Cette ombre derrière toi – Une enquête de Kristoffer Bark (Anna Jansson)


Anna Jansson. – Cette ombre derrière toi – Une enquête de Kristoffer Bark. – Laval : Saint-Jean Éditeur, 2024. – 458 pages.

 

 

Polar

 

 

 

Résumé :

 

L’inspecteur Kristoffer Bark doit faire la lumière sur une nouvelle affaire non résolue: Emelie Kartman, enseignante au primaire, veuve et mère, disparue il y a dix ans et dont le corps a été retrouvé trois ans plus tard enfermé dans un baril transpercé de centaines de longs clous. Une mort d’une atrocité sans nom.

 

Bark découvre rapidement que l’enquête de l’époque a été bâclée. Lorsqu’il joint sa collègue en arrêt de travail, Sara Bredow, pour prendre des nouvelles, il apprend qu’elle aussi a fait l’objet de menaces. Le tueur est-il toujours actif ? Les indices fournis par le fils d’Emelie Kartman, qui n’avait que cinq ans au moment du meurtre de sa mère, seront-ils suffisants pour permettre à l’inspecteur de sauver sa collaboratrice d’un sort horrible ?

 

 

Commentaires :

 

« Cette ombre derrière toi » est un thriller comme je les aime : un tourne-page à l’intrigue bien ficelée et une trame dramatique « mêlant quête de pouvoir, manipulation et terreur ». Il « démontre à quel point nos vies ordinaires peuvent se transformer en cauchemar en un instant », selon l’éditeur.

 

Dès les premières pages, la table est mise pour un régal littéraire. Il faut souligner l’excellente traduction de l’anglais par Danielle Charron.

 

« ... le bois se fendit et les cercles de métal rouillé cédèrent. Apparurent alors les restes livides et gonflés d’un corps, de longs cheveux roux, des dents et de profondes orbites vides ; un spectacle grotesque vivement éclairé par le soleil matinal. »

 

Puis, en quelques paragraphes, Anna Jansson nous présente son personnage principal, l’inspecteur Kristoffer Bark mandaté pour rouvrir des cas non élucidés en attente de réintégrer son poste aux crimes majeurs et qui souffre de la mort de sa fille. Ce dernier se voit obligé de superviser une brigade hétéroclite, lui qui n’aime pas le travail d’équipe :

 

« Ce n'est pas moi qui ai mis ce groupe sur pied [...]. Je n'aime pas travailler en équipe, point. Ça ralentit tout le processus. Je serais même prêt à accepter une baisse de salaire si on me laissait travailler tout seul, tranquille, dans le silence. »

  



En consultant le site Web de l’auteure, on peut d’ailleurs découvrir l’allure physique du héros qu’elle a imaginé sur les couvertures de première de la série Kristoffer Bark. Cette dernière compte à ce jour six titres, dont les deux premiers ont été publiés en français par Saint-Jean éditeur.

 

 

 


L’assistent dans son enquête au Service des enquêtes non résolues Henrik Larsson ainsi que sa nombreuse progéniture ; Alex Molin, le fils de sa psychologue, Mia Berger, à qui il n’ose pas avouer les crises de somnambulisme auxquelles il est confronté avec comme conséquence la disparition ou le déplacement d’objets dans son appartement ; Ingrid Johansson, « une dame de près de soixante ans », une civile qui assiste Bark, « virtuose en matière de systèmes d’exploitation ». Et un poste vacant doit être occupé par une dénommée Sara Bredow, 34 ans, en congé de maladie, qui joue malgré elle un rôle clé dans cette enquête.

 

Cet écosystème interagit notamment avec un ancien collègue de Kristoffer Bark, Ulf Gunnarsved, qui est enquêteur des crimes économiques, Regina Zimmermann, cheffe de la police régionale, et Gaby Wide, procureure.

 

L’enquête qui présente une similitude entre deux crimes, et qui rappelle certains scénarios imaginés par Agatha Christie (meurtre dans un lieu clos où sont réunis quelques personnages suspects) se déroule géographiquement à l’est et au nord de Stockholm. Le cumul des indices nous amène peu à peu à découvrir les motifs de la personne responsable de cette série de crimes.

 

Il m’arrive parfois, pendant ma lecture, d’étayer et de confirmer mes soupçons concernant la personne que le héros enquêteur cherche à démasquer en éliminant un à un les suspects. Au fil des événements, vers la moitié du livre, c’est ce qu’il s’est passé dans « Cette ombre derrière toi », mais cela ne m’a pas empêché de continuer à prendre du plaisir jusqu’à la fin. En effet, le scénario de l’intrigue nous amène à douter de tous les protagonistes les uns après les autres, même les plus improbables.

 

Le polar, en tant que genre littéraire, offre souvent l’occasion de mettre de l’avant certaines problématiques sociales et politiques de la société dans laquelle évoluent les personnages. C’est le cas du roman d’Anna Jansson.

 

En ce qui a trait au vol d’identité en Suède :

 

« ... avec nos collègues de l'unité des crimes économiques hier soir, je suis restée ici pour me familiariser avec leur enquête sur le vol d'identité. Savais-tu que rien que cette année, 237 000 Suédois en ont été victimes ? »

 

… des fuites dans le système d’aide sociale :

 

« Un petit génie a étudié la chose et a conclu que nous pourrions épargner l'équivalent de dix fois nos salaires si nous pouvions colmater les fuites de notre système d'aide sociale. Tous les réseaux criminels exploitent ce système. [...] Actuellement, nous travaillons sur les vols d'identité. Ça a explosé au cours des six derniers mois, en particulier chez les étudiants. »

 

… et l’inaction du gouvernement :

 

« De nos jours, à peu près n'importe qui possédant un ordinateur et une connexion Internet peut obtenir un NIP temporaire et profiter du système gouvernemental d'aide sociale. Une personne peut même créer plusieurs identités et toucher différentes prestations. C'est vraiment enrageant, surtout quand on sait que le gouvernement refuse parfois d'aider des gens qui en ont vraiment besoin, alors qu'il verse l'argent des contribuables à des gens qui ne sont ni malades ni démunis.

L'État demande au Bureau d'assurance sociale de réaliser des économies, alors que le système est une vraie passoire. Tout ça, c'est de la politicaillerie. Ce sont les politiciens qui sont à blâmer - autant le gouvernement de Reinfeldt, qui est à l'origine de ces bêtises, que le parti social-démocrate, qui ne réussit pas à lui mettre des bâtons dans les roues. »

 

Au rayon des connaissances acquises, « Cette ombre derrière toi » fait également œuvre de pédagogie. J’y ai fait de belles découvertes :

 

Sur les fermes de la province de Hälsingland :

 

« Gästgivars est l'une des sept fermes de Hälsingland figurant au patrimoine mondial de l'UNESCO, récita-t-elle. Datant du XIXe siècle, elles sont abondamment décorées de papier peint et de motifs muraux réalisés au pochoir, et appartenaient à des fermiers qui se sont enrichis grâce à la foresterie et à la culture du lin. La caractéristique unique de chaque ferme est sa grande salle de réception qui, dans certains cas, occupe un bâtiment à elle seule. Ces salles servaient aux fermiers à étaler leur richesse. » 

 

« Construites au milieu du XIXe siècle, les fermes de Hälsingland étaient décorées avec du papier peint au pochoir, des tapisseries et des œuvres d'art. Le but était d'impressionner les gens qui assistaient aux festivités qui s'y tenaient régulièrement. Les plus grandioses étaient les mariages. À l'époque, les mariées s'habillaient en noir. »

 

... les ours du Hälsingland :

 

« C'est dans le Hälsingland qu'on retrouve la plus grande population d'ours de la Suède. Les jeunes ont les oreilles sur le dessus de la tête et sont moins dangereux. Si vous croisez un ours aux oreilles plantées bas, ça veut dire qu'il est âgé et expérimenté, qu'il a déjà mangé de la viande et qu'il aime ça. »

 

Une page est consacrée à la toxicité mortelle du fentanyl.

 

« ... c'est un opioïde synthétique très puissant. Il est de soixante-quinze à cent fois plus fort que la morphine. Une dose est grosse comme un grain de sel. Et lorsqu'on le mélange avec de l'alcool, le fentanyl peut affecter le système respiratoire de façon létale. On ne l'utilise plus vraiment en médecine, mais malheureusement, c'est une drogue populaire dans les partys et auprès des toxicomanes.

[...]

Le fentanyl s'injecte [...]. On peut aussi le prendre par vaporisateur nasal. Il existe aussi sous forme de timbres, comme les timbres de nicotine ou d'œstrogène. Les médecins peuvent prescrire des timbres de fentanyl aux patients qui ont de la difficulté à avaler des comprimés antidouleur ou dans le cadre d'opérations chirurgicales très douloureuses. Par contre, ils prennent du temps à faire effet, environ douze heures. Pour aller plus vite, on peut aussi couper un timbre et le faire tremper pour en recueillir le liquide que l'on s'injectera par intraveineuse. »

 

J’ai aussi appris que c’était le gin de Tevekvarn « qu’on servait chaque année au banquet soulignant la remise des prix Nobel ». 

 

Le « bandy », quant à lui, est « un sport d’équipe semblable au hockey sur glace, mais où les joueurs se disputent une balle plutôt qu’une rondelle. »

 

Il existe un « parc thématique [à] Vimmerby, en Suède, consacré à l’autrice de livres pour enfants, Astrid Lindgren, connue notamment pour avoir créé le personnage de Fifi Brindacier. »

 


Dans les pays scandinaves, et en Suède en particulier, on célèbre Sainte-Lucie, vierge martyre, le 13 décembre (début de l'Avent). Cette fête prend la forme de processions de femmes, chacune dirigée par une jeune fille choisie pour incarner la sainte.

 


Au passage, Anna Jansson fait également référence à Lars Norénun dramaturge suédois décédé en 2021, dont les thèmes sont notamment les conflits familiaux et les troubles de santé mentale.

 

Et à une chanson folklorique bien connue en Suède, dont le thème remonte à la légende de Sainte-Catherine d’Alexandrie, se trouve aussi au cœur même de l’intrigue du roman : « Liten Karin » (« La petite Karin ») que l’on peut écouter sur YouTube :

 

« Un jeune roi voulait posséder la petite Karin. Il lui offrit un cheval gris, une selle dorée, une couronne en or massif et même la moitié de son royaume. La petite Karin lui dit de donner ces cadeaux à la reine, sa jeune épouse, et le supplia de la laisser partir, son honneur intact. Elle se refusa à lui jusqu'au jour où, en colère, le roi décida de l'enfermer dans un baril clouté. Il ordonna ensuite à ses hommes de faire rouler ce baril. Puis, deux colombes blanches descendirent du ciel. Elles emportèrent la petite Karin qui se transforma elle-même en colombe. »

 

J’ai remarqué cette manière imagée de mentionner que l’automne est arrivé :

 

« En se penchant par-dessus la balustrade, il vit que ses voisins d’en dessous avaient poussé le mobilier de jardin contