Jean-Louis Blanchard. – Le sanctuaire des crabes. – Montréal : Fides, 2026. – 375 pages.
Polar
Résumé :
Une fusillade sur la terrasse d’un
restaurant, un journaliste d’enquête assassiné, un policier abattu
froidement... la soirée qui s’annonçait paisible prend des airs de carnage.
L’insécurité gagne la ville, la pression médiatique est intenable, d’autant
plus que dans sa fuite, le principal suspect déclenche une nouvelle cascade
d’évènements tragiques.
Chargé de l’affaire, l’étonnant duo Bonneau
et Lamouche doit mettre fin au plus vite à cette hécatombe ! Mais les pistes
menant au coupable auraient-elles été délibérément brouillées ? Tous ces
cadavres sur leur chemin ne seraient-ils que des pions sacrifiés sur
l’échiquier du crime organisé ? Et si oui, quel sombre secret veut-on ainsi
protéger et au profit de qui ?
Commentaires :
Plus j'avance dans cette série, plus une
conviction s'impose : les enquêtes de Bonneau et Lamouche mériteraient un jour de
quitter le papier pour le petit ou le grand écran. Je ne sais pas si vous aussi
lorsque vous lisez un roman vous tentez de visualiser le physique des
personnages principaux. Pour ma part, je l’ai d’ailleurs mentionné à Jean Louis
Blanchard, deux acteurs québécois pourraient personnifier les deux
protagonistes : Raymond Cloutier et Pier-Luc Funk :
Raymond Cloutier Pier-Luc Funk
C’est avec ces images en tête que j’ai lu
d’un trait, en deux jours, le cinquième opus de la série. Une enquête qui se
déroule sur seulement quarante-huit heures, mais durant lesquelles une
quinzaine de personnes — sans compter une truite, dans une salle bondée de
fanatiques — trouvent la mort, racontée en 375 pages. Avec un clin d’œil au
roman précédent, La femme papillon :
le cadre avec la photo du président de la France qui a tendance à pencher
« légèrement vers la droite »
avec sa dédicace « Au lieutenant
Bonneau, avec toute ma reconnaissance. »
L’intrigue est construite avec méthode, porte
un titre énigmatique, comme les quatre polars précédents, avec des personnages secondaires
crédibles, des dialogues qui sonnent juste, un enchaînement d’événements qui s’enchaînent
d’heure en heure, se déroulent sur les chapeaux de roue, avec une pointe
d’humour bien dosée...
« Le
sanctuaire des crabes » révèle un auteur au sommet de son art. Très
certainement le meilleur polar de la série Bonneau-Lamouche parce qu'il réussit
à réunir tout ce qui fait la force de la série : une intrigue menée tambour
battant, des personnages irrésistibles, un humour omniprésent et une mise en
scène digne d'un film policier. Le tout enveloppé dans la magnifique couverture
conçue par Bruno Lamoureux.
Au risque de m'éloigner un instant du roman, je
pense qu’on devrait créer un prix pour les plus belles couvertures de polars !
Réalisées avec de vrais graphistes, bien sûr !
Pour celles et ceux qui découvriraient cet
auteur, ce dernier a cru bon rappeler l’origine du duo improbable :
« Bonneau n'avait pas changé d'un iota! Il
était toujours aussi incompétent. C'est justement en raison de cette
incompétence chronique [que le directeur St-Pierre] lui avait assigné ce jeune assistant [Lamouche], qu'on avait foutu à la porte de l'école de
police à cause de son impertinence et de sa propension à se rebeller contre
toute forme d'autorité. Le directeur espérait que ce jeune casse-pieds vienne à
bout de la résistance de son vétéran lieutenant et que celui-ci se décide enfin
à partir à la retraite ! Sauf que ce Lamouche s'était révélé passablement plus
futé qu'on ne l'avait cru. Tout ce que ce duo touchait depuis semblait se
transformer en or. Et comme pour faire un pied de nez à l'administration, ce
jeune assistant agissait de manière à faire passer Bonneau pour un génie, lui
donnant tout le crédit du succès de leurs enquêtes. »
Bien sûr, on retrouve le Bonneau bougon,
sujet à des crises d’hypoglycémie, qui ne répond jamais au téléphone, au style
de conduite automobile s’apparentant « souvent
à celui que l’on observe dans un rallye de démolition ».
On découvre aussi un Bonneau fidèle à
lui-même qui déteste le rap et qui suit un régime 16-8 parce que sa petite
amie veut qu’ils aillent dans le sud et qu’elle ne l’a « jamais vu encore en costume de bain »
et qu’elle va voir ses « p'tits
bourrelets un peu partout ».
Et ce bien qu’il s’empiffre de beignes ou de
pizza :
« ...
la faim qui tenaillait Bonneau depuis des
heures avait fini par briser ses dernières résistances. Assis à son bureau, l'inspecteur
dévorait sans retenue la pizza qu'on venait de lui livrer.
Entre chaque bouchée,
il ne pouvait s'empêcher d'en détailler la recette, insistant sur le fait que
le chef avait créé ce mets spécialement pour lui.
— Il y ajoute des
cornichons, des radis forts...
— Et des fèves au
lard pour lui donner un p'tit goût canadien, compléta machinalement Lamouche,
qui ne s'habituait toujours pas aux effluves dégoûtants de cette ‘’ Spéciale
Bonneau ‘’. »
Aussi qu’il a le don de se mettre les doigts
là où il ne faut pas :
« Sans demander la permission, Bonneau s'assit
sur l'une des deux chaises qui faisaient face à la console. Il semblait
intrigué par le clignotement des lumières sur tous ces appareils. Et aussi par
ce clavier ridicule qui ressemblait à un jouet pour enfants.
