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Y a d’la joie (Michel Rabagliati)


Michel Rabagliati. – Y a d’la joie. – Montréal : La Pastèque, 2026. – 173 pages.

 

 

Roman graphique

 

 

 

Résumé :

 

Y a d’la joie se déploie sur deux journées, au fil desquelles Paul observe ce qui l’entoure et laisse affleurer ses pensées, ses souvenirs et les rencontres qui ponctuent son quotidien.

 

Le livre avance par fragments : un exercice au piano, une marche dans le quartier, un arrêt au café, un trajet en métro, un souvenir d’enfance. On y croise le passage du temps, le rapport à la création, aux parents disparus, aux objets accumulés, à la musique, à la nature. L’actualité est présente, mais malgré ce bruit de fond, ce qui importe, ce sont les petits gestes, les routines, les moments d’attention qui permettent de rester debout…

 

 

Commentaires :

 

De Paul en Paul, de 1999 à 2026, Michel Rabagliati s’est mis à nu à différentes époques de sa vie, de jeune adolescent jusqu’à la mi-soixantaine. J’ai lu toutes ses BD et publié des avis de lecture sur sa plus récente, Paul à la maison (2019) et sur son premier roman graphique, Rose à l’île (2023). Des œuvres émouvantes dans lesquelles le bédéiste entretient un lien étroit avec le quotidien. Sans recourir à de grands effets dramatiques, elles racontent les petites victoires, les déceptions, les remises en question et les fragilités qui jalonnent une existence.

 

Avec « Y a d'la joie », l'auteur montréalais poursuit cette exploration intimiste, mais dans un registre sensiblement plus sombre que plusieurs de ses albums précédents. Moi qui avais décidé de faire une pause de polars et de romans noirs mettant en évidence certains côtés obscurs de la nature humaine, j’ai été piégé par le titre au point de paraphraser la chanson de Christophe Maé : « Elle est où la joie ? Elle est où ? » : avec l’illustration, dans les premières planches, des tragédies, des catastrophes et des conflits chez nous et à l’échelle planétaire qui nourrissent les médias. Heureusement, Michel Rabagliati referme son récit sur une note d'espoir.

 

Dès les premières pages, le lecteur retrouve ce qui fait la force de Rabagliati : une narration d'une grande fluidité, des dialogues d'un naturel désarmant et une remarquable capacité à saisir les émotions qui se cachent derrière les gestes les plus ordinaires. Son dessin, dont l'importance égale celle du texte, demeure toujours aussi expressif malgré son apparente simplicité. Il accompagne parfaitement cette chronique où les silences parlent souvent autant que les mots. Sa marque de commerce.

 

Sous son titre volontairement optimiste, « Y a d'la joie » aborde des thèmes qui laissent peu de place à l’indifférence. Son personnage compose avec les deuils, les ruptures, les inquiétudes liées au vieillissement, la solitude et cette impression que les certitudes d'autrefois s'effritent peu à peu. Rabagliati choisit de ne jamais dramatiser à outrance ces situations pour davantage les observer avec lucidité, parfois avec une pointe d'humour qui allège certaines situations plus dramatiques, mais surtout avec une profonde empathie.

 

L'auteur ne propose ni réponses faciles ni leçons de vie. Il invite plutôt le lecteur à accompagner son personnage dans ses hésitations, ses contradictions et ses blessures qui se sont accumulées avec le temps. « Y a d'la joie » est avant tout un livre sur le temps qui passe. Sur ces expériences qui s'accumulent, nous transforment peu à peu et font que le Paul d'hier devient, au fil des années, le Paul — ou plutôt le Michel Rabagliati — d'aujourd'hui.

 

J’ai trouvé cet album plus sombre que les précédents, mais toujours profondément humain. Derrière les moments de découragement subsistent les amis du café Aroma, les liens familiaux, quelques instants de grâce et cette capacité de continuer à avancer malgré les épreuves. La joie évoquée par le titre se manifeste discrètement, entre autres dans les petits bonheurs qui résistent aux difficultés de l'existence : l’ingrédient manquant dans la recette de la soupe aux légumes, l’analyse du « Prélude en C major » pour piano de Bach – somme toute mélancolique –, les souvenirs du symposium international de sculpture sur le Mont Royal en 1964 et la référence au documentaire de l’Office national du film (ONF), La forme des choses, qui relate l’événement, le chaton qui s’immisce chez Paul et qui hérite du bol du défunt chien Biscuit.

