Le bal des vautours (Ilaria Tuti)


Ilaria Tuti. – Le bal des vautours. – Paris : Robert Laffont, 2025. – 419 pages.

 

 

Polar

 

 

 

Résumé :

 

Sur les bords du lac de Cornino, dans le nord de l'Italie, gît le cadavre d'un jeune homme. De son corps scarifié à la vidéo publiée sur ses réseaux, tout porte à croire qu'il s'est suicidé. Mais alors, que fait l'ex-commissaire Teresa Battaglia à ses côtés ? Elle ne sait ni comment elle s'est retrouvée là, ni quelle est l'identité du malheureux ; pourtant, la clé du mystère semble se cacher dans sa mémoire, rendue défaillante par un Alzheimer galopant. Soutenue par ses amis, Teresa devra lutter contre les assauts de sa maladie pour faire la lumière sur cette affaire, où s'entremêlent légendes locales et traditions occultes. Jusqu'à se compromettre ? Comment enquêter quand on oublie tout ?

 

 

 

Commentaires :

 

« Le bal des vautours » (« Madre d’ossa », 2023) est le 6e roman de la série Teresa Battaglia après :

 

·        « La ragazza dagli occhi di carta », 2015

·        « Fiori sopra l'inferno », 2018 (« Sur le toit de l’enfer », 2018)

·        « Ninfa dormiente », 2019 (« La nymphe endormie », 2019)

·        « Luce della notte », 2022 (« À la lumière de la nuit », 2022)

·        « Figlia della cenere », 2022 (« Fille de cendre », 2023)

 

Ilaria Tuti est une auteure que la presse italienne surnomme la « Donato Carrisi au féminin » que je découvre tardivement. Son dernier opus oblige le lecteur à rester accroché à un récit ponctué de nombreux détails historiques locaux reposant sur une documentation poussée. Une histoire imbriquée dans la région énigmatique, fascinante et mystérieuse du Frioul, dans le nord-est de l’Italie, où est née l’auteure : une terre qui a subi de nombreuses invasions barbares et où les rites païens et chrétiens côtoient, dans une nature sauvage avec ses grottes sépulcrales et ses sites archéologiques, le folklore, les croyances ancestrales et les légendes qui nourrissent la tension dramatique.

« Enquêter quand la mémoire se dérobe » résume bien ce polar qui, pour le lecteur qui n’a pas lu les premiers tomes de la série auxquels fait référence « Le bal des vautours », pousse à son paroxysme ce qui fait sa singularité : une enquêtrice brillante dans une enquête où rien n’est fiable, ni les indices, ni les souvenirs, ni même le regard de celle qui cherche la vérité.

Le dispositif narratif est original. L’auteure fait de la maladie de Teresa Battaglia, son personnage emblématique, le moteur même de l’intrigue. Sa mémoire défaillante est à la fois un obstacle, mais aussi une clé possible : ce qu’elle a oublié est précisément ce qui peut permettre de résoudre l’affaire. Ce qui amène le lecteur à douter de l’enquêtrice, à tenter de reconstituer les faits à partir de fragments, de silences, de réminiscences incomplètes.

 

Ilaria Tuti a créé un personnage à l’opposé du stéréotype de la policière infaillible. Teresa Battaglia, marquée par la fatigue découlant de sa condition physique et mentale, vulnérable, souvent perdue, lutte autant contre le crime que contre l’effacement progressif de sa propre identité :

 

« Quand elle s’est vue dans le miroir avec son visage vieilli, elle n’a plus rien compris. Son cerveau a disjoncté, car elle s’attendait à croiser le reflet d’une jeune fille. Aucun raisonnement n’était capable de la ramener à la logique et au calme ni de la consoler. Cela arrive tous les jours aux malades d’Alzheimer. »

 

Pour qui côtoie une personne atteinte d’Alzheimer, la maladie y est décrite avec sobriété, précision et une grande justesse émotionnelle.

 

Le récit oppose, d’une part, la modernité des réseaux sociaux et des vidéos virales et, d’autre part, les légendes locales, les traditions occultes et un imaginaire rural et sectaire. Avec comme résultat une atmosphère lourde où le passé émerge à la surface du présent.

 

Le style d’Ilaria Tuti est direct, précis, sans effets superflus, mettant l’accent sur la tension psychologique, le rythme irrégulier, reflétant l’état mental de Teresa Battaglia. Certaines descriptions comme celle-ci imprègnent l’atmosphère dans laquelle évoluent les personnages :

 

« Le lac de Cornino avait la forme d’un iris, sombre au centre et limpide le long de la rive. Cerné de bois rougis par l’automne, il s’ouvrait dans la terre comme un œil très ancien, celui d’une bête primitive. Une aube humide s’y levait, une brume d’octobre âpre et sucrée, transportant l’odeur de raisins laissés à pourrir sur les sarments et de braises attisées dans les poêles. »

 

En plus des différents cultes ésotériques et des sites archéologiques imbriqués dans son récit, l’auteure m’a fait découvrir l’approche thérapeutique de l'EMDR (la désensibilisation et le retraitement par les mouvements oculaires) développée dans les années 1980 par la psychologue américaine Francine Shapiro. Une thérapie qui utilise des stimulations pour aider les personnes à guérir des traumatismes psychiques et à retraiter des souvenirs traumatiques.

 

« Le bal des vautours » – dont le titre en italien « Madre d’ossa » (La mère des ossements » me semble plus approprié –  est un polar exigeant, sombre, intelligent et profondément humain, qui intègre la maladie de Teresa Battaglia au cœur même de la mécanique policière. Il renouvelle la manière de raconter une enquête. Le recours aux légendes locales et aux traditions occultes participe à l’atmosphère du roman – parfaitement suggérée par l’illustration de la couverture de première –, mais peut dérouter les lecteurs peu sensibles à ce type d’imaginaire. Il s’adresse particulièrement aux lecteurs de polars qui apprécient les récits psychologiques, les personnages complexes et les dispositifs narratifs qui sortent des sentiers battus.

 

Ceux qui recherchent avant tout l’action, les rebondissements ou une enquête procédurale risquent d’y trouver moins leur compte. En revanche, les lecteurs sensibles aux romans noirs introspectifs seront comblés

 

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Ilaria Tuti vit à Gemona del Friuli, dans les montagnes de la province d'Udine, au nord-est de l'Italie. Elle a étudié l’économie à l’université, tout en nourrissant une passion profonde pour les arts visuels, notamment la peinture et la photographie. Avant de se consacrer pleinement à l’écriture, elle a travaillé comme illustratrice pour une maison d’édition indépendante.

 

En 2014, elle a remporté le prix Gran Giallo Città di Cattolica pour sa nouvelle « La bambina pagana ». Ce succès l’encourage à développer un univers plus vaste autour du personnage de Teresa Battaglia, une commissaire de police expérimentée, humaine et complexe dont le premier volet a connu un succès de librairie dès sa sortie.

 

En 2020, Ilaria Tuti a publié « Fleur de roche », un roman historique qui s’éloigne du polar pour rendre hommage aux « portatrici carniche », ces femmes italiennes qui, pendant la Première Guerre mondiale, transportaient vivres et munitions à travers les montagnes pour soutenir les soldats. « Les Femmes d’Endell Street », publié en 2025, est inspiré de faits réels, où des doctoresses anglaises fondent en pleine guerre un hôpital militaire entièrement géré par des femmes, incarnant courage, engagement et émancipation.

 

 

Je tiens à remercier les éditions Robert Laffont pour l’envoi du service de presse.

 

Au Québec, vous pouvez commander votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca et le récupérer à la librairie indépendante de votre choix.

 

 

Évaluation :

Pour comprendre les critères pris en compte, il est possible de se référer au menu du site [https://bit.ly/4gFMJHV], qui met l’accent sur les aspects clés du genre littéraire.

 

Intrigue et suspense :

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Originalité :

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Personnages :

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Ambiance et contexte :

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Rythme narratif :

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Cohérence de l'intrigue :

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Style d’écriture :

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Impact émotionnel :

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Développement de la thématique :

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Finale :

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Évaluation globale :

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