Le dynamiteur (Henning Mankell)

Henning Mankell. – Le dynamiteur. – Paris : Seuil, 2018. 215 pages.

 

Roman

 

 
 

Résumé : 911. Oskar Johansson a 23 ans. Dynamiteur, il participe au percement d’un tunnel ferroviaire et manipule des explosifs pour fragmenter la roche. Mutilé à la suite d'un grave accident du travail, il reprendra pourtant son ancien métier, se mariera, aura trois enfants, adhérera aux idéaux socialistes puis communistes. Au soir de sa vie, il partagera son temps entre la ville et un cabanon de fortune sur une île aux confins de l’archipel suédois.

Un mystérieux narrateur recueille la parole de cet homme de peu de mots, qui aura vécu en lisière de la grande histoire, à laquelle il aura pourtant contribué, à sa manière humble et digne.

Ce premier roman de Henning Mankell, écrit à 25 ans, et inédit en France à ce jour, se veut un hommage vibrant à la classe ouvrière, à ces millions d’anonymes qui ont bâti le modèle suédois. Par son dépouillement, sa beauté austère, son émotion pudique, Le Dynamiteur contient en germe toute l’œuvre à venir de Mankell, sa tonalité solitaire, discrète, marquée à la fois par une mélancolie profonde et une confiance inébranlable dans l’individu.

Commentaires : Dans sa première œuvre de fiction, Henning Mankell annonce ses couleurs de romancier : engagement politique et social et portrait de la société suédoise en évolution. Le dynamiteur est le précurseur d’une œuvre littéraire centrée sur la condition humaine. Caractéristique qu’on retrouve aussi dans ses polars nordiques.

En un peu plus de 200 pages, Mankell amène le lecteur à découvrir un personnage attachant, sensible, blessé dans son corps et dans son âme. Jusqu’à s’y identifier. Un récit sensible où s’entremêlent les commentaires du narrateur tout au long de la rude vie du personnage résilient d’Oskar Johansson. Lui qui rêve de justice sociale, de lutter contre le capitalisme sauvage qui écrase le petit peuple. À ce titre, le chapitre intitulé L’affiche (La pyramide du système capitaliste qu’on peut visualiser sur Internet) illustre les préoccupations politiques du personnage et certainement celles de l’auteur.

Oskar rêve : le socialisme est la solution. Il est en partie déçu : « La déchéance la plus honteuse des sociaux-démocrates est d’avoir transformé le socialisme en une sorte d’organisation de fonctionnaires inutiles qui se sucrent sur le dos des travailleurs. Cette organisation a une entrée et une sortie, mais entre les deux on ne sait pas ce qu’il y a. » Ses réflexions sur la solitude (page 201) sont aussi très éloquentes.

Malgré sa condition modeste, Oskar aime la lecture, mais pas n’importe quel type de littérature. Mankell y glisse sa propre vision qui le motivera dans sa propre écriture : « J’ai lu les livres de Moberg (Vilhelm Moberg (1898-1973) écrivain rattaché au courant du roman prolétarien, connu surtout pour La Saga des émigrants).. Ils sont bien. C’est comme des livres d’histoire, mais plus passionnant. On est captivés. Ceux dont il parle n’ont rien d’extraordinaire. Ils sont comme tout le monde. Mais on voit tout ce qu’ils ont dû traverser. Il faudrait écrire plus de livres comme ça. Les gens ont été réduits à murmurer pendant des siècles, mais ce sont quand même eux qui ont pris les coups et ont été battus. Il faudrait écrire davantage sur ce que les gens n’ont pu que murmurer. »

Le dynamiteur est un roman émouvant, comme le seront L’homme inquiet (le dernier de la série Wallander), Les bottes suédoises ou Sable mouvant : Fragments de ma vie.

Un style déroutant, des propos dérangeants, un humanisme fondé sur des valeurs progressistes sans tomber dans le pathétisme.

Évidemment, un incontournable.

Ce que j’ai aimé : Puiser à la source de l’œuvre littéraire de Mankell.  

Ce que j’ai moins aimé : -

Cote :

Nuit d’ô rage (Odile Marteau Guernion)

Odile Marteau Guernion. – Nuit d’ô rage. – Dieppe : Esenal Éditions, 2018. 150 pages.

