Stéphane Ledien. – Que la vérité tombe. – Montréal : Robert Laffont Québec, 2026. – 264 pages.
Polar d’espionnage
Résumé :
Dix jours après les attentats du 11 septembre
2001, Eddy Barcot, ancien champion du monde de boxe reconverti en homme de
l'ombre, est envoyé à New York pour une mission simple : identifier le corps
d'un homme d'affaires français envoyé par les services secrets français supposé
mort dans l'effondrement des tours.
Mais très vite, l'affaire dérape. Des témoins
affirment avoir vu la victime vivante après les attentats. Des services secrets
s'agitent. Des mercenaires surgissent. La version officielle se fissure. Pris
en étau entre les autorités américaines et des réseaux criminels
internationaux, Barcot comprend qu'il est devenu un témoin qu'on veut faire
taire. De New York à la France, entre trafics d'énergie, secret nucléaire,
manipulations politiques et mensonges d'État.
Commentaires :
Je ne connaissais pas Eddy Barcot, le personnage
que Stéphane Ledien avait dévoilé en 2015 dans un polar intitulé « Sur ses gardes » que je n’avais pas lu et dont
l’auteur avait parlé lors d’un entretien
à « Quelques nuances... d’auteur,e,s
de polars », en 2026, à la Librairie La Liberté de Québec.
Je l’ai découvert dans une nouvelle aventure
enlevante qui se déroule deux ans plus tard, dans « Que la vérité tombe », un tourne-page qui m’a tenu en haleine
pendant deux jours. Ce polar d’espionnage multiplie les rebondissements et met
en scène une galerie de personnages secondaires typiques du genre : agents des
services secrets, policiers, mafieux, fier-à-bras et taupes... L’auteur nous
livre un récit habilement construit et réaliste, au point que je me demande
s’il a déjà fréquenté le milieu dans lequel il plonge son protagoniste. On y
retrouve également quelques personnages du roman précédent, dont son amie
Malika et le journaliste Rafik.
Au cœur de cette histoire se trouve la
manipulation de l’information à laquelle Eddy Barcot est confronté. Lui-même
narrateur, il est considéré par plusieurs comme un « emmerdeur en puissance » et en prend plein la gueule à plusieurs
reprises. La trame dramatique se déroule dans un univers où rien ne semble tout
à fait ce qu’il paraît, sur fond de réseaux criminels, de secrets stratégiques,
de gisements d’uranium, d’attentats dits « terroristes » et d’intérêts
politiques. Les coulisses du milieu de l’espionnage et le contexte de septembre
2001 contribuent à créer une atmosphère tendue autour de cette quête complexe
de la vérité.
L’écriture de Stéphane Ledien est très
efficace et contribue à soutenir le rythme du récit : 66 chapitres en 265
pages, des rebondissements jusque dans l’épilogue, des révélations distillées
au compte-gouttes et des scènes d’affrontement très réalistes. Le tout est
rédigé dans un style très cinématographique, comme en témoignent ces extraits :
« En chemin, les lumières des immeubles de
bureaux m’avaient à moitié réveillé. Des deux côtés de l’Hudson, elles
formaient un milliard d’étoiles qui, suspendues aux parois de verre, faisaient
de grandes percées dans les ténèbres de cendre et de fumée toujours toxiques. »
« De loin, il avait la tête d’un Bogart
lessivé, celui des mauvais jours. De près, ça ressemblait plus à un ex-détenu
qu’on aurait passé à l’épluche-patates. »
« La pluie fouette de plus belle les trottoirs.
[...] Dix secondes sous ce torrent
suffiront à me transformer en serpillière. »
« Cheveux épais et bouclés, sourcils
broussailleux ; un vague air de Michel Constantin et d’une époque du cinéma
français que les moins de trente ans ne peuvent le connaître. »
Rien d’étonnant quand on connaît la culture de
l’auteur et son intérêt pour le septième art. Les références à des films et à
leurs artisans sont nombreuses et s’intègrent à certaines scènes. Le roman fait
également quelques clins d’œil à des œuvres littéraires, à de célèbres polaristes
et... au capitaine Haddock.