 

La scène au cimetière Notre-Dame-des-Neiges où Paul dialogue avec les membres décédés de sa famille – sa mère Aline, son père Robert, ses tantes Aline et Denise – au pied de leur pierre tombale résume les origines énigmatiques de l’alter ego de Paul et sa vie amoureuse.

 



Elle est aussi l’occasion de relativiser l’expérience humaine qui en a vu passer des « fins du monde » – 1901, la grande inondation de Paris ; la guerre 1914-1918, la grippe espagnole de 1920, la Deuxième Guerre mondiale, le sida et leurs millions de morts – par rapport aux catastrophes planétaires et aux bouleversements politiques contemporains :

 

« ... il y en a toujours eu et il y en aura toujours. C’est le grand défi de vivre en groupe sur cette boule. Après avoir fait son gros caca, ton fou à la houppette passera son chemin et sera remplacé par quelqu’un d’un peu moins pire pour un temps. C’est ce qui se passe en général. On ne doit jamais perdre espoir, mon biquet, jamais sinon on est foutu ! » (dixit tante Jeanne)

 

Avec « Y a d'la joie », Michel Rabagliati confirme une fois de plus son talent de chroniqueur du quotidien. Plus qu'un simple roman graphique, il livre une réflexion sensible sur les relations humaines et la fragilité de nos vies. Une lecture émotionnelle qui plaira aux lectrices et aux lecteurs sensibles aux récits intimistes où la vérité des personnages l’emporte sur l’action. À mes yeux, il s'agit de l'un de ses albums les plus personnels et les plus touchants.

 

Les fidèles de Rabagliati auront également intérêt à feuilleter les toutes dernières pages de l'album. Ils y découvriront notamment la carte professionnelle du grand-père de Paul, alors qu’à « Paris, il était propriétaire d’un atelier de réparation de machines agricoles dans le 11e arrondissement ». Un clin d'œil qui prolonge encore un peu cette immersion dans l'univers familial de l'auteur.

 

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Michel Rabagliati est né à Montréal, où il grandit dans le quartier Rosemont. Après un passage par la typographie, il étudie en graphisme et travaille à son compte dans ce domaine dès 1981. Il se tourne ensuite vers l’illustration publicitaire à partir de 1988. Depuis la parution de ses premières bandes dessinées en 1998, il a profondément marqué le neuvième art québécois. Avec sa célèbre série Paul, Michel Rabagliati est devenu une figure incontournable de la bande dessinée au Québec comme à l’international.

 

En 2010, il devient le premier Québécois à remporter le prix du public Fauve FNAC-SNCF au Festival international de la bande dessinée d'Angoulême pour Paul à Québec. Il a été nommé Compagnon des arts et des lettres du Québec en 2017, a reçu le prix Athanase-David en 2022 et a été fait Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres en France.

 

Au Québec, des redevances symboliques me sont versées si vous commandez votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca et le récupérez à la librairie indépendante de votre choix.

 

 

 

Évaluation :

Pour comprendre les critères pris en compte, il est possible de se référer au menu du site [https://bit.ly/4gFMJHV], qui met l’accent sur les aspects clés du genre littéraire.

 

 

Ambiance et contexte :

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Rythme narratif :

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Style d’écriture :

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Impact émotionnel :

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Évaluation globale :

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Le rugissement des tempêtes (Catherine Lafrance)


Catherine Lafrance. – Le rugissement des tempêtes. – Montréal : Druide, 2024. – 384 pages.

 

 

Polar

 

 

 

Résumé :

 

La journaliste Anne-Marie Bérubé se rend à une conférence de presse dans un hôtel de Gatineau, où on doit présenter un nouveau programme de lutte à l’évasion fiscale. Un attentat meurtrier survient et prend tout le monde par surprise. La nouvelle fait le tour de la planète en un temps record. Qui a orchestré l’attaque ? Qu’est-il arrivé à Anne-Marie ? A-t-elle été blessée ? Est-elle morte ? Tandis que la population, sous le choc, presse la police de trouver un suspect, que la classe politique est sur les dents, les mesures de sécurité se resserrent, oppressantes. Michel Duquesne est dépêché par le quotidien où il travaille pour couvrir l’affaire. Son enquête le mènera vers une piste pour le moins inattendue et franchement inquiétante.

 

Commentaires :

 

Quel hasard de terminer la lecture, juste avant l’Halloween, de la troisième enquête du journaliste Michel Duquesne, alors que le récit met en scène des enfants, vêtus d’effrayants costumes de sorcières, de squelettes, de créatures mythiques ou de suceurs de sang, frappent aux portes pour réclamer des bonbons !

