Michel Viau et Dante Ginevra. – Morgentaler Avec elles. – Montréal : Glénat Québec , 2025. – 192 pages.
Bande dessinée - Docufiction
Résumé :
Canada, 1967, l’avortement est un crime
passible d’emprisonnement. Chaque année, des centaines de femmes meurent, ou
restent mutilées aux mains de charlatans. Le silence se fissure. Le mouvement
féministe émerge, réclamant le droit à l’avortement sécuritaire et légal.
À Montréal, Henry Morgentaler entend son
appel. Ce médecin, militant humaniste et survivant de la Shoah, choisit de
défier la loi et commence à pratiquer des avortements dans des conditions
médicales rigoureuses. Il est arrêté. S’ouvrent alors 15 années de lutte
juridique, de procès spectaculaires et de mobilisation sociale.
Soutenu par les militantes, confronté à
l’État et à la prison, Morgentaler deviendra malgré lui une figure centrale
d’un combat historique, celui du libre choix des femmes à disposer de leur
corps.
Commentaires :
Je connaissais les à-côtés de ce qu’il était
convenu d’appeler à l’époque « l’affaire Morgentaler ». Mais, après
avoir lu « Morgentaler Avec elles »,
j’ai appris en détail tous les tenants et aboutissants de la démarche conjointe
du médecin et de groupes de femmes, incluant quelques hommes, qui ont mené à la
légalisation non seulement des avortements sécuritaires, mais également des
moyens de contraception.
La docufiction de Michel Viau, brillamment illustrée
par Dante Ginevra est d’abord et avant tout un ouvrage pédagogique facile d’accès
et très documenté. Elle permet de mettre en lumière une période de notre
histoire au cours de laquelle les femmes se sont approprié le droit de décider
pour elles-mêmes, en lutte contre des politiciens (les Créditistes avec Réal
Caouette, Gilbert Rondeau et Camille Samson, les libéraux Jérôme Choquette et
Claude Castonguay, des médecins, certains membres du Barreau du Québec et des
artistes à l’esprit obtus (Marie-Josée Longchamp du Mouvement naturiste social).
Confrontées à une loi canadienne encadrant l’avortement adoptée en 1869 dont
ses articles ont été inscrits dans le Code criminel de 1892, toujours en
vigueur en 1967 et qui déclarait, entre autres :
« Est coupable d’un acte criminel et passible
de l’emprisonnement à perpétuité, celui qui cause la mort d’un enfant qui n’est
pas devenu un être humain ».
En s’appuyant des témoignages publiés sur le
sujet, l’auteur a habilement entremêlé « personnages réels et fictifs. Les réflexions du docteur Morgentaler
sont extraites de diverses entrevues qu’il a accordées au fil des ans. Ces
propos ont parfois été légèrement adaptés pour les besoins. »
Dès le premier chapitre, on apprend dans une
déclaration à la Chambre des Communes à Ottawa, en avril 1967 que « 800 canadiennes meurent chaque année à la
suite d’un avortement clandestin effectué dans des conditions indignes et
inhumaines ». Et que le docteur Mongentaler rencontre en octobre de la
même année les membres du Comité permanent de la santé et du bien-être social pour
réclamer des changements à la loi mentionnant « qu’environ 100 000 Canadiennes se font avorter illégalement ».
S’ensuit la description de l’acharnement des groupes pro-vie, des gouvernements tant canadiens que québécois contre celui qui était d’origine juive, né en 1923 dans le ghetto de Lodz en Pologne, avait survécu aux camps d’extermination d’Auschwitz et de Dachau et avait émigré au Canada en 1950. Lui qui a décidé d’aller au bout de ses convictions humanistes en défiant la loi dans sa clinique de Tétreauville.
Obtenant l’appui de plusieurs groupes de soutien au Canada et aux États-Unis et d’individus (Dr Serge Mongeau, Dr. Augustin Roy, Lise Payette, Luce Guilbeault...).
