Michael Connelly. – Sans âme ni conscience. – Paris : Calmann Levy, 2026. – 437 pages.
Polar
Résumé :
Mickey Haller, le célèbre avocat à la
Lincoln, se lance dans une action contre une entreprise de la tech dont
l’intelligence artificielle est accusée d’avoir encouragé un adolescent à tuer
sa petite amie.
Au cours de son enquête, il croise la route
de Jack McEvoy, un journaliste qui assiste aux audiences afin d’écrire un livre
sur le sujet. Bientôt, tous deux retrouvent la trace d’une lanceuse d’alerte
qui a tenté de révéler l’affaire. Mais celle-ci devient rapidement périlleuse,
car des milliards de dollars sont en jeu et le géant de l’IA auquel Haller
s’attaque ne reculera devant rien pour protéger ses intérêts.
Commentaires :
Lorsque Michael Connelly annonce que son
prochain polar mettra en scène Mickey Haller, l’avocat à la Lincoln pour qui
« un procès est une pièce de théâtre
et les jurés le public », et son équipe – Lorna (première ex-conjointe
de Haller) et Cisco Wojciechowski) – j’ai toujours hâte d’en commencer la
lecture.
Cette fois-ci, « Mickey Haller et Jack McEvoy [un journaliste, protagoniste de romans
précédents] unissent leurs forces lors
d’un procès pour meurtre hors norme [...] ...d’une actualité brûlante sur
les zones d’ombre et les menaces de l’IA ».
Mon verdict, avant que vous preniez
connaissance de ce qui suit : j’ai adoré. C’est vrai que j’ai un parti
pris pour cet auteur qui, dans les années 1990, m’a fait découvrir et aimer les
polars. Mais cette affaire porte sur un sujet de l’heure : l’éthique
derrière les outils d’intelligence
artificielle générative capable de produire du contenu original en réponse
à une requête d’un utilisateur et qu’on soupçonne avoir influencé des auteurs
de crimes. La citation en incipit de la National Association of Attorneys
General du 6 septembre 2023 met la table :
«
Nous sommes engagés dans une course contre
la montre afin de protéger les enfants de notre pays des dangers de
l'intelligence artificielle. Des brèches se sont ouvertes dans les remparts de
la ville. L'heure est venue d'agir. »
Comme c’est généralement le cas, Michael
Connelly nous entraîne dans les différentes phases de la préparation et de la
tenue d’un procès. Ici en matière civile, devant la Cour fédérale de district,
un nouveau champ d’expertise pour l’avocat Mickey Haller.
D’entrée de jeu, ce dernier, le narrateur,
résume en deux paragraphes les tenants et aboutissants du carré de sable de son
métier, le prétoire :
« Pour certains, c'est une scène. Un endroit
où se déroule un drame soigneusement chorégraphié. Pour d'autres, une partie
d'échecs où les coups sont conçus et étudiés des semaines, voire des mois à
l'avance. Où rien n'a été laissé au hasard.
Où les erreurs ont
une conclusion et des conséquences graves.
Où le public recruté
juge en silence avec tous ses préjugés et son mépris caché.
Je n'ai jamais
envisagé la chose de cette façon. Pour moi, c'est l'octogone, où un mélange
d'arts martiaux se déploie dans des combats brutaux. Deux adversaires y
entrent, un seul en ressort vainqueur. L'un et l'autre y perdent du sang. L'un
et l'autre y gagnent des cicatrices. Voilà ce qu'est le prétoire à mes yeux. »
Dès qu’entre en scène Jack McEvoy, on
comprend qu’il sera le futur auteur de « Sans âme ni conscience », une condition de sa collaboration
dans la recherche de preuves technologiques pour que l’équipe de la défense ait
gain de cause dans l’instance devant le tribunal qui s’annonce. Michaël Connelly
attribuant à ce dernier la publication de trois titres édités respectivement en
1993, 2020 et 2021 :
« — J'ai publié trois ouvrages de non-fiction
ces vingt dernières années [...]. Ils
ont fait partie des best-sellers.
[...]
— Le
Poète est mon premier. Ça traitait du
Net.
[...]
— Euh, et après, pas
mal d'années se sont écoulées avant que j'en écrive un autre intitulé L'Épouvantail
[...]. J'y parlais de la fouille des
données. Et le dernier s'intitulait Séquences
mortelles. Ça remonte à quelques
années et j'y traitais de l'industrie de l'ADN non réglementée. »
L’action se déroule l’année des grands incendies qui ont détruit de nombreux quartiers des environs de Los Angeles, dans un environnement technologique suscitant la crainte de mouchard et de surveillance électronique. D’où l’installation d’une cage de Faraday, une enceinte conductrice qui bloque les champs électromagnétiques externes pour protéger son intérieur, dans l’entrepôt qui sert de bureau à l’équipe de Haller.
Le roman se découpe en trois
parties intitulées La cage, Le défi et Loi No 1 réparties sur 50 chapitres. Il y est, entre autres, du
processus de sélection des jurés :
« Certains
juristes pensent qu'un procès se perd ou se gagne lors de la sélection des
jurés. Il se peut que ce soit vrai, mais moi, je crois aussi qu'on peut le
perdre ou l'emporter dans le choix de l'avocat qui présente l'affaire à la
cour. Et je tiens aussi pour certaine une chose sur les jurés : la règle
inaliénable est qu'il convient de façonner le jury pour sa cause. »
[...]
« Dans mon jury, je voulais des personnes qui
regardent la chaîne conservatrice Fox parce qu'elles seraient probablement
chrétiennes et républicaines et devraient donc avoir voté pour Trump lors des
dernières élections. Je ne les condamnais pas pour leur vote, mais celui-ci me
disait qu'elles n'étaient pas très heureuses – en tout cas en novembre dernier
– quant à la direction qu'avait prise le pays et son avenir. L'intelligence
artificielle était bien l'avenir, mais elle faisait peur aux gens qui savaient
qu'elle allait changer le monde d'une manière qu'ils ne comprendraient pas.
C'était aussi cela que je voulais dans mon jury, des individus qui se sentent
mal à l'aise et aliénés par la société. Je reconnais volontiers qu'il s'agit là
d'une manière cynique de sélectionner un jury, mais cela pouvait faire toute la
différence dans ce procès. »
Et aussi de l’armure à porter pour affronter
l’adversaire :
« Le
lundi matin du 7 avril, je me redressai devant le miroir, dans mon plus beau
costume, le Hugo Boss, et vérifiai mon look. Je portais une chemise bleue de
coupe moderne boutonnée aux poignets parce que des manchettes auraient été un
rien trop ostentatoires pour des jurés. Seul reste de mes jours d'avocat au
pénal, ma cravate combinait des rayures bleues et mauves, le tout retenu au
milieu par une épingle en argent ornée du logo familier de la Lincoln Motor
Company en forme de croix insérée dans un rectangle. Un jour, un vendeur de
Lincoln m'avait dit que ce logo symbolisait le pouvoir, le leadership et la
puissance, et c'était pour cela que je portais ces épingles. J'allais avoir
besoin de tous ces attributs dès que je me trouverais dans le prétoire. »
La joute avocassière a pour but de déterminer
la responsabilité de l’entreprise fictive Tildalwaiv –
« raz-de-marée », en français – ayant créé un « chatbot »
féminin nommé Wren qui aurait amené un jeune garçon de 13 ans à tuer sa petite
amie et tenté de l’influencer pour qu’il se suicide. Haller envisageant même de
faire témoigner Wren, une machine, pour démontrer comment celle-ci dialogue et
répond aux questions d’un utilisateur.
L’interrogation des témoins nous permet d’en
apprendre sur le phénomène de l’intelligence artificielle :
Sur l’ASMR
(autonomous sensory meridian respense
– réponse autonome des méridiens sensoriels), une « sensation physiologique déclenchée par des stimuli auditifs, visuels ou
tactiles » utilisé par des « chatbots » et susceptible
d’influencer les personnes avec qui ils interagissent.
Eliza,
un des premiers « chatbots », première forme d’intelligence
artificielle :
« C'était un programme d'ordinateur développé
au MIT– au Massachusetts Institute of Technology – au milieu des années
soixante. C'était un logiciel assez simple conçu à l'origine comme un
psychothérapeute informatique. Il avait reçu le nom de l'Eliza Doolittle de
Pygmalion, la pièce de théâtre de Bernard Shaw et bien sûr, de la comédie
musicale My Fair Lady, dont la version cinéma est sortie l'année où ces travaux
sur Eliza ont débuté. »
Sur comment est entraîné un système d’IA :
« D'énormes quantités de données sont
téléchargées dans le logiciel de façon qu'il puisse répondre de manière
effective aux sollicitations et questions de l'utilisateur en bout de chaîne.
On parle de DCP, à savoir de ‘’ données de conversation pertinentes ‘’. Les
programmeurs créent des modèles de réponses correspondant à l'intention définie
de la plateforme... dans le cas présent un chatbot pour adolescents.
Idéalement, ces
données sont continuellement mises à jour, les programmeurs dialoguant sans
cesse et pendant de longues périodes, parfois même des années avec le logiciel
avant que celui-ci soit prêt à vivre avec celui qui l'utilise. »
À propos des trois lois de la robotique en
tant que garde-fous technologiques énoncées par Isaac Asimov, futuriste et auteur
de science-fiction :
« Un, un robot ne peut porter atteinte à un
être humain. Deux : un robot doit obéir à un être humain, à moins que l'ordre
entre en conflit avec la première loi. Et trois, un robot doit protéger sa
propre existence, pour autant que cela n'entre pas en conflit avec les première
et deuxième lois. »
Ainsi que de la notion de « Garbage in, garbage out » :
« Tout ce qu’on y fait entrer
ressort de la même façon. » Avec en référence un certain Elliot Rodger, un incel – célibataire involontaire
– qui a lui-même assassiné plusieurs jeunes femmes.
Les péripéties de la joute juridique nous
fait vivre, comme si on y était, les échanges acrimonieux et des jambettes
entre avocats, les objections soulevées, acceptées ou rejetées par la juge qui
gère « son procès » dans « son prétoire », les rencontres au sommet
houleuses dans le bureau de celle-ci :
«
Elle était assise à une table ronde,
devant une muraille d’étagères bondées d’ouvrages de droit américan reliés
cuir. Rien que du décor, tout cela pouvant être facilement trouvé en ligne.
»
Michael Connelly en profite pour nous donner
des nouvelles sur l’état de santé de Harry Bosch et sur la fille de celui-ci
qui « travaille aux Affaires non
résolues sous la direction de Renée Ballard » Peut-être en vue du
prochain titre dont la sortie est prévue en novembre 2026, The
Hollow, une enquête intime liée au passé de son inspecteur fétiche à
MacLaren Children’s Center : « un
des romans les plus intimes de la saga. Plus qu’une simple enquête, il s’agit
d’un retour aux origines : comprendre ce qui a façonné Harry Bosch et ce qui l’a
poussé à devenir policier. »
L’auteur ramène aussi Bambadjan Bishop
(Bamba) et Maggi McPherson (McFierce), deuxième ex-conjointe de Mickey devenue « district
attorney » et dont la résidence a été détruite lors des grands incendies.
Ainsi que leur fille Hailey qui demeure à Hawaï. Ce qui lui permet d’intégrer
quelques scènes de la vie intime de Haller.
Le récit est entrecoupé d’une deuxième cause :
un procès au criminel que Mickey Haller avait perdu concernant un certain David
Snow, condamné à perpétuité pour possiblement avoir frappé et rendue invalide sa
fille Cassandra. Un intermède sans intérêt, à mon point de vue.
J’ai souri à la lecture de ce clin d’œil :
« ...
je sais que vous êtes le vrai avocat à la
Lincoln, mais j’avais déjà vu la série [sur Netflix] ».
Et noté quelques coquilles évidentes
difficiles à accepter chez un éditeur de ce calibre.
J’ai lu en quelques heures et avec beaucoup
de plaisir ce huitième roman de la série Mickey Haller qui se conclut par ce
constat :
« Personne ne gagne à chaque coup. Personne ne
remporte tous ses procès. La loi est inconstante. On est prince de la ville un
jour, et balayeur de rue le lendemain. Toute l'habileté consiste à être capable
de remonter dans sa Lincoln, de boucler sa ceinture et de reprendre la route. »
* * * * *
Né en 1956, Michael Connelly commence sa carrière comme journaliste en Floride, ses articles sur les survivants d'un crash d'avion en 1986 lui valant d'être sélectionné pour le prix Pulitzer. Il travaille au Los Angeles Times quand il décide de se lancer dans l'écriture avec « Les Égouts de Los Angeles », pour lequel il reçoit l'Edgar du premier roman. Il y campe le célèbre personnage du policier Harry Bosch, que l'on retrouvera notamment dans « Volte-Face » et « Ceux qui tombent ». Auteur du « Poète », il est considéré comme l'un des maîtres du roman policier américain. Deux de ses livres ont déjà été adaptés au cinéma, et l'ensemble de son œuvre constitue le cœur de la série télévisée Bosch. Les romans de Michael Connelly se sont vendus à plus de quatre-vingts millions d'exemplaires dans le monde et ont été traduits en plus de quarante langues.
Je tiens à remercier les éditions CalmannLevy pour l’envoi du service de presse.
Au Québec, des redevances symboliques me sont
versées si vous commandez votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca
et le récupérez à la librairie indépendante de votre choix.
Évaluation :
Pour
comprendre les critères pris en compte, il est possible de se référer au menu
du site [https://bit.ly/4gFMJHV],
qui met l’accent sur les aspects clés du
genre littéraire.
Intrigue et suspense
:
|
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |
Originalité :
|
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |
Personnages
:
|
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |
Ambiance
et contexte :
|
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |
Rythme
narratif :
|
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |
Cohérence
de l'intrigue :
|
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |
Style
d’écriture :
|
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |
Impact
émotionnel :
|
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |
Développement
de la thématique :
|
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |
Finale
:
|
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |
Évaluation globale :
|
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |



Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire