcément.

 

Ragnar Jónasson livre au compte-gouttes, sans multiplier les rebondissements spectaculaires, les informations susceptibles de permettre la résolution de l’énigme. La tension s’installe très lentement, portée par les non-dits et cette sensation persistante que quelque chose nous échappe. De chapitre en chapitre, l’atmosphère et les personnages prennent progressivement leur place. De nombreuses fausses pistes incitent à poursuivre la lecture jusqu’à une finale un peu courte, mais imprévisible.

 

Comme dans plusieurs récits qui se déroulent en Islande, « Hulda » met en scène de petites communautés isolées, des univers clos où les secrets familiaux semblent traverser les générations.

 

Grâce à Jónasson, j’ai découvert la coutume des pommes de Noël :

 

« Ces délicieuses pommes rouges et scintillantes, au parfum si entêtant – c’était tout juste si elles ne symbolisaient pas encore plus Noël que la messe du réveillon à la radio. »

 

La carte de l’Islande et celle de la vallée de Blöndudalur en page liminaire permettent de situer géographiquement l’action.

 

« Hulda » est un polar nordique efficace, sombre et atmosphérique, porté par une héroïne dont on comprend mieux le parcours. Un roman qui devrait particulièrement plaire aux lectrices et aux lecteurs qui apprécient les enquêtes lentes, les affaires non résolues et les histoires où les secrets du passé finissent toujours par refaire surface.

 

Après « Siglo » et « La Dernière Tempête », cette nouvelle incursion dans l’univers de Ragnar Jónasson m’a davantage intéressée par son atmosphère et son personnage que par son intrigue policière.

 

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Ragnar Jónasson est un écrivain islandais, auteur de romans policiers et nouvelliste. Il a découvert à 13 ans les livres d'Agatha Christie et entreprend la traduction, à 17 ans, de quatorze de ses romans en islandais. Diplômé en droit de l'Université d'Islande à Reykjavik (1996-2001), il travaille comme juriste dans la société de gestion des fonds Gamma de 2015 à 2019. Depuis 2019, il est banquier d'investissement à l'Arion Bank, vice-président senior. Il enseigne le droit à l’Université de Reykjavik depuis 2009.

 

Découvert par l’agent d’Henning Mankell, Ragnar Jónasson a accédé en quelques années au rang des plus grands auteurs de polars internationaux. Ses œuvres sont traduites dans une trentaine de pays. Il écrit également en anglais. Il est le cofondateur, avec l'écrivaine Yrsa Sigurðardóttir, du Festival international de romans policiers Iceland Noir, en 2013.

 

 

Je tiens à remercier les éditions de La Martinière pour l’envoi du service de presse.

 

Au Québec, des redevances symboliques me sont versées si vous commandez votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca et le récupérez à la librairie indépendante de votre choix.

 

 

 

Évaluation :

Pour comprendre les critères pris en compte, il est possible de se référer au menu du site [https://bit.ly/4gFMJHV], qui met l’accent sur les aspects clés du genre littéraire.

 

Intrigue et suspense :

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Originalité :

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Personnages :

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Ambiance et contexte :

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Rythme narratif :

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Cohérence de l'intrigue :

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Style d’écriture :

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Impact émotionnel :

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Développement de la thématique :

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Finale :

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Évaluation globale :

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Chroniques d’un monde qui s’écroule (Michel Bélair)


Michel Bélair. – Chroniques d’un monde qui s’écroule. – Montréal : Somme toute/Le Devoir, 2026. – 204 pages.

 

 

Chroniques littéraires

 

 

 

Résumé :

 

Le polar est, par définition, un genre littéraire qui reflète les tiraillements agitant la société dans laquelle il s'incarne. Tous les jours ou presque, une suite ininterrompue d'évènements force notre monde à se remettre en question, parfois brutalement. C'est précisément ce choc de la réalité la plus quotidienne, souvent ordinaire, qui constitue la trame de fond de tous les polars, d'où qu'ils viennent et de quelque type qu'ils soient. Polar & Société propose de lire ou relire 36 polars provenant d'un peu partout, dont des ouvrages québécois signés par Chrystine Brouillet, Jean Lemieux, Patrick Sénécal, Jacques Savoie et plusieurs autres.

 

 

Commentaires :

 

« Chroniques d’un monde qui s’écroule » regroupe 36 critiques littéraires publiées par Michel Bélair dans le magazine en ligne En Retrait, sous la rubrique Polar & Société, entre 2021 et 2024. Des chroniques qui, comme le précise le sous-titre, « remettent en question nos certitudes ».

 

Comme l’explique son auteur en introduction, les ouvrages retenus sont des polars « écrits originellement en français ou traduits d’une autre langue, par des éditeurs européens et québécois ». Des récits qui « illustrent à leur façon la théorie du chaos... qui semble désormais prendre un sens de plus en plus concret un peu partout à travers le monde » :

 

« Tous ces récits témoignent des conflits et des enjeux majeurs secouant le monde déjanté dans lequel nous vivons désormais puisque le polar est, par définition, un genre littéraire qui reflète les tiraillements agitant la société dans laquelle il s’incarne. »

 

Le chroniqueur rappelle également l’« étourdissante diversité » de cette littérature de genre et les sources d’inspiration quasi inépuisables des auteur,e,s :

 

« il y a des polars drôles et des polars tristes, des polars historiques, psychanalytiques ou philosophiques, des polars ‘’ sociaux ‘’, politiques, ou même complotistes et il y a aussi des polars ‘’ polars ‘’, mafieux, violents, tout comme des polars à l'eau de rose et d'autres résolument sanglants, ‘’ gores ‘’ -, le polar naît et se nourrit des tensions et des inégalités du monde. »

 

Les 36 chroniques sont réparties en trois blocs aux dénominations particulièrement évocatrices :

 

·        « Le monde à l’envers »

·        « Des repères de plus en plus flous »

·        « Violences ordinaires et autres »

 

Chacune d’entre elles est précédée d’un titre qui résume en quelques mots la thématique du roman commenté : « L’apocalypse en temps réel ou presque », « L’insoutenable lourdeur de l’être », « Retrouvailles en enfer »...

 

Michel Bélair commence généralement par situer le contexte sociétal, politique ou culturel dans lequel s’inscrit le récit. Il propose ensuite un résumé assez détaillé de l’intrigue, présente les principaux personnages et analyse les enjeux soulevés par le roman. Le tout est ponctué de cette formule, ou de l’une de ses variantes : « on ne vous en dira pas plus pour vous laisser le plaisir de découvrir le pot aux roses ».

 

Des commentaires sur la qualité de l’écriture, et de la traduction lorsqu’il s’agit d’un roman étranger, complètent chacune des chroniques, accompagnés des références bibliographiques et de la date de publication initiale dans En Retrait.

 

Ce qui m’a particulièrement intéressé dans ce recueil, c’est la manière dont Michel Bélair dépasse la simple critique littéraire pour replacer chaque polar dans le monde qui l’a vu naître. Guerre, montée des populismes, dérèglements climatiques, immigration, radicalisation, inégalités sociales, corruption, crise des institutions, violence, manipulation de l’information : derrière les enquêtes, les meurtres et les intrigues, c’est notre époque que le chroniqueur nous invite à regarder.

 

Ces « Chroniques d’un monde qui s’écroule » démontrent que le polar n’est pas qu’une littérature de divertissement. Il constitue également un formidable observatoire de nos sociétés, de leurs contradictions, de leurs dérives et de leurs inquiétudes.

 

Les 36 romans retenus offrent d’ailleurs un remarquable panorama de la production policière contemporaine, québécoise, française et internationale. Plusieurs auteurs que je connaissais déjà côtoient ici des écrivains que je n’ai pas encore lus. Et, comme tout bon recueil de critiques devrait le faire, certaines chroniques auront probablement pour vous un effet très concret d’ajouter quelques titres à votre pile de lecture :

 

1 - Tempête sur Kinlochleven de Peter May

2 - Collapsus de Thomas Bronnec

3 - Le premier renne d'Olivier Truc

4 - Noces de coton d'Edem Awumey

5 - Le siffleur de nuit de Greg Woodland

6 - Indépendance de Javier Cercas

7 - Un effluve anonyme de Lucie Lavoie.

8 - Saison morte d'Erik Axel Sund

9 - Meurtres avec malveillance de Thomas King.

10 - La toile du diable de Max Seeck

11 - Nos meilleurs amis sont les morts de Jean Lemieux

12 - Le serment d'Arttu Tuominen

13 - La ligne de Jean-Christophe Tixier

14 - Le mois des morts de Chrystine Brouillette

15 - Le tueur au caillou d'Alessandro Robecchi

16 - La honte de Frank White de Jacques Savoie

17 - Les derniers jours des fauves de Jérôme Leroy

18 - Oligarque d'Elena B. Morozov

19 - Le cimetière de la mer d'Aslak Nore

20 - L'horizon d'une nuit de Camilla Grebe

21 - La revanche d'Arttu Tuominen

22 - Une pluie de septembre d'Anna Bailey

23 - Première dame d'Amélie Serberg

24 - Brazilian Psycho de Joe Thomas

25 - L'homme aux chats de Michèle Ouimet

26 - Vert comme l'enfer d'Isabelle Grégoire

27 - La disparue du lac Hjälmaren d'Anna Jansson

28 - La poupée d'Yrsa Sigurardóttir

29 - Les enfants de Godmann de Maureen Martineau

30 - Le dernier souffle est le plus lourd de Catherine Lafrance

31 - Le dossier 1569 de Jørn Lier Horst

32 - Les deux visages du monde de David Joy

33 - Châtiment de Percival Everett

34 - Civilisés de Patrick Senécal.

35 - La poésie du marchand d'armes de Frédéric Potier

36 - Sans collier de Michele Pedinielli

 

Avec « Chroniques d’un monde qui s’écroule », Michel Bélair propose donc beaucoup plus qu’une compilation de textes publiés au fil des années. Il offre une cartographie personnelle d’un polar contemporain qui observe, questionne et parfois dénonce le monde dans lequel nous vivons.

 

Pour les amateurs de polars qui aiment comprendre ce qui se cache derrière les crimes et les enquêtes, mais aussi pour celles et ceux qui sont toujours à la recherche de leur prochaine lecture, ce recueil constitue une excellente porte d’entrée vers 36 univers littéraires différents.

 

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Michel Bélair est devenu critique de polars au Devoir au début du millénaire. Longtemps responsable du cahier Culture hebdomadaire du journal, il a aussi passionnément couvert le théâtre – avec un penchant marqué pour le théâtre jeunesse – pendant quelques décennies et publié plusieurs livres sur le sujet. Retraité depuis 2012, il collabore régulièrement au magazine en ligne En Retrait (en-retrait.com) et au DMagazine du week-end où il se permet désormais d'afficher sans aucune gêne son engouement pour le roman dit « noir ». En 2023, il publiait « Théâtre en direct » chez Somme toute/Le Devoir, et en 2024, « Noir sur blanc. Le polar en vingt portraits » chez Somme toute.

 

Je tiens à remercier les éditions Somme toute/Le Devoir pour l’envoi du service de presse.

 

Au Québec, des redevances symboliques me sont versées si vous commandez votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca et le récupérez à la librairie indépendante de votre choix.