Adessias, Bonne-Mère ! (Sylvain Dunevon)

Sylvain Dunevon. – Adessias, Bonne-Mère ! – Antibes : Éditions D’un autre ailleurs, 2017. 180 pages.



Polar








Résumé : Marseille, décembre 1992. Un couple de jeunes truands marseillais envisage de dérober un objet de valeur dans le coffre d'un retraité « plein aux as ». Pour Olivier, c'est du velours. Pour Christelle, c'est différent ; elle a un mauvais pressentiment. Et comme toujours, elle n'a pas tort… Voici les deux comparses emportés dans une tornade d'évènements auxquels ils pourraient bien ne pas échapper, vingt ans plus tard, quand les fantômes du passé feront surface.

Commentaires : La collection Crimes de pays auquel appartient ce premier roman policier de Sylvain Dunevon, originaire du quartier Saint-Loup à Marseille a pour objectif de camper des histoires policières « dans un terroir, une région ou une ville ». Adessias, Bonne-Mère ! nous plonge au cœur de la Provence dans des quartiers et sur des sites que connaît très bien son auteur. Et qu’il aime, on le sent dans les descriptions qu’il en fait, Qui fait en sorte que cette fiction, l’histoire de deux jeunes truands qui, en 1994, ont raté une mission qu’on leur avait confié pour blanchir leur passé de braqueurs et qui se retrouvent traqués 20 ans plus tard, colle à la réalité du quotidien. Agréablement intégrée, entre autres, par l’utilisation de la langue locale pour laquelle un lexique nous est fourni à la fin du roman. Cette histoire mettant en vedette un couple de malfaiteurs local est bien ficelée avec un bon dosage de suspens jusqu’au cri « Adessias (Au revoir), Bonne-Mère ! Un dénouement imprévisible. Les dialogues naturels agrémentent un récit simple, mais efficace avec des aller-retour entre 1994 et 2014. Une lecture agréable. Avec une finale plutôt rigolote.

Un auteur et une collection à découvrir.

Ce que j’ai aimé : L’intrigue, les expressions locales, les descriptions des lieux, les personnages bien campés.

Ce que j’ai moins aimé : -


Cote : ¶¶¶

Les égarements de mademoiselle Baxter (Eduardo Mendoza)

Eduardo Mendoza. – Les égarements de mademoiselle Baxter. – Paris, Éditions Le Seuil, 2016. – 345 pages.


Genre littéraire : Roman







Résumé : Le détective fou cher à Eduardo Mendoza est mordu par un chien dans une rue de Barcelone. Cette agression canine ramène à sa mémoire une aventure vieille de trente ans, lorsque deux hommes se réclamant d’un commissaire de police étaient venus le chercher pour lui confier une mission : ramener à sa propriétaire un petit chien perdu dans un jardin. Accusé d’avoir assassiné le même jour et dans le même quartier Olga Baxter, une apprentie mannequin, il avait dû lui-même mener l’enquête en compagnie de mademoiselle Westinghouse et de ses amis travestis, révélant au final une vaste affaire de blanchiment et d’évasion de capitaux. Mais la morsure du chien réveille ses doutes quant à la résolution de l’énigme et, comme dans les meilleurs cold cases des séries américaines, le détective part à la recherche de ses anciens coéquipiers et reprend ses investigations dans une Barcelone où tout a changé, sauf la corruption.

Commentaires : C’est le deuxième Mendoza que je lit, après Trois vies de saints qui m’avait fait beaucoup rigoler. Beaucoup moins dans cette parodie de polar mettant en vedette un détective brindezingue dont on ne connaît pas le nom, entouré de personnages tous aussi loufoques les uns que les autres. Racontée à la première personne, cette histoire d’enquête sur un meurtre se déroule à Barcelone. Dans une Barcelone que l’auteur décrit comme ayant connu de grandes transformations, à l’exception de la corruption omniprésente dans les milieux politiques et policiers.

Le récit est divisé en deux parties. La première se concentre sur la recherche du « coupable » par celui-là même qui est soupçonné du meurtre de la dénommée Mademoiselle Baxter jusqu’à ce que l’affaire soit jugée comme classée. La deuxième, 30 ans plus tard, avec la reprise de l’enquête par le narrateur. Plus d’une centaine de pages qui affecte le rythme initial et qui auraient pu être limitées pour le peu d’information qu’elles apportent.