 

Dès les premières pages du premier chapitre, l’auteure fait référence aux événements et aux rebondissements des trois années précédentes, relatés dans « L’étonnante mémoire des glaces » (finaliste du prix Saint-Pacôme) et dans « Le dernier souffle est le plus lourd » (finaliste du prix Saint-Pacôme et du Crime Writers of Canada). Voici l’occasion de mettre en scène les principaux personnages de cette fiction inspirée de la réalité sociopolitique actuelle, marquée par la théorie du complot, la désinformation et l’essor de l’extrême droite :

 

·        Michel Duquesne qui entre dans une pièce « pied droit d’abord » et qui dépose toujours ses chaussures « parfaitement placées l’une à côté de l’autre près du lit en se couchant » ;

·        sa conjointe l’avocate Odile Imbeault, procureure, et leurs six garçons et filles ;

·        William Latendresse, directeur des communications au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), et sa conjointe, Blue, ancienne prostituée ;

·        Denis Damphousse, « le très timide et très nerveux chef de pupitre au journal » ;

·        François Cosentino, courriériste parlementaire à Ottawa coincé à Washington ;

·        Anne-Marie Bérubé, correspondante parlementaire à Québec dépêchée à Ottawa ;

·        Linda Fasalli, responsable des systèmes informatiques au journal et « ses éternels bracelets » qui tintent lorsqu’elle se déplace;

·        Yves Lavoie, directeur de l’information au journal ;

·        Meï Chartrand, journaliste collègue de Michel Duquesne qui tente de se faire une place dans l’équipe ;

·        Xavier Leblanc-Denoncourt (XL), jeune journaliste peu talentueux, perméable au complotisme, prêt à donner « la parole à ceux qu’on n’écoute jamais » dans le but d’« avoir son histoire » à la une ;

 

Il est intéressant de lire les explications que nous fournit à la fin de l’ouvrage Catherine Lafrance sur le contexte social de la trame dramatique de ce roman qu’elle écrit juste après la pandémie de COVID et ses conséquences à long terme :

 

« ...le coût de la vie grimpe, des petits commerces ferment, la crise du logement s'amplifie. Des familles entières peinent à se loger. Dans les villes, des campements de sans-abri poussent le long des autoroutes ou sous les viaducs. Tous les jours, des femmes victimes de violence conjugale sont refoulées aux portes des refuges où l'on n'a plus de place pour elles. »

 

« ... notre société se fracture; les bien nantis s'enrichissent, les défavorisés s'appauvrissent et, entre les deux, la classe moyenne s'essouffle. Comme si ce n'était pas suffisant, un nouveau virus a fait son apparition : le cynisme. Le cynisme amène à douter de tous et de tout : scientifiques, journalistes. Et même des faits, carrément. Il provoque les polarités. Il mène au complotisme. Et le complotisme, cette spirale infernale, met à mal nos démocraties. »

 

Ce constat est le point de départ d’une histoire en neuf parties, étalée sur quinze jours d’octobre. L’histoire débute avec  « une déflagration d’une rare intensité [...]  suivie d’un flash, quelque chose de lumineux qui apparut à l’avant de la pièce. [...] Les trépieds que les caméramans avaient installés s’envolèrent vers le plafond comme des oiseaux apeurés. Des flammes s’élevèrent. Des cris retentirent. » Le récit se déroule progressivement, sans grand suspense ni tension, car le lecteur sait dès le début qui (sans que son nom soit révélé) est responsable du dépôt de la bombe. L’action, entrecoupée par une enquête parallèle impliquant Odile Imbeault à la recherche de la vérité dans l’affaire de l’assassinat de ses parents, s’accélère un peu dans les derniers chapitres avec son coup de théâtre.

 

Le thème du dysfonctionnement du système Phénix pour la gestion des salaires des fonctionnaires fédéraux, avec ses nombreux échecs et les répercussions sur la vie d’un des personnages (pages 225-226), occupe une place importante dans le récit.

 

Quant à la fin, qui annonce clairement une suite, elle m’a semblé  « arrangée avec la fille des vues ». Je suis resté bouche bée. Le personnage qui, au milieu de la nuit, s’enfuit dans la forêt sous la pluie torrentielle, émerge, « au bout de ses forces, le corps brisé », devant « une maison perdue au milieu des bois […] comme un phare dans l’immensité de la mer. Une bouée. De quoi se raccrocher à la vie. » Il eut mieux valu pour son intégrité physique sauter dans le véhicule à sa portée pour se sortir du pétrin !