 

 
Roman noir

 

 

Résumé : Une locataire énigmatique et si séduisante qui bouscule, déstabilise la narratrice dans ses convictions. Ce qu’elle avait cru jusqu’alors s’écroule, se désagrège au contact de cette jeune Katia au passé chaotique et sulfureux.

Deux chemins contraires, deux femmes Marie-Noëlle et Katia, deux personnages aux caractères opposés qui ont besoin de façon différente l’une de l’autre. Après la disparition de Katia, mue par un désir irrépressible de comprendre, Marie-Noëlle entame un voyage vers le passé de celle-ci.

Commentaires : Voici un roman que je qualifierais de noir qui a principalement pour cadre la campagne havraise. Le sixième opus de Odile Marteau Guernion qui se spécialise dans les polars et les romans à suspense. Nuit d’ô rage, avec une graphie qui, de prime abord intrigue entre à sa façon dans cette dernière catégorie, avec son côté sombre.

Dès le départ, la narratrice se présente et annonce presque le drame qui s’ensuivra, en parallèle avec celui qui influencera les événements subséquents. Histoire de deux vies parallèles dont le point d’union viendra bouleverser une vie. Un orage, et le récit plonge le lecteur dans l’imprévu quasi prévisible. Jusqu'au dénouement, à la chute finale impossible à imaginer.

Malgré quelques coquilles au passage, le style de l’auteur – de la narratrice – nous entraîne dans un drame contemporain intéressant qui prend sa source à l’aube de l’an 2000.

Odile Marteau Guernion, une auteure à découvrir de ce côté-ci de l’Atlantique.  

Ce que j’ai aimé : L’originalité de l’histoire.

Ce que j’ai moins aimé : -

Cote :

L’homme de l’ombre T.1 Québec, 1770 (Laurent Turcot)

Laurent Turcot. – L’homme de l’ombre T.1 Québec, 1770. – Montréal : Hurtubise, 2018. 326 pages.

  

Roman historique

 

 

 
Résumé : Québec, 17 février 1770. Il fait plus froid que froid. Un mort gît dans la côte de la Montagne, la gorge tranchée. Pierre Dubois, un Français arrivé depuis peu en ville, est un des premiers à voir le corps. Suspecté, il décide de mener une enquête pour découvrir l’auteur du crime. Au cœur du régime britannique, il évolue dans un monde où l’armée est omniprésente. Son ami, Peter O’Sullivan, un Irlandais de la Royal Artillery, va l’aider dans ses recherches — tout comme Madelon, prostituée, qui n’attend plus rien de la vie et qui trouve en Dubois une oreille attentive. Les indices s’accumulent, comme les obstacles. S’agirait-il d’un complot ?

Dubois rencontre toute une galerie de personnages : un curé, une maquerelle, des francs-maçons, un marchand et un juge en chef. Tous veulent connaître la vérité… mais quelle vérité ?

Commentaires : Voici le premier roman de Laurent Turcot, professeur en histoire à l’Université du Québec à Trois-Rivières, titulaire de la Chaire de recherche en histoire des loisirs et des divertissements. Une fiction qui a pour but de « vulgariser l’histoire et de rendre utile et agréable la culture historique ». Un premier tome qui annonce une « suite » qui aura pour cadre l’invasion de 1775 publiée en mars 2019.

Le résultat est intéressant. Dès les premiers chapitres, le lecteur est plongé dans l’ambiance hivernale de Québec tombée dix ans plus tôt aux mains des Anglais, sous la domination de l’armée des conquérants. Les descriptions de la ville et de ses habitants sont fort réalistes, entre la haute ville bourgeoise, le port et ses tripots et maisons closes, le quartier pauvre de Saint-Roch et la banlieue hors murs. Avec des personnages bien campés et attachants. Une intrigue qui alimente un certain suspense. Une vision noire de l’époque du début du régime anglais.

Au passage, l’auteur incruste des commentaires qu’on sent parfois personnels, par exemple quand il fait dire à son héros, combattant déchu de la bataille des Plaines d’Abraham : « Un jour, nous nous déferons de ce joug pernicieux de l’armée britannique et nous saurons nous affranchir pour n’exister que par nous-mêmes… »

L’ouvrage est aussi didactique. On le sent tout au long du récit. L’insertion de certains faits historiques semble parfois un peu trop évidente. Mais on ne saurait en tenir rigueur puisque ce genre romanesque a sa raison d’être : il permet aux générations actuelles de se connecter avec leur passé pour mieux comprendre la société dans laquelle nous vivons aujourd’hui et l’apport de nos ancêtres sur ce que nous sommes devenus.

