Christian Mayer. – Bart T01 – Un ange et ses démons. – Montréal, 2024. – 179 pages.
Thriller
Résumé :
En Sicile, au début des années 70, Angelo
Bartoldi, âgé de 13 ans, assiste impuissant à l’assassinat de toute sa famille
par cinq hommes armés. Survivant du massacre avec son petit frère Totò et une
jolie jeune femme, il va devoir fuir et se cacher, mais sans jamais perdre de
vue l’idée fixe qui forgera son destin : venger la mort de sa mère. C’est le
point de départ d’une longue traque qui durera cinquante ans. Dans le premier
tome de cette trilogie, à la fois thriller et roman d’apprentissage, au fil de
rencontres étonnantes, de drames déchirants et d’événements heureusement plus
légers, petit à petit et pour le meilleur comme pour le pire, Angelo va devenir
Bart.
Commentaires :
Belle découverte que ce premier thriller
publié par Christian Mayer, qui m’a littéralement transporté en Sicile — sans
avoir à parcourir plus de 6500 kilomètres ni à subir de longues heures de vol.
L’action de ce premier tome d’une trilogie se déroule en 1972-1973, dans un
contexte où fiction et réalité s’entrecroisent habilement comme l’annonce
d’emblée l’avertissement en page liminaire :
« Les protagonistes de ce roman, à commencer
par le narrateur, sont pour la plupart fictifs, ce qui ne les empêche pas de
croiser des personnages réels ou de traverser des événements qui ont bel et
bien eu lieu. Il revient au lecteur de démêler le vrai du faux, la réalité de
la fiction. Ou pas. »
Écrit dans une langue soignée, l’auteur
installe progressivement son climat dramatique en introduisant une galerie de
personnages crédibles, à commencer par son narrateur : fils de malfrat malgré
lui, adolescent contraint de se forger dans l’adversité, qui « devra apprendre à survivre dans un milieu
parfois très hostile, en bousculant souvent les limites de la légalité et de la
moralité ».
La construction du scénario est globalement
efficace, bien que l’on puisse relever une légère incohérence quant à la
présence reconnue de personnes sur une scène de crime entre les pages 44 – « C’était Russo et sa bande » et 60 –
« Si Russo apprend qu’elle était sur les
lieux... » – qui fragilise momentanément la logique narrative.
L’un des procédés les plus intéressants du
roman réside dans cette mise
en abyme où l’auteur cède, l’espace d’un instant, sa place à son narrateur,
lui confiant le rôle d’écrivain de sa propre histoire :
« J'ai entrepris ce travail d'écriture pendant
cette triste période où le monde entier s'est arrêté. Plus d'événements, plus
de rencontres, plus de voyages, plus rien ou presque : la covid avait pris le
contrôle du monde et gérait nos vies en dictant sa loi à nos dirigeants qui la
répercutaient de façon chaotique sur notre quotidien. C'est pour résister à
cette lente, effroyable et silencieuse solitude qui allait me broyer que j'ai
commencé à coucher sur le papier les lointaines années de mon enfance et de mon
adolescence, marquées au fer rouge par le traumatisme de la Toussaint 1972. Un
testament ? Oui, genre, comme disent les ados aujourd'hui ; sauf que je n'ai, à
ma connaissance, personne à qui léguer quoi que ce soit. »
Ce passage donne une profondeur
supplémentaire au récit en l’inscrivant dans une réflexion sur la mémoire, la
transmission et la nécessité d’écrire.
Le roman se distingue également par la
précision de ses descriptions. Les lieux, minutieusement campés, confèrent une
réelle densité à l’ensemble — une simple vérification suffit à en mesurer la
justesse. Cette rigueur documentaire renforce la crédibilité du récit, tout
comme les références à des événements culturels et historiques bien ancrés.
Ainsi, la mention de la Festa di Santa
Rosalia :
« ...
tous les ans du 10 au 15 juillet, les
Palermitains célébraient U Fistinu, ou la Festa di Santa
Rosalia, patronne de la ville. L'apogée de cette fête, le fameux défilé où
l'on tire le carro trionfale à travers plusieurs quartiers, se tenait
traditionnellement le 14 juillet, veille des célébrations religieuses finales. »
S’y ajoute la référence aux 24 heures du Mans
1973 :
« Le dimanche 10 juin 1973, un peu avant 16
heures, Joseph et moi avions l'œil rivé sur le téléviseur du salon. Joseph,
pour sa part, serrait contre son oreille un petit poste de radio sur lequel il
avait réussi à capter Europe 1, pour écouter dans sa langue maternelle ce qui
s'annonçait comme l'exploit automobile français de la décennie : la victoire
aux 24 heures du
Mans de sa marque fétiche, Matra-Simca, pour la deuxième fois consécutive,
avec de plus une sérieuse option sur le titre mondial. Lorsqu'à 16 h 03, le
grand Henri Pescarolo
franchit la ligne d'arrivée en vainqueur sur sa MS 670B numéro 11,
nous avons exulté comme deux enfants sous le regard amusé de Tina. Pour Joseph,
un brin cocardier, c'était la victoire de la technologie française sur sa
grande rivale italienne, Ferrari. »
Deux exemples qui participent à l’ancrage
réaliste du récit et à sa richesse contextuelle.
Universitaire de formation, Christian Mayer
parsème également son texte de références littéraires qui témoignent de
l’étendue de sa culture : la Divina Commedia
de Dante Alighieri, Oublier Palerme
d’Edmonde Charles-Roux, Le Petit Chose d’Alphonse
Daudet et Corto Maltese de
Hugo Pratt.
On sent également, à travers les dialogues et
les descriptions, un attachement évident à la Sicile — sa langue, sa culture,
sa gastronomie — qui contribue à l’immersion du lecteur.
Le rythme demeure soutenu jusqu’au 20e chapitre,
dont la chute — « J’étais fait comme un
rat. » — agit comme un véritable déclencheur narratif, donnant envie de se
plonger sans attendre dans le second tome.
Parmi les nombreux passages réussis, j’ai
retenu ces deux extraits qui illustrent bien la qualité du style :
« Je crus qu’il s’était écoulé des heures,
tellement le silence était oppressant après le vacarme des armes. En fait, j’avais
perdu la notion du temps, car moins de trois minutes avaient passé. Des minutes
de plusieurs milliers de secondes. »
« J’étais littéralement transpercé par le regard
de Russo, tel un papillon rare cloué sur son support de liège par un
entomologiste. »
En passant, la note 4 qui invite à « lire la nouvelle intitulée Les fiancés
maudits, du même auteur » n’indique
pas où on peut retrouver ce texte.
Publié à compte d’auteur, « Un ange et ses démons » se caractérise
également par la qualité de son édition, tant sur le plan du contenu que de la
facture matérielle. Le graphisme, assuré par Alejandro Nathan de l’entreprise BouquinBec
de Montréal, témoigne d’un souci du détail appréciable.
En définitive, ce premier tome pose les bases
d’une trilogie ambitieuse, portée par une écriture maîtrisée, une solide
documentation et un réel sens du récit. Malgré quelques imperfections,
l’ensemble s’impose comme une entrée en matière convaincante et prometteuse.
Une découverte à suivre.
* * * * *
Traducteur et enseignant, Christian Mayer est natif de Nancy, en France. Il vit au Québec depuis 1998, et plus précisément à Oka, dans les Basses-Laurentides, depuis 2017. Il signe ici son premier roman, donnant enfin libre cours à une passion pour l'écriture longtemps demeurée en sommeil. On y retrouve son amour de la langue, son attirance pour l'Italie et sa prédilection pour les personnages au caractère bien trempé. Outre la présente trilogie, des nouvelles, des récits d'enfance et un recueil de poésie intitulé « Archipel de l’Oubli », une cinquantaine de poèmes choisis parmi 250 écrits lorsqu’il était adolescent. Les tomes 2 et 3 de la trilogie Bart – « Au nom de Carmella » et « La dernière traque » ont été respectivement publiés en 2024 et 2025.
Je tiens à remercier l’auteur pour l’envoi du service de presse.
Au Québec, des redevances symboliques me sont
versées si vous commandez votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca et le récupérez à la
librairie indépendante de votre choix.
Évaluation :
Pour
comprendre les critères pris en compte, il est possible de se référer au menu
du site [https://bit.ly/4gFMJHV],
qui met l’accent sur les aspects clés du
genre littéraire.
Intrigue et suspense
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Originalité :
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Personnages
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Ambiance
et contexte :
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Rythme
narratif :
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Cohérence
de l'intrigue :
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Style
d’écriture :
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Impact
émotionnel :
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Développement
de la thématique :
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Finale
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Évaluation globale :
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