 

Ceci dit, Catherine Lafrance excelle dans la description détaillée des lieux et des personnages, ce que montrent bien ces extraits :

 

« Elle enleva son manteau, le suspendit sur le dossier de son siège, s'assit, puis posa son ordinateur sur ses genoux. Ensuite, elle éteignit son cellulaire et le glissa dans son sac, qu'elle poussa du pied, remarquant pour la première fois la couleur du tapis: fraise écrasée. Elle avala une lampée de café. Croqua dans son biscuit. Voilà, elle était prête. »

 

 « Elle passa devant une table ovale, remarqua le vase posé dessus dans lequel on avait disposé des roses aux teintes magenta. Des gouttes d'eau perlaient aux feuilles et la délicate odeur qui s'en dégageait lui parvint par bouffées, sortes de soupirs parfumés. »

 

 « Les ministres se glissèrent derrière la table en une procession solennelle sous le regard borgne des cameramans, qui, un œil dans le viseur, captaient chacun de leurs gestes, suivaient chacun de leurs pas. »

 

Grâce à l’expérience de l’auteure, nous sommes en mesure de mieux comprendre les exigences du métier et le travail des artisans de l’information écrite :

 

« ... pour pratiquer ce métier, on devait être équilibriste; on devait foncer, sans être agressif, se presser pour battre la concurrence, mais prendre son temps pour vérifier les faits. Bousculer, mais respectueusement. Dénoncer sans avoir l'air de régler ses comptes. Et si, par miracle, on réussissait à survivre dans ce champ miné, il fallait affronter les patrons, qui, très franchement, n'y allaient pas avec le dos de la cuillère dans leurs critiques et leurs commentaires. »

 

« Dès leur arrivée, leur travail consisterait à départager le vrai du faux, les informations crédibles des rumeurs, qui, à n'en pas douter, afflueraient. Ensuite, ils devraient prendre connaissance de tous les détails sanglants, qui s'imprimeraient dans leur tête à jamais. Ils apprendraient comment la bombe avait déchiqueté les chairs, broyé les corps. Ils verraient de près la douleur des familles, les parents, les frères, les sœurs, les époux, les collègues, les amis éplorés. Ils ne le savaient pas encore, mais ces images leur colleraient à la peau. Le jour, quand ils évolueraient parmi les autres journalistes, ça irait, mais la nuit, seuls dans leur chambre, ils se rejoueraient le film d'horreur en boucle. Et comme si ce n'était pas assez, ce film, il leur faudrait le raconter, séquence par séquence, plan par plan. Ils éplucheraient les faits, les résumeraient. Pour cela, ils auraient à comprendre la chronologie du drame, jusqu'à l'apprendre par cœur. Puis ils devraient mettre des visages sur les noms des victimes, en brosser le portrait, avec une objectivité et une distance qu’ils auraient de plus en plus de peine à maintenir, au fil des jours. »

 

Et du cycle de l’information :

 

« Une nouvelle de cette ampleur, c'était un véritable tremblement de terre. Elle ferait la manchette probablement un bon bout de temps. Cependant, dans six mois, l'événement serait relégué plus loin, dans le cahier des actualités. Dans un an, on en soulignerait le premier anniversaire, les yeux remplis de larmes. Dans deux, on en serait sans doute aux procès, si on mettait la main sur les auteurs de l'attentat. Dans cinq, on allumerait des bougies, on parlerait de résilience, de pardon. Dans dix, on s'étonnerait : ‘’ Déjà ? Me semble que c'était hier ! Ainsi va le cycle de l'information. »

 

En plus de mettre en évidence les rivalités entre collègues journalistes, « Le rugissement des tempêtes » revisite certains clichés incontournables dans les romans policiers où sont impliqués divers corps policiers. On y retrouve la présence de taupes, ainsi que les relations houleuses entre ces corps policiers, ici la Gendarmerie royale du Canada (GRC), la Sûreté du Québec (SQ) et le Service de police de la ville de Montréal (SPVM).