De façon générale, ce roman présente une critique acerbe de la société espagnole et catalane et de l’humanité en ce début du XXIe siècle. On le sent dans le style de l’auteur qui s’amuse à opposer richesse et pauvreté, gens bien et renégats, quartiers huppés et bas-fonds crasseux d’une ville qu’il aime bien malgré tout.

Il faut souligner le style particulier de Mendoza avec des phrases souvent très longues et de nombreuses descriptions tant des personnages`, des objets que des lieux où se déroule l’action. Connaissant bien Barcelone, j’ai aimé redécouvrir certains quartiers déjà visités et en découvrir de nouveaux. Je me suis particulièrement amusé à la lecture du chapitre 15 intitulé « Question déterminante » : la mise en scène d’une assemblée où l’absurdité de ceux qui possèdent argent et pouvoir est poussée à l’extrême qui débute ainsi : « Dans une vaine tentative de restaurer l’ordre, un homme chauve, menu et le teint rosé frappait un vase chinois, qui finit par se fêler. »

Les égarements de mademoiselle Baxter n’est pas un roman policier. Il n’en demeure pas moins intéressant malgré l’absence de suspense. Quand on connaît la fin, on est un peu déçu. Mais à chacun de se faire sa propre idée.

Ce que j’ai aimé : La critique sociale, la psychologie des personnages, les descriptions et l’humour parfois grinçant de l’auteur.

Ce que j’ai moins aimé : La deuxième partie.


Cote : ¶¶¶


La bête à sa mère / La bête et sa cage / Abattre la bête (David Goudreaut)

David Goudreault – La bête à sa mère / La bête et sa cage / Abattre la bête – Montréal, Stanké, 2015/2016/2017. – 231/240/234 pages.


Genre littéraire : Roman




Résumé : Le drame familial d’un homme. Et des chats qui croisent sa route. / La prison brise les hommes, mais la cage excite les bêtes. / Des explosions d’amour et de violence pour une finale apocalyptique digne de ce nom.

Commentaires : Certains romans sont des coups de cœur. La trilogie de La bête de David Goudreault est un coup de poing dans le plexus solaire : naît-on déviant ou le devient-on par l’action ou l’inaction d’une société hypocrite ou corrompue à l’os ? Vous devinez déjà la réponse.

Quel personnage que cette bête abandonnée par sa mère à l’âge de sept ans, qu’on trimballe de familles d’accueil en familles d’accueil, rejeté par les services sociaux, et qui s’enfonce progressivement dans la criminalité en milieu carcéral. Affublé de tous les travers : accro à la porno, aux drogues, menteur, manipulateur, violent, raciste, sexiste, homophobe, agresseur… nommez-les. À la recherche de sa mère et d’une paix interne dans la lecture dans un univers noir. Et pourtant, un monstre en manque d’amour qui finit par devenir attachant, à qui on souhaiterait porter secours et pour lequel on se sent démuni.

Une fiction percutante et très réaliste qui se veut une critique sociale et une charge contre la déshumanisation du soutien des individus souffrant de troubles de personnalité ou qui aggravent leur sort en prison :

« Mon personnage est un prisme génial sur ce monde dur et violent. Avec son regard absolument tordu, il m’a permis d’avoir un point de vue plus cru et plus drôle sur la prison. Les lecteurs connaissent plus ou moins la réalité du milieu, où ça consomme à fond, où ça se fait battre et ça se viole à tour de bras, mais je n’aurais pas pu leur balancer tout ça au visage sans passer par son regard décalé. Mon style plonge profondément dans l’horreur, mais j’offre des respirations aux lecteurs avec des touches d’humour, des clins d’œil, des aphorismes et un rythme particulier. […] J’ai collaboré de près avec des agents correctionnels et d’ex-détenus. Ils m’ont dit que je faisais survenir beaucoup de choses en trois mois d’histoire, mais ils m’ont confirmé que ces événements pouvaient arriver sur un an. Il y a une quantité folle d’armes blanches, de drogues, d’agressions et de meurtres en prison. Quand on enferme des psychopathes et des criminels aguerris avec des agents qui manquent de formation et de moyens, c’est évident que ça va péter une fois de temps en temps. »

Avec toute une finale… « Le film de ma vie a défilé derrière mes paupières closes. Attendri, je me suis revu enfant, en train de m’amuser avec personne. Tous les logements, les centres d’accueil et les prisons où j’ai traîné mon anxiété défilaient, toutes les écoles où j’échouais, où j’ai échoué, repassaient sur la toile de ma biographie. Et les animaux que j’ai aimés, les femmes que j’ai touchées, les drogues qui m’ont consolé, les armes qui m’ont édifié, tous les détails de mon existence tournaient en boucle comme la bande-annonce d’un long métrage prometteur. »


Précipitez-vous chez votre libraire, vous ne le regretterez pas.   

Ce que j’ai aimé : Tout ce qu’on peut lire entre les lignes. Le niveau de langage des différents personnages. Le style et l’humour de l’auteur qui allège jusqu’à un certain point la dureté impitoyable de la thématique.

Ce que j’ai moins aimé : -


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La chaleur des mammifères (Biz)

Biz. – La chaleur des mammifères. – Montréal, Leméac, 2017. – 154 pages.



Genre littéraire : Roman






Résumé : René McKay, cinquante-cinq ans, est prof de littérature à l’université. Fraîchement divorcé de sa femme, Vicky, il a peu de contact avec son fils de vingt ans, Mathieu. Renfrogné, désillusionné, il s’est au long des années isolé du monde. Il ne vit pas, il végète, se contentant de répéter à des étudiants distraits des vérités d’un autre âge, des concepts qui n’allument plus personne.

Un malheureux séjour en Suède pour prononcer une conférence inepte devant une poignée de blasés est la goutte qui fait déborder le vase. Plus rien de tout ça ne vaut la peine. Fini, l’amour, le sexe ; fini, les illusions, les rêves, les espoirs, l’enthousiasme. Cependant, à son retour, une grève étudiante bat son plein. Et tout est à nouveau possible.

Dressant un portrait à l’acide du milieu universitaire, Biz n’épargne ni les profs ni les étudiants. Mais il célèbre l’union, la harde, la horde, c’est-à-dire le peuple en mouvement quand il n’agit pas en troupeau.

Commentaires : Je me suis revu à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) dans les années 90 en lisant cette fiction de BIZ alors que j’y enseignais, bien que l’intrigue se situe en 2012. Ambiance départementale des plus réalistes. Et j’ai revécu les événements entourant le « printemps érable », la grève générale et illimitée des étudiants pour protester contre la hausse des frais de scolarité imposée par le gouvernement libéral de Jean Charest. Tel est le cadre du cinquième roman de Biz, un des membres du groupe rap québécois Loco Locass.

La chaleur des mammifères raconte l’histoire d’un professeur de littérature désabusé par son travail d’enseignant et par l’attitude de ses étudiants et de ses collègues. Avec humour et une touche de cynisme, Biz amène son personnage principal, René McKay, à découvrir, à la suite des événements de l’automne 2012, tout le potentiel de cette jeunesse arborant le carré rouge. Et si tous ensemble, nous les mammifères humains, on se mettait en mouvement pour changer le cours des choses…

Le récit de Biz est aussi agrémenté par des commentaires sur la création littéraire comme :

« Faites des phrases courtes. Évitez les adverbes. Apprenez à ponctuer. Et rappelez-vous ce mot de Quintilien : ‘’Une phrase trop chargée d’adjectifs est comme une armée où chaque soldat serait accompagné de son valet de chambre’’ » (p. 32).

Ou encore celle-ci sur l’utilisation du point-virgule :

« Destiné à unir deux propositions ayant un lien entre elles, le point-virgule ajoute de la nuance et du rythme à la narration. Utilisé. Savamment, le point-virgule prépare une chute inattendue et devient un marqueur de cynisme. Michel Houellebecq l’utilise abondamment. En cent ans, soit depuis la parution de Du côté de chez Swann en 1913, j’avais calculé une baisse d’occurrences de 86% du point-virgule dans la littérature française. Malheureusement, le point-virgule est menacé par la mode des phrases courtes. Paradoxalement, c’est la brièveté du texte qui a redonné une seconde vie au point-virgule. Accolé à la parenthèse, il devient un clin d’œil qui indique au lecteur que la phrase doit être lue au second degré » (p. 80).

À lire (une recommandation pour étudiants et professeurs des institutions supérieures d’enseignement).

Ce que j’ai aimé : Ce constat : « Corriger, c’est le supplice de n’importe quel prof. Essentiellement parce qu’en évaluant l’apprentissage de ses élèves, l’enseignant mesure sa propre capacité à transmettre le savoir. Le résultat renvoie presque toujours au double constat d’échec des apprenants et des maîtres » (p. 13).

Ce que j’ai moins aimé : -

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Mon chien Stupide (John Fante)

John Fante. – Mon chien Stupide. – Paris : Christian Bourgeois éditeur – 10/18, 1987. – 155 pages.



Genre littéraire : Roman






Résumé : Coincé entre une progéniture ingrate et un talent de plus en plus incertain, le personnage principal de Mon chien Stupide oscille entre un cynisme salvateur et des envies de fuite.

Fils d'immigrés italiens, il caresse le rêve d'un retour à ses racines, fantasmant sur une vie paisible aux terrasses des cafés de la Piazza Navona à Rome.

Mais pour l'heure, il faut courir le cachet, écrire des scénarios médiocres pour des séries télé affligeantes... ou le plus souvent aller encaisser un chèque des allocations de chômage. L'existence tumultueuse de la famille est bouleversée lorsqu'un gigantesque chien décide de s'installer dans la maison, pour le plus grand bonheur de l'auteur raté, mais au grand dam du reste de sa tribu.

Commentaires : John Fante est un auteur qui nous fait passer par toutes émotions : de scènes hilarantes aux plus touchantes avec un sens critique de la société américaine de son époque. Et c’est le cas avec ce court roman qui s’intitulait en anglais « West of Rome ».

Cette fiction, inspirée d’événement de la vie de l’auteur comme c’est le cas dans son œuvre romanesque, nous plonge dans le quotidien d’une famille italo-américaine « aisée, raciste et décadente » : le père, Henry Molise, écrivain et scénariste raté qui rêve de retourner à Rome, la mère, Harriet, toujours au bord de la crise de nerfs, quatre enfants impossibles à contrôler et un énorme chien libidineux, baptisé Stupide à cause de son comportement bizarre, un intrus qui s’immisce un soir de pluie, déclenchant un ouragan dans les relations entre chacun d’entre eux. Un prétexte pour faire éclater au grand jour les vrais sentiments de chacun. Avec une finale des plus touchantes.

J’ai beaucoup apprécié ce roman à la fois humaniste et corrosif de John Fante et vous le recommande fortement. Un auteur à découvrir.

Ce que j’ai aimé : Tout.

Ce que j’ai moins aimé : Rien


Cote : ¶¶¶¶¶

Adios Hemingway (Leonardo Padura)

Leonardo Padura. – Adios Hemingway. – Paris : Éditions Métailié - Points, 2005. – 183 pages.



Genre littéraire : Polar






Résumé : Dans le jardin de la maison musée d'Ernest Hemingway, on déterre un cadavre portant l'insigne du FBI.

Ce cher Ernest serait-il l'assassin ? Pas facile d'enquêter après tant d'années, surtout sur un écrivain de cette stature, qui vous inspire des sentiments ambigus d'admiration et de haine. Mario Conde, l'ancien flic, prend son courage à deux mains et exhume le souvenir de ce monstre sacré, généreux, odieux, inoubliable.

Commentaires : Cette enquête de l’ex-policier Mario Conde, l’alter ego de Leonardo Padura nous plonge dans l’univers et la fin de vie de l’écrivain Ernest Hemingway dont il est un admirateur inconditionnel. À noter que ce roman a été écrit à la suite d’une commande de l’éditeur brésilien de Padura l’invitant à participer à la série « La littérature ou la mort ».

