L’homme au masque de chair (Mikaël Archambault)


Mikaël Archambault. – L’homme au masque de chair. – Ottawa : Éditions de Mortagne, 2025. – 305 pages.

 

 

Polar

 

 

 

Résumé :

 

Un assassin est retrouvé enfermé dans un condo du centre-ville de Montréal aux côtés de sa victime. Le visage du meurtrier est mutilé et ses dents, arrachées, rendant son identification impossible. En plus, il refuse de prononcer le moindre mot.

 

Qui est ce mystérieux inconnu ?

 

Quelle raison se cache derrière son silence obstiné ?

 

Et pourquoi, dix-huit mois après avoir été emprisonné dans un pénitencier à sécurité maximale, exige-t-il de parler à Geneviève Fiola, l’une des multiples fausses identités d’Ana Blanc ?

 

Ana, arnaqueuse professionnelle, devra éplucher les nombreuses couches de son propre passé pour lever le voile sur cette affaire.

 

 

Commentaires :

 

Après la série de quatre enquêtes du journaliste sportif Gaétan Tanguay publiées en rafale entre 2022 et 2024 (Dernière manche, En échappée, Hors jeu et Fausse balle), Mikaël Archambault change de registre pour introduire une nouvelle protagoniste originale : Ana Blanc. C’est l’un de ses nombreux patronymes, une criminelle qui exerce le métier d’enquêtrice en solitaire ! Tout en ramenant comme personnages secondaires les sergents-détectives Ouellet et Ouellette, « comme Dupont et Dupond », de ses romans précédents.

 

L’auteur a imaginé un nouveau personnage principal aux multiples planques, voitures et identités : femme de ménage, agente de location d’immeubles, d’une troupe de théâtre engagée pour pleurer un défunt lors d’une cérémonie funéraire, artiste visuelle... toujours en quête de la meilleure affaire qui lui rapporterait gros financièrement, constamment à vérifier la présence d’un GPS sous sa voiture et prête à semer une filature. Portant sur elle en permanence une arme secrète : une « fausse clé USB en forme de chien-saucisse » dont la lame rétractable « lui a souvent rendu de fiers services ». Mère de famille monoparentale dont le fils a hérité de son penchant criminel pour qui « jouer les statues vivantes dans le Vieux-Montréal finirait par lui rapporter un jour. »

 

Il en résulte un récit au rythme soutenu, avec de bonnes chutes de chapitres qui incitent à la poursuite de la lecture.

 

L’action se déroule essentiellement à Montréal avec une très brève incursion dans le secteur Sainte-Foy de la ville de Québec, sur la rue de la Promenade. En bonne enquêtrice, Ana élabore et tient à jour une liste de personnages importants dans sa quête pour résoudre l’énigme.

 

Celle-ci est d’ailleurs assortie de quelques invraisemblances : mentionnons la scène d’automutilation décrite aux pages 165-166 et le récit ultérieur du principal intéressé, la connaissance, par les parents de la victime, de l’existence du dark web, les déclenchements des alarmes incendie et des gicleurs qui ne semblent pas attirer l’attention des autres occupants et du préposé à la sécurité d’une tour d’habitation, l’assassinat inspiré de la scène d’automutilation, la voisine à deux reprises au bon endroit et au bon moment pour détecter l’appel à l’aide... Mais bon, la fiction romanesque est tout de même bien ficelée avec des scènes efficaces de combat et de poursuite en voiture. Et une Anna Blanc dotée de capacités hors du commun de sorte que rien ne lui échappe, comme dans cet exemple :

 

« Et même si Kamenski lui a caché son écran au moment d’inscrire son code, elle a soigneusement observé la position de son doigt et deviné les six chiffres qu’il a composés. »

 

À quelques reprises, Mikaël Archambault s’amuse à aménager de fausses pistes, comme cette allusion à « la légende de l'homme au masque de fer ! Depuis des siècles, on croit que Louis XIV aurait fait enfermer son frère jumeau et l'aurait obligé à porter un masque toute sa vie pour cacher son identité et l'empêcher de lui ravir le trône. Cette fois, un frère est emprisonné et masqué pour permettre à l'autre de devenir monarque ! »

 

J’ai souri en lisant cette référence à un chef de l’opposition à l’Assemblée nationale du Québec, personnage imaginé en s’inspirant de quelques politiciens :

« Guérard a baigné dans deux mondes complètement distincts: avant d'être nommé chef de l'opposition, il comptait parmi les humoristes les plus populaires de sa génération, multipliant les tournées à guichets fermés, animant des émissions de télé à heure de grande écoute et bénéficiant d'un immense bassin d'abonnés sur les réseaux sociaux.

Véritable carte de mode toujours à l'avant-garde des nouvelles tendances, il a été élevé au rang des plus beaux sex symbols du Québec, faisant rêver les femmes autant que les hommes. En effet, ouvertement bisexuel, il est devenu malgré lui une icône de la communauté LGBTQ+. »

 

De lecture agréable, cette histoire originale est assortie de belles descriptions imagées :

 

« Où vont ces fourmis en veston-cravate, en bas, sur René-Lévesque ? Que font ces cigales qui paressent au lit dans l’immeuble de l’autre côté de la rue ? »

 

« La réponse de l’homme sans visage meurt dans un borborygme étouffé, emportant son secret avec elle. »

 

« Ana serre les dents de colère si fort qu’elle pourrait broyer des noix de Grenoble. »

 

« ... la résidence est si vaste qu’il faut sans doute faire une halte à mi-chemin pour boire de l’eau et manger une barre tendre. »

 

« ... il s’affiche au bras d’une demoiselle siliconée qu’on pourrait facilement confondre avec un présentoir à bijoux. »

 

La prochaine enquête d’Ana Blanc est déjà annoncée : « L’homme aux mille visages » alors qu’en « semi-retraite, [celle-ci] est contrainte de traquer un mystérieux inconnu qui promet de prendre le contrôle du crime organisé montréalais... ». Un court extrait nous met en appétit : une deuxième histoire dans une nouvelle série avec pour thématique les visages ?

 

En conclusion, « L’homme au visage de chair » est un polar léger et divertissant qui s’inscrit dans la production littéraire originale de Mikaël Archambault. Comme ce dernier le souhaitait dans la dédicace qui accompagnait le service de presse de l’éditeur, j’ai fait une « bonne rencontre avec Ana, la plus attachante des criminelles... ». Je vous en souhaite autant.

 

* * * * *


Mikaël Archambault est auteur dans le domaine de l’humour, scénariste pour la télévision et scripteur pour de nombreux artistes. Après le succès des enquêtes de Gaétan Tanguay, il récidive avec une nouvelle série policière mettant cette fois en vedette l’escroc Ana Blanc

 


Je tiens à remercier les éditions de Mortagne pour l’envoi du service de presse.

 

Au Québec, vous pouvez commander votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca et le récupérer dans une librairie indépendante.

 

 

Évaluation :

Pour comprendre les critères pris en compte, il est possible de se référer au menu du site [https://bit.ly/4gFMJHV], qui met l’accent sur les aspects clés du genre littéraire.

 

Intrigue et suspense :

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

 

Originalité :

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

 

Personnages :

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

 

Ambiance et contexte :

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

 

Rythme narratif :

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

 

Cohérence de l'intrigue :

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

 

Style d’écriture :

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

 

Impact émotionnel :

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

 

Développement de la thématique :

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

 

Finale :

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

 

Évaluation globale :

1

2

3

4

5

6

7

8.5

9

10

 



Le regard des autres (Chrystine Brouillet)


Chrystine Brouillet. – Le regard des autres. – Montréal : Éditions Druide, 2025. – 384 pages.

 

 

Polar

 

 

 

Résumé :

 

Quand Maud Graham apprend qu’un ado de seize ans s’est vanté sur les réseaux d’avoir produit une arme en 3-D, elle ne peut s’empêcher de penser que « dans son temps », c’était bien différent. Néanmoins, l’enquêtrice constate que de tragiques réalités ne changent pas : les prédateurs continuent de sévir et les jeunes filles sont toujours aussi vulnérables. Alors qu’avec son équipe elle est amenée à fouiller les dessous d’une agression survenue un soir d’Halloween, des informations troublantes concernant la victime font surface et révèlent des drames d’une portée insoupçonnée. Maud Graham devra remonter loin dans le passé pour découvrir l’ampleur du tort causé à plusieurs enfants, d’hier à aujourd’hui. Pourquoi la honte, insidieuse, se loge-t-elle toujours dans le cœur des victimes ?