Une lecture agréable, des dialogues bien concoctés, une belle intégration de personnages réels de l’époque (Carleton, Montcalm, Aubert de Gaspé, pour ne nommer que ceux-là), avec en prime une énigme à la Vigenère.

Ce que j’ai aimé : La géographie du récit au cœur de la vieille ville de Québec avec ses références actuelles.

Ce que j’ai moins aimé : Les éléments à caractère didactique plus ou moins bien intégrés, parfois artificiels.

Cote :

Trilogie des ombres (Arnaldur Indridason)










Arnaldur Indridason. – Tome 1 : Dans l’ombre. – Paris : Éditions Métalié, 2017. 334 pages. – Tome 2 : La femme de l’ombre. – 2017. 317 pages. – Tome 3 : Passage des ombres. – 2018. – 302 pages.

Polars

Résumé :

Tome 1 : Un représentant de commerce est retrouvé dans un petit appartement de Reykjavik, tué d’une balle de Colt et le front marqué d’un “SS” en lettres de sang. Rapidement les soupçons portent sur les soldats étrangers qui grouillent dans la ville en cet été 1941.
Deux jeunes gens sont chargés des investigations : Flovent, le seul enquêteur de la police criminelle d’Islande, ex-stagiaire à Scotland Yard, et Thorson, l’Islandais né au Canada, désigné comme enquêteur par les militaires parce qu’il est bilingue.
L’afflux des soldats britanniques et américains bouleverse cette île de pêcheurs et d’agriculteurs qui évolue rapidement vers la modernité. Les femmes s’émancipent. Les nazis, malgré la dissolution de leur parti, n’ont pas renoncé à trouver de es traces de leurs mythes et de la pureté aryenne dans l’île. Par ailleurs on attend en secret la visite d’un grand homme.
Les multiples rebondissements de l’enquête dressent un tableau passionnant de l’Islande de la “Situation”, cette occupation de jeunes soldats qui sèment le trouble parmi la population féminine. Ils révèlent aussi des enquêteurs tenaces, méprisés par les autorités militaires mais déterminés à ne pas se laisser imposer des coupables attendus.

Tome 2 : Une jeune femme attend son fiancé à Petsamo, une ville tout au nord de la Finlande. Tous deux doivent rentrer en Islande sur le paquebot Esja pour fuir la guerre qui vient d’éclater dans les pays nordiques, mais le jeune homme n’arrive pas.
Au printemps 1943, dans une Islande occupée par les troupes alliées, la découverte d’un corps rejeté par la mer sème l’émoi à Reykjavík. Au même moment, un jeune homme est victime d’une agression d’une sauvagerie inouïe non loin d’un bar à soldats, et une femme qui fréquente avec assiduité les militaires disparaît brusquement. Les jeunes enquêteurs Flovent et Thorson suivent des pistes contradictoires et dangereuses : officiers corrompus, Gestapo, vulgaires voyous…

Tome 3 : Un vieil homme solitaire est retrouvé mort dans son lit. Il semble avoir été étouffé sous son oreiller. Dans ses tiroirs, des coupures de presse sur la découverte du corps d’une jeune couturière dans le passage des Ombres en 1944, pendant l’occupation américaine.
Pourquoi cet ancien crime refait-il surface après tout ce temps ? La police a-t-elle arrêté un innocent ?
Soixante ans plus tard, l’ex-inspecteur Konrad décide de mener une double enquête. Jumeau littéraire d’Erlendur, il a grandi en ville, dans ce quartier des Ombres si mal famé, avec un père escroc, vraie brute et faux spirite. Il découvre que l’Islande de la « situation » n’est pas tendre avec les jeunes filles, trompées, abusées, abandonnées, à qui on souffle parfois, une fois l’affaire consommée, « tu diras que c’était les elfes ».

Commentaires : D’entrée de jeu je dois le confesser : Arnaldur Indridason est un de mes des auteurs de polars préférés et il ne m’a  jamais déçu. J’ai lu toute sa production publiée en français et j’attends toujours l’arrivée en librairie de son roman le plus récent.

Dans la Trilogie des ombres, cet historien de formation, journaliste et critique de cinéma délaisse son limier fétiche, Erlendur Sveinsson, pour mettre en scène un nouveau couple d’enquêteurs, Flovent et Thorson à l’époque de l’occupation américano-britannique de l’Islande à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Et dans le dernier tome, un certain Konrad, policier à la retraite, qui nous reviendra dans un roman noir dont la parution est annoncée pour février 2019 : Ce que savait la nuit.

Dans cette trilogie, d’abord deux enquêtes habilement ficelées à la Indridason nous font découvrir quelques pages peu reluisantes de la présence militaire dans l’île en 1941 et en 1944. Deux enquêteurs qui mènent rondement leurs interrogatoires à la recherche de la vérité. Celle qu’on croit deviner de chapitre en chapitre et, à la toute fin, l’imprévisible. Deux récits dont il est difficile de suspendre la lecture. Des personnages bien campés, des dialogues vivants. Le tout dans une Reykjavik noire.

Dans le troisième roman, l’auteur entrecroise deux enquêtes qui n’en font qu’une. Sur deux époques : en 1944 et dans les années 2000. Encore une fois, des meurtres liés à des croyances populaires issues « des brumes, des glaces et des champs de lave » d’Islande dont les auteurs ne sont pas ceux que même les enquêteurs croient être. Je n’en dis pas plus pour ne pas gâcher votre plaisir.

À noter que le Prix Blood Drop du roman policier islandais 2017 a été attribué à La femme de l’ombre alors que Passage des ombres s’est mérité le Grand prix RBA du roman noir.

Après que vous ayez lu la première phrase de ce triptyque polaire (« Le Sudin contourna soigneusement les frégates et les torpilleurs avant d’accoster au port de Reykjavik »), vous serez rapidement envoûté-e et incapable d’arrêter la lecture.

Ce que j’ai aimé : Dès les premières pages, Indridason nous plonge dans son univers d’écrivain amoureux de son pays.

Ce que j’ai moins aimé : Un petit détail pour le traducteur. On ne dit pas « né dans le Manitoba » (expression récurrente dans les trois tomes), mais plutôt « né au Manitoba ».

Cote :

À tombeau ouvert (Laurent Chabin)


Laurent Chabin. – À tombeau ouvert. – Montréal : Hurtubise, 2018. 161 pages.

  

Roman noir Jeunesse

 

  

Résumé : Ombres furtives, messages menaçants, mouchoir ensanglanté dans un tiroir… Plaisanteries macabres? Non, ça ne ressemble décidément pas à des blagues : quelqu’un en veut à Normand. À mort!

Lorsque Alice, sa conjointe, introuvable, semble victime d’un enlèvement, Normand part à sa recherche. Mais chaque fois qu’il croit s’en rapprocher, Alice s’enfuit de plus en plus loin. Où va-t-elle? Pourquoi? Quel monstre tire les ficelles de cet imbroglio? La réponse à ces questions ne fera qu’amplifier la tension qui imprègne ce récit.

Commentaires : Laurent Chabin est l’auteur de plus de 90 romans. Il récidive en signant À tombeau ouvert, un roman noir jeunesse pour un lectorat en fin d’adolescence. Une fiction qui se déroule au Québec (Montréal, Saguenay/Lac-Saint-Jean et Chibougamau) dont le personnage principal, le bédéiste Normand Gallo (Hôtel de la dernière heure, autre roman auquel l’auteur réfère à plusieurs reprises) devenu chargé de cours à l’université est convaincu de croiser à nouveau l’abominable Enver Kazan. À la recherche de sa femme Alice qui laisse sur la route des indices devant mener à solutionner sa disparition, Gallo est confronté à un mystère.

Je dois avouer que j’ai eu passablement de difficultés à me laisser entraîner dans cette histoire plus ou moins crédible. Les nombreuses redites tout au long de l’intrigue ralentissent le rythme de l’ensemble. Les personnages de l’étudiante, Hélène, de la femme au style gothique et même des enquêteurs montréalais m’ont semblés désincarnés à bien des égards. Et la finale plutôt décevante.

Désolé. Je m’attendais à un « roman noir haletant » comme nous a généralement habitués Laurent Chabin. J’y ai trouvé malgré tout une lecture divertissante. Des lecteurs plus jeunes apprécieront peut-être davantage.

Ce que j’ai aimé : Un certain suspens dans les premiers chapitres. La qualité de l’écriture.

Ce que j’ai moins aimé : Les nombreuses redites.


Cote :

Dangereuse poursuite (Chantal Beauregard)

Chantal Beauregard. – Dangereuse poursuite. – Montréal : Hurtubise, 2018. 257 pages.

 
Polar Jeunesse

 

 

 

Résumé : Tout commence par un accident de la route. Un banal fait divers. Le fils de la victime, Samuel, habitué à la facilité, se retrouve démuni.

De son côté, Emma travaille au salon de coiffure de sa mère, le samedi. C’est là qu’elle rencontre Samuel, qui lui raconte le tragique événement qui a changé sa vie. Ils conviennent de se revoir.

Après le visionnement d’une vidéo de la collision prise par un témoin, la thèse de l’accident est mise en doute. Les deux amis décident d’enquêter, tandis que l’inspectrice Rajotte, du SPVM, suit sa propre piste.

Commentaires : « Attachez vos tuques », comme on dit en bon québécois. Ce roman jeunesse met en vedette deux ados de 16 et 17 ans provenant de milieux sociaux aux antipodes : Emma de Verdun et Samuel d’un quartier huppé de Montréal qui viennent de terminer leurs études au niveau secondaire.
 
Publiée dans la collection « Atout » qui compte plus de 150 titres, cette fiction découpée en 35 chapitres est très bien ficelée avec un bon rythme et un déroulement d’action qui entretient le suspens. Une histoire de deuil et de recherche de la vérité très crédible du début à la fin qui intègre bien les maladresses et les préoccupations des ados de leur âge. Avec un niveau de langage approprié à chacun des personnages. Évidemment, tout fini bien.

Chantal Beauregard en est à son 5e roman dont deux pour un lectorat adulte. Elle a aussi collaboré au collectif Mystères à l’école avec la nouvelle Le carnage canin.

Ce que j’ai aimé : La psychologie des personnages. Le scénario et l’incrustation du récit dans divers lieux réels de Montréal.

Ce que j’ai moins aimé : -

Cote :

Martha. Les forces cachées (Steven Laperrière)

Steven Laperrière. – Martha. Les forces cachées. – Saint-Lambert : Éditions La Roupille, 2018. 199 pages.
Récit biographique
Résumé : Je ne l’ai pas oublié. Il est juste derrière moi. Mon Rwanda, ma terre natale.
Pourtant, après que le génocide m’a volé une enfant et peu après le décès de mon mari, une subite envie de fuir s’est imposée à moi. Ce besoin absolu de m’échapper, d’abandonner mon pays pour offrir une vie plus sécuritaire à mes trois enfants s’est fait sentir au plus profond de mon être, jusque dans mes tripes.­ Malgré mon fauteuil roulant, mes limitations et ma situation de femme monoparentale, je devais le faire­: m’expatrier. Pour moi, pour eux.
Jamais je n’aurais pu imaginer ce qui m’attendait et ce que serait ma vie de réfugiée, dans ce pays de froid­ : le Québec.
Commentaires : Nous nous faisons une tête concernant l’arrivée parfois massive de réfugiés ainsi que des immigrants dits légaux ou illégaux et des problèmes potentiels qui en découlent à partir des médias et des déclarations des politiciens. Sécurité nationale, criminalité, coûts économiques et sociaux… sont généralement mis de l’avant pour manipuler l’opinion publique.
Mais qu’en est-il du point de vue de la personne qui a dû quitter son pays, sa famille, ses amis et abandonner derrière elle ses biens pour assurer sa propre sécurité et celle de ses enfants? Dans une société d’accueil où les références culturelles sont parfois aux antipodes? Quand on a la peau noire, qu’on doit se véhiculer dans un fauteuil roulant, qu’on est monoparentale avec trois jeunes enfants? Avec toute la volonté de s’intégrer à son nouveau milieu de vie; de survivre à la paperasserie gouvernementale; de trouver logement et emploi; d’apprendre à utiliser les transports en commun, les services de santé…; de faire son épicerie; de se créer un réseau d’amis; ou même d’apprivoiser les services policiers? Et j’en passe.
C’est ce dont témoigne avec un humour bon enfant cette courageuse Africaine dans ce récit biographique qui nous la fait suivre depuis sa terre natale, Rubengera, Rwanda, jusqu’à sa terre d’adoption, Lachine, Québec. Elle qui craint un moment qu’on l’extradait en Chine J.
Steven Laperrière, un militant montréalais pour l’accessibilité universelle des personnes handicapées et défenseur des victimes de discrimination fondée sur le handicap, a recueilli les propos de Martha Twibanire et les a mis en forme de récit. C’est Martha la déterminée, la résiliente, qui nous relate de grands pans de son histoire : son enfance dans son village, son travail à Kigali, son espoir de remarcher (elle qui a été victime toute jeune de poliomyélite), le grand amour de sa vie, le génocide, la grande traversée vers les États-Unis pour prendre ensuite la direction de Montréal,  sa nouvelle vie au Québec à partir de 1999, ses angoisses, son adaptation, le rôle qu’ont joué les Grands Frères et Grandes Sœurs, l’intégration de ses enfants à l’école, son premier Noël et les difficultés rencontrées sur le marché du travail.
N’ayez crainte, vous ne verserez pas de larmes en écoutant Martha. Vous sourirez plus souvent qu’autrement en constatant le caractère parfois ridicule de certaines situations : la cuisson de la première dinde, la question de la minorité invisible, le devoir sur le thème de la sexualité de sa fille de huit ans, le diable qui n’en est pas un, les expressions québécoises (chum, vente de garage…), les déplacements en triporteur... Mais vous serez aussi sensibilisé par les difficultés vécues au quotidien : le transport adapté, l’inaccessibilité des locaux de l’école, les relations avec la clientèle, pour ne nommer que celles-là.
Ce sont là quelques-unes des forces cachées de Martha et combien d’autres qui sont mises en lumière par cet ouvrage que je vous invite à découvrir.
Ce que j’ai aimé : Le ton du récit. L’humour de la narratrice. La leçon de courage.
Ce que j’ai moins aimé : -
Cote :

Il était une fois l’inspecteur Chen (Qiu Xiaolong)

Qiu Xiaolong. – Il était une fois l’inspecteur Chen. – Paris : Éditions Liana Levi/Points, 2016. 227 pages.


Nouvelles policières


Résumé : De son enfance en pleine Révolution culturelle, Chen Cao garde en mémoire les dénonciations, les cris, les quolibets dont son père a été l'une des victimes humiliées. Quelques années plus tard, Chen est affecté d'office dans un commissariat où, jeune policier, il se charge d'une enquête aux relents d'un passé de corruption : l'assassinat d'un commerçant spolié puis réhabilité. Cette première enquête le ramène aux heures sombres de la Chine de Mao et réveille un douloureux passé.Poète de cœur et policier de métier, il dénoue cette affaire d'une main de maître et devient l'incorruptible inspecteur Chen.

Commentaires : Dans ce recueil de « nouvelles » policières, Qiu Xiaolong raconte l’enfance et la « naissance » de son personnage fétiche, l’inspecteur Chen, au cœur des transformations politiques et sociales que connaît progressivement la Chine moderne. Fiction et autobiographie s’entremêlent pour nous dresser un portrait saisissant et révélateur d’une période plutôt sombre de la vie de l’écrivain. L’œuvre se présente en trois temps : « Jeunesse » raconte l'enfance de Chen; « Première enquête » décrit son entrée dans la police et sa première enquête; « Sur le terrain » regroupe de petites histoires concernant Chen, complétées par la suite de la vie de l’auteur amorcée dans le préambule jusqu’à ce qu’il devienne écrivain.

Ne cherchez pas dans cet ouvrage des enquêtes à suspense sur des crimes odieux. Vous y retrouverez davantage une dénonciation des affres de la Révolution culturelle de Mao au travers l’histoire douloureuse d’un personnage qui en a souffert les affres, forcé bien malgré lui de devenir inspecteur de police.    

Il était une fois l’inspecteur Chen, c’est aussi l’éloge de la poésie, de la gastronomie, de la sagesse confrontée à la peur, aux dépossessions, à la corruption de l’administration, aux dénonciations, à l’autocritique publique, à l’humiliation dans une Chine brutale à l’idéologie en dérive. Il introduit un personnage récurrent dans l’œuvre de Qiu Xiaolong : son ami d’enfance Lu, le « Chinois d’outre-mer ».

Ce que j’ai aimé : L’imbrication du récit, de l’histoire du personnage (de l’auteur) et de sa famille dans celle de la Chine de Mao.

Ce que j’ai moins aimé : -


Cote :

1ère avenue (Émilie Rivard)

Émilie Rivard. – 1ère avenue. – Lévis : Espoir en canne, 2016. 181 pages.


Roman jeunesse


Résumé : Certains jours, un écureuil écrasé dans un stationnement et une bonne chanson suffisent à tout remettre en question. C'est ainsi que Laura décide de mettre son quotidien et ses plans de côté pour prendre une pause. Elle fait alors escale dans le quartier Limoilou, où elle bouscule ses convictions et livre du bonheur, un pouding à la fois. Entre ses nouveaux colocs inquiétants et ses clients, parmi lesquels une femme enceinte à l'imagination fertile, un accro au gluten et des joueurs de poker qui portent un lourd secret, la pause sur la 1re avenue est bénéfique, mais pas toujours apaisante.

Commentaires : Émilie Rivard a publié plus de 50 romans et albums depuis 2005 et créé des textes pour le théâtre, pour des magazines et pour la télévision. 1ère avenue lui a valu le Prix des libraires du Québec Jeunesse 12-17 ans 2018 et à juste titre.

Dans cette fiction visant une clientèle à la fin de l’adolescence et qui se déroule dans le quartier de mon adolescence, l’auteur met en scène une constellation de personnages qui gravitent autour de Laura, une jeune femme à peine diplômée du cégep, à la recherche d’un sens à sa vie. Au gré des courts chapitres, le lecteur découvre la personnalité de celle qui est confrontée à des choix : quitter son amoureux, s’installer dans le quartier ouvrier de Limoilou et se trouver du travail. Une nouvelle vie de colocataire s’offre à elle avec un emploi hors du commun : livreuse de pouding à domicile. Un boulot qui l’amènera à côtoyer la faune de son nouveau milieu de vie.

Les habitués du quartier s’y retrouveront grâce aux nombreux points de référence où évolue cet attachant personnage en quête d’amitié, d’amour.

Traité avec humour, ce récit est écrit dans une langue qui lui octroie toute la crédibilité de la description des lieux où se déroule cette histoire qui n’est pas sans rebondissements.

Ce que j’ai aimé : Le réalisme de l’histoire bien campée dans ce quartier de la ville  de Québec. Au gré du récit, j’avais l’impression d’accompagner l’héroïne dans les rues de Limoilou. Le ton optimiste de l’auteure.

Ce que j’ai moins aimé : -


Cote :

Le dossier Météore (Benjamin Faucon)

Benjamin Faucon. – Le dossier Météore. – Varennes : Éditions AdA, 2018. 272 pages.
 


Thriller

 
 
 
 

Résumé : Matt Roy regarda une dernière fois la revue d’astronomie qui traînait sur le comptoir de son magasin. Ses yeux fixèrent la photographie de la nova observée le 19 mars et un large sourire apparut sur son visage. Cette étoile serait le sujet parfait pour son canular ! Au même moment à New York, Robert Owens, directeur des Affaires particulières de la CIA, rangeait un dossier dans le tiroir de son bureau sans se douter qu’un plaisantin se préparait à en dévoiler le contenu.

Du bureau présidentiel aux observatoires universitaires, en passant par une banale petite animalerie, les destins de plusieurs individus se trouvent irrémédiablement bouleversés par la découverte d’une vérité que l’être humain s’efforçait de cacher depuis plus de cinquante ans.

Commentaires : Le moins qu’on puisse dire, Le dossier Météore est un récit rythmé du début à la fin. Benjamin Faucon, diplômé en histoire de l’art de l’Université Bordeaux Montaigne et résident de la Montérégie dans la région de Montréal, n’en est pas à ses premières armes. Ce thriller est son quinzième opus entre Romans à suspense et Romans fantastiques. La trentaine de chapitres qui composent le récit sont autant de séquences cinématographiques toutes aussi enlevées les unes que les autres. Et que dire de tous ces meurtres en lien avec un dossier qui importune le NYPD, la CIA jusqu’au président des États-Unis.

Le dossier Météore est une réédition d’une version publiée initialement en autoédition en 2012 et intitulée Nova 19-3. En 2018, l’auteur nous offre le choix de deux finales : celle qu’il avait d’abord imaginée six ans plus tôt et celle qu’il a réécrite. C’est cette dernière que je préfère. Plus réaliste, moins « science-fiction ». À vous de juger.

Benjamin Faucon nous offre un thriller divertissant et efficace. Avec une écriture fluide qui rend l’ouvrage abordable à tout type de clientèle intéressée par ce genre de littérature. Les amateurs de complots, de scènes de poursuite et d’affrontements armés à la sauce hollywoodienne seront bien servis.  

Cote :