Jørn Lier Horst et Jan-Erik Fjell. – Ce cri que personne n’entend. – Paris : Éditions de La Martinière, 2026. – 377 pages.
Polar
Résumé :
Ancien militaire, Markus sillonne les routes
isolées des fjords à bord de son van. Créateur d'un podcast, il tente de
résoudre de vieilles affaires criminelles. Une en particulier l'obsède : celle
de Leah, une petite fille disparue quinze ans plus tôt.
Commentaires :
Avec « Ce
cri que personne n’entend », Jørn Lier Horst, un auteur nordique que j’avais
découvert avec « La
chambre du fils » (2022),
s’associe pour la première fois à Jan-Erik Fjell que je n’ai jamais lu pour
nous entraîner dans une aventure au cœur de la Norvège. Une collaboration qui
respecte les codes du genre tout en proposant un limier pour le moins
inhabituel et une trame narrative intéressante.
En cours de lecture, je me suis demandé qui
avait écrit quoi dans ce polar captivant dans ses premiers chapitres, un
tourne-page assez efficace malgré une finale décevante qui semble être l’amorce
d’une suite, voire d’une série écrite à quatre mains.
J’ai trouvé originale l’idée de mettre en
scène un ancien militaire, Markus Heger, qui sillonne les routes norvégiennes à
bord de son van et anime un balado intitulé « Krimcasten » (« Balado
criminel ») consacré aux cas non résolus.
Ce qui m’a d’abord intéressé dans ce roman,
c’est justement le choix de faire de Markus Heger un enquêteur qui n’en est pas
vraiment un. Il ne dispose ni des moyens des corps policiers ni de l’autorité
d’un détective professionnel. Ses principaux outils sont son expérience, son
instinct et surtout sa capacité à reprendre les témoignages, à comparer les
versions et à poser les questions que d’autres ont peut-être cessé de poser
depuis longtemps.
En fait, le roman repose ainsi sur une
question fondamentale : et si la communauté et la justice s’étaient trompées en
identifiant un coupable ?
À mesure que son personnage principal reprend
les éléments de sa recherche de la vérité, des zones d’ombre apparaissent. On
passe d’une fausse piste à l’autre – trop souvent peut-être – au gré des
témoignages recueillis auxquels s’ajoute une histoire personnelle concernant
Markus marqué par son passé, hanté par certains souvenirs et qui doit lui-même
composer avec une relation difficile avec son père incarcéré. Un conflit
personnel, un classique exploité par plusieurs auteur,e,s de polars.
Le rythme est plutôt lent et la trame
dramatique s’étire quelque peu, particulièrement dans la partie consacrée aux
témoignages. Par contre, l’atmosphère – les descriptions des paysages
norvégiens, des routes isolées, des fjords, des fermes éloignées et des longues
nuits contribuent à créer une impression d’isolement.
J’ai également apprécié la place accordée au balado
de Markus intitulé « Ce cri que personne
n’entend » à la fois enquêteur, narrateur et observateur. Ce dispositif
narratif permet de présenter les éléments de l’affaire sous un angle différent
de celui d’un polar traditionnel. Ce dernier raconte, explique et tente de convaincre
son auditoire tout en poursuivant ses propres recherches.
La finale m’a tout de même déçu. Je n’ai pas
toujours compris qui était le véritable coupable parmi les nombreux suspects
identifiés. Certains disposent d’un excellent alibi pour le jour de
l’enlèvement, d’autres n’ont pas de mobile suffisamment solide. Au final,
plusieurs zones d’ombre demeurent, donnant l’impression que cette conclusion
sert surtout à annoncer une suite, voire une nouvelle série.
J’ai aimé cette réflexion sur la
détérioration du « service client »
:
«...
si vous allez dans n'importe quel magasin
d'une grande chaîne, il faut avoir du bol pour ne pas tomber sur quelqu'un qui
travaille à temps partiel et qui sait à peine s'il doit tenir un pinceau par
les poils ou par le manche. [...] dans
le temps, on pouvait passer dans une station-service acheter des ampoules de
clignotant. À ce moment-là, les employés vous demandaient s'ils pouvaient vous
aider à la changer. Aujourd'hui, ils ne savent même pas de quelle ampoule vous
avez besoin. Bien sûr, il y a des exceptions, mais l'époque où on bénéficiait
d'un excellent service est malheureusement révolue. »
Et certaines tournures de phrases :
« Il restait un bon quart d’heure avant que
mercredi ne devienne jeudi. »
« Le soleil se risquait timidement et jetait
un éclat vif entre les nuages. »
« ...
il tourna la clé qui attendait dans la
serrure. »
Malgré quelques longueurs, « Ce cri que personne n’entend » est somme
toute un polar original et captivant bien que j’aurais souhaité davantage de
rythme dans certaines portions du récit. Une réserve qui ne m’a cependant pas
empêché de poursuivre ma lecture avec intérêt. Car en faisant de Markus Heger
un baladodiffuseur, les auteurs ouvrent une réflexion intéressante sur la place
des médias, des amateurs et des nouvelles formes d’investigations dans la
recherche de la vérité.
* * * * *
Jørn Lier Horst, ancien policier, est notamment l’auteur des Enquêtes de William Wisting, publiées chez Gallimard. Il est lauréat du Prix Riverton (2012), du Prix Clé de Verre (2013) et du Prix Martin Beck (2014).
Jan-Erik Fjell est écrivain et joueur de poker. Sa série mettant en scène le commissaire Anton Brekke, saluée par la critique, pas encore traduite en français, a été vendue dans 12 pays et lui a valu de devenir le plus jeune lauréat du Prix des libraires norvégiens.
Je tiens à remercier les éditions de la
Martinière pour
l’envoi du service de presse.
Au Québec, des redevances symboliques me sont
versées si vous commandez votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca
et le récupérez à la librairie indépendante de votre choix.
Évaluation :
Pour
comprendre les critères pris en compte, il est possible de se référer au menu
du site [https://bit.ly/4gFMJHV],
qui met l’accent sur les aspects clés du
genre littéraire.
Intrigue et suspense
:
|
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |
Originalité :
|
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |
Personnages
:
|
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |
Ambiance
et contexte :
|
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |
Rythme
narratif :
|
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |
Cohérence
de l'intrigue :
|
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |
Style
d’écriture :
|
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |
Impact
émotionnel :
|
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |
Développement
de la thématique :
|
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |
Finale
:
|
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |
Évaluation globale :
|
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |



Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire