Les enfants de Godmann (Maureen Martineau)


Maureen Martineau. –
Les enfants de Godmann. – Montréal : VLB, 2022. – 411 pages.

 


Polar

 

 


Résumé :

 

Gatineau, 24 février 2020. Dans une chambre de l'Hôpital de Hull alors en pleine grève du zèle, un patient âgé, le docteur Viktor Godmann, est retrouvé mort dans des circonstances suspectes. Drame familial, vengeance, crime médical ? Les hypothèses qui se dessinent pour expliquer son décès sont plus qu'inquiétantes.

 

La sergente-détective Judith Allison mène l'enquête. Ignorant les réserves de sa hiérarchie – et de sa partenaire –, elle suit son instinct, qui la conduit jusqu'en Alberta, où elle se bute au mutisme des habitants de la petite ville de Red Deer. Qui donc a pu en vouloir à l'ancien psychiatre, qu'aucun de ses proches ne semble regretter, au point de le tuer ? Fouillant le passé trouble de Godmann et celui des vieillards qu'elle soupçonne, Judith se trouve plongée dans les pages les plus hideuses de l'histoire médicale canadienne. Traversée par le doute, bousculée jusque dans sa vie intime, elle devra bientôt faire les choix les plus difficiles de sa carrière.

 

 

Commentaires :

 

Cette cinquième enquête de Judith Allison se savoure à un rythme lent comme Maureen Martineau a le talent de raconter en parallèle avec les horreurs qui en sont les tenants et aboutissants, à l’aube d’une pandémie annoncée. Un sujet qu’il fallait mettre en évidence avec ce polar politique qui « s’inspire de faits réels, et […] devient parfois difficile pour le lecteur de départager la réalité de la part d’invention. » Comme moi, vous serez certainement tenté d’explorer le web pour constater à quel point sa créatrice a documenté son sujet. Jusqu’à se déplacer dans les villes albertaines où se déroule une partie de l’action pour y recueillir des témoignages probants.

 

D’entrée de jeu, dans le prologue, Maureen Martineau fixe les paramètres du crime et de l’enquête qui seront déclinés « en couches superposées », sur deux lignes de temps, en alternance entre les années 1960 et 2020. Une technique efficace qui renseigne le lecteur au fur et à mesure que s’effectue l’enquête et s’accumulent les faits apparentés au mouvement eugéniste qui a sévi, entre autres, en Colombie-Britannique et en Alberta, deux provinces canadiennes qui « ont adopté une loi […] autorisant massivement des salpingectomies, des hystérectomies et des vasectomies sans le consentement des patients ». Avec des dérapages au nom de l’avancement de la science que décrit bien Les enfants de Godmann :

 

« Cette loi visait à limiter la fécondité des aliénés, des prostituées, les criminels, des Autochtones, des nouveaux arrivants et autres pauvres en tout genre, dont des familles canadiennes-françaises. Au début du XXe siècle, dans les années de forte immigration, l'Alberta tenait à préserver la pureté raciale de la province, tout en évitant les coûts sociaux générés par la prise en charge des faibles d'esprit. Durant ces quarante-quatre ans, ce sont près de trois mille personnes qui ont subi » ces opérations chirurgicales utilisées comme méthode de stérilisation.

 

Un segment obscur de l’histoire médicale canadienne associé à une séquence de décès douteux dans deux hôpitaux de la région outaouaise inspirés eux aussi d’un « terrible crime médical [ayant] été commis sans éveiller le moindre soupçon, en raison [de] défaillances systémiques » dans un établissement de santé.

 

La sergente-détective Allison est toujours aussi sympathique. Son éthique professionnelle et sa vie personnelle sont interpellées par les constats qui s’accumulent jusqu’à la résolution de cette enquête dont je dois avouer avoir suspecté à mi-chemin une partie de la solution et avoir été surpris par la chute finale imprévisible.

 

Bien accroché dès les premiers chapitres, je me suis laissé entraîner par l’écriture fluide, la qualité des dialogues et la démarche à la fois pédagogique et divertissante de Maureen Martineau dont j’avais, entre autres, aussi grandement apprécié en 2020 ZEC La Croche.

 

Et j’oserais ajouter, trouvaille subliminal ce patronyme de GODmann dans le contexte de ce polar que je vous invite sans réserve à lire !

 

Merci aux éditions VLB pour le service de presse.

 

 

 

Originalité/Choix du sujet : *****

Qualité littéraire : *****

Intrigue :  *****

Psychologie des personnages :  *****

Intérêt/Émotion ressentie :  *****

Appréciation générale : ***** 

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