Une enquête à Murray Bay (Céline Beaudet)


Céline Beaudet. – Une enquête à Murray Bay. – Montréal : Québec Amérique, 2022. – 230 pages.

 


Roman

 

 


Résumé :

Pointe-au-Pic, 1er juillet 1910. La saison touristique bat son plein. La famille Brockwell débarque du St.Irénée, un luxueux navire de la flotte des grands bateaux blancs naviguant sur le Saint-Laurent. Fuyant les chaleurs de New York, le clan revient chaque été au paradis immobile des albatros, des somptueuses villas et des Canadiens français dévoués et industrieux. Alice, la matriarche désabusée, Edwin et Irene, les aînés craignant tout changement qui pourrait menacer leurs privilèges et leurs mœurs dissipées, et Elizabeth, la benjamine suffragiste : les revoici enfin à Murray Bay, l’oasis qui n’existe que pour les happy few.

Dans le brouhaha du débarquement, un passager s’aperçoit que son collègue, avocat au service du député de Charlevoix, n’est pas descendu du bateau. L’homme est retrouvé mort dans sa cabine, baignant dans son sang. On soupçonne un meurtre, peut-être même un complot. Pour tirer l’affaire au clair, le Bureau des détectives de Montréal dépêche un enquêteur sur place.

Rapidement, les passions se déchaînent. Les envies de modernité des uns se heurtent au désir de conserver le « monde idéal » des autres. Les Brockwell sont pris dans la tourmente. Tout comme Murray Bay, leur famille est-elle un mirage en train de se dissiper ?

 

Commentaires :

 

Contrairement à ce que laisse entendre son titre, ce roman est davantage un portrait sociologique et culturel des estivants anglos et américains et des résidents à leur service, dans la région de Charlevoix au début du XXe siècle qu’un polar. À une époque où les mouvements féministes réclament, entre autres, le droit de voter.

 

Bien sûr, on est en présence d’un meurtre, de deux enquêteurs et d’un meurtrier que j’avais rapidement soupçonné. Donc, un suspense inexistant et une finale sans intérêt.

Par contre, la description du quotidien de cette société bourgeoise richissime qui entretient de luxueuses résidences d’été est fascinante. Plusieurs d’entre elles sont toujours présentes sur la partie la plus haute du chemin des Falaises. Les idées nouvelles de modernité, les conflits entre ceux qui souhaitent donner accès à ces lieux majestueux avec balcons sur l’estuaire du Saint-Laurent à une clientèle moins fortunée sont habilement mis en évidence.

 

De page en page, le lecteur accompagne les protagonistes dans leurs vies personnelles pas toujours reluisantes. On en apprend, entre autres, sur les ambitions ferroviaires de Rodolphe Forget, homme d'affaires et politicien conservateur, un des rares Canadiens français à connaître un grand succès d'affaires à cette époque. Depuis sa luxueuse villa de Saint-Irénée dans Charlevoix. Les terres qu'il possédait à cet endroit font aujourd'hui partie du Domaine Forget, le foyer d'un Festival international de musique.

 

Un chapitre entier est consacré à une conférence du (véritable) pathologiste anglais John George Adami pour « gens éduqués qui se plaisaient à participer à des loisirs sollicitant leur curiosité intellectuelle » : Eugénisme, dégénérescence héréditaire et amélioration de la vie. Un exposé qu’on associerait sans équivoque aux actuels mouvements complotistes et qui pourrait se résumer ainsi : « expliquer scientifiquement les traits caractéristiques des individus génétiquement défectueux pour mieux les reconnaître, et protéger la pureté de la race anglo-saxonne de la contamination raciale qui la menace avec l’arrivée massive d’immigrants de souche inférieure ».

 

Aussi savoureuse l’allocution argumentaire de Francis Bourne, primat d’Angleterre, archevêque de Westminster, de passage dans la province pour la préparation du XXIe Congrès eucharistique de Montréal : « pour que le Canada devienne la puissante nation catholique que le présent laisse présager, il faut que l’Église propage les mystères de la foi dans la langue anglaise ».

 

Une enquête à Murray Bay, le premier roman de Céline Beaudet, démontre à quel point la fiction romanesque peut être au service d’une pédagogie historique abordable et divertissante.

 

 

Originalité/Choix du sujet :
*****
Qualité littéraire :
*****
Intrigue :
**
Psychologie des personnages :
*****
Intérêt/Émotion ressentie :
****
Appréciation générale :
****

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