 

« Dans les faits, les gars de la GRC vont venir chercher du data en nous promettant un échange d'informations, mais fais-toi pas d'illusion : l'ascenseur va monter, ça, c'est sûr, mais après, on aura beau l'appeler, il va jamais redescendre. Ça va être une collaboration à sens unique, veux-tu gager ? »

 

« ... les gars de la GRC, à qui on avait donné les pleins pouvoirs, garderaient toutes les infos pour eux. Et à la fin, ils récolteraient les honneurs, si tout se passait bien. Qu'est-ce qui arriverait, alors ? Ils obtiendraient encore plus de pouvoirs. Aux dépens des autres corps policiers. »

 

Comme c’est souvent le cas dans ce genre littéraire, j’ai appris expressions du métier :

 

·        « Truie » : « appareil dans lequel les journalistes de la radio et de la télé [branchaient] leur micro pour capter les sons [...] parce qu’il offrait ses ports électroniques comme autant de mamelles. »

·        « Porteux de valise » : personnel politique travaillant auprès des ministres.

·        « Chambre d’écho » : « terme prisé par l’élite politique et journalistique pour décrire les publications sur le Net dans lesquelles, selon eux, les informations sont amplifiées et déformées. »

·        « 810 » : « Engagement écrit de ne pas troubler l’ordre public signé devant un ou une juge. »

 

J’ai également noté une phrase dans le texte qui a vraisemblablement servi d’inspiration pour la création de l’illustration de la première page.

 

« Seule dans le petit parc, Odile Imbeault suivit machinalement la trajectoire d’une feuille rouge qui se détachait d’un arbre pour venir se poser au sol. »

 

J'ai aussi remarqué quelques « du coup », probablement pour séduire un lectorat français, et je me souviens de ces quelques passages :

 

 « ... des rayons insistants arrivaient à se faufiler là où le tissu bâillait, pour venir peindre sur les murs un lacis de lignes fines. »

 

« Les mots, tandis qu’elle lisait, défilaient, fluides, dans ses lunettes. »

 

« Le temps passe au ralenti quand on n’a rien à faire. On finit immanquablement par s’ennuyer. Tellement que l’esprit en profite pour s’égarer et suivre ses propres voies, tortueuses, sinueuses. »

 

« Dans les films, les héros profitent d'un instant d'inattention de leur kidnappeur pour s'enfuir. Dans la vraie vie, ça ne se passe pas comme ça. En réalité, on est saisi de terreur. Tétanisé. On obéit. On ferme sa gueule. On ne pense qu'à une chose: survivre. Survivre à tout prix. On devient obnubilé par cette idée. Et on ne tente rien qui pourrait mettre sa vie en péril. »

 

 « Les procureurs, avec leurs éternels problèmes d’argent, leur pénurie de main-d’œuvre constante et consternante, les inévitables retards que tout cela engendrait, faisaient piètre figure. »

 

Enfin, sauf erreur, j’ai noté une incohérence dans la suite des événements aux pages 35 et 36 :

 

Yves Lavoie « monta à bord [de sa voiture], referma doucement la portière, et démarra » [...] En route, il repensa aux derniers événements ». À la page suivante : « Il monta dans sa voiture, démarra... » !!!

 

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Catherine Lafrance est originaire de Montréal. Journaliste à la radio et à la télévision, elle a passé plus de vingt ans dans des salles de rédaction. Elle a travaillé notamment à Radio-Canada. Elle est aussi scénariste pour des séries télévisées. Après sa carrière journalistique, elle est devenue écrivaine. Elle a publié cinq romans et quelques nouvelles. Aujourd’hui, elle est heureuse de pouvoir se consacrer entièrement à ses projets d’écriture.

 

 

Merci aux Éditions Druide pour le service de presse.

 

Au Québec, vous pouvez commander votre exemplaire sur le site leslibraires.ca et le récupérer dans votre librairie indépendante.

 

 

Originalité/Choix du sujet : *****

Qualité littéraire : *****

Intrigue :  ****

Psychologie des personnages :  *****

Intérêt/Émotion ressentie :  ****

Appréciation générale : ****

La bombe (Alcante / Bollée / Rodier)


Didier Alcante / Laurent Frédéric Bollée / Denis Rodier. – La bombe. – Grenoble : Glénat, 2020. – 472 pages.

 

Roman graphique

 

 

 

Résumé :

 

 

Le 6 août 1945, une bombe atomique anéantit Hiroshima.

 

Un événement historique et tragique qui mit fin à la guerre et fit entrer l'humanité dans une nouvelle ère.

 

Mais dans quel contexte cette bombe fut-elle créée ? Comment fut prise la décision de la larguer ? Et pourquoi sur Hiroshima ? Quels furent les acteurs majeurs - illustres ou méconnus - de ce drame ? Quels furent les effets de l'explosion? Que vécurent les victimes ?

 

Des mines d'uranium du Katanga jusqu'au Japon, en passant par l'Allemagne, l'Angleterre, la Norvège, l'URSS et les États-Unis; des laboratoires de Los Alamos aux bombardiers du Pacifique, l'incroyable histoire vraie de la bombe atomique !

 

 

Commentaires :

 

« La bombe » est un roman graphique duquel il est impossible de décrocher et que tous devraient lire pour apprendre comment ce projet de fission nucléaire est né dès 1939 jusqu’au largage en 1945 de l’engin létal sur deux villes du Japon.

 

Courez l’emprunter à votre bibliothèque municipale – au besoin, demandez qu’elle en fasse l’acquisition – ou procurez-vous la auprès de votre librairie indépendante.


Cette BD à vous couper le souffle brille par le souci des faits historiques auxquels se sont astreints les scénaristes (Alcante et LF Bollée) et le réalisme des dessins en noir et blanc – choix tout à fait approprié – aux effets dramatiques ressentis de planche en planche, suscités par l’art graphique du Québécois Denis Rodier). Comme cette scène du débarquement allié en Normandie le 6 juin 1944.

 

Il a fallu plus de cinq ans de recherches, de documentation, de création littéraire et artistique, de validation en validation pour livrer aux Éditions Glénat un manuscrit hors du commun traduit dans 18 pays et vendu à plus de 150 000 exemplaires. On y retrouve les principaux protagonistes politiques, scientifiques, militaires de l’époque, incluant la principale intéressée, l’énergie nucléaire, la bombe, narratrice du récit qui trépigne à démontrer sa puissance à l’Humanité.

 

Dans le prologue, après un résumé en quelques images, du « big bang » aux premières recherches sur l’utilisation pacifique de l’uranium, le lecteur fait la connaissance des deux scientifiques dans l’entourage d’Albert Einstein qui joueront un rôle clé dans la fabrication d’une nouvelle arme d’une puissance effroyable : le projet Manhattan :

 

·        le physicien hongrois Leó Szilárd, professeur à la Friedrich-Wilhelms-Universität de Berlin ; en 1933, il gagna précipitamment Londres pour échapper aux persécutions nazies ; il deviendra citoyen américain 10 ans plus tard ; son principal champ de recherche : la réaction nucléaire en chaîne ;


·        le physicien italien Enrico Fermi, ardent défenseur de la physique quantique qui orienta ses recherches vers la physique nucléaire ;  en 1939, il émigra aux États-Unis avec toute sa famille pour échapper aux lois anti juives touchant sa femme ; il est embauché par l'université Columbia où il enseignait avec son collègue Leó Szilárd.

 

Les dernières pages du prologue sont consacrées à l’introduction d’un personnage fictif que les scénaristes ont imaginé : Naoki Morimoto, travailleur à l’usine Toyo Cork Kogyo, à cinq kilomètres du centre d’Hiroshima, qui, en compagnie de ses deux fils, se retrouve bien malgré lui au cœur de cette terrifiante histoire.

 

Au passage, deux cases du prologue nous apprennent l’origine du mot « fascisme » :

 

 

Le récit est ensuite découpé en six chapitres :

 

·        Chap1tre : Avec l’appui d’Albert Einstein, Leó Szilárd souhaite convaincre le président Roosevelt d’acheter la totalité de l’uranium congolais pour la conception d’une bombe atomique. Au même moment, en Angleterre, on s’inquiète d’un projet similaire en Allemagne alors qu’un tel type d’arme intéresse également la Russie et le Japon. L’attaque de Pearl Harbor en décembre 1941 au cours de laquelle Satoshi, le fils de Naoki Morimoto pilote un des bombardiers.

 

·        Chap2tre : Le colonel Groves qui dirigeait le chantier de construction du Pentagone est nommé responsable militaire du projet Manhattan. On apprend l’existence d’une usine allemande de fabrication d’eau lourde en Norvège. Un commando britannique est envoyé sur place avec comme mission de la détruire. L’opération est un échec.

 

·        Chap3tre : Les installations de Los Alamos sont en construction. Le général Groves n’a pas confiance en Leó Szilárd et en un certain Robert Oppenheimer qui vient de se joindre à l’équipe du projet Manhattan. Une deuxième tentative de destruction de l’usine d’eau lourde de Norvège par des bombardiers américains est un échec total. Les relations scientifiques-militaires sont de plus en plus tendues, ces derniers doutant de la fidélité des chercheurs. Quatre mois avant le débarquement en Normandie, le commando britannique réussit à détruire le convoi ferroviaire qui transporte l’eau lourde de Norvège vers l’Allemagne.

