Catherine Lafrance. – L’été de tous les feux. – Montréal : Druide, 2026. – 316 pages.
Polar
Résumé :
Juin 2023. Chibougamau est menacée par les
flammes. Un jeune pompier perd la vie, écrasé par un arbre, aux abords de la
ville. Un journaliste disparaît dans le même secteur. S’est-il égaré en forêt ?
A-t-il été piégé par le feu ? Michel Duquesne, qui ne croit pas aux hasards, se
rend sur place, enquêter. Une rencontre fortuite l’amènera sur la piste d’un
fugitif. Il se lancera à ses trousses, tandis que les feux approchent et que
les routes ferment les unes après les autres. Réussira-t-il à l’attraper avant
que les autorités évacuent la ville ? Restée à Montréal avec leurs trois
enfants, Odile, sa conjointe, confrontera son beau-frère, Jacob, qui lui a fait
une révélation troublante. Ce qu’elle découvrira modifiera sa lecture du passé
et mettra son couple en péril.
Commentaires :
Dans les dernières pages de la précédente
enquête de Michel Duquesne (« Le
rugissement des tempêtes »), Catherine Lafrance avait introduit deux
indices alors que Jacob, le beau-frère d’Odile Imbeault, la conjointe du journaliste,
lui avait soufflé à l’oreille « Ton
père n’était peut-être pas celui que tu crois ». Et que ce dernier
recevait un coup de fil de Mitchell, le terroriste responsable de l’attentat à
Gatineau, le menaçait en déclarant « ...mon gars, t’es pas mieux que mort. »
« L’été
de tous les feux » reprend donc le fil de l’histoire et c’est avec grand
plaisir que j’ai retrouvé le journaliste d’investigation Michel Duquesne qui
entre dans un édifice ou dans une pièce le pied droit d’abord. Cette fois,
l’auteure nous entraîne dans le nord du Québec, à Chibougamau, alors que des
feux de forêt menacent la région et que plusieurs événements troublants
viennent perturber le quotidien de ses habitants. Les personnages de Roch
Tardif et de William Latendresse reprennent aussi du service.
L’un des grands intérêts de ce polar réside
dans le contexte inquiétant dans lequel se déroule l’enquête. Les incendies de
forêt ne constituent pas uniquement une toile de fond spectaculaire : ils
contribuent directement à l’évolution de l’intrigue et accentuent le sentiment
d’urgence qui accompagne les démarches de Michel Duquesne et de sa collègue
Anne-Marie Bérubé.
L’auteure a aussi habilement intégré les
événements de 1980 et de 2023 entourant des incendies à Chapais et dans la région
dont elle s’est inspirée pour créer un personnage fictif : « L’incendiaire de Chapais » :
« ...
il voulait alerter l'opinion publique sur
le fait que les changements climatiques, selon lui, n'étaient qu'un immense
canular à l'échelle planétaire. Son but, en gros, était de démontrer que,
contrairement à ce que les autorités déclaraient, il n'y avait pas de
sécheresse dans le secteur de Chibougamau, que les forêts n'étaient pas
menacées. Il appuyait ses déclarations sur de prétendues études glanées sur des
sites où se retrouvaient les complotistes, qui, à coups d'arguments fallacieux,
niaient les fondements mêmes de la science. Bref, c'était un climatosceptique. »
À la fin du récit, l’auteure mentionne que
« Les gestes que pose l’incendiaire
de [son] roman, ainsi que sa
personnalité, relèvent de la fiction et de la mise en scène. »
Comme on a pu le constater dans les
reportages relatant des incendies qui ont fait la une des médias au Canada et
en Europe, Catherine Lafrance nous fait ressentir la menace que représentent
ces feux, leur progression en fonction de la direction des vents et les
conséquences qu’ils peuvent avoir sur les personnes prises au piège.
« C'est
que les flammes, il faut s'en méfier. Même celles qu'on ne voit pas. Surtout
celles qu'on ne voit pas. Parfois, elles se cachent sous la surface, elles y
vivent pendant des semaines, voire des mois, se nourrissant de rhizomes et d'un
peu d'oxygène. Invisibles, elles guettent, tapies, silencieuses. Sournoises.
Puis, un beau jour, à la faveur d'un trou creusé par quelque animal, elles
surgissent au milieu de nulle part, véritables geysers rougeoyants, et vous
piègent, si vous avez la malchance de vous trouver au mauvais endroit au
mauvais moment. Le feu est plus rusé qu'on ne le croie. »
Le territoire joue donc un rôle déterminant dans
la trame dramatique alors que les déplacements se compliquent et que les
possibilités d’intervention se réduisent.
Le personnage imaginé par la polariste ne
manque pas d’instinct ni de curiosité et cherche à aller au-delà des
explications qui semblent de prime abord évidentes. La connaissance du milieu
journalistique de l’auteure est mise à profit : la démarche de Duquesne repose
sur l’observation, la recherche d’informations, les rencontres et la
vérification des faits. Il ne se contente pas des réponses qu’on lui donne et
cherche à comprendre ce qui se cache derrière les apparences.
Cette détermination, qui le caractérise
depuis ses premières enquêtes, l’entraîne une fois de plus dans une situation
où sa propre sécurité peut être compromise.
« Les
dangers sont nombreux dans les bois. Outre les incendies et les bêtes qui
rôdent, il y a la forêt en elle-même. Dense, sombre, elle n'attend qu'une
occasion pour emprisonner ceux qui osent s'y aventurer. Les épinettes noires,
les mélèzes et quelques feuillus se dressent pour faire barrage, si proches les
uns des autres que leurs branches et leurs racines s'entremêlent. Il est facile
de s'y perdre, d'autant plus que les montagnes n'offrent pas davantage de
points de repère. Elles se succèdent, identiques les unes aux autres. Si, par
malheur on dévie de sa trajectoire, on est vite déboussolé. Et alors, bonne
chance pour trouver de l'aide. Dans ces étendues laurentiennes vastes comme des
mers, les cris sont vains. Les appels au secours restent ignorés. »
Mais Michel Duquesne est aussi un héros vulnérable.
Ses décisions ont des conséquences, tant sur le plan personnel que
professionnel, et son implication dans cette nouvelle enquête n’est pas sans
répercussions sur sa vie familiale.
C’est d’ailleurs l’un des aspects
intéressants de cette série : Catherine Lafrance ne limite pas ses récits aux
seules investigations de son personnage principal. Elle accorde également une
place importante à son entourage et aux relations qui contribuent à définir sa
personnalité. Sans rien divulgâcher, le titre du roman y trouve toute sa
signification.
Ainsi, pendant que Duquesne enquête à
Chibougamau, l’auteure nous fait suivre Odile, qui doit composer avec la
fameuse révélation de son beau-frère Jacob. Cette intrigue familiale apporte
une autre dimension au récit qui permet de mieux connaître Odile et d’explorer
les conséquences que peuvent avoir les événements sur la relation du couple. La
progression en parallèle de ces deux trames narratives, chacune comportant ses
propres enjeux et ses révélations, contribue à maintenir l’intérêt tout au long
du récit, tout en donnant une profondeur supplémentaire aux personnages.
Comme dans ses précédents romans, Catherine
Lafrance démontre une excellente maîtrise de la construction d’une intrigue
policière. Les événements s’enchaînent progressivement, les pistes se précisent
et les révélations viennent modifier notre compréhension de la situation. L’auteure
sait entretenir le suspense sans dévoiler trop rapidement les éléments
essentiels de son histoire. La scène près de la cabane de T-Louis, celle de
l’orignal à l’aéroport et l’exemple qui suit illustrent bien cette façon de
maintenir la tension :
Duquesne « sentit son cœur s'emballer, tous ses sens se mettre en alerte. Il
plissa les yeux et, dans la lumière blafarde d'un lampadaire, il le vit: un
animal d'assez grande taille, qui se déplaçait lentement.
La bête
le fixait, tête légèrement tournée vers lui. Le journaliste remarqua le pelage
gris, les énormes pattes et la démarche pru-dente, mesurée. Qu'est-ce que
c'était ? Un gros chien? Non, il avait une allure beaucoup trop sauvage. Cet
animal avait tout du prédateur en train de chasser. Et Duquesne comprit:
c'était un loup ! Ça ne faisait plus de doute. Il n'en avait jamais vu en vrai,
mais il savait qu'il ne se trompait pas. Et cette bête le suivait. Elle l'avait
probablement pisté il y avait un bon moment. »
De plus, les différentes situations
auxquelles sont confrontés Michel et Odile suscitent des interrogations qui
incitent à poursuivre la lecture afin de découvrir comment les deux intrigues
vont évoluer et, surtout, comment elles se dénoueront.
Le style fluide et efficace de l’auteure permet
de suivre aisément les nombreux événements du récit. Elle sait alterner les
moments d’action, les recherches, les échanges entre les personnages et les
passages plus introspectifs, sans perdre de vue les enjeux de son intrigue. Elle
excelle dans les descriptions très visuelles de certaines séquences du récit.
En voici quelques exemples :
« L'ironie
dans tout ça, c'est qu'elles étaient presque belles, ces flammes chatoyantes.
Elles dévalaient les collines, avalaient les forêts entières. On aurait dit des
chevaux sauvages tout droit sortis de l'imagination débridée d'un dessinateur
un peu fou. »
« La
fumée s'élevait toujours doucement dans les rayons du soleil, se frayant un
chemin entre les branches, brodant une dentelle vaporeuse. Il ne pouvait
s'empêcher de trouver ça beau, les feux. »
J’ai également apprécié la manière dont elle
décrit le territoire nordique et les conditions difficiles auxquelles sont
confrontés les personnages.
J’ai noté au passage ces quelques
extraits :
« Exposé à l’horreur, le cerveau redouble
d’efforts pour imaginer une autre réalité que celle à laquelle il se voit
confronté. »
« Duquesne voulut faire demi-tour, mais il
aperçut une voiture de police qui se profilait comme un requin sous la surface
d’une mer calme. »
« Quelquefois,
les sons qui nous font dresser l'échine sont les plus faibles. Un murmure au
milieu du silence. Un chuchotement.
Ils
nous font réagir davantage qu'un coup de tonnerre. »
Avec « L’été
de tous les feux », Catherine Lafrance signe un polar qui réunit plusieurs
éléments que j’apprécie dans ce genre littéraire : une enquête bien construite,
des personnages crédibles, des situations inquiétantes et une intrigue qui
réserve son lot de surprises jusqu’à la finale. J’ai particulièrement aimé la
place accordée aux relations humaines et aux conséquences que peuvent avoir les
événements sur la vie personnelle des personnages.
J’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver
Michel Duquesne et son univers. Je recommande ce tourne-page sans hésitation
aux amatrices et aux amateurs de romans policiers québécois.
* * * * *
Écrivaine à temps plein, scénariste de temps en temps, Catherine Lafrance est avant tout une journaliste dans l'âme. Toujours inspirée par le réel et par l'actualité, elle s'exprime désormais à travers la fiction, parce qu'elle permet de transformer le monde. Catherine a publié quelques nouvelles et six romans, notamment une série de polars, dont les premiers tomes s'intitulent « L'étonnante mémoire des glaces » (finaliste Prix Saint-Pacôme), « Le dernier souffle est le plus lourd » (finaliste Prix Saint-Pacôme et Crime Writers of Canada) et « Le rugissement des tempêtes ».
Je tiens à remercier les éditions Druide pour l’envoi du
service de presse.
Au Québec, des redevances symboliques me sont
versées si vous commandez votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca et le récupérez à la
librairie indépendante de votre choix.
Évaluation :
Pour
comprendre les critères pris en compte, il est possible de se référer au menu
du site [https://bit.ly/4gFMJHV],
qui met l’accent sur les aspects clés du
genre littéraire.
Intrigue et suspense
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Originalité :
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Personnages
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Ambiance
et contexte :
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Rythme
narratif :
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Cohérence
de l'intrigue :
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Style
d’écriture :
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Impact
émotionnel :
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Développement
de la thématique :
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Finale
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Évaluation globale :
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