Procès, condamnations, emprisonnement, libérations
sous caution, appel en Cour suprême, nouveau procès... jusqu’à un acquittement
en septembre 1976. En novembre 1976, après l’élection du Parti québécois, le
nouveau ministre de la Justice, Marc-André Bédard annoncera « l’abandon de toutes les accusations contre le
Dr Morgentaler et les autres médecins qui pratiquent des avortements ».
Une victoire pour Henry Henekh Morgentaler et pour Elles. Décédé en mai 2013,
fier d’avoir osé faire quelque chose de sa vie.
On y apprend également l’édition en 1968 d’un « Birth Control Handbook », une initiative de l’Association étudiante de l’Université McGill plusieurs fois rééditée et publiée en français une fois la Loi modifiant le droit pénal adoptée en 1969 par la Chambre des Communes à l’initiative du gouvernement de Pierre Eliot Trudeau. Un guide qui a été diffusé au Canada et aux États-Unis en plusieurs centaines de milliers d’exemplaires.
Vous devez absolument lire et faire lire
cette BD à vos ados, garçons et filles, qui est complétée par un « cahier
documentaire » illustré préparé par la journaliste, éditrice et auteure Catherine
Girouard. Cette annexe présente un certain nombre de personnes qui « ont connu le médecin de près ou de loin »,
qui « ont milité, soigné ou témoigné »
ou qui ont « demandé, exigé ou
défendu le droit à l’avortement ». Ces « témoignages offrent un éclairage pluriel sur l’impact du travail de
Morgentaler, les tensions qu’il a soulevées et les transformations sociales
auxquelles il a contribué ».
L’ouvrage est complété par deux chronologies :
une intitulée « Morgentaler en
quelques dates » 1923 à 2013 et une autre énonçant la liste des
projets de loi qui ont été déposés à la Chambre des Communes de 1987 à 2023.
Auxquelles s’ajoute une bibliographie très complète : monographies, sites
web et documents audiovisuels.
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Historien de la bande dessinée, directeur de collection, scénariste, enseignant et écrivain québécois, Michel Viau a publié plus d’une vingtaine d’ouvrages. Depuis 2019, il signe des scénarios inspirés d'affaires criminelles québécoises : L'affaire Delorme (dessins Grégoire Mabit) sur une célèbre cause judiciaire québécoise qui opposa le détective Georges Farah-Lajoie à l'abbé Adélard Delorme accusé d'avoir tué son propre frère ; Blass : Le chat sur un toit brûlant (dessins de Jocelyn Bonnier) sur le gangster Richard Blass ; Havana Connection (dessins de Djibril Morissette-Phan) qui met en scène le narcotrafiquant Lucien Rivard lors de la révolution cubaine. .
Caricaturiste, illustrateur, Dante Ginevra a commencé sa carrière entre le design et les illustrations publicitaires, le graphisme et l'animation dans les médias audiovisuels et la bande dessinée, qu'il n'a cessé de publier depuis 2000 en Argentine, en Uruguay, en France, en Espagne, en Angleterre et aux États-Unis. Notamment : Tacuara (2023) ; Les Rufians (2021) ; La Malédiction de l'Immortel (2018) ; Le Dégoût (2013) ; Los Dueños de la Tierra (2010) ; El Muertero Zabaletta (2008) ; Entreactos (2004). Il a également publié des bandes dessinées dans le magazine italien Lanciostory, le magazine espagnol Cthulhu, le magazine argentin Fierro et l'agence de presse argentine Élam. Il publie continuellement des romans graphiques pour jeunes adultes pour Capstone Press. Il a enseigné à l'Université de Palerme et à l'école Da Vinci de Buenos Aires. Il a été directeur artistique du studio argentin Untref Media et a travaillé au studio d'animation Mundoloco dans le même pays.
Je tiens à remercier les éditions Glénat pour l’envoi du service de presse.
Au Québec, des redevances symboliques me sont
versées si vous commandez votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca
et le récupérez à la librairie indépendante de votre choix.
Évaluation :
Pour
comprendre les critères pris en compte, il est possible de se référer au menu
du site [https://bit.ly/4gFMJHV],
qui met l’accent sur les aspects clés du
genre littéraire.
Originalité :
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Ambiance
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Rythme
narratif :
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Impact
émotionnel :
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Évaluation globale :
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