 

·        Chap4tre : Franklin Delano Roosevelt est réélu président pour un 4e mandat et choisit Harry Truman comme vice-président. Ce dernier qui tente de connaître le projet Manhattan. Un espion américain informe les autorités russes de l’avancement du projet. Deux cobayes sont sacrifiés pour évaluer les effets du plutonium sur le corps humain. Décès subit de Roosevelt. Truman devient président. Mussolini est fusillé. Hitler se suicide. L’opération Alsos permet d’arrêter le Werner Heisenberg impliqué dans les recherches allemandes sur la bombe. Naoki Morimoto, dans un camp militaire, est emprisonné pour avoir aidé un de ses compatriotes plus âgé qui peine à réaliser les exercices d’entraînement au combat. Le fils Morimoto meurt dans une opération kamikaze ratée sur le navire de guerre américain USS Indianapolis.

 

·        Chap5tre : On s’interroge sur les cibles à atteindre au Japon. Les tests d’injection du plutonium sur des cobayes humains se poursuivent. Leó Szilárd s’oppose au largage de la bombe sur une ville japonaise. Il cherche des appuis pour proposer plutôt de faire une démonstration de la puissance de frappe américaine. Destruction d’une partie de la flotte américaine à Okinawa. En route pour la conférence de Posdam. Truman constate la destruction de Berlin. Premier test d’explosion atomique concluant (essai Trinity) dans la région du désert d'Alamogordo appelée la vallée désertique de Jornada del Muerto (Voyage de l'homme mort) au Nouveau-Mexique.

 

·        Chap6tre : Conférence de Postam. Le USS Indianapolis transporte la bombe de San Francisco à l’île de Guam. Celle-ci est transférée sur une barge qui l’amène à quai. Elle sera embarquée dans un bombardier sur la base américaine de Tinian. Le USS Indianapolis est la cible d’un sous-marin japonais : 879 des 1196 hommes d’équipage sont morts. La bombe est en route pour Hiroshima. Naoki Morimoto qui a finalement été libéré du camp militaire se rend à une banque de Hiroshima pour retirer de l’argent. Il s’assoit sur les marches en attente de son ouverture. La bombe est larguée.... On connaît la suite. Aux États-Unis, tous se réjouissent du résultat obtenu. Au grand dam de Leó Szilárd qui regrette d’avoir contribué à un tel désastre.

Quant à l’épilogue, il met en évidence les dégâts : plus de 200 000 morts rien qu’à Hiroshima. La bombe narratrice fait un bilan :

 

« Je repense à ces personnes qui m’ont accompagné durant tout ce temps... Je les ai parfois considérées comme mes marionnettes dont je tirais les fils »

 

Elle rappelle la fin de carrière et de vie de Robert Openheimer, d’Enrico Fermi, du physicien allemand Werner Heisenberg, des membres du commando du groupe Grouse et Gunnerside, du général Leslie Groves, de Paul Tibbets, pilote du bombardier qui l’a larguée, de Charles B. McVay III, capitaine de l’USS Indianapolis, de Klaus Fuchs, l’espion de Los Alamos, de Ebb Cade et d’Arthur Hubbard, premiers cobayes à avoir testé à leur insu l’impact du plutonium dans le corps humain, de Leó Szilárd, de Naoki Morimoto et l’ombre qu’il a laissé sur les marches d’une banque d’Hiroshima au moment de l’explosion atomique.

 

« Souvenir indélébile fixé à jamais dans la pierre par un processus physico-chimique ».


 

En postface, Didier Alcante raconte comment est né ce projet de roman graphique avec comme objectif de livrer un document de mémoire dont la véracité historique serait incontestable :

 

« Dès le début nous nous sommes dit que le sujet nous imposait une totale rigueur, et ce tant au niveau historique que scientifique. Que ce soient les faits, les dates, les personnages, mais également les lieux, les bâtiments, les véhicules, les uniformes... tout a été vérifié à maintes reprises. Bien sûr, il nous a parfois fallu, pour des raisons narratives, recréer des dialogues, remettre en scène, synthétiser plusieurs réunions en une seule, ce genre de choses. Mais fondamentalement, tout ce que vous venez de lire est authentique ! Dans ce souci de coller au mieux à la réalité, nous avons attendu d'avoir visité Hiroshima (à l'été 2018) avant de nous attaquer aux séquences s'y déroulant. Assister ensemble aux cérémonies commémoratives du 6 août restera certainement, pour chacun de nous, une étape marquante de notre vie d'auteur. Déposer, le soir, une lanterne flottante sur la rivière au pied du dôme, la voir s'éloigner et rejoindre des centaines d'autres, vous submerge d'émotion. »

 


Pour sa part, Denis Rodier décrit sa démarche, affirmant entre autres qu’il a « même créé un leitmotiv circulaire au début de plusieurs scènes (une montre, la palette d'une artiste, une balle de baseball)...

