Immortel (J.R. dos Santos)

J.R. dos Santos. – Immortel. – Bordeaux : Éditions Hervé Chopin, 2020. – 558 pages.

 




Thriller

 

 





Résumé :

Le premier être humain immortel est déjà né. Après avoir annoncé la naissance de deux bébés génétiquement modifiés, un scientifique chinois disparaît. La presse internationale commence à poser des questions, les services secrets tentent de trouver des réponses, un homme contacte Tomás Noronha à Lisbonne. Celui qui se présente comme un scientifique travaillant pour la DARPA, l'agence pour les projets de recherche avancée de la Défense américaine, est à la recherche du savant disparu.Tomás découvre alors les véritables enjeux du projet secret chinois.

 

Commentaires :

 

D’entrée de jeu, je dois avouer que la plus récente aventure de la saga Tomás Noronha n’est pas la meilleure de la série. Du moins en ce qui concerne l’intrique qui n’occupe qu’à peine centaine de pages sur l’ensemble du roman qui en compte plus de 550. Avec une finale digne des films catastrophes d’Hollywood qui m’a plutôt déçu.

 

Par contre, le contenu scientifique de cette fiction est bouleversant. Une belle occasion de faire le point sur les avancées de l’intelligence artificielle, les acteurs de son développement aux États-Unis et en Chine, ses impacts actuels et à venir sur la médecine, la robotique, les aides à la décision et les risques associés tel l’eugénisme, le contrôle des individus et de la planète. À un point tel que les qualités journalistiques et de recherche de dos Santos l’emportent sur l’écriture romanesque.

 

Toutes les informations scientifiques qui nous sont présentées dans ce roman sont vraies, comme l’affirme l’auteur depuis la naissance de son héros portugais. Toutes sauf une. Presque incroyable. Le tout appuyé par une bibliographie impressionnante concentrée sur 7 pleines pages.

 

J’aime beaucoup cet auteur qui par le biais de la « fiction » nous permet de parfaire ou d’actualiser nos connaissances sur des thèmes scientifiques souvent complexes, mais suffisamment vulgarisés par les échanges entres les son héros et les personnages qui l’entraînent dans des aventures plutôt abracadabrantes.

 

Si le sujet de l’intelligence artificielle, de la croissance exponentielle des capacités de l’informatique et de la technologie, de l’émulation du cerveau humain, de la conscience des machines, du transhumanisme, de l’immortalité et même du risque de l’unification des esprits… ce roman intelligent, pas plus que 1984 de George Orwell d’ailleurs, « n’est pas une prophétie, c’est un avertissement. »

 

Petit détail cocasse qui intéressera le lectorat québécois (p. 316) : alors qu’un événement majeur au cœur du récit se déroule en Chine, la nouvelle est diffusée partout sur la planète par les grands médias : « Le Washington Post, le Times, la BBC, le Journal de Québec, Le Point… »

 

Malgré mes réserves, je vous le recommande.

 

 

Originalité/Choix du sujet :
*****
Qualité littéraire :
****
Intrigue :
***
Psychologie des personnages :
***
Intérêt/Émotion ressentie :
****
Appréciation générale :
****

Kukum (Michel Jean)

Michel Jean. – Kukum. – Montréal : Libre Expression, 2019. – 223 pages.

 



Roman

 

 






Résumé :

 

Ce roman raconte l'histoire d'Almanda Siméon, une orpheline amoureuse qui va partager la vie des Innus de Pekuakami. Elle apprendra l'existence nomade et la langue, et brisera les barrières imposées aux femmes autochtones. Relaté sur un ton intimiste, le parcours de cette femme exprime l'attachement aux valeurs ancestrales des Innus et le besoin de liberté qu'éprouvent les peuples nomades, encore aujourd'hui.

 

 

Commentaires :

 

Très touchante cette histoire d’Almanda Siméon qui nous fait découvrir les transformations de la vie traditionnelle à la « vie moderne » des Innus riverains du lac Saint-Jean (Pekuakami).

 

L’auteur, descendant de cette blanche, Irlandaise d’origine, mariée à Thomas Siméon, autochtone résident de Pointe Bleue (Masteuiash) et du Péribonka fait partager au lecteur les péripéties de la vie rude en forêt de ce clan familial : déplacements en canot, portages, installation du campement pour l’hiver, trappe et pêche pour la subsistance, chasse pour les peaux qu’on revendra à Pointe-Bleue au printemps. Tout un bagage de connaissances sur les coutumes, l’artisanat (panier en écorce de bouleau, perlage...), le tannage de peau...), la langue, la place de la nature a une place et le lien de respect entre les hommes et les animaux.

 

Sans oublier les impacts de la sédentarisation imposée et de l’envahissement des territoires par la modernité économique et destructrice de l’exploitation forestière, de la construction du chemin de fer, du développement urbain et même du tourisme, à la fin du XIXe siècle. Et ceux des pensionnats qui kidnappaient les enfants pour les envoyer à plusieurs kilomètres de chez eux avec pour objectif de les « désindianiser ».

 

Écrit malgré tout plutôt sur un ton optimiste, ce roman illustre comment Almanda Siméon a réussi à s’adapter à toutes ces contraintes par son courage de revendicatrice et son désir de liberté.

 

L’ouvrage contient quelques photos ainsi qu’une carte qui nous aide à localiser géographiquement les lieux mentionnés.

 

Une écriture simple, intimiste (on a l’impression d’accompagner physiquement les personnages)  et efficace. Un « page turner » qui nous entraîne dans un récit documenté d’une société tissée serrée qui a perdu ses points de repère traditionnels.

 

 

Originalité/Choix du sujet :
*****
Qualité littéraire :
*****
Intrigue :
*****
Psychologie des personnages :
*****
Intérêt/Émotion ressentie :
*****
Appréciation générale :
*****

Le lièvre d’Amérique (Mireille Gagné)

Mireille Gagné. – Le lièvre d’Amérique – Saguenay : Éditions La Peuplade, 2020. – 146 pages.

 


Roman

 

 






Résumé :

 

L’organisme de Diane tente de s’adapter doucement. Elle dort moins, devient plus forte et développe une endurance impressionnante. L’employée modèle qu’elle était peut encore plus se surpasser au travail. Or des effets insoupçonnés de l’intervention qu’elle vient de subir l’affolent. L’espace dans sa tête se resserre, elle sent du métal à la place de ses os. Tout est plus vif – sa vision, son odorat, sa respiration. Comble de la panique, ses cheveux et ses poils deviennent complètement roux en l’espace d’une nuit. Et puis les mâles commencent à la suivre.

 

Quinze ans plus tôt, Diane connaît un été marquant de son adolescence à l’Isle-aux-Grues, ces jours de grosse mer où Eugène bravait les dangers, la fascination de son ami pour les espèces en voie d’extinction et – comment s’en remettre – le soir de l’incendie.

 

 

Commentaires :

 

Peu de choses à dire sur ce roman que j’ai beaucoup aimé tant par la forme originale qui associe le récit aux caractéristiques du lièvre d’Amérique, « les liens d’appartenance et les affres de l’exil, la douleur des âmes à qui on a arraché un être cher et les effets néfastes de la course à la performance, dictat du néolibéralisme. » J’ai particulièrement apprécié le découpage entre le présent, ce qu’est devenue Diane après l'intervention médicale dont on ne connaît pas la nature (mais qu’on devine devoir lui permettre d’accroître ses performances au travail), le passé lointain pendant son adolescence dans cette île (Isle-aux-Grues d’où provient l’auteure) au milieu du Saint-Laurent et le passé plus récent avant l'opération.

 

Une écriture poétique et imaginative avec en finale une référence à une légende algonquienne qui documente le récit. Une ode à la nature, à la liberté et au retour aux sources.

 

À noter le petit lexique des expressions insulaires incrustées dans le texte qui ajoutent à la crédibilité de cette « fable animalière ».

 

Je vous le recommande sans réserve.

 


Originalité/Choix du sujet :
*****
Qualité littéraire :
*****
Intrigue :
*****
Psychologie des personnages :
*****
Intérêt/Émotion ressentie :
*****
Appréciation générale :
*****

Furie (Myriam Vincent)

Myriam Vincent. – Furie  – Montréal, Les éditions Poètes de brousse, 2020. – 377 pages.

