Michel Rabagliati. – Y a d’la joie. – Montréal : La Pastèque, 2026. – 173 pages.
Roman graphique
Résumé :
Y a d’la joie se déploie sur deux journées,
au fil desquelles Paul observe ce qui l’entoure et laisse affleurer ses
pensées, ses souvenirs et les rencontres qui ponctuent son quotidien.
Le livre avance par fragments : un exercice
au piano, une marche dans le quartier, un arrêt au café, un trajet en métro, un
souvenir d’enfance. On y croise le passage du temps, le rapport à la création,
aux parents disparus, aux objets accumulés, à la musique, à la nature.
L’actualité est présente, mais malgré ce bruit de fond, ce qui importe, ce sont
les petits gestes, les routines, les moments d’attention qui permettent de
rester debout…
Commentaires :
De Paul en Paul, de 1999 à 2026, Michel
Rabagliati s’est mis à nu à différentes époques de sa vie, de jeune adolescent
jusqu’à la mi-soixantaine. J’ai lu toutes ses BD et publié des avis de lecture
sur sa plus récente, Paul à la maison (2019) et sur son
premier roman graphique, Rose à l’île (2023). Des œuvres
émouvantes dans lesquelles le bédéiste entretient un lien étroit avec le
quotidien. Sans recourir à de grands effets dramatiques, elles racontent les
petites victoires, les déceptions, les remises en question et les fragilités
qui jalonnent une existence.
Avec « Y a d'la joie », l'auteur montréalais poursuit cette
exploration intimiste, mais dans un registre sensiblement plus sombre que
plusieurs de ses albums précédents. Moi qui avais décidé de faire une pause de
polars et de romans noirs mettant en évidence certains côtés obscurs de la
nature humaine, j’ai été piégé par le titre au point de paraphraser la chanson
de Christophe Maé : « Elle est
où la joie ? Elle est où ? » : avec l’illustration, dans les
premières planches, des tragédies, des catastrophes et des conflits chez nous
et à l’échelle planétaire qui nourrissent les médias. Heureusement, Michel
Rabagliati referme son récit sur une note d'espoir.
Dès les premières pages, le lecteur retrouve
ce qui fait la force de Rabagliati : une narration d'une grande fluidité, des
dialogues d'un naturel désarmant et une remarquable capacité à saisir les
émotions qui se cachent derrière les gestes les plus ordinaires. Son dessin,
dont l'importance égale celle du texte, demeure toujours aussi expressif malgré
son apparente simplicité. Il accompagne parfaitement cette chronique où les
silences parlent souvent autant que les mots. Sa marque de commerce.
Sous son titre volontairement optimiste, « Y a d'la joie » aborde des thèmes
qui laissent peu de place à l’indifférence. Son personnage compose avec les
deuils, les ruptures, les inquiétudes liées au vieillissement, la solitude et
cette impression que les certitudes d'autrefois s'effritent peu à peu. Rabagliati
choisit de ne jamais dramatiser à outrance ces situations pour davantage les observer
avec lucidité, parfois avec une pointe d'humour qui allège certaines situations
plus dramatiques, mais surtout avec une profonde empathie.
L'auteur ne propose ni réponses faciles ni
leçons de vie. Il invite plutôt le lecteur à accompagner son personnage dans ses
hésitations, ses contradictions et ses blessures qui se sont accumulées avec le
temps. « Y a d'la joie »
est avant tout un livre sur le temps qui passe. Sur ces expériences qui
s'accumulent, nous transforment peu à peu et font que le Paul d'hier devient,
au fil des années, le Paul — ou plutôt le Michel Rabagliati — d'aujourd'hui.
J’ai trouvé cet album plus sombre que les
précédents, mais toujours profondément humain. Derrière les moments de
découragement subsistent les amis du café Aroma, les liens familiaux, quelques
instants de grâce et cette capacité de continuer à avancer malgré les épreuves.
La joie évoquée par le titre se manifeste discrètement, entre autres dans les
petits bonheurs qui résistent aux difficultés de l'existence : l’ingrédient
manquant dans la recette de la soupe aux légumes, l’analyse du « Prélude
en C major » pour piano de Bach
– somme toute mélancolique –, les souvenirs du symposium international de sculpture
sur le Mont Royal en 1964 et la référence au documentaire de l’Office national
du film (ONF), La forme des choses, qui relate l’événement, le chaton
qui s’immisce chez Paul et qui hérite du bol du défunt chien Biscuit.
La scène au cimetière Notre-Dame-des-Neiges
où Paul dialogue avec les membres décédés de sa famille – sa mère Aline, son
père Robert, ses tantes Aline et Denise – au pied de leur pierre tombale résume
les origines énigmatiques de l’alter ego de Paul et sa vie amoureuse.
Elle est aussi l’occasion de relativiser l’expérience humaine qui en a vu passer des « fins du monde » – 1901, la grande inondation de Paris ; la guerre 1914-1918, la grippe espagnole de 1920, la Deuxième Guerre mondiale, le sida et leurs millions de morts – par rapport aux catastrophes planétaires et aux bouleversements politiques contemporains :
« ...
il y en a toujours eu et il y en aura
toujours. C’est le grand défi de vivre en groupe sur cette boule. Après avoir
fait son gros caca, ton fou à la houppette passera son chemin et sera remplacé
par quelqu’un d’un peu moins pire pour un temps. C’est ce qui se passe en
général. On ne doit jamais perdre espoir, mon biquet, jamais sinon on est foutu
! » (dixit tante Jeanne)
Avec « Y a d'la joie », Michel Rabagliati confirme une fois de plus
son talent de chroniqueur du quotidien. Plus qu'un simple roman graphique, il
livre une réflexion sensible sur les relations humaines et la fragilité de nos vies.
Une lecture émotionnelle qui plaira aux lectrices et aux lecteurs sensibles aux
récits intimistes où la vérité des personnages l’emporte sur l’action. À mes
yeux, il s'agit de l'un de ses albums les plus personnels et les plus
touchants.
Les fidèles de Rabagliati auront également
intérêt à feuilleter les toutes dernières pages de l'album. Ils y découvriront
notamment la carte professionnelle du grand-père de Paul, alors qu’à « Paris, il était propriétaire d’un atelier de
réparation de machines agricoles dans le 11e arrondissement ».
Un clin d'œil qui prolonge encore un peu cette immersion dans l'univers
familial de l'auteur.
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En 2010, il devient le premier Québécois à
remporter le prix du public Fauve FNAC-SNCF au Festival international de la
bande dessinée d'Angoulême pour Paul à
Québec. Il a été nommé Compagnon des arts et des lettres du Québec en 2017,
a reçu le prix Athanase-David en 2022 et a été fait Chevalier de l’Ordre des
Arts et des Lettres en France.
Au Québec, des redevances symboliques me sont
versées si vous commandez votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca et le récupérez à la
librairie indépendante de votre choix.
Évaluation :
Pour
comprendre les critères pris en compte, il est possible de se référer au menu
du site [https://bit.ly/4gFMJHV],
qui met l’accent sur les aspects clés du
genre littéraire.
Ambiance
et contexte :
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narratif :
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Style
d’écriture :
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Impact
émotionnel :
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Évaluation globale :
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