Padura décrit ainsi Adios Hemingway dont l’intrigue repose sur les événements qui se seraient déroulés dans la longe nuit du 2 au 3 octobre 1958 : « …ce n'est qu'un roman et de nombreux événements qui y figurent, même s'ils sont tirés de la réalité la plus avérée et respectent strictement la chronologie, sont passés à travers le filtre de la fiction et s'y sont mêlés, à tel point qu'aujourd'hui encore, je suis incapable de délimiter les frontières des deux univers. […] De sorte que le Hemingway de ce livre est bien évidemment un Hemingway de fiction, car l'histoire où il se voit entraîné n'est que le fruit de mon imagination… »

L’exercice romanesque est parfaitement réussi. En moins de 200 pages, nous accompagnons le géant de la littérature américaine dans son environnement, sa maison devenue musée à La Havane que Padura nous fait visiter, à la recherche d’un indice. Une maison en ordre comme l’a laissée l’écrivain au lendemain de son départ vers les États-Unis. Deux ans avant son suicide. On y imagine, entre autres, ses trophées de chasse et sa collection d’armes, sa machine à écrire avec laquelle il écrivait, paraît-il debout à cause d’une blessure, une affichette intrigante sur laquelle on peut lire que « les visiteurs non invités ne seront pas reçus », les notes relatives à l’évolution du poids de l’écrivain inscrites sur la cloison de sa salle de bains… Autant de détails et bien d’autres qui rendent vivants les protagonistes de cette histoire bien ficelée.

Un excellent Padura avec des réflexions sur la politique, la littérature, la société cubaine et le quotidien à La Havane et un Mario Conde à l’esprit aussi tordu que dans ses autres aventures.

Ce que j’ai aimé : Les ambiances créées par l’auteur. Les détails sur la vie d’Hemingway. Les descriptions des lieux et l’intrigue qui débouche sur la solution de l’énigme vers la toute fin.

Ce que j’ai moins aimé : -


Cote : ¶¶¶¶

Cruel redoux (J H Roch)

J H Roch. – Cruel Redoux. – Franklin : Autoédition, 2016. 504 pages.


Polar






Résumé : Alex et Kevin, elle 17 ans et prostituée, lui 21 ans et proxénète, déménagent dans l’historique petite maison jaune au centre du paisible village agricole de Sainte-Uralie-Springfield, à 4 kilomètres de la frontière américaine dans la province de Québec (Canada).

Leur belle chienne Labrador bat la campagne - et Alex la semelle - pendant que Kevin tente de séduire une autre fille mineure. Comme un cancer favorisé par les saisons déréglées, leur présence entraînera dans le voisinage une commotion de plus en plus étendue. La violence, le meurtre, le chantage, l’adultère, les croyances, les mensonges et la vérité se mêlent comme l’eau boueuse des ruisseaux et des fossés. Une centaine d’antagonistes, qu’ils soient morts ou survivants, du monde animal ou humain, assisteront à la perdition du village et participeront à son sauvetage inattendu, avec l'aide – ou à cause de – Greg Lauzon, inspecteur de son métier.

Commentaires : Cruel Redoux est le premier roman de cette auteure québécoise qui habite la région du Haut Saint-Laurent, à quelques kilomètres de la frontière avec l’État de New York. Un récit qui fait intervenir un grand nombre de personnages, certains attachants, d’autres détestables, dans un contexte de prostitution, de drogue et de chantage, parmi lesquels les rôles féminins occupent l’avant-scène par leur force de caractère. Particulièrement l’héroïne, Alex, en quête de libération. Sans oublier un chien qui y joue un rôle important.

Avec un suspense qui met un peu de temps à se mettre en place, parfois freiné par des descriptions et des scènes qui auraient gagné à être ramenées à l’essentiel.

Par contre, il faut reconnaître de J H Roch a su créer une ambiance crédible qui correspond bien au cadre géographique où évoluent ses protagonistes. À souligner les niveaux de langage dans un village où anglophones et francophones se côtoient. Les conditions sociales, le fanatisme religieux, les comportements libertaires, les comportements entre les gens ordinaires et les plus riches… y sont habilement dépeints dans un milieu campagnard où tous les résidents se connaissent, de la quincaillerie au dépanneur en passant par le CLSC et l’église.

Un roman bien écrit, un rythme qui s’accélère dans la deuxième partie avec l’entrée en scène de l’enquêteur Greg Lauzon, des préoccupations sociales intégrées dans un récit habilement structuré.

Ce que j’ai aimé : La thématique du roman, la localisation géographique de l’histoire et le traitement du sujet sans pudeur de la part de l’auteure.

Ce que j’ai moins aimé : Quelques longueurs qui contribuent à ralentir le rythme.


Cote : ¶¶¶

Les secrets de l'île (Viveca Stein)

Viveca Sten. – Les secrets de l’île. – Paris : Albin Michel, 2016. 430 pages.


Polar / Thriller






Résumé : Une froide journée de septembre, l'étudiant Marcus Nielsen est retrouvé mort dans son appartement de Nacka. Tout semble indiquer un suicide. Mais sa mère, convaincue qu'il a été assassiné, supplie la police de ne pas classer l'affaire.

Quand l'inspecteur Thomas Andreasson commence à enquêter, les pistes semblent mener à la base militaire de Korsö, devant l'île de Sandhamn, où le corps d'un autre homme vient d'être retrouvé. Contactée par Thomas, Nora Linde, qui passe beaucoup de temps sur l'île, essaie d'en savoir plus sur cette base fortifiée où ont été formées les unités d'élite des chasseurs côtiers. Y a-t-il quelque chose qui ne doit à aucun prix surgir au grand jour?

Commentaires : Viveca Sten est une auteure suédoise que m’a fait découvrir le directeur de la Maison de la littérature de Québec. Une belle découverte dans l’univers des polars du nord. Les secrets de l’île est son quatrième roman traduit en français. Une histoire qui m’a intéressé dès les premiers chapitres et que j’ai lue en quelques jours. Une fiction dans laquelle l’auteur alterne entre l’enquête et la vie privée de ses personnages et qui s’arrime avec des faits vécus au cours des années 80 : la formation des membres de l’unité d’élite des chasseurs côtiers.

J’ai bien aimé l’enchaînement du récit avec le journal personnel d’une des victimes du sadisme d’un certain officier, le déroulement progressif de l’enquête, l’atmosphère bien rendue, la description des lieux et des personnages. Avec une finale plutôt endiablée digne d’une production hollywoodienne (peut-être un peu exagérée, après mûre réflexion).

Le style de l’auteur fait en sorte que la lecture est agréable dans l’ensemble. Le suspense est bien mené, quoique j’ai trouvé le coupable aux trois quarts du livre. Ce qui ne m’a pas empêché d’apprécier mon expérience de lecture.

Il paraît que la recette de Viveca Sten se renouvelle peu. Je ne peux me prononcer. Mais dans ce cas-ci, cette histoire sombre, et j’oserais même dire aussi froide que le climat dans lequel elle se déroule, réussit à nous amener sur de fausses pistes tout aussi vraisemblables les unes que les autres.

En somme, un roman que j’ai beaucoup apprécié.  

Ce que j’ai aimé : L’atmosphère nordique, l’enquête qui peine à donner des résultats au gré de l’accumulation des cadavres, le rythme de l’action.

Ce que j’ai moins aimé : -


Cote : ¶¶¶¶

La demeure de l'ombre (Florence Cloutier)

Florence Cloutier. – La demeure de l’ombre. – Saint-Lambert-de-Lauzon : Éditions La Roupille, 2017. 189 pages.


Polar jeunesse






Résumé : Nouvelle maison, nouvelle école, nouveaux amis, Max, 12 ans, fils unique de parents policiers, s'ennuie souvent de sa vie d'avant. Curieux de nature et pourvu d'un imaginaire riche et singulier, Max plongera tête première dans un piège sans fin. De là suivra une série d'incidents tous aussi invraisemblables et intrigants les uns que les autres. Max mettra-t-il sa vie en péril en prenant trop de risques pour résoudre cette fameuse énigme de la demeure de l'ombre ?

Commentaires : La demeure de l’ombre, un roman jeunesse en deux parties publiées tête-bêche et complétées par une section jeux est le première fiction d’une adolescente de 14 ans de Saint-Apollinaire, un village à une trentaine de kilomètres au sud de Québec. Une étudiante en  Langue et culture internationale aime la littérature policière et fantastiques et qui a, entre autres pour loisir, l’écriture. Un rêve que la jeune fille a réalisé et dont elle a financé la coédition à partir d’une souscription pour « montrer que même les projets les plus fous sont réalisables avec de la persévérance et de la volonté ».

