La librairie des livres interdits (Marc Levy)


Marc Levy. – La librairie des livres interdits. – Paris : Robert Laffont, 2024. – 348 pages

 

 

Roman

 

 

 

Résumé :

 

Mitch, libraire passionné, est arrêté un matin pour un crime impensable : il a transgressé la loi en vendant des livres interdits.

 

Après cinq années de prison, il n’a qu’un désir, retrouver sa liberté et sa librairie. Mais le destin en décide autrement. Le même jour, Mitch croise le procureur qui l’a fait condamner et rencontre Anna, une jeune chef qui pourrait bien être la femme de sa vie.

 

Que faire quand on est pris entre une irrépressible envie de vengeance et une irrésistible envie d’aimer ? Peut-on rêver d’un avenir sans s’être acquitté du passé ?

 

 

Commentaires :

 

Dans « La librairie des livres interdits », Marc Levy met en scène une dystopie particulièrement contemporaine, en lien avec une actualité inquiétante bien décrite dans cet extrait :  

 

« Les tyrans ont besoin d'un état tyrannique, et pour arriver à leurs fins ils confient à quantité de gens des petites tâches qui ne leur paraissent pas condamnables. Chacun s'y applique avec compétence, pour être récompensé, obtenir une prime ou de l'avancement. [...] C'est ainsi que les régimes autoritaires s'installent, en morcelant les responsabilités de façon telle que nul ne se rend compte qu'il est un maillon de l'abomination. »

 

S’ensuit une chronologie d’événements auxquels on croirait assister en direct sur une chaîne d’information en continu avec une finale souhaitable :

 

« Ils en ont arrêté beaucoup, des anciens journalistes, des écrivains, des cinéastes, des musiciens, des professeurs jugés trop libéraux, des chercheurs jugés trop en avance sur leur temps, des étudiants, jusqu'à des femmes accusées d'avoir avorté après qu'ils l'ont eu interdit. C'était devenu invivable, tout le monde était terrorisé et la résignation ne suffisait plus. L'an dernier, l'économie s'est effondrée, la colère s'est amplifiée, un mouvement de protestation est né. Discret au début, jusqu'au jour où un scandale a éclaté. Le gouverneur avait invité en grande pompe une délégation d'oligarques auxquels il avait promis de supprimer les dernières réglementations environnementales en échange de quelques millions versés dans les poches de son parti.

 

Rien de très nouveau en matière de corruption, sinon que ceux auxquels ces concessions étaient faites dirigeaient un consortium pétrolier étranger. De quoi museler les derniers partisans du régime. Les gens sont descendus dans la rue, ils ont tout bloqué, et cette fois la police n'a rien pu faire pour les déloger. »

 

Une des grandes forces du roman réside dans la plume fluide de Marc Levy : fluide et à la portée de tous. Même si la thématique est grave, elle rend le récit captivant et teinté d’émotion.

 

Marc Levy ne se contente pas de dénoncer la censure ; il nous fait côtoyer une galerie de personnages profondément humains. Mitch, le libraire, figure centrale du récit, incarne la résistance tranquille. Autour de lui gravitent une variété d’acteurs qui se démarquent, certains tenaillés par la peur, d’autres se raccrochant à l’espoir dans leurs choix. À sa sortie de prison, constatant que le « régime de droite » a été renversé, Mitch jure de se venger du procureur qui l’a fait condamner et de découvrir qui l’a dénoncé. Un des personnages principaux qu’on découvre au début de l’histoire se réfugie d’ailleurs dans un restaurant réputé du Québec avant de s’imposer dans la résolution de l’énigme.

 

Le roman s’ancre dans une situation fictionnelle, mais qui reflète clairement des réalités contemporaines. Marc Levy a intégré dans son scénario la loi HB 1467 signée par le gouverneur de Floride le 25 mars 2022 limitant l’accès aux ouvrages dans certaines bibliothèques, nous rappelant que la censure n’est pas une relique du passé. Ce choix met en lumière la menace tangible à la liberté d’expression : interdire les livres et, de surcroît, la pensée critique.

 

L’éditeur qualifie « La librairie des livres interdits » de « comédie brillante ». En effet, le côté sombre de la situation est mis en contraste avec la légèreté du déroulement de l’intrigue rythmée qui mêle suspense, romance et engagement politique.

 

Le 23e roman de Marc Levy est un plaidoyer pour la libre expression, un excellent antidote pour combattre la montée de l’obscurantisme et du fanatisme politique. Il donne envie de lire, de défendre la littérature et le métier de libraire :

 

« Je suis devenu libraire pour partager ce que je ressens quand j’entre dans un livre. Se frotter à des idées nouvelles, traverser des époques, découvrir des civilisations… perpétuer la magie de l’enfance. »

 

« Créer un engouement pour les livres interdits chez les jeunes était en soi une idée formidable, à condition de trouver le bon moyen de leur inoculer le virus de la lecture. »

 

J’ai découvert dans « La librairie des livres interdits » une œuvre littéraire à la fois divertissante et empreinte d’humanisme. Un tourne-page réparti sur 29 courts chapitres qui m’a tenu en haleine jusqu’en finale. Quoique, vers les deux tiers du roman j’avais des doutes sur la personne qui avait contribué à l’emprisonnement de Mitch et celle qui avait tué la victime que je vous laisserai découvrir.

 

Mentionnons la qualité graphique des couvertures de première et de quatrième et la maxime sur cette dernière : « Tous les héros ne portent pas de capes. Certains ont des livres », des livres pour lutter contre la peur :

 

« ... il suffisait d’un instant de lâcheté pour perdre sa dignité, que la vie demandait beaucoup d’attention, et que ceux qui avaient perdu leur humanité portaient en eux une douleur terrible, dont il fallait les guérir. C’était précisément cela le rôle des livres, être des remèdes contre les peurs, les préjugés et la haine. »

 

Je partage certains extraits qui illustrent bien la qualité littéraire du roman et des images qu’il évoque:

 

« Le scepticisme commence quand assis dans une église entre un flic et une bonne sœur tu constates que ton portefeuille a disparu. »

 

« ... elle parlait avec le contentement de ceux qui se délectent d’entendre leur propre voix. »

 

Il « se présenta en fin d’après-midi à la librairie, tenant dans la main droite une valise si lourde qu’elle lui donnait l’air d’une tour de Pise empaquetée dans un vieil imperméable et fichée sur une paire de mocassins usés. »

 

 « Ses lunettes rondes lui donnaient un air professoral, un air seulement, car il s’exprimait dans un sabir laissant entendre que son enfance avait traversé de nombreux pays. »

 

« ... la solitude se posa sur lui comme une pluie d’hiver qui vous glace l’âme. »

 

« Il faut un minimum de rage pour tuer quelqu’un, sauf quand on est un assassin. »

 

« Le maître d’hôtel pinça les lèvres et plissa le front, ce qui lui donna aussitôt un petit air de carte topographique. »

 

« ...son visage qu’il avait long, le front aussi plissé qu’une carte en relief avec un nez proéminent émergeant au centre du paysage telle une chaîne montagneuse. »

 

J’ai été surpris de lire, en page 56, que la « pomme d’Adam » d’un personnage féminin !!! « faisait des mouvements de yoyo... »

 

J’ai souri lorsque « Mitch aurait presque pu s'enorgueillir d'avoir construit un tel récit, acceptable pour un roman, moins crédible dans la réalité, mais pas totalement impossible » en s’inspirant de célèbres auteurs américains de polars pour ébaucher un argumentaire de défense :

 

« Il repassa dans sa tête les procès qui se déroulaient dans les romans du genre, ceux de Grisham et de Connelly, qu'il appréciait, s'attardant sur les moments décisifs, quand tout semblait condamner l'accusé et que la situation se retournait subitement. Alors il se glissa dans la peau de l'avocat qui lui serait désigné. »

 

En annexe, Marc Levy fournit quelques informations sur « La loi HB 1467 [...] n’est pas une invention ». Le texte est complété par une nomenclature de « Quelques livres cultes interdits » dont certains sont mis en évidence en titres de chapitres ainsi qu’un code QR pour retrouver « la liste de l’ensemble des ouvrages bannis ainsi que de nombreuses autres informations sur la loi HB1467 : »

 


 

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À 18 ans, Marc Levy s’engage à la Croix-Rouge et y passe six ans. Puis, après avoir créé une société spécialisée dans les images de synthèse en France et aux États-Unis, il dirige un cabinet d’architecture.

 

À 37 ans, il écrit une histoire à l’homme que deviendra son fils, Louis. « Et si c’était vrai », publié en 2000 aux Éditions Robert Laffont, connaît un succès immédiat. Peu avant la sortie du roman, Steven Spielberg (DreamWorks) en acquiert les droits d’adaptation cinématographique : « Just Like Heaven », avec Reese Witherspoon et Mark Ruffalo, s’est classé premier du box-office américain à sa sortie en 2005.

 

Marc Levy a écrit 26 romans, qui ont tous figuré dès leur parution en tête des ventes annuelles en France et connaissent depuis un succès international. Traduits en 50 langues, ses 26 romans ont été vendus à plus de 50 millions d’exemplaires, faisant de Marc Levy l’auteur français le plus lu dans le monde.

 

Au Québec, vous pouvez commander votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca et le récupérer dans une librairie indépendante.

 

 

Évaluation :

Pour comprendre les critères pris en compte, il est possible de se référer au menu du site [https://bit.ly/4gFMJHV], qui met l’accent sur les aspects clés du genre littéraire.

 

Intrigue et suspense :

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Originalité :

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Personnages :

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Ambiance et contexte :

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Rythme narratif :

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Cohérence de l'intrigue :

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Style d’écriture :

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Impact émotionnel :

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Développement de la thématique :

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Finale :

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Évaluation globale :

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