Le mobile (Javier Cercas)


Javier Cercas. – Le mobile. – Arles : Actes Sud, 2016. – 86 pages.

 

 

Roman noir

 

 

 

Résumé :

 

Quand il n’officie pas dans le modeste cabinet juridique qui l’emploie, Álvaro pense à Flaubert. Comme lui, il veut écrire un grand roman. Son idée – simple et efficace – consiste à produire une nouvelle variation sur le couple et ses avatars : l’amour, l’argent, le crime. Le plan est précis, la routine efficace ; il ne manque plus que la réalité lui fournisse l’essentiel : le «matériau», la vérité de son histoire. C’est ainsi qu’avec une méticulosité aussi attentive que soudaine, Álvaro jette son dévolu sur ses voisins et, ne reculant devant aucun sacrifice pour approfondir son «sujet», en vient à prendre d’assaut la truculente concierge. Dans une mécanique parfaite, se met en place l’intraitable jeu de la fiction et du hasard.

 

« Sur le modèle classique du marionnettiste manipulé, Javier Cercas excelle à organiser vertige et dérapage, et à faire plier le réel de sa fiction. Le lecteur trouvera, dans cet irrésistible roman de jeunesse, la manière et les obsessions qui ont fait le succès de l’auteur ainsi qu’une bien belle définition de la vocation. » (Note de l’éditeur)

 

 

Commentaires :

 

« Le mobile » est un métaroman, c'est-à-dire un récit qui prend la littérature elle-même comme sujet. À travers une mise en abyme particulièrement efficace, Javier Cercas raconte moins une histoire d'écrivain qu'une réflexion sur ce que signifie écrire. La première édition de ce texte a été publiée en 1987 avec quatre autres récits comme l’explique l’auteur.

 

Certains romans captivent par la complexité de leur intrigue, d'autres par les questions qu'ils soulèvent longtemps après leur lecture. Avec Le mobile, Javier Cercas démontre qu'un récit de moins de quatre-vingts pages peut contenir une réflexion approfondie sur la littérature, sur le processus de création, sur le rôle de l’écrivain et sur les frontières parfois floues entre la fiction et la réalité. Et ce dès le premier chapitre :

 

« ... la littérature est une maîtresse possessive. [...] Comme toutes les autres activités artistiques, la littérature est une question de temps et de travail [...] l'inspiration est comme les esprits : tout le monde en parle, mais peu de gens l'ont vue [...] toute création se compose d'un pour cent d'inspiration pour quatre-vingt-dix-neuf pour cent de transpiration. »

 

« ... un écrivain en tant que tel se reconnaît à travers ses lectures. Un écrivain se [doit], avant tout, d'être un grand lecteur. [Il] n'est pas de littérature, aussi confidentielle soit-elle, qui ne contienne tous les éléments de la Littérature, toutes ses magies, tous ses abîmes et tous ses jeux. »

 

Le personnage principal qu’a imaginé Javier Cercas est donc convaincu que la littérature doit atteindre une forme de vérité absolue. Aussi cherche-t-il à observer le réel jusque dans ses moindres détails afin de produire une œuvre parfaite. Une obsession qui le conduit progressivement à brouiller les limites entre son rôle d'écrivain et celui d'acteur des événements qu'il a choisi de raconter.

 

En peu de pages, l’auteur met progressivement en place une tension psychologique qui ne cesse de croître. « Le mobile » emprunte certains codes du roman policier :


« Il décida de narrer l'épopée inouïe de quatre personnages banals. L'un d'eux, le protagoniste, est un écrivain ambitieux qui écrit un roman ambitieux. Ce roman dans le roman raconte l'histoire d'un jeune couple étranglé par des difficultés économiques qui détruisent sa vie et sapent son bonheur ; après avoir longtemps hésité, le couple se résout à assassiner un vieil homme bourru qui vit dans leur immeuble de manière très austère. Outre l'écrivain, il y a trois personnages dans le roman [...] : un jeune couple qui travaille du matin au soir pour entretenir péniblement son foyer et un vieil homme qui vit chichement au dernier étage du même immeuble, où habite également le romancier. »

 

D’où l’escalier qui illustre la couverture de première.