 

 

Commentaires :

 

Au moment où vous entreprendrez  la lecture de la 22e enquête de Maud Graham, « Le regard des autres », je vous suggère fortement de transposer dans un graphique les noms des nombreux personnages et leurs interrelations. Car ils sont nombreux, d’abord identifiés par un simple prénom, certains noms de famille apparaissant plus tard dans les premiers chapitres du récit.

 

Personnellement, j’ai dû reprendre la lecture pour les retrouver permettant d’associer les actes passés et présents de chacun d’entre eux. À la fin du roman, Chrystine Brouillet fournit un lexique des « personnages qui entourent Maud Graham » : ses amis et sa famille, son équipe de policiers, d’autres personnages et de « quelques coupables » d’autres romans. Il aurait été souhaitable de fournir au lecteur, sur une page ou deux, un tableau de la faune des agresseurs, des agressés et de leur entourage qui apparaissent progressivement dans les quatre premiers chapitres.

 

Dans un article publié le 2 avril 2025 sur le site web de l’émission Salut Bonjour, Mélia Goulet-Jacques mentionne que l’auteure s’est « inspirée par le livre de Nancy Audet sur les enfants de la DPJ », inquiète depuis longtemps pour les jeunes qui sont en détresse. Avec « Le regard des autres », elle nous entraîne dans la résolution de deux affaires imbriquées :

 

·        Un cambriolage survenu un soir d'Halloween en ciblant un pharmacien suivi d’une tentative d’assassinat mystérieuse.

 

·        Une jeune fille naïve qui tombe amoureuse de son professeur de sport, un personnage aux intentions troublantes.

 

Un récit qui, dans le cours d’une enquête empreinte d’empathie, met en évidence des enjeux contemporains : la vulnérabilité des adolescents en perte de repères, les non-dits, la complexité des abus, le rôle des réseaux sociaux, la violence en milieu familial et la honte insidieuse  qui habite souvent les victimes, sans détails scabreux. Le tout bien campé dans les différents quartiers de la ville de Québec que l’auteure connaît bien.

 

Les longs paragraphes rendent parfois la lecture pénible. L’abondance de détails dans le rappel des faits au cours de la narration ainsi que dans certains dialogues entre les enquêteurs – réflexions des personnages sur divers sujets ou sur la bouffe – ralentit le rythme de la portion principale du récit qui s’étale sur environ un mois. La ligne du temps m’a paru plus étirée.

 

En publiant « Le regard des autres », Chrystine Brouillet poursuit sa mission de dénoncer « les problèmes qui empoisonnent la société contemporaine » en exploitant les codes du polar. Le genre littéraire idéal pour une littérature engagée.

 

En terminant, une réflexion très personnelle qui me revient à la lecture des enquêtes de Maud Graham. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai beaucoup de difficulté à imaginer que l’héroïne fasse partie des effectifs du SPVQ. J’ai l’impression qu’elle est en permanence en mode « télétravail » avec son équipe depuis chez elle ou dans un des bons restaurants de Québec.

 

Mon évaluation repose d’une part sur la portée sociale du roman et, d’autre part, sur mes attentes de la lecture d’un polar haletant.

 

* * * * *

 

Chrystine Brouillet a écrit plus d’une cinquantaine de livres, dont plusieurs ont paru en France aux Éditions Denoël, Syros, Épigones, Pocket et Ramsay. Sa série mettant en scène la détective Maud Graham remporte un énorme succès, avec plus de 950  000 exemplaires vendus. Les lecteurs ont aussi réservé un accueil chaleureux à son roman gastronomique, « Chambre 1002 », de même qu’au roman policier « Sa parole contre la mienne », qui dépeint la dure réalité des femmes victimes de crimes sexuels et de féminicides.

 

 

Je tiens à remercier les Éditions Druide pour l’envoi du service de presse.

 

Au Québec, vous pouvez commander votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca et le récupérer dans une librairie indépendante.

 

 

Évaluation :

Pour comprendre les critères pris en compte, il est possible de se référer au menu du site [https://bit.ly/4gFMJHV], qui met l’accent sur les aspects clés du genre littéraire.

 

Intrigue et suspense :

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

 

Originalité :

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

 

Personnages :

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

 

Ambiance et contexte :

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

 

Rythme narratif :

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

 

Cohérence de l'intrigue :

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

 

Style d’écriture :

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

 

Impact émotionnel :

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

 

Développement de la thématique :

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

 

Finale :

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

 

Évaluation globale :

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10