Marcel Viau. – La morte du faubourg Saint-Louis. – Québec : Bookelis, 2024. – 331 pages.
Polar
Résumé :
Le 7 juin 1862, un grave incendie a lieu à
Québec dans le faubourg Saint-Louis. La décision est prise de faire évacuer les
immeubles situés autour de la déflagration. C'est alors que l'on découvre le
cadavre d'une femme dans l'un des appartements visités. Elle a été brutalement
assassinée. Le détective montréalais Silas Robinson arrive à Québec pour mener
l'enquête à la suite de la demande de l'un de ses anciens collègues.
Commentaires :
Certains romans policiers valent autant pour
leur intrigue que pour l'époque qu'ils ressuscitent. D'autres se distinguent
car l'enquête devient presque un prétexte pour faire revivre un monde disparu. « La
morte du faubourg Saint-Louis », la sixième enquête du détective
montréalais Silas Robinson dans une série qui en compte neuf en 2026, appartient
clairement à cette seconde catégorie.
Publié en autoédition de qualité – rédigé dans
un français sans fautes ni coquilles –, ce roman regorge de détails géographiques,
historiques et patrimoniaux sur la société
et la ville de Québec – Vieux-Québec et quartiers Saint-Louis et Saint-Jean-Baptiste
– du début des années 1860.
Les amoureux de l’architecture et de l’évolution
urbaine de ces secteurs de la capitale nationale seront comblés. En passant par
la « charcotte » – adaptation
du mot anglais « shortcut »,
« un raccourci, un sentier que les ouvriers
des chantiers de bois qui travaillent en bas prennent pour se rendre chez eux
en passant par Sillery » qu’on peut encore emprunter aujourd’hui.
Les très nombreuses descriptions
·
de
lieux tel que la place d’Armes,
·
des
nombreux personnages,
·
des
tenues vestimentaires comme celle des séminaristes,
·
d’édifices
publics alors que l’ancien Hôtel de Ville de Québec était « logé dans une belle maison bourgeoise, la
maison Dunn » à quelque pas de la porte Saint-Louis,
·
et
de résidences privées comme la terrasse Stadacona sur la rue Saint-Louis
nous plongent dans une époque comme si on y
était, donnant vie aux anciennes photographies qui témoignent de la vie
quotidienne.
Le tout augmenté par la mise en scène de
personnalités ayant réellement existé : le premier ministre
Georges-Étienne Cartier, l’avocat et député Hector-Louis Langevin, le
journaliste Auguste-Eugène Aubry et le futur archevêque Louis-Alexandre
Taschereau que le héros de Marcel Viau peut rencontrer en allant simplement
frapper à leur porte.
Marcel Viau entraîne son enquêteur dans
l'ancien parlement du Bas-Canada, à l'évêché de Québec, dans le Music Hall de la rue Saint-Louis, au
séminaire, au Collège des Ursulines ou encore dans la vieille prison de Québec,
quelques jours avant qu’on y pendent en public un meurtrier.
Il nous fait revivre l’incendie qui a détruit
une bonne partie du quartier Saint-Louis en partageant avec le lecteur les difficultés
auxquelles étaient confrontés les sapeurs-pompiers « qui devaient se relayer toutes les quinze minutes tellement le travail
était épuisant ».
Les passages sur les mentalités religieuses et
l’influence des ultramontains trouvent certainement leurs sources dans le
parcours professionnel de l’auteur, théologien et professeur émérite reconnu
pour ses travaux en théologie.
J’y ai appris que ce qualificatif d’« ultramontain »
trouvait son origine dans le fait que pour l’Église catholique romaine il n’y a
qu’un seul pape qui habite à Rome, « au-delà
des montagnes des Alpes ». Aussi sur la distinction de statut et de
responsabilités entre les sœurs converses et les religieuses.
Je n’avais jamais entendu parler des quelques
reliques de martyrs japonais canonisés par le pape Pie IX rapportées au Canada et
installées dans la cathédrale.
J’ai aimé l’utilisation de l’expression « français du terroir » pour
qualifier la langue parlée par les descendants de la Nouvelle-France.
Je connaissais « L’Index » des livres interdits par l’église catholique aussi
appelé l’« Enfer », mais pas l’Œuvre
des bons livres créée « afin de
contrer l’influence néfaste des rouges ».
Marcel Viau est manifestement un auteur de
grande culture historique et littéraire. Par exemple, il a tiré de l’ouvrage « Originaux et détraqués » que Louis
Fréchette avait publié en 1892 présentant douze québécois hauts en couleur,
plus ou moins maniaques et quelquefois comiques, trois personnages secondaires
qu’il a intégrés à son récit : « Grelot,
Cardinal et Chouinard ».
Et aussi quand un des personnages, Antoine
Lamontagne, fasciné par le feu, décrit son fantasme, l’auteur lui fait
emprunter « les mots que le
Pseudo-Denys l’Aréopagite (autour de 500 après Jésus-Christ) utilise pour
évoquer des figures de Dieu dans sa Hiérarchie Céleste. »
Ces qualités didactiques que j’ai grandement
appréciées de « La morte du faubourg
Saint-Louis » l’emportent, quant à moi, sur le volet polar et ralentissent
le rythme. L’enquête, classique, qui se déroule sur une quinzaine de jours, repose
sur les codes du genre : une victime, une scène de crime, des
circonstances, des suspects éliminés les uns après les autres et le ou la coupable
démasqué,e en finale. Comme l’ouvrage s’identifie comme roman policier, mon évaluation
globale porte sur cette catégorisation.
Ce qui n’enlève rien à la qualité de ce
roman, probablement aussi pour les autres titres de la série, qui permet de faire
découvrir une période peu connue de l’histoire de la ville de Québec dans un
contexte littéraire. À ce titre, j’en recommande la lecture si vous souhaitez
vous évader dans l’ambiance de la capitale québécoise du milieu du XIXe siècle.
À une époque où les femmes peinaient à trouver leur place et leur rôle social dans
la société bourgeoise de l’époque.
* * * * *
Marcel Viau a fait carrière comme professeur à l’Université Laval, où il a dirigé une revue savante et présidé une association internationale. Il s’est intéressé à la philosophie du langage. Depuis une douzaine d’années, il se consacre à ce qui l’attire désormais : raconter des histoires. Il a exploré différents genres avant de trouver sa voie dans le roman policier historique.
En 2020, il a créé Silas Robinson, détective
au XIXe siècle canadien. Cette période l’intéresse parce qu’elle est peu
explorée en fiction, alors qu’elle regorge de tensions sociales et politiques
fascinantes. Le Canada se cherche encore, les institutions vacillent, les
équilibres sociaux restent précaires. Il ancre chaque enquête dans cette
réalité historique documentée, en mêlant personnages fictifs et figures
réelles. Son détective évolue entre Montréal, Québec et Ottawa, dans un monde
en pleine mutation.
Chaque roman suit le canevas d’une tragédie
grecque classique – Œdipe roi, Alceste, Les Choéphores… Ces structures donnent
un cadre solide pour explorer les conflits de loyauté et les dilemmes moraux
qui traversent l’époque. C’est un défi qu’il se lance à chaque livre.
Je tiens à remercier l’auteur pour l’envoi du service de presse.
Au Québec, des redevances symboliques me sont
versées si vous commandez votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca et le récupérez à la
librairie indépendante de votre choix.
Évaluation :
Pour
comprendre les critères pris en compte, il est possible de se référer au menu
du site [https://bit.ly/4gFMJHV],
qui met l’accent sur les aspects clés du
genre littéraire.
Intrigue et suspense
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Originalité :
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Personnages
:
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Ambiance
et contexte :
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Rythme
narratif :
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Cohérence
de l'intrigue :
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Style
d’écriture :
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Impact
émotionnel :
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Développement
de la thématique :
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Finale
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Évaluation globale :
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