 

 

 

 

... en allant parfois jusqu'à évoquer un champignon d'explosion nucléaire (la fumée d'une cigarette, un jaune d'œuf crevé qui dégouline).

 


Tout cela en guise de ponctuation, de rythme. »

 

Quant à LF Bollée, dans un texte intitulé « Hiroshima mon cheminement », il nous invite à écouter l’hallucinante pièce musicale appelée « Thrène à la mémoire des victimes d’Hiroshima » composée en 1960, par le Polonais Krzysztof Penderecki.

 

En finale, une bibliographie complète le tout en fournissant les références de 34 livres, 6 articles/magazines, 3 bandes dessinées, 18 sites Internet et 3 documentaires qui portent sur le sujet.

 

Pour prolonger l’aventure de « La bombe », trois courtes vidéos sont accessibles à d’un code QR :

 

·        Les créateurs expliquent comment ils ont procédé pour créer et valider le récit : https://youtu.be/l-HOG-7R6uA?si=P78gAJwMQ8VUy7T4

·        Le dessinateur Denis Rodier parle de son travail pour illustrer le récit : https://youtu.be/dvB07JvztV4?si=jWOhoU41zP8c5uLS

·        Les scénaristes nous informent sur les étapes qui ont conduit à la mise en scène cette histoire vraie : https://youtu.be/gzFreoOweF4?si=iqsxBU0Bqq7uBc75

 

 

Didier Swysen (Alcante) est un scénariste belge de bande dessinée. Il a coécrit aux côtés de Jean Van Hamme la série Rani (éd. Le Lombard). Il est aussi le scénariste de plusieurs sagas chez Dupuis (dont la série-concept Pandora Box) et Glénat, au rang desquelles Ars Magna et Lao Wai co-écrit avec L.-F. Bollée. Marqué à jamais par sa visite au mémorial d’Hiroshima lorsqu’il avait onze ans et ayant accumulé une énorme documentation sur le sujet depuis lors, il est à l’origine du projet La Bombe. En 2023, il entame chez Glénat une adaptation du roman historique de Ken Follett, Les Piliers de la Terre (que j’ai beaucoup aimé), prévue en une série ambitieuse de 6 volumes aux côtés de Steven Dupré.


Laurent Frédéric Bollé, originaire d’Orléans, se destine très vite à rejoindre le journalisme et la bande dessinée, au point d’en avoir fait ses deux métiers en parallèle. Depuis quelques années, il se consacre toutefois à son métier de scénariste. Il a déjà publié plus de soixante-dix albums pour les plus grands éditeurs. On lui doit quelques œuvres marquantes telles que Patrick Deware à part ça la vie est belle (avec Maran Hrachyan, 2021), Terra Australis et Terra Doloris (avec Philippe Nicloux, 2013-2015), Deadline (avec Christian Rossi, 2013), tous publiés chez Glénat. Il a également signé XIII Mystery Billy Stockton (avec Steve Cuzor, Dargaud, 2013), Malik Oussekine Contrecoups (avec Jeanne Puchol, Casterman, 2022) et est également le repreneur officiel du personnage de Bruno Brazil depuis 2019 (Le Lombard).

Denis Rodier est un dessinateur originaire de Nominingue au Québec. Il collabore très tôt aux séries les plus populaires d’éditeurs américains comme Marvel et DC Comics. C’est son travail sur la série Superman qui est le plus remarqué, en particulier Death of Superman, lauréate de plusieurs prix. En Europe, on le connaît pour sa série L'Ordre de Dragons avec Jean-Luc Istin, et sa suite, L’Apogée des Dragons avec Corbeyran (éd. Soleil). Chez Glénat il dessine l’album Lénine pour la collection « Ils ont fait l'Histoire ».

 

Au Québec, vous pouvez commander votre exemplaire sur le site leslibraires.ca et le récupérer auprès de votre librairie indépendante.

 

 

Originalité/Choix du sujet : *****

Qualité littéraire et graphique : *****

Intrigue :  *****

Psychologie des personnages :  *****

Intérêt/Émotion ressentie : *****

Appréciation générale : *****