 

« Au fur et à mesure que l'écrivain du roman [...] écrit son propre roman, la vie tranquille du couple de voisins se dégrade : les matins de douces caresses au lit se changent en matins de disputes ; les discussions sont suivies de pleurs et de réconciliations passagères. Un jour, l'écrivain croise ses voisins dans l'ascenseur ; le couple transporte un long objet enveloppé dans du papier kraft. Sans raison apparente, l'écrivain imagine que cet objet est une hache et, de retour chez lui, décide que le couple de son roman tuera le vieux locataire à coups de hache.

 

Quelques jours plus tard, il termine son roman.

 

Le matin même, la concierge de l'immeuble découvre le cadavre du vieil homme. Le vieux a été assassiné à coups de hache. Selon la police, le mobile du crime est le vol. Troublé, le romancier, qui connaît l'identité des assassins, se sent confusément coupable car il a le sentiment que c'est son propre roman qui les a poussés à commettre ce crime. » 

Mais ce n'est pas le crime qui occupe le devant de la scène. Le véritable sujet demeure la création littéraire : jusqu'où un écrivain peut-il aller pour créer une œuvre ?

J’ai particulièrement noté cette réflexion sur les personnages qui m'a particulièrement interpellé puisqu'elle rejoint une réalité que j'ai moi-même expérimentée lors de l'écriture de mes romans : les personnages finissent parfois par acquérir une forme d'existence autonome. Ils ne sont plus seulement des constructions imaginaires, mais des présences qui accompagnent l'auteur dans son quotidien :

 

« Ses personnages l'accompagnent partout : ils travaillent avec lui, se promènent, dorment, vont aux toilettes, boivent, rêvent, s'assoient devant le poste de télévision, respirent avec lui. Il noircit des centaines de pages d'observations, d'annotations, d'épisodes, de corrections, de descriptions de ses personnages et de leur milieu. Les dossiers deviennent de plus en plus volumineux. Quand il croit enfin disposer d'une quantité suffisante de matériau, il se lance dans la rédaction proprement dite. »

 

En résumé, Javier Cercas livre un récit dans lequel la création artistique devient un enjeu moral. Son personnage est tellement obsédé par l'authenticité de ce qu’il souhaite écrire qu'il en vient à considérer la réalité quotidienne comme une matière première au service de son œuvre.

Une réflexion qui fera certainement sourire plusieurs auteurs de romans policiers, qui savent combien leurs personnages peuvent parfois prendre une place dans leur quotidien.

 

Avec « Le mobile », Javier Cercas réussit à transformer une réflexion sur l'écriture en un récit captivant parce qu’il est d’abord un écrivain. Suspense garanti jusqu’à la chute finale qui surprend. Une lecture intelligente, qui démontre qu'un excellent roman ne se mesure pas nécessairement au nombre de ses pages.

 

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Javier Cercas est né en 1962 à Cáceres et enseigne la littérature à l'université de Girona. Il est l'auteur de romans, de recueils de chroniques et de récits. Ses romans, traduits dans une trentaine de langues, ont tous connu un large succès international. « Anatomie d'un instant » a été consacré Livre de l'année 2009 par El País.

 

Depuis juillet 2024, il occupe le siège vacant de Javier Marías à l'Académie royale espagnole.

 

Au Québec, des redevances symboliques me sont versées si vous commandez votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca et le récupérez à la librairie indépendante de votre choix.

 

 

 

Évaluation :

Pour comprendre les critères pris en compte, il est possible de se référer au menu du site [https://bit.ly/4gFMJHV], qui met l’accent sur les aspects clés du genre littéraire.

 

Intrigue et suspense :

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Originalité :

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Personnages :

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Ambiance et contexte :

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Rythme narratif :

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Cohérence de l'intrigue :

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Style d’écriture :

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Impact émotionnel :

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Développement de la thématique :

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Finale :

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Évaluation globale :

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