L’écriture d’un tel roman exige une recherche
documentaire imposante. Stéphane Ledien semble s’être particulièrement investi
dans la documentation, qu’il s’agisse d’identifier les principales mosquées de
la Grosse Pomme, de présenter différents systèmes d’information, de démêler la
panoplie d’organisations françaises et étatsuniennes dont les acronymes sont
expliqués dans des notes de bas de page (FEMA, DoD, DRM, OCME...) ou de nommer
différents types d’armes (Zastava M88, Tokarev TT33, Parabellum, AR-15). Une
référence à la Caisse de dépôt et placement du Québec vient aussi nous rappeler
que l’intrigue n’est pas sans écho dans notre coin de pays.
C’est souvent le cas, la lecture de ce roman
a contribué à parfaire mes connaissances, comme en témoignent les passages
suivants :
« Tu sauras qu’en France, la moitié des
documents classifiés sont liés au ministère responsable de l’énergie. Pas à celui
de la Défense ou de l’Intérieur. »
À propos de la Stéganographie :
« On dissimule dans un fichier texte ou image
des messages secrets. Y en a qui bricolent ça en collant le fichier caché après
les données de fin de l’image. Ici, la personne a dû utiliser un logiciel comme
S-Tools
ou Steghide. On disperse les octets du
fichier directement à l’intérieur de données de couleur des pixels de l’image. »
Et que jeter une poignée de terre dans la
fosse d’un cercueil « est une pratique
chez les protestants ».
J’ai aussi relevé quelques passages qui m’ont
fait sourire ou que j’ai trouvés particulièrement savoureux :
« J’avais tellement envie de dormir que j’enviais
le ronflement de la ventilation. »
« Accent sudiste. J’aurais pu accrocher un
stetson sur le bout de sa langue. »
« Si ça t’amuse de chercher une aiguille de
pin dans une forêt de sapins », une adaptation forestière de la
célèbre locution verbale champêtre.
« Un Coca et une grande frite, avec ça ? »,
un clin d’œil à l’expression québécoise « Un chausson, avec ça ? »
En somme, « Que la vérité tombe » est un polar d’espionnage qui s’appuie sur
un contexte historique marquant pour nous plonger dans une intrigue où Stéphane
Ledien nous rappelle que la vérité n’est pas toujours celle que l’on nous
présente et que chercher à la découvrir peut devenir une entreprise périlleuse.
J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman
et j’ai hâte d’échanger avec son auteur sur la genèse de cette histoire, ses
recherches et les dessous de son univers d’espionnage lors du lancement de « Que la vérité tombe » à la
Librairie La Liberté de Québec.
* * * * *
Auteur de fiction et docteur en études littéraires, Stéphane Ledien est rédacteur professionnel, et professeur de littérature au Cégep de Sainte-Foy à Québec. Il a fait du polar et des fictions de genre l’une de ses spécialités. En tant qu’auteur de fiction, il a publié des nouvelles dans des anthologies aux Éditions Tête première et aux Éditions Druide, et il a signé quatre livres dont le roman noir « Sur ses gardes » (2015) remarqué lors de la 7e édition du festival Québec en toutes lettres consacrée au genre policier.
Je tiens à remercier les éditions Robert
Laffont Québec pour l’envoi du service de presse.
Au Québec, des redevances symboliques me sont
versées si vous commandez votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca et le récupérez à la
librairie indépendante de votre choix.
Évaluation :
Pour
comprendre les critères pris en compte, il est possible de se référer au menu
du site [https://bit.ly/4gFMJHV],
qui met l’accent sur les aspects clés du
genre littéraire.
Intrigue et suspense
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Originalité :
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Personnages
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Ambiance
et contexte :
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Rythme
narratif :
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Cohérence
de l'intrigue :
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Style
d’écriture :
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Impact
émotionnel :
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Développement
de la thématique :
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Finale
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Évaluation globale :
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