Michael Connelly. – Sous les eaux d’Avalon. – Paris : Calmann-Levy, 2025. – 383 pages.
Polar
Résumé :
Sur l’île paradisiaque de Santa Catalina, au
large de Los Angeles, les journées sont calmes pour l’inspecteur Stilwell.
Récemment débarqué de l’unité des Homicides du LAPD, il s’occupe
essentiellement de cas de violences domestiques et d’ébriété sur la voie
publique.
La découverte du corps d’une jeune femme dans
le port de la ville d’Avalon, enroulé dans une bâche et lesté, est donc un
véritable choc, non seulement pour Stilwell, mais également pour les
personnalités les plus notables de l’île, qui apprécient peu cette mauvaise
publicité.
En dépit des pressions publiques et des
ordres de sa hiérarchie à Los Angeles, Stilwell va méthodiquement enquêter, et
révéler des secrets que beaucoup auraient préféré voir rester engloutis sous
les eaux d’Avalon à tout jamais.
Commentaires :
Malgré quelques commentaires mitigés sur
certains blogues et de la part de critiques littéraires, je me suis procuré
« Sous les eaux d’Avalon »
pour me faire ma propre opinion certainement un peu biaisée considérant mon
parti-pris pour les polars de Michael Connelly. Il est vrai que ce dernier a
pris un risque certainement mesuré, mais bien réel en introduisant un nouveau
protagoniste dans un univers où Harry Bosch et Mickey Haller occupent une place
mythique dans l’ensemble de son œuvre. Si le pari a dérouté certains lecteurs
fidèles, pour ma part, je l’ai trouvé gagnant sur plusieurs aspects.
L’auteur exploite très bien le cadre
géographique d’Avalon, sur l’île de Catalina distante d’une trentaine de
kilomètres de la côte californienne, un territoire à la fois isolé et chargé
d’histoire dont j’ignorais l’existence. Loin d’être un simple décor exotique par
rapport au Los Angeles de Bosch et de McEvoy où y vit, entre autres, un
troupeau d’une centaine de têtes de bisons, le lieu devient un espace narratif
à part entière, où la mer, le port nautique, les silences et les non-dits
pèsent sur l’enquête que doit mener l’inspecteur Stilwell. L’intrigue,
construite autour de restes humains découverts sous l’eau, s’inscrit dans une
temporalité où le passé de ce dernier ressurgit – le conflit qui l’oppose à un
de ses collègues – pour contaminer le présent, rappelant que les crimes mal
enterrés finissent toujours par refaire surface.
Le nouvel enquêteur de Connelly est un
personnage professionnellement crédible, psychologiquement nuancé et surtout
immédiatement fonctionnel dans la mécanique narrative. Il ne cherche pas à
remplacer Bosch ni à l’imiter. Il s’inscrit plutôt dans une autre tonalité :
plus réservée, encore plus procédurale et plus solitaire. Ce qui donne au roman
une identité propre tout en restant fidèle à l’ADN littéraire de l’auteur.
Le caractère procédural au cœur du récit
procure un des grands plaisirs de lecture pour les amateurs du genre avec la reconstitution
patiente des faits, la vérification méthodique des pistes, les contraintes des processus
et les pressions de la hiérarchie menant à une lente montée vers la vérité.
Michael Connelly excelle dans le traitement
des enquêtes, un travail avec ses contraintes, ses frustrations et ses
impasses. Rien n’est spectaculaire dans cette histoire. Chaque avancée s’impose
avec rigueur, ce qui rend le récit crédible et captivant.
Même sans personnage iconique, l’auteur
démontre une nouvelle fois sa maîtrise avec une construction narrative fluide, une
tension progressive, l’alternance entre l’action, la réflexion et les
révélations et une écriture précise, sans effets inutiles. Nul besoin de coups
de théâtre tonitruants. Son arme reste la même : la confiance accordée à
l’intelligence du lecteur et à la force du réel. Et la brochette de personnages
secondaires bien typés participe à la dynamique du scénario.
Ce roman devrait convaincre les lecteurs
attachés au réalisme policier,
les amateurs d’enquêtes au long cours et ceux
qui apprécient une intrigue où le décor, le passé et les personnages sont
étroitement liés.
Quant aux fidèles de Bosch ou de Haller,
qu’ils se rassurent : « Sous les
eaux d’Avalon » ne renie rien de l’œuvre de Connelly. Il en propose
une variation cohérente, plus discrète, mais tout aussi exigeante.
Un bémol : comme la plupart du temps
dans la traduction en France de romans dont l’action se déroule aux États-Unis,
les personnages s’expriment comme s’ils évoluaient dans l’Hexagone :
« mec », « va te faire foutre », « j’ai pas besoin de causer... »,
« j’emmerde », « du coup »... Ce qui ne reflète pas
le contexte culturel de l’histoire.
Par contre, j’ai découvert une pratique
« courante et légale aux États-Unis
[qui] est destinée à montrer à la
population qu’un suspect a été arrêté » : le « ‘’ perp walk ‘’, littéralement la ‘’
marche du prédateur ‘’ » alors qu’un journaliste s’approche « son portable brandi bien haut pour filmer la
marche de l’accusé » qui vient d’être arrêté par les forces de
l’ordre.
En conclusion, malgré une finale un peu
abrupte, Michael Connelly prouve qu’il peut renouveler son univers sans le
trahir. « Sous les eaux d’Avalon »
est un roman solide, maîtrisé, et très personnel dans sa manière de raconter la
justice, le déroulement de l’action et la vérité. Un livre qui confirme que,
même après des décennies d’écriture, cet auteur très prolifique sait encore
surprendre sans désorienter.
Au moment de rédiger cet avis de lecture, on
annonce le prochain opus : « Sans
âme ni conscience », une affaire de Mickey Haller, l’avocat à la
Lincoln que j’ai bien hâte de commenter.
* * * * *
Né en 1956, Michael Connelly commence sa carrière comme journaliste en Floride, ses articles sur les survivants d'un écrasement d'avion en 1986 lui valant d'être sélectionné pour le prix Pulitzer. Il travaille au Los Angeles Times quand il décide de se lancer dans l'écriture avec « Les Égouts de Los Angeles », pour lequel il reçoit l'Edgar du premier roman. Il y campe le célèbre personnage du policier Harry Bosch, que l'on retrouvera notamment dans « Volte-Face » et « Ceux qui tombent ». Auteur du « Poète », il est considéré comme l'un des maîtres du roman policier américain. Deux de ses livres ont déjà été adaptés au cinéma, et l'ensemble de son œuvre constitue le cœur de la série télévisée Bosch. Les romans de Michael Connelly se sont vendus à plus de quatre-vingts millions d'exemplaires dans le monde et ont été traduits en plus de quarante langues.
Au Québec, des redevances symboliques me sont
versées si vous commandez votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca et le récupérez à la
librairie indépendante de votre choix.
Évaluation :
Pour
comprendre les critères pris en compte, il est possible de se référer au menu
du site [https://bit.ly/4gFMJHV],
qui met l’accent sur les aspects clés du
genre littéraire.
Intrigue et suspense
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Originalité :
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Personnages
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Ambiance
et contexte :
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Rythme
narratif :
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Cohérence
de l'intrigue :
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Style
d’écriture :
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Impact
émotionnel :
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Développement
de la thématique :
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Finale
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Évaluation globale :
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