 



Roman

 

 





Résumé :

Étudiante de jour, tueuse à gages la nuit, Marilyn n’exécute que des personnes ayant commis des crimes sexuels, portée par son désir de vengeance de sa grande amie, décédée à la suite de la dénonciation d’une agression et incapable d’obtenir justice grâce au système traditionnel. Si Marilyn excelle dans son métier dans la plus grande discrétion, sa solitude imposée devient difficile à tenir en reprenant ses études... Réussira-t-elle à venger son amie? Ses vies de justicière et d’étudiante « normale » sont-elles compatibles? Devra-t-elle faire un choix?

Roman aux accents de comic book féministe et à l’humour subtil, Furie explore cette figure du justicier tant prisée par les amateur.e.s de films de super-héros, avec ses zones d’ombre, ses dilemmes et la nécessité de maintenir une façade « normale ». On ne s’éprend de Marilyn et de ses causes qu’on estime justes qu’au détriment d’un malaise qui nous renvoie à nos propres valeurs morales : jusqu’où irait-on pour venger une amie ou sa propre fille face à son agresseur?

 

 

Commentaires :

 

Première fiction de Myriam Vincent qui nous plonge d’entrée de jeu dans l’univers d’une jeune femme tueuse à gages. Une œuvre romanesque intrigante sur un thème rarissime dans la littérature du crime québécoise.

 

Intrigué par l’accroche de la quatrième de couverture, j’ai dévoré les 375 pages en quelques jours en appréciant tout particulièrement l’humour noir de l’auteure dans une critique acerbe d’un système judiciaire qui permet à plusieurs agresseurs de se sortir indemnes d’accusations d’agressions sexuelles.

 

Intéressante aussi la double vie de cette assassine (le soir) et étudiante au baccalauréat en études littéraires (le jour) tiraillée entre une vie « normale » et le désir de vengeance. De nombreux passages soulèvent en récurrence cette réalité vécue par la superhéroïne. Chaque assassinat est décrit avec minutie en un court paragraphe dans un style très cinématographique. À un rythme quasi mensuel, au point où le lecteur en vient à s’interroger sur les impacts réels de ce grand nettoyage sur la réalité policière de la région montréalaise. Heureusement, on est en pleine fiction.


J’ai apprécié le style fluide de l’écriture et les niveaux de langages des personnages (quoiqu’agacé par les nombreuses incrustations de mots et d’expressions anglaises) et la structure du récit de découpé en épisodes (deux volumes de six numéros chacun à la manière des bandes dessinées de superhéros). Ainsi que le parallèle entre la narration de l’agression, objet de vengeance de celle qui est convaincue d’avoir raison de faire ce qu’elle fait et la violence croissance associée aux contrats d’assassinats qu’elle accepte. Jusqu’à la chute finale imprévisible et insoluble, potentiellement ouverte sur une suite (ce que réfute l’auteur pour le moment).  

 

 

Originalité/Choix du sujet :
*****
Qualité littéraire :
*****
Intrigue :
*****
Psychologie des personnages :
*****
Intérêt/Émotion ressentie :
*****
Appréciation générale :
*****

Autopsie d'un crime imparfait (Jacques Côté)

Jacques Côté. – Autopsie d’un crime imparfait – Montréal : Éditions de l’Homme, 2020. – 261 pages.

 



Docu-polar





 

 

Résumé :

 

Dans la nuit du 22 octobre 1980, au 540 de la rue de la Tourelle à Québec, une jeune comédienne est assassinée. Quarante ans plus tard, le mystère subsiste: l'homme qui s'est accusé de ce crime abject était-il le véritable coupable?

 

Ce docu-polar revisite l'une des causes judiciaires les plus longues et les plus controversées de l'époque. Grâce aux confidences du lieutenant Jacques Simoneau, aux témoignages d'acteurs de premier plan du drame, mais aussi à la volumineuse preuve de milliers de pages citée aux deux procès, l'auteur reconstitue l'ultime soirée que France Lachapelle a passée avec son ami le metteur en scène Robert Lepage, le dernier à l'avoir vue vivante. Bien que celui-ci soit lavé de tout soupçon, cette expérience le marquera à jamais. Des avocats et des procureurs chevronnés, un pyromane voyeur qui sème la terreur, des questions encore sans réponse aujourd'hui: tous les ingrédients sont réunis pour priver le lecteur de précieuses heures de sommeil. Et pour évoquer le souvenir d'une jeune femme en droit d'attendre bien davantage de la vie.

 

 

Commentaires :

 

Dans cet ouvrage documentaire qui porte comme sous-titre « 22/10/80 L’assassinat de France Lachapelle » (quoique le meurtre semble avoir été commis après minuit et avant 3 h 28, le 23 octobre 1980), Jacques Côté a rassemblé et ordonnancé l’ensemble de la documentation brute relative à l’assassinat de France Lachapelle, un crime qui n’a toujours pas vraiment été résolu, le suspect instable psychiquement ayant choisi après deux procès de se déclarer coupable.

 

Cette « reconstitution » historique et linéaire des événements repose sur des articles de journaux, des pièces à conviction, le rapport médico-légal, les minutes de l’enquête préliminaire et des deux procès, le tout complété par la retranscription de témoignages et d’entrevues avec quelques-uns des principaux témoins encore vivants.

 

Un ouvrage intéressant qui nous permet de découvrir les dessous de cette enquête, sur les méthodes policières, sur le déroulement plutôt étonnant des procès, particulièrement le deuxième présidé par un juge misogyne qui se substitue au procureur.

 

Un « page turner » que j’ai dévoré en moins de 8 heures et qui m’a laissé songeur, entre autres, face au refus d’un des acteurs de l’époque, Denis Côté pour ne pas le nommer, de fournir sa version des événements.

 

Et, « en complément d’enquête », par un « filon » jamais exploité dans cette affaire qui semble avoir une certaine importance (thèse non infirmée par l’enquêteur Jacques Simoneau) puisque l’auteur a fait le choix de le citer dans retranscription de son entrevue avec Robert Lepage  : l’allusion à l’interrogation probable par la police de Québec d’un ministre du gouvernement du Québec identifié par la lettre « X ».

 

Un politicien « assez proche » de Pierre Lachapelle, le père de la victime, puisqu’il aurait participé à des réceptions que ce dernier organisait chez lui et au cours desquelles « X » aurait « probablement cruisé » France Lachapelle (p. 240). Pierre Lachapelle, décédé le 3 janvier 2016, avait travaillé à la mise sur pied de plusieurs services du ministère de la Culture et des Communications, dont ceux des programmes de subventions aux artistes et aux musées régionaux, ainsi qu'à l'implantation du Centre de conservation du Québec. Il a dirigé le Musée du Québec (aujourd’hui Musée national des beaux-arts du Québec) de 1981 à 1986.

 

On apprend aussi que le ministre « X » était « dans le même cabinet » d’un autre ministre nommé « Y ». Ce dernier vivait « depuis plusieurs années à Montréal » avec « un jeune garçon » : « … les gens étaient au fait de ça au parlement » (page 241).

 

Ces informations fournies par Robert Lepage, couplées à des recherches sur Internet, incitent à procéder par déductions potentielles, à la manière de tout bon détective, pour échafauder des hypothèses visant à identifier ces mystérieux « X » et « Y ». Elles soulèvent toutefois une autre question restée elle aussi sans réponse : pour quelles raisons ce ministre « X » a-t-il été interrogé ?

 

Avouez qu’il y a de quoi titiller la curiosité !

 

Autopsie d’un crime imparfait « nous ramène aussi de plain-pied dans l’actualité quant à la violence que subissent les femmes dans notre société » comme l’écrit Jacques Côté en conclusion. L’auteur a « voulu écrire cet ouvrage avec l’idée que la justice doit s’exercer avec humanité, dignité et dans un souci de réparation pour les victimes, mais aussi dans le respect des accusés qui ont droit à un procès juste où, nonobstant la nature des crimes commis, la santé mentale est prise ne compte. »

 

Mission accomplie.

 

 

Choix du sujet :
*****
Qualité littéraire :
*****
Intérêt :
*****
Appréciation générale :
*****

Victoire (Michel Tremblay)

Michel Tremblay. – Victoire – Montréal : Leméac, 2020. – 133 pages.

 



Roman élégiaque

 

 






Résumé :

 

1898, au cœur des Laurentides. Après sept ans pas­sés au couvent, Victoire tourne le dos à la vie de reli­gieuse qui l’attendait et décide de rentrer à Duhamel pour retrouver son frère Josaphat, orphelin comme elle depuis le décès de leurs parents dans l’incendie de l’église du village.

 

 

Commentaires :

 

Mon commentaire sera bref : un sujet délicat, un amour interdit, une histoire touchante relatée dans le non-dit campée dans un environnement porteur d’émotions.

 

Que dire de plus, sinon à ajouter sur votre pile à lire même si vous n’avez pas lu, comme moi, l’ensemble de l’œuvre gigantesque de Michel Tremblay, dramaturge, romancier, conteur, traducteur, adaptateur, scénariste de films et de pièces de théâtre et parolier pour Pauline Julien, Renée Claude et Monique Leyrac.

 

 

Originalité/Choix du sujet :
*****
Qualité littéraire :
*****
Intrigue :
*****
Psychologie des personnages :
*****
Intérêt/Émotion ressentie :
*****
Appréciation générale :
*****

Incendie nocturne (Michael Connelly)

Michael Connelly. – Incendie nocturne – Paris : Calmann-Lévy, 2020. – 771 pages.

 



Polar

 

 





Résumé :

 

À ses débuts, Bosch a eu un certain John Jack Thompson comme mentor. Un homme qui lui a appris à toujours prendre une affaire personnellement et à déployer tous ses efforts pour la résoudre. À la mort de Thompson, sa veuve confie à Bosch un dossier volé par son mari aux scellés avant sa retraite. Il s’agit d’une affaire non résolue : un jeune homme abattu dans une ruelle coupe-gorge de Los Angeles des années plus tôt.

Bosch demande l’aide de Renée Ballard, déjà fort occupée au quart de nuit à Hollywood après qu’un sans-abri a été retrouvé calciné dans sa tente. Ensemble, ils en arrivent bientôt à se poser une terrible question : le mentor de Bosch a-t-il dérobé ce dossier pour tenter de résoudre l’affaire après son départ de la police… ou pour s’assurer que la vérité ne soit jamais faite sur ce meurtre?

 

 

Commentaires :

 

Michael Connelly récidive avec son nouveau binôme Renée Ballard et Harry Bosh. Mais, cette fois, en intégrant le demi-frère de ce dernier, l’avocat Mickey Haller. Avec la même structure de récit : deux enquêtes parallèles qui finissent par se rejoindre, alternance de blocs de chapitres BOSH / BALLARD. Une formule intéressante, mais qui fera son temps si l’auteur persiste à l’avenir.

 

Les enquêtes de son inspecteur fétiche et les méthodes parfois peu orthodoxes de son personnage avocat permettent toujours de mettre en évidence les travers de la société dans laquelle ils évoluent. Incluent ceux des milieux policiers et judiciaires. Elles nous permettent d’en apprendre sur les pratiques et les techniques d’enquête, d’analyse des scènes de crime, de la logique des interprétations des indices et des faits. Une véritable immersion dans l’univers du crime et des heures sombres. Personnellement, j’apprécie en particulier les mises en scène imaginées par Mickey Haller pour faire acquitter ses clients.

 

Mais cette recette d’écriture au récit laborieux qui risque d’atteindre ses limites si, en finale, elle continue d’annoncer la prochaine collaboration des deux protagonistes. Les problèmes de santé de Harry Bosh sont-ils annonciateurs de sa disparition de l’imaginaire de Connelly, laissant toute la place à sa nouvelle héroïne hors normes ?

 

En attendant la version française de The Law of Innocence (série Mickey Haller, arrêté par la police qui trouve le corps d’un ancien client dans le coffre de sa Lincoln ) et de Fair Warning (série Jack McEvoy qui traque un tueur en série qui a été complètement exploité sous le radar) attendus en 2021.

 

 

Originalité/Choix du sujet :
****
Qualité littéraire :
***
Intrigue :
***
Psychologie des personnages :
***
Intérêt/Émotion ressentie :
****
Appréciation générale :
****

Un homme meilleur (Louise Penny)

Louise Penny. – Un homme meilleur – Montréal : Flammarion Québec, 2020. – 492 pages.

 


Polar

 

 





Résumé :

 

Alors qu’une crue printanière place toute la province sous la menace de terribles inondations, n’épargnant ni Three Pines ni la rivière Bella Bella, Armand Gamache affronte une tempête médiatique. De retour d’une suspension de neuf mois à la suite de décisions « désastreuses », il est rétrogradé à la section des homicides de la Sûreté du Québec, sous la direction de son gendre et ancien lieutenant, Jean-Guy Beauvoir. Au cœur de ce tumulte, un père fou d’inquiétude sollicite l’inspecteur-chef pour retrouver Vivienne Godin, sa fille disparue. Gamache ne peut que s’associer à la douleur d’Homer Godin et se répéter cette question : comment réagirait-il, lui, s’il devait craindre de n’avoir pas su protéger sa propre enfant d’un conjoint violent ?

 


Commentaires :

 

Après quatorze enquêtes d’Armand Gamache, j’avoue malheureusement m’être un peu ennuyé dans cette histoire invraisemblable.

 

L’ex-directeur de la Sûreté du Québec rétrogradé simple enquêteur devenu spécialiste de la gestion de la crue des eaux. Un récit d’une lenteur à l’image de la vie quotidienne à Three Pines, ce village fictif à quelques kilomètres de Montréal, où tout un chacun invite tout un chacun à partager des repas dont le menu finit par se ressembler d’un roman à l’autre. Three Pines, la mythologie du village québécois idéalisé qui vit drame sur drame depuis que Gamache s’y est installé.

 

Des retours en arrière, des redites d’enquêtes antérieures et cette manie de Gamache de constamment héberger chez lui les criminels potentiels. Sans oublier Clara, cette artiste au talent douteux, qui s’immisce sans raison apparente dans cette histoire. Ni les sandwichs de Reine-Marie, l’épouse de l’enquêteur déchu, toujours prêtes pour dépanner un petit creux. La même brochette de personnages qui n’en finissent pas de palabrer (incluant les fuck fuck fuck de la cane de la poète mal embouchée) au coin du feu [j’avoue en avoir escamoté la lecture de certains passages pour tenter d’accélérer la résolution de l’enquête].

 

Vivement un séjour d’Armand Gamache à Paris pour s’aérer l’esprit, à condition de ne pas encore centrer l’action autour d’un passé que maîtrisent les lectrices et les lecteurs de l’ensemble de l’œuvre de Louise Penny !  

 


Originalité/Choix du sujet :
****
Qualité littéraire :
*****
Intrigue :
***
Psychologie des personnages :
****
Intérêt/Émotion ressentie :
***
Appréciation générale :
***

Et avec votre esprit (Alexis Laipsker)

Alexis Laipsker. – Et avec votre esprit – Paris : Michel Lafon, 2020. – 411 pages.

 


Polar

 

 





Résumé :

 

Appelée d’urgence à l’Institut des sciences de Strasbourg suite à la découverte du cadavre atrocement mutilé du prix Nobel de chimie, la commissaire Pourson se retrouve confrontée à une scène de crime aussi sanglante qu’énigmatique…

 

Au même moment dans la région lyonnaise, le lieutenant Vairne, connu pour ses méthodes un peu particulières et son obsession des probabilités mathématiques, doit mener l’enquête sur la disparition soudaine et inexpliquée d’un éminent physicien. Tandis qu’il cherche à remonter sa piste, chaque nouvel indice semble épaissir encore le mystère de cette affaire, le convainquant d’une conspiration au plus haut sommet. Quel sombre secret unit ces cerveaux de renommée internationale ?

 

Bien décidés à le découvrir, Pourson et Vairne vont devoir s’allier pour déjouer cette froide machination…

 

 

Commentaires :

 

Voilà un type de polar que j’aime bien : une mort violente, des personnages bien campés, un cadre de référence scientifique des plus plausibles, une intrigue bien ficelée, une tension qui croît de chapitre en chapitre qui nous tient en haleine jusqu’à la fin.

 

Ce premier roman d’Alexis Laipsker, « une des figures les plus reconnues du poker qu’il a popularisé par la présentation d’émissions spécialisées » est une réussite. Un récit dans lequel l’auteur a intégré sa propension pour les statistiques de réussite et qui nous fait voyager à Paris, Lyon, Strasbourg, Montpelier... Un peu à la manière de Lee Child et son personnage Jack Reacher qui anticipe à la seconde près les coups à porter et à recevoir dans une scène de combat.

 

La couverture du roman est à la fois attirante et intrigante. Écriture fluide et efficace, rythme soutenu par de courts chapitres. Avec une finale inattendue laissant dans l’ombre la résolution de certains pans de l’énigme, laissant peut-être entrevoir de futures enquêtes du duo Pourson-Vairne.

 

J’ai donc grandement apprécié cette lecture d’un classique du genre, un polar intelligent qui nous force à réfléchir sur les futures avancées scientifiques qui permettront peut-être à des savants fous d’exploiter le savoir et le savoir-faire cumulé dans les circonvolutions du cerveau humain.

 

Petit bémol pour le lectorat québécois : armez-vous de patience si vous souhaitez vous procurer une version papier de ce roman (toujours pas disponible au moment de la rédaction de ce billet !!!). Personnellement, j’ai dû payer à l’avance ma commande auprès de ma librairie (paraît-il qu’il s’agissait d’une commande spéciale, le distributeur québécois ayant jugé que cet ouvrage ne trouverait peut-être pas preneur au Québec m’a-t-on dit). Je n’ai reçu le roman qu’après 5 mois d’attente !

 

Exigez-le auprès de votre librairie indépendante préférée. Vous ne le regretterez pas.

 

 

Originalité/Choix du sujet :
*****
Qualité littéraire :
*****
Intrigue :
*****
Psychologie des personnages :
*****
Intérêt/Émotion ressentie :
*****
Appréciation générale :
*****

Novembre avant la fin (Alain Beaulieu)

Alain Beaulieu. – Novembre avant la fin – Montréal : Hamac, 2020. – 85 pages.

 


Roman/Essai

 

 






Résumé :

 

Décédé récemment, un écrivain vient hanter les séances d'écriture de sa petite-fille, lui prodiguant conseils et encouragements, mais aussi tendresse et protection. Offertes avec humour, empathie et une pointe d'auto-dérision, les remarques de ce mentor vaporeux portent autant sur les outils de l'écrivain, liés au langage et à la structure du récit, que sur ce qui doit l'animer plus profondément dans la pratique de son art.

 

Ouvrage de fiction et de réflexion sur la création littéraire, Novembre avant la fin ouvre des pistes et balise les sentiers sans jamais imposer de direction. Ce livre est destiné à celui ou à celle qui entreprend ou poursuit une démarche d'écriture littéraire, pour que chacun.e parvienne là où il doit aller, c'est-à-dire dans la vérité unique de sa subjectivité, mise en forme dans ce qui deviendra une œuvre d'art.

 

 

Commentaires :

Alain Beaulieu est écrivain et professeur de création littéraire à l'Université Laval. Avec Novembre avant la fin, il convie les auteurs qui aspirent à une carrière à réfléchir sur leur métier d’écrivain par le biais d’une fiction.

 « Ce livre est une façon pour moi de mettre sur papier des choses que je dis habituellement aux étudiants dans mes cours, explique-t-il. Je l’ai écrit avec l’idée de mélanger fiction et essai, sans prétention d’en faire un volume de référence.»

Un incontournable qui dispense des conseils d’écriture :

« Un texte littéraire doit se lire comme s’il avait été écrit par un compositeur. L’enchaînement des mots et des silences doit produire une sonorité et un rythme puisés à même ta subjectivité. En un mot, écrire, c’est chanter. »

Inspirant.

 

Appréciation générale :
*****