Joël Dicker. – La très catastrophique visite du Zoo. – Genève : Rosie & Wolfe, 2025. – 255 pages.
Roman
Résumé :
À la veille de Noël, une visite scolaire dans
un zoo tourne à la catastrophe.
Que s'est-il passé exactement ? Les parents
de Joséphine, qui participait à cette sortie et qui semble être l'une des
protagonistes de cette affaire, sont bien déterminés à le découvrir. Dans cette
quête de vérité, on comprend peu à peu qu'une catastrophe n'arrive jamais
seule. Les apparences sont trompeuses et le récit des évènements va prendre une
tournure que personne n'était près d'imaginer.
Commentaires :
Imaginez une histoire à la fois loufoque et
sérieuse mettant en vedette six jeunes enfants « spéciaux » d’une
école spéciale, « une école où on
met les enfants qui ne vont pas dans les autres écoles » :
·
Arti, hypocondriaque qui
« pense toujours qu’il a toutes les
maladies » et qui, quand il sera grand, « veut être docteur pour se soigner tout seul, parce qu’il dit que le
risque, quand on va chez les autres docteurs, c’est de se faire contaminer dans
la salle d’attente qui regorge de malades » ;
·
Thomas qui « est super fort en karaté parce que son père
est prof de karaté. [...] quand il
sera grand, Thomas veut être prof de karaté comme son père » ;
·
Otto qui « a des parents qui habitent chacun dans une
maison différente. [...] Otto sait
tout sur tout. Quand il sera grand, Otto veut être conférencier » ;
·
Giovanni qui « est toujours habillé avec une chemise »
et dont les « parents sont très
riches » et « quand on est riche on doit toujours porter une chemise.
[...] Giovanni a un serveur de restaurant
dans sa maison. [...] Quand il sera
grand, Giovanni veut travailler dans l’entreprise de son père qui a été créée
par le grand-père » dans le domaine du papier-cul.
·
Yoshi « qui ne parle jamais » et qui
« a plein de tocs. Ça signifie qu’il
vérifie toujours tout dix fois ». [...] Il adore la pâte à modeler et il sculpte des objets magnifiques.
[...] Quand il sera grand, Yoshi veut
être sculpteur » ;
·
et
Joséphine, la narratrice, qui
comprend « les choses trop vite ».
Quand elle sera grande, elle veut « devenir
inventeuse de gros mots ».
À ce sextuor, s’ajoute leur maîtresse
d’école, Mademoiselle Jennings et le Directeur de l’école « des enfants normaux » qui doit accueillir
« les petits coquins » après la catastrophe initiale – l’inondation
de l’école spéciale – à la suite de laquelle se succède une enfilade de
catastrophes : celle de la présentation à l'amphithéâtre, du cours de gym,
du cours de sécurité routière, de la Santa Claque, de la visite au père Noël, de
la pièce de théâtre, du spectacle de l'école jusqu’à la visite du zoo.
Avec « La
très catastrophique visite du zoo », Joël Dicker réussit à nous faire
sourire, nous tenir en haleine avec une véritable enquête policière menée par
des enfants et, surtout, nous faire réfléchir à notre société. À travers le
regard de Joséphine et de ses camarades, l’auteur construit progressivement,
sur 22 courts chapitres, un récit dans lequel les événements les plus anodins
peuvent prendre des proportions complètement démesurées.
Derrière l'apparente simplicité d'un roman
destiné aussi aux jeunes lecteurs se cache un véritable polar. Il y a une
énigme, des événements dont il faut comprendre les causes, des témoignages, des
indices, des hypothèses, des contradictions et surtout une enquête menée par
les enfants eux-mêmes. À leur manière, avec l’aide de la grand-mère de Giovanni
férue de romans policiers, ils observent, questionnent, analysent les
comportements des adultes et cherchent à comprendre ce qui s'est réellement
passé.
Les jeunes enquêteurs ne disposent évidemment
ni des moyens techniques ni de l'expérience des policiers traditionnels. Ils
ont cependant quelque chose de beaucoup plus précieux : leur curiosité, leur
capacité à poser les questions que les adultes ne posent plus et leur étonnante
aptitude à repérer les incohérences.
Chaque nouvelle catastrophe devient le
prétexte à une réflexion sur un aspect de notre société. Derrière l'humour et
les situations parfois complètement cocasses apparaissent progressivement des
questions beaucoup plus sérieuses : qu'est-ce que la démocratie ? Comment
prendre une décision collective ? Quelle place accorder à la majorité et aux
minorités ? Comment accepter quelqu'un qui est différent de nous ? Que se
passe-t-il lorsque certains imposent leur volonté aux autres ?
Le milieu scolaire devient un laboratoire de
la vie en société. Les réunions, les décisions collectives, les conflits entre
adultes, les prises de position et les réactions des enfants permettent à Joël
Dicker d'aborder des notions qui pourraient facilement devenir rébarbatives.
Ainsi, la démocratie n'est pas seulement présentée
comme un simple système permettant de voter, même si on entend les
politicien,nes déclarer que « si vous n’êtes pas contents, vous voterez
dans quatre ans ! ». Elle suppose d'écouter les autres, d'accepter que son
opinion ne soit pas toujours retenue, de respecter les règles communes et de
reconnaître la légitimité de ceux qui pensent autrement :
«
La démocratie, ça avait l'air vachement
bien. On a quand même levé la main pour demander ce que c'était parce que,
malgré les explications en grec d'Otto, on n'avait pas bien compris.
— La démocratie, a
expliqué le Directeur, ça veut dire que nous sommes égaux et que chacun doit
respecter l'autre tel qu'il est, et que chacun est libre d'agir comme il le
veut sans être embêté par les autres.
— On peut faire tout
ce qu'on veut ? j'ai demandé.
— Dans la limite des
règles, a précisé le Directeur.
— Quelles règles ?
— Les règles de la
démocratie.
La démocratie, ça
avait l'air d'être bien, mais un peu compliqué.
— Dans la démocratie,
a résumé le Directeur, vous pouvez faire tout ce que vous voulez tant que vous
ne dérangez pas les autres. »
Le thème de la différence occupe aussi une
place importante. Les enfants fréquentent une école particulière et sont
considérés comme différents. Pourtant, leur regard sur les adultes est souvent
beaucoup plus lucide que celui de ces derniers sur eux-mêmes. Ils observent les
préjugés, les comportements absurdes, les rapports de force et les injustices
avec cette innocence propre à l'enfance.
L'humour est au cœur du roman. Certaines situations, comme celle
sur la sécurité routière en présence d’un policier, sont franchement burlesques :
« —
On a remarqué votre pistolet à la
ceinture et on se demandait si vous alliez tuer quelqu'un...
— Ah non, a répondu
le policier avec un air surpris.
— Si on répond faux à
vos questions, vous allez nous tirer dessus ? s'est inquiété Artie.
— Non.
— Mais vous pourriez ?
— Non, je ne pourrais
pas.
— Pourquoi pas ?
s'est enquis Thomas.
— Parce qu'on ne tire
pas sur les enfants.
— Est-ce que vous
avez déjà tiré sur des adultes? a demandé Giovanni.
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce que je ne
tire pas sur les gens.
— Même sur des
voleurs ? a interrogé Thomas.
— Même sur les
voleurs, a dit le policier.
— Pourquoi pas ?
— Ce sont mes
collègues qui poursuivent les voleurs, pas moi.
— Est-ce que vous
êtes un policier nul et c'est pour ça que vous ne poursuivez pas les voleurs ? a
demandé Otto.
— Écoutez, les enfants,
a expliqué le policier avec douceur, chaque policier a une mission différente.
La mienne c'est d'aller dans les écoles pour m'assurer que les enfants
traversent la rue en toute sécurité.
— Si un enfant se
fait écraser par une voiture, vous mettez votre sirène ?
— Ce n'est pas moi
qu'on appelle en cas d'accident. Comme je vous l'ai dit, chaque policier a...
Giovanni lui a coupé
la parole :
— Vous devez être
vraiment nul si on ne vous appelle jamais pour rien.
— Comme je vous l'ai
dit..., a essayé de se défendre le policier sans se départir de son calme.
Mais il a encore été
interrompu, par Otto cette fois :
— Pourquoi vous avez
une sirène si vous ne la mettez jamais en marche ?
— Et votre beau
pistolet qui ne sert jamais ! a ajouté Thomas. »
J'ai apprécié la narration et les dialogues avec
un niveau de langage propre à l’enfance qui permettent de raconter une histoire
complexe par des protagonistes qui cherchent à comprendre ce qui leur arrive.
Un jeune lecteur y trouvera une aventure, des
personnages auxquels s'identifier, une enquête et beaucoup d'humour. Un lecteur
adulte y sera confronté à une réflexion sur la tolérance, le vivre-ensemble et
les comportements parfois absurdes de notre société.
« La
très catastrophique visite du zoo » est un roman à la fois intelligent et
divertissant qui, comme le souhaite son auteur, « pourrait donner envie de lire, de faire lire, sans distinction. Et de
nous permettre de nous retrouver. Pour de vrai. » Une belle lecture d’été.
* * * * *
Joël Dicker est né en 1985 à Genève où il vit toujours. Il est l'auteur de cinq romans traduits en 40 langues qui se sont vendus à plus de 20 millions d'exemplaires.
Son roman « La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert » a été le roman
francophone le plus vendu de la dernière décennie dans l'édition française. En
2018, il publie « La Disparition de Stephanie Mailer », roman qui sera
également le livre le plus vendu en France en 2018, tous genres confondus. En
2021, son roman « L'Énigme de la chambre 622 » se vend lui aussi à
plusieurs milliers d'exemplaires et se classera N°1 des ventes en France et
dans plusieurs pays d'Europe pendant de nombreuses semaines, il sera lui aussi
le livre le plus vendu en France cette année.
Son œuvre a été primée dans de nombreux pays.
En France, il a reçu le prix Erwan Bergot pour « Les Derniers Jours de nos pères », puis le Prix de la vocation
Bleustein- Blanchet, le Grand Prix du roman de l'Académie française et le Prix
Goncourt des Lycéens pour « La
Vérité sur l'Affaire Harry Quebert ». Ce dernier roman a aussi été élu
parmi « les 101 romans préférés des lecteurs du Monde » et a été adapté en
série télévisée par Jean-Jacques Annaud avec Patrick Dempsey dans le rôle
principal.
Au Québec, des redevances symboliques me sont
versées si vous commandez votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca et le récupérez à la
librairie indépendante de votre choix.
Évaluation :
Pour
comprendre les critères pris en compte, il est possible de se référer au menu
du site [https://bit.ly/4gFMJHV],
qui met l’accent sur les aspects clés du
genre littéraire.
Intrigue et suspense
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Originalité :
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Personnages
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Ambiance
et contexte :
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Rythme
narratif :
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Cohérence
de l'intrigue :
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Style
d’écriture :
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Impact
émotionnel :
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Développement
de la thématique :
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Finale
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Évaluation globale :
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