Son héros pourvu d’un imaginaire « riche et singulier », Max, 12 ans, fils unique de parents policiers se retrouve dans des intrigues impliquant son entourage et les membres de sa famille. Avec comme résultat deux petites histoires bien construites avec une chacune une chute, une finale, qui surprendra les jeunes lectrices et lecteurs. Le tout rédigé dans un style sans artifices et un humour qui saura plaire à la clientèle visée (9 à 12 ans).

Les jeux qui séparent physiquement les deux récits permettent de se familiariser avec le vocabulaire des enquêteurs, de tester ses capacités de limier ou de d'apprenti écrivain, de dessiner Max en se basant sur sa description dans le roman…

Une autre belle réalisation des Éditions de la Roupille qui se spécialisent, entre autres, dans la production pour la jeunesse. À noter que la couverture de première reproduit une toile de l'artiste-peintre Cyril Tremblay.

Ce que j’ai aimé : L’imaginaire de l’auteure, les personnages bien campés, les finales inattendues.

Ce que je n’ai pas aimé : -


Cote : ¶¶¶

La Louve aux abois (Daniel Lessard)

Daniel Lessard. – La Louve aux abois. – Montréal : Éditions Pierre Tisseyre, 2017. 270 pages.

Polar







Résumé : Dans le petit village de Wakefield, en Outaouais, un cultivateur trouve le cadavre mutilé et à moitié nu d'une jeune femme assassinée. Chargée de l'enquête, la sergente-détective Sophie Comtois de la MRC des Collines établit rapidement que la victime a été agressée sexuellement avant de mourir et que son meurtre succède à un autre du même genre, un mois auparavant. Peu après, la découverte d'une troisième victime confirme que les crimes sont l'œuvre d'un tueur en série, jetant dans l'émoi toute la région. Quand, avec l'aide de la journaliste Marie-Lune Beaupré, en qui les fidèles de Lessard reconnaîtront une des héroïnes de Péril sur le fleuve, Sophie soupçonne qu'un puissant ministre est impliqué dans les crimes, elle devra se battre contre des supérieurs peu désireux de s'en prendre à un politicien et mettre sa propre vie en danger pour démasquer le tueur.

Commentaires : La Louve aux abois est le troisième roman policier par Daniel Lessard. L’auteur nous plonge maintenant dans un récit plein de rebondissements où les événements se succède rapidement, peut-être trop rapidement pour ne pas affecter la crédibilité de l’histoire. Pour ne citer qu’un exemple, le policier de la Sûreté du Québec qui vient d’être nommé pour appuyer l’enquête menée par la policière municipale et qui, dès leur première rencontre, invite cette dernière à souper. Et les voilà devenus amants enquêteurs.

Bien que le propos de cette enquête soit intéressant, on y retrouve quelques invraisemblances. Comme cette policière boulimique dotée d’un estomac aux capacités illimitées qui ingurgite d’un trait des quantités phénoménales de nourriture. Ou encore cette même policière qui observe depuis la rue un véhicule stationné à reculons dans un garage et qui « écrit le numéro de la plaque sur un bout de papier », quand on sait qu’au Québec, les plaques d’immatriculation sont apposées à l’arrière des voitures !

Disons enfin que l’intégration du personnage de la journaliste de Radio-Canada dans le déroulement de l’enquête, comme dans Péril sur le fleuve que j’ai nettement préféré, donne un certain dynamisme à l’ensemble du récit. L’auteur, ex-journaliste qui connaît bien le milieu, nous démontre bien les liens d’information qui peuvent exister entre les médias et les forces policières.

Une lecture agréable, en souhaitant que, comme moi, vous ne découvriez pas qui est le tueur aux trois quarts du roman.


Ce que j’ai aimé : La dynamique du récit, la psychologie des personnages, la qualité de l’écriture, les dialogues réalistes.

Ce que je n’ai pas aimé : Quelques invraisemblances.


Cote : ¶¶