Ne pouvant s'en
empêcher, l'inspecteur posa le doigt sur l'une des touches blanches. Un
puissant barrissement d'éléphant surgit aussitôt des haut-parleurs, faisant
sursauter Bonneau qui dégringola de sa chaise et se retrouva le cul par terre.
Livide, l'inspecteur chercha partout autour de lui, se demandant par où
arrivait le troupeau. »
Comme dans les enquêtes précédentes, Lamouche
– l’assistant, le jeune – se démarque par son expertise de plus en plus
incontestable dans la résolution de cette affaire complexe et dont les
résultats sont consignés dans le « Rapport
préliminaire dans l’affaire de l’assassinat du journaliste Clément Bossé ainsi
que de l’agent Vincent Meloche » dactylographié par Bonneau au « style souvent pompeux, d’une graphie
aléatoire et de conjugaisons approximatives ».
Quelques réparties nous font sourire comme
celle-ci « ... quand vous aurez mon
expérience, vous comprendrez que la justice peut pas avoir le bras long quand
elle a l’estomac dans les talons. » Ou cette autre qui révèle le côté
humaniste de Bonneau qui le rend attachant :
« — T’as des nouvelles de la p’tite ?
[...] Au moins y en une qui va peut-être
réussir à sortir du bain. »
Une remarque qui tire son origine de la parabole
du crabe que vous découvrirez au premier tiers du récit.
On sent que Jean-Louis Blanchard écrit en
images. Les scènes d'action, les dialogues, les déplacements de ses personnages
possèdent une fluidité qui évoque déjà un découpage cinématographique.
Certaines séquences semblent prêtes à être tournées sans qu'il soit nécessaire
d'y modifier grand-chose.
« Ce n'était plus tout à fait une
station-service. On aurait dit plutôt une gigantesque discothèque extérieure.
Les lumières de dizaines de gyrophares dansaient sans arrêt sur le pavé et sur
les bâtiments voisins. Le boulevard Crémazie, habituellement fluide à cette heure
du jour, ne ressemblait plus qu'à un vaste stationnement. C'est que tout le
monde s'arrêtait devant ce déploiement inhabituel des forces policières,
espérant entrevoir un petit bout du drame en cours. Attirés par le chant des
sirènes, les résidents du quartier avaient aussi afflué. Se tenant docilement
derrière les cordons de sécurité, ils semblaient statufiés, mais les bouches et
les rumeurs allaient bon train. »
Sans jamais ralentir le rythme du récit,
Jean-Louis Blanchard s'appuie sur une solide recherche documentaire permettant
de dresser aux pages 274 à 277 le portrait du crime organisé (drogue,
prostitution, jeu illégal, extorsion) ; de décrire les modalités d’utilisation
des comptes de cryptomonnaie et les réflexes des tenanciers témoins d’actes
illicites :
« — On me dit qu'ils ne portaient pas de
cagoule, vous avez donc vu leurs visages?
— Non, j'étais en
train de laver les verres, j’avais le dos à la salle. Je me suis tourné juste
après avoir entendu les coups de feu. Les deux gars couraient déjà vers la
porte, j’ai jamais vu leurs visages. Ça s'est fait tellement vite...
[...]
C'était là un réflexe courant chez les
tenanciers expérimentés : on laissait passer quelques secondes avant de regarder,
pour être bien certains de ne jamais avoir à identifier les tueurs. Et aussi
pour sauver sa propre peau si jamais ces derniers croyaient que vous les aviez
reconnus. »
J’ai souri lorsqu’un des personnages
secondaires déclare : « lorsque
j’étais plus jeune, je passais tous mes temps libres à dévorer des romans
policiers. »
Et aussi sur la lucidité de Bonneau
concernant les commissions d’enquête : « Ben du blabla, pour finir par balayer tout ça en dessous du tapis,
comme d'habitude ! Plus ça va, plus c'est pareil ! »
Certains auteurs écrivent des romans qu'on
lit avec plaisir. D'autres créent un univers dans lequel on a envie de revenir.
Après cinq enquêtes, Bonneau et Lamouche font désormais partie de cette seconde
catégorie. En attendant qu'un réalisateur leur offre enfin le petit ou le grand
écran qu'ils méritent, il reste une excellente façon de faire leur connaissance
: vous procurer « Le sanctuaire des
crabes ».
* * * * *
Féru d’histoire et de littérature, J.L. Blanchard entreprend finalement un parcours professionnel qui le conduit dans le monde des technologies en lien avec le spectacle, la télévision et le cinéma. Amené à beaucoup voyager, il rapporte dans ses bagages de nombreux cahiers de notes et manuscrits : scénarios, contes, nouvelles… L’auteur a reçu en 2022 le prix Jacques-Mayer pour « Le silence des pélicans », première enquête de Bonneau et Lamouche, et le prix Saint-Pacôme du meilleur roman policier pour « La femme papillon » en 2024.
Je tiens à remercier les éditions Fides pour l’envoi du
service de presse.
Au Québec, des redevances symboliques me sont
versées si vous commandez votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca et le récupérez à la
librairie indépendante de votre choix.
Évaluation :
Pour
comprendre les critères pris en compte, il est possible de se référer au menu
du site [https://bit.ly/4gFMJHV],
qui met l’accent sur les aspects clés du
genre littéraire.
Intrigue et suspense
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Originalité :
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Personnages
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Ambiance
et contexte :
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Rythme
narratif :
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Cohérence
de l'intrigue :
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Style
d’écriture :
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Impact
émotionnel :
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Développement
de la thématique :
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Finale
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Évaluation globale :
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