#Jenaipasportéplainte (Marie-Hélène Branciard)

Marie-Hélène Branciard. – #Jenaipasportéplainte. – Gleizé : Éditions du Poutan, 2017. – 259 pages.

 


Polar

 

 




Résumé :

 

Après une manif pro « Mariage Pour Tous », Solün, photographe de presse, découvre le corps inanimé d’une jeune femme.

 

À l’hôpital où elle l’accompagne, elle fait connaissance avec ses amis et se lance avec eux à la poursuite des agresseurs… La traque de violeurs en série se met en place avec des moyens peu conventionnels, mais terriblement efficaces.

 

Le commandant Jourdan, officiellement chargé de l’enquête va d’ailleurs moyennement apprécier l’aide de ces justiciers amateurs…

 

 

Commentaires :

Il est toujours intéressant de découvrir un polar différent : une fiction lesbienne contemporaine et militante; sur une thématique toujours d’actualité, la violence envers les femmes, l’homophobie et les préjugés; la traque de violeurs en séries, la peur de dénoncer, de porter plainte. Le tout campé dans l’omniprésence des outils électroniques de partage d’information : courriels cryptés, réseaux sociaux officiels et marginaux, blogues au service d’une bande d’amis solidaires et prêts à tout pour se venger.

Dans ce deuxième roman, l’auteure lyonnaise a en effet réuni une brochette de personnages originaux, déjantés et attachants (quoiqu’on s’y perd un peu dans les dénominations, les surnoms et les avatars avant que ne débute effectivement l’enquête). Mais bon, l’univers à la fois branché et trash de cette histoire sordide est tout à fait crédible.  

Il faut souligner le style original de Marie-Hélène Branciard dont le texte alterne comme des photos polaroid dans lesquelles apparaissent les différents protagonistes au gré du récit. Ce qui contribue à alimenter un bon suspense jusqu’à la chute finale qui nous laisse anticiper le pire. Tout comme les insertions dans la narration d’extraits de blogues ou de chansons, de courriels, de conversations via les réseaux sociaux, de rapports administratifs...  Sans oublier les dialogues naturels farcis d’acronymes et d’expressions omniprésentes sur le web qui collent bien au caractère et à la psychologie des protagonistes. Parfois agressant pour des oreilles francophones québécoises sensibles J.

#Jenaipasportéplainte est un roman engagé dérangeant qui met aussi en scène d’odieux truands (patrons, ripoux et politiciens) impliqués et prêts à tout pour éviter la condamnation et la découverte de la vérité, qui dénonce l’injustice et l’incapacité parfois des forces de l’ordre de pouvoir incriminer les coupables d’actes criminels.

À lire en écoutant sur YouTube les pièces musicales qui accompagne l’histoire.

Merci à l’auteur pour le service de presse.

 

 

Originalité/Choix du sujet :
*****
Qualité littéraire :
*****
Intrigue :
*****
Psychologie des personnages :
*****
Intérêt/Émotion ressentie :
*****
Appréciation générale :
*****

Séquences mortelles (Michael Connelly)

Michael Connelly. – Séquences mortelles. – Paris : Calmann Levy, 2021. – 433 pages.

 


Polar

 

 




Résumé :

 

L’illustre Jack McEvoy, maintenant journaliste au Fair Warning, un site Web de défense des consommateurs, a eu raison de bien des assassins. Jusqu’au jour où il est accusé de meurtre par deux inspecteurs du LAPD. Et leurs arguments ont du poids : il aurait tué une certaine Tina Portrero avec laquelle il a effectivement passé une nuit, et qu’il aurait harcelée en ligne. Malgré les interdictions de la police et de son propre patron, il enquête et découvre que d’autres femmes sont mortes de la même et parfaitement horrible façon : le cou brisé.

 

Le tueur, il le comprend aussi, choisit ses victimes à l’aide de leurs propres données génétiques. Trouver la séquence ADN qui le conduira à sa prochaine proie devient la priorité de Jack.

 

Mais déjà, le monstre est de nouveau prêt à frapper.

 

 

Commentaires :

 

Une autre lecture enlevante. Michael Connelly est toujours à la hauteur. Maître d’un suspense qui croît au fur et à mesure que se déploie le récit. Séquences mortelles est un roman policier qui fait réfléchir en soulevant la problématique de la protection des renseignements personnels liés aux manipulations illicites de l’ADN fourni par un individu dans le cadre de recherches généalogiques. Un sujet très d’actualité. Une histoire sordide qui pourrait très certainement franchir la ligne qui sépare la fiction de la réalité.

 

Quel plaisir de retrouver les deux protagonistes (Jack McEvoy, le journaliste narrateur et Rachel Walling, l’ex-agente du FBI) dans une enquête qui se termine sur les chapeaux de roues, c’est le cas de le dire. Un scénario dans lequel s’amalgament le narrateur et l’écrivain (Connelly) auteur du Poète et de L’Épouvantail. Au point peut-être de nous dévoiler en toute humilité les dessous de leur écriture et de leur édition :

 

« ...j’étais assez malin pour savoir qu’Emily écrivait mieux que moi et que je creusais et fouillais mieux qu’elle. Elle savait bien mieux s’y prendre avec les mots que moi. J’aurais été le premier à reconnaître que les deux ouvrages que j’avais publiés avaient été lourdement révisés, au point même d’avoir été entièrement remaniés et réécrits. Bravo à mes correcteurs, mais c’était à moi que revenaient les droits d’auteur. »

 

Michael Connelly est l’auteur qui m’a fait découvrir en 1993 les littératures du crime avec Les égouts de Los Angeles. Les thématiques qu’il aborde sans excès d’hémoglobine avec ses personnages fétiches (Harry Bosh, Mickey Haller et ici Jack Evoy) mettent en évidence les côtés sombres de la société nord-américaine en s’inspirant d’histoires vraies et de personnes réelles. Les 35 romans qu’il a publiés au cours des 30 dernières années témoignent aussi de l’évolution des moyens matériels et technologiques utilisés tant par les criminels que les forces de l’ordre, les finalités de chacun demeurant toutefois les mêmes.

 

Séquences mortelles est un polar très contemporain avec ses références entre les lignes à l’ère Trump, aux « fake news ». Un « page turner » que j’ai dévoré en trois jours. Inutile de vous creuser les méninges pour identifier le tueur en série avant la chute finale. Avant un chapitre ultime qui annonce que la collaboration McEvoy-Walling va se poursuivre.

 

Connelly aime Los Angeles et se fait toujours un devoir de nous balader dans ses quartiers et dans les environs. Son écriture simple et intelligente, son style fluide, sa facilité pour rendre abordable des aspects techniques parfois complexes et, d'une certaine manière, le contenu pédagogique qui en ressort  fait de ce romancier originaire de Philadelphie un auteur qu'il est toujours agréable de lire et de continuer à découvrir son univers littéraire. 


D’ici là, j’attends la disponibilité en français des prochains opus de l’univers de Harry Bosh/Renée Ballard (The Dark Hours) et de Mickey Haller (The Law of Innocence) pour les commenter.

 

 

Originalité/Choix du sujet :
*****
Qualité littéraire :
****
Intrigue :
*****
Psychologie des personnages :
*****
Intérêt/Émotion ressentie :
*****
Appréciation générale :
*****

Le Dragon de Saint-Hyacinthe (Pierre Breton)

Pierre Breton. Le Dragon de Saint-Hyacinthe. – Montréal : Héliotrope, 2021. – 189 pages.

 


Polar

 

 




Résumé :

 

Une maison cossue en bordure du parc Dessaules a été le théâtre d’un violent incendie, et le corps calciné de son propriétaire est retrouvé à l’intérieur. Il s’agit de nul autre que Danny Dragon, célèbre chanteur des Mégavolts, le groupe yéyé de l’heure. Pour Cyrille Carignan, chef de la police de Saint-Hyacinthe, cela signifie deux choses : 1) qu’il peut dire adieu à son week-end de golf ; 2) que sa fille Sylvie, une mégafan des Mégavolts, sera inconsolable.

 

Lorsqu’on retrouve un petit criminel au volant de la voiture de la victime, Cyrille est bien tenté, comme tous ses collègues, de l’accuser du meurtre et de classer rapidement le dossier. Mais quelque chose lui dit que l’affaire est beaucoup plus compliquée que ça. Avec l’aide du caractériel agent Truchon, il remuera ciel et terre pour retrouver l’assassin pyromane.

 

 

Commentaires :

 

Mon coup de cœur de juin 2021 ce premier polar, troisième roman de Pierre Breton qui a fait carrière dans le journalisme écrit. Humour et plongée dans l’univers de la musique yéyé des années 1960 au Québec et plus particulièrement dans la « Liverpool » québécoise, la ville de Saint-Hyacinthe, qui a vu naître bon nombre de groupes en quête de célébrité tels les Beatles.

 

J’ai dévoré en deux jours avec un grand plaisir de lecture Le Dragon de Saint-Hyacinthe dont l’action s’accroche à « quelques éléments du réel », comme l’affirme l’auteur en page liminaire. Une fiction très documentée d’un point de vue historique mettant en scène une panoplie de personnages bien campés. Avec le rythme soutenu d’une enquête menée de main de maître par le chef de police de la ville qui peut compter sur les méthodes plus ou moins orthodoxes de son adjoint.

 

Dès les premières pages, le lecteur est entraîné dans l’ambiance de l’époque avec ses acteurs truculents : le chanteur vedette assassiné, la groupie présidente de son fan-club, le gérant « du genre à tenir conseil dans les arrière-salles de cafés de la Petite Italie », les bérets blancs fanatiques, les paparazzis, le maire en quête de popularité... Et le contexte historique : la construction du pont Laviolette, l’autoroute 20 qui vient d’être ouverte, l’école de médecine vétérinaire, l’association avec Saint-Michel terrassant le Dragon, l’objectif ultime des groupes de ce genre musical : le passage au Ed Sullivan Show...

 

Tous les ingrédients sont rassemblés pour apprécier un polar original divertissant, une fiction bien ficelée bien écrite qui donne le goût de découvrir un prochain opus d’un auteur québécois à découvrir.

 

Une lecture d’été à vous procurer auprès de votre librairie indépendante favorite.

 

Merci aux éditions Héliotrope pour le service de presse.

 

 

Originalité/Choix du sujet :
*****
Qualité littéraire :
*****
Intrigue :
*****
Psychologie des personnages :
*****
Intérêt/Émotion ressentie :
*****
Appréciation générale :
*****

SkilledFast tome 1 (Hachin)

Hachin. – SkilledFast tome 1. – Vanves : Pika Édition/Éditions H2T, 2021. – 214 pages.

 



Manga

Policier Anticipation

 

 



Résumé :

 

En 2097, les humains désormais augmentés utilisent des SkilledFast : un implant situé dans leur nuque permettant d’acquérir de nouvelles compétences tout en améliorant considérablement leurs capacités et leurs aptitudes.

 

Eva Steins, le commandant de la police de Central City, enquête sur une série de meurtres dont les victimes sont retrouvées mises en scène, leur SkilledFast arraché. Au point mort dans ses investigations,  Eva reçoit l’aide providentielle de Roman Kirkegaard, un ancien policier reconverti en détective privé, lui-même sur les traces de cet étrange serial killer, pour des raisons clairement plus personnelles !

 

 

Commentaires :

 

SkilledFast est le premier seinen manga (un type de manga dont la cible éditoriale est avant tout constituée par les jeunes adultes de 15 à 30 ans de sexe masculin quoiqu’il arrive que le genre soit destiné à des personnes plus âgées J). Bien qu’au départ la lecture de droite à gauche est quelque peu déroutante, j’ai rapidement pris le rythme du premier tome de ce polar entre suspense et science-fiction.

 

Il s’agit du premier manga de Hachin, un jeune français de 25 ans diplômé en Génie civil. Amateur de science-fiction, il affectionne ce genre littéraire, cinématographique et artistique.

 

Parlons d’abord de la couverture : l’éditeur a vraiment fait un travail de mise en valeur de l’ouvrage avec la couverture aux reflets métalliques de la pochette et une iconographie à la fois intrigante et sombre. Toutefois, la table des matières annonce une pagination inexistante. Quelques coquilles dans quelques phylactères. Au point de vue graphique, on notera parfois des écarts dans la précision de certains dessins mettant en scène ses nombreux personnages aux traits nets et précis par rapport à ceux plus réalistes des vues sur la ville ou relatifs à certains édifices. Certainement une caractéristique du style personnel du mangaka.   

 

J’ai particulièrement apprécié le scénario classique de tueur en série qui se démarque, dans univers cyberpunk, par une réflexion philosophique soulevant des questions morales et éthiques sur la manipulation anticipée des technologies et leur impact sur la vie quotidienne des humains devenus des super-humains. Aussi sur la mainmise potentielle de grands groupes industriels sur les développements de l’intelligence artificielle. Comme le mentionne l’éditeur, l’auteur s’est donné comme but d’interroger et de stimuler la réflexion autour de sujets actuels de notre société en perpétuelle évolution :

 

« Dans cette histoire, j’ai eu à cœur de créer des situations dans lesquelles les idées et les croyances des personnages se confondent avec passion et foi. Certes, il ne s’agit pas de foi au sens religieux. Il est plutôt question de la foi que les protagonistes (et antagonistes) ont pour leurs principes et leur vision d’un monde idéal.

 

Est-ce que les individus fidèles à leurs idées trahissent forcément celles qu’ils combattent, sans jamais chercher à les comprendre?

 

C’est une des questions que je me suis posé (sic) à travers cette série... »

 

Mentionnons enfin que les dialogues entre les différents personnages qui évoluent dans un décor qui se rapproche plus de 2021 que 2097 sont naturels et bien écrits. Ils alimentent le suspense au fur et à mesure de la progression du récit. Sans parler d’un « page turner », SkilledFast se lit d’un trait.

 

Une belle découverte qui me donne le goût de compléter ma lecture au gré de la sortie des deux derniers tomes.

 

 

Originalité/Choix du sujet :
****
Qualité littéraire :
****
Intrigue :
****
Psychologie des personnages :
****
Intérêt/Émotion ressentie :
****
Appréciation générale :
****

L’affaire du Château de l’Ombrune (René Le Gal)


René Le Gal. – L’affaire du Château de l’Ombrune. – Fondettes : Éditions Alter Real, 2021. – 379 pages.

 


Thriller

 




Résumé :

 

Mathilde Signoret, jeune professeur de lettres dans un lycée parisien a été adoptée peu de temps après sa naissance. Un jour, elle reçoit un étrange appel : un inconnu, un certain Michel Vincent, prétend être son père biologique. Bouleversée, Mathilde accepte de le rencontrer et de passer un test ADN qui confirme la filiation. Alors qu’ils viennent à peine de fêter leurs retrouvailles, tout bascule : Michel succombe à une soudaine et violente crise cardiaque. Mort naturelle, diagnostique le médecin du SAMU.

 

Mais au moment de la succession, les tensions arrivent. Michel était propriétaire d’un domaine viticole prospère, et Mathilde peut prétendre à une part de l’héritage, au même titre que la compagne de Michel.

Le doute s’installe lorsqu’un employé du domaine se suicide et que Mathilde est agressée. Et si la mort de Michel n’était pas accidentelle ? Mathilde n’est pas au bout de ses surprises. Heureusement, elle peut compter sur l’aide d’un duo de choc : une flic parisienne discrète mais perspicace et un commandant de police hyérois débordant d’assurance.

 

 

Commentaires :

 

L’affaire du Château de l’Ombrune est le 9e roman policier de René Le Gal dont l’action est centrée dans le Var. Professeur agrégé des Sciences de la Vie et de la Terre, il partage avec ses lecteurs son amour pour la région, et plus particulièrement pour la commune de Toulon où a immigré sa famille italienne.

 

Dans cette fiction, j’ai beaucoup aimé les liens entre le récit imaginé avec des lieux réels (dont Saint-Jean-Pied-de-Port aux Pays basques (je m’y suis senti comme lors de mon passage il y a quelques années et Marseille) et des faits historiques (l’ETA et les assassinats politiques) qui servent de décors à une panoplie de personnages dont certains sont nettement antipathiques (Nina et Audrey).

 

L’histoire somme toute assez classique est racontée dans un style fluide, de lecture agréable. La lenteur de l’action illustre bien les difficultés auxquelles sont confrontés les enquêteurs. Mais préparez-vous à de multiples rebondissements, des virages à 180 degrés dans ce scénario où toutes les pièces du casse-tête sont réparties au travers des 72 courts chapitres. Comme l’action se déplace constamment, le lecteur est en mesure de situer par rapport aux points de repère géographiques et temporels au début de chaque transition.

 

Malgré l’absence de suspense haletant, ce roman vous engagera dans une intrigue bien ficelée qui vous donnera certainement le goût de visiter Hyères, La Londe les Maures, Giens dans le département Provence-Alpes-Côte d'Azur.

 

Merci aux éditions Alter Real pour le service de presse.

 

 

Originalité/Choix du sujet :
*****
Qualité littéraire :
****
Intrigue :
****
Psychologie des personnages :
****
Intérêt/Émotion ressentie :
****
Appréciation générale :
****

Malakoff (Gregory Buchert)

Gregory Buchert. – Malakoff. – Paris : Gallimard/Verticales, 2020. – 316 pages.

 


Premier roman

 

 




Résumé :

 

En résidence de création à Malakoff, Gregory Buchert mène l’enquête sur les possibles origines russes de sa ville d’accueil tout en essayant de rencontrer Sam Szafran, figure locale et pastelliste virtuose dont il vénérait les œuvres étant plus jeune. Mais à mesure qu’il s’imprègne des lieux et rédige son journal de bord, l’auteur voit sa personnalité se scinder, l’obligeant à composer avec les errements de son double, tandis que réaffleurent certaines meurtrissures de l’enfance.

 

Commentaires :

 

Un autre premier roman que j’ai beaucoup aimé : une recherche sur soi par un narrateur à double personnalité sur les liens entre les origines historiques de l’appellation de la ville de Malakoff et un artiste qui l’a marquée : l’aquarelliste Sam Szafran. Une sorte de journal personnel qui tient davantage du genre « récit autobiographique » que du « roman » ou de la « fiction » pure. Un voyage insolite dans le temps et l’espace avec ses « flashs » historiques (guerre de Crimée, Gagarine…), littéraires et artistiques.

Intéressant qu’un écrivain s’intéresse à l’art (contemporain) et à sa diffusion avec une certaine forme d’autodérision et tisse des liens entre ses origines alsaciennes, son enfance, ses souvenirs familiaux, ses rêveries et ses questionnements en tant qu’artiste et écrivain, en quête des « pseudo » origines russes de cette cité en banlieue de Paris.

À noter la qualité de la langue écrite, le style franc. Rythme lent mais efficace jusqu’au dénouement rocambolesque de cette expérience de résidence temporaire d’un auteur dans un centre d’art avec comme privilège la liberté d’y déambuler la nuit.

Une démarche artistique littéraire intéressante et amusante qui nous captive en alternance entre la réalité et la fiction qui inspire une réflexion sur nos origines : « Tout à l'heure en observant la région par la fenêtre du train, m'est revenu ce vers de T.S. Eliot placé en exergue d'un livre que je n'ai jamais pris la peine d'approfondir, sa première page suffisant amplement à mon bonheur : Le chez-soi, c'est l'endroit d'où l'on part. »

 

Originalité/Choix du sujet :
*****
Qualité littéraire :
*****
Intrigue :
*****
Psychologie des personnages :
*****
Intérêt/Émotion ressentie :
*****
Appréciation générale :
*****

Nul si découvert (Valérian Guillaume)

Valérian Guillaume. – Nul si découvert. – Paris : Éditions de l’Olivier, 2020. – 127 pages.

 


Premier roman

 

 




Résumé :

Il salive devant les produits alignés sur les rayons du supermarché. Il prie pour être le gagnant d’un jeu-concours organisé par une marque de nourriture mexicaine. Il adore lorsque les vigiles le palpent à l’entrée du magasin. Il se jette sur les distributeurs de friandises, les buffets en libre-service et les stands de dégustation.

Qui est-il, ce garçon qui sue à grosses gouttes et qui rit même quand on se moque cruellement de lui ? Pourquoi cherche-t-il la chaleur humaine dans les allées du centre commercial ?

Depuis qu’il va à la piscine, sa vie a trouvé un sens : Leslie est à l’accueil. C’est un ange, une fée. Elle occupe ses pensées, le rend fou d’amour. Mais pour la conquérir, il lui faudra lutter contre le démon qui s’empare de lui dans les pires moments.

 

Commentaires :

 

Je vous invite à découvrir un petit roman mystérieux à la fois étonnant, voire bouleversant avec sa finale tout à fait inattendue. Nul si découvert est le premier roman de Valérian Guillaume, acteur et metteur en scène de théâtre.

 

Une lecture rafraîchissante. Un texte d’une poésie folle et naïve dont le style d’écriture colle à la réalité divagante de ce personnage simple d’esprit et sympathique qu’on adopte dès les premières pages.

 

On rigole et on souffre avec lui « qui goutte à tout-va », pour qui les fuites, ça le connaît, dont le conduit magique et son démon intérieur goulu et affamé lui bouffe le cœur, la vie et la raison.

 

Une belle réflexion sur la surconsommation, les malheurs de l’existence humaine qui n’effraient pas : heureusement qu’il y a la poésie et les belles choses dans les magasins pour apaiser son mal être.

Même si l’écriture déroute à la lecture des premières pages, le lecteur est plongé dans le vague à l’âme et la boulimie du protagoniste, le narrateur, dont on ne sait finalement rien de lui. Au point à s’identifier à lui à bien des égards, à lutter avec lui contre son démon et à compatir en sa compagnie.

 

J’ai beaucoup aimé.

 

 

Originalité/Choix du sujet :
*****
Qualité littéraire :
*****
Intrigue :
*****
Psychologie des personnages :
*****
Intérêt/Émotion ressentie :
*****
Appréciation générale :
*****

La rage (Zygmunt Miloszewski)

Zygmunt Miloszewski. – La rage. – Paris : Fleuve noir, 2016. – 567 pages.

 



Polar

 

 




Résumé :

 

Un cadavre brûlé par des armes chimiques est retrouvé sur un chantier polonais. Les résultats de l’autopsie sont stupéfiants : certains membres prélevés sur place n’appartiennent pas au corps de la victime. Absorbé par cette étrange affaire, le procureur Teodore Szacki néglige une plainte pour violences conjugales. Il en prend conscience trop tard : la plaignante a été grièvement blessée. Son mari est découvert quelques jours après, vivant, mais la langue et les cordes vocales sectionnées... Mis en cause par sa hiérarchie, le magistrat voit sa carrière menacée, lorsque sa propre fille est enlevée à son tour. Il sent alors monter en lui la rage. Et une inextinguible soif de sang, capable d’emporter même le plus droit des justiciers...

 

 

Commentaires :

 

Après avoir campé à Varsovie la première enquête du procureur Teodore Szacki au cœur des rapports qu’entretien la gauche polonaise avec son passé communiste et la seconde à Sandomierz imprégnée du spectre contemporain de l'antisémitisme, Zygmunt Miloszewski nous entraîne à  Olsztyn pour dans sa recherche de la vérité teintée des questions de sexisme et de violences domestiques.

 

J’ai moins aimé le dernier volet de cette trilogie dans lequel l’intrigue est noyée par des détours qui ralentissent l’action et affectent l’intérêt. Certains passages plutôt longs ne m’ont pas semblé nécessaires à l'histoire. Fausses pistes, coupables suspects, microsuspense, il faut patienter jusqu'aux derniers chapitres pour que le récit prenne vraiment son élan.  Avec une chute inattendue, voire surprenante. Ce qui est souvent le cas dans de nombreux polars et thrillers. En fait, on est davantage en présence d’une fiction d’ambiance que d’un roman d’action.

 

Bien sûr, la société polonaise est égratignée : la marque de commerce de cet auteur qui met en évidence les travers politiques, culturels et sociaux de son pays. Lui qui excelle dans les descriptions des lieux et des personnages qu’il met en scène.

 

À noter que comme dans les deux opus précédents, chaque chapitre est précédé par la mention d’événements qui se produisent en Pologne ou ailleurs dans le monde le jour même où se déroule l’action du roman.

 

La rage s’est mérité le prix Transfuge du meilleur polar étranger 2016. Zygmunt Miloszewski est définitivement un auteur polonais à découvrir qui résume bien à sa manière la démarche d'un enquêteur :

 

« Tout crime possède son ordre interne, son harmonie comparable à une symphonie bien écrite. L’enquête [consiste] à trouver les musiciens adéquats et à les disposer sur la scène. Au début il n’y a qu’une flûte qui se manifeste une fois toutes les cinq minutes et rien n’en ressort. Puis arrivent, disons, un alto, un basson et un cor. Ils jouent leur partition, mais pendant très longtemps, on n’entend qu’une rumeur insupportable. À la fin, une mélodie apparaît, mais ce n’est que la découverte de tous les éléments, la réunion d’une centaine de musiciens et la prise en main du rôle de chef d’orchestre qui permet à la vérité de résonner de façon si poignante qu’un frisson parcourt le public. » (pp. 169-170).

 

 

Originalité/Choix du sujet :
****
Qualité littéraire :
*****
Intrigue :
***
Psychologie des personnages :
*****
Intérêt/Émotion ressentie :
***
Appréciation générale :
***

Comment voyager avec un saumon (Umberto Eco)

Umberto Eco. – Comment voyager avec un saumon. – Paris : Grasset, 1997. – 283 pages.


 


Pastiches et postiches

 




 

Résumé :

 

Avez-vous déjà eu besoin de mettre un saumon fumé dans le mini-frigo de votre chambre d'hôtel ?

Tenté d'installer un logiciel en lisant les trois volumes d'explications fournis par le fabricant ?

Renoncé à prendre un médicament anodin en raison des risques terribles que sa notice fait peser sur " certains sujets " ?

Entrepris de chercher du sexe sur Internet ?

 

Si vous répondez oui à l'une de ces questions, alors vous vous reconnaîtrez dans les pages de ce livre, qui relate, sur un mode hilarant et, hélas, vraisemblable, les aventures et mésaventures de l'homme d'aujourd'hui.

 

En guise de bouquet final, vous découvrirez la Cacopédie : un hallucinant voyage dans le savoir scientifique moderne poussé vers la folle à force d'atomisation et de luxe théorique..

 

 

Commentaires :

 

Pour emprunter la formule de ces pastiches et postiches : Comment s’ennuyer 265 pages sur 283.

 

 

Originalité/Choix du sujet :
***
Qualité littéraire :
*****
Intérêt/Émotion ressentie :
*
Appréciation générale :
*

Le mangeur d’âmes (Alexis Laipsker)

Alexis Laipsker. – Le mangeur d’âmes. – Paris : Michel Lafon, 2021. – 350 pages.

 



Polar

 

 



Résumé :

 

Certains secrets, pourtant bien gardés, s'avèrent parfois trop lourds à porter...

Quand des disparitions d'enfants et des meurtres sanglants se multiplient dans un petit village de montagne sans histoire, une vieille légende nimbée de soufre ressurgit... Diligentés par leurs services respectifs, le commandant Guardiano et le capitaine de gendarmerie De Rolan sont contraints d'unir leurs forces pour découvrir la vérité.

 

 

Commentaires :

 

Je ne sais pourquoi, mais j’ai eu un doute qui m’a amené à anticiper la chute finale au premier tiers de ce polar d’Alexis Laipsker. Il faut dire que je suis de plus en plus à l’affût des techniques d’écriture dans ce genre littéraire. Ce qui ne m’a pas empêché d’apprécier l’originalité du sujet ainsi que le style et l’imagination de cet auteur que j’avais découvert lors de la publication de son premier roman « …et avec votre esprit ». Avec ici moins de références à son expertise en statistiques et en poker.

 

S’inspirant de légendes moyenâgeuses, l’auteur nous entraîne dans une enquête passionnante entourant des meurtres sordides et quasi inexplicables. La première partie du récit sert à asseoir le contexte des événements qui frappent ce petit village de montagne isolé et enneigé. Après quelques chapitres au rythme plus lent alors que l’investigation piétine, la finale s’enclenche sur les chapeaux de roue, voire surréaliste.

 

Sans dévoiler trop de détails, j’ai eu, entre autres, passablement de difficulté à accepter les explications fournies par quelques-uns des personnages concernant l’origine et la concrétisation de toute la violence entourant les morts violentes auxquelles sont confrontés le commandant Guardiano et son partenaire improvisé. Pour employer une expression, ça m’a semblé un peu trop arrangé « avec le gars des vues » ou « du poker » J. Il m’a semblé plutôt invraisemblable qu’en si peu de jours après un événement en haute montagne il pouvait être possible à des esprits vengeurs inexpérimentés de mettre la main d’évaluer le potentiel meurtrier de « la colère de Dieu » tombée du ciel et d’en enclencher les conséquences inimaginables.

 

Sinon, cette histoire machiavélique et inquiétante vous tiendra en haleine avec ses scènes très réussies de poursuites à pied ou en voiture.

 

Un petit détail de production plutôt gênant pour un ouvrage publié par une grande maison d’édition : deux chapitres portant le numéro 46 !!!  

 

 

Originalité/Choix du sujet :
*****
Qualité littéraire :
*****
Intrigue :
*****
Psychologie des personnages :
*****
Intérêt/Émotion ressentie :
****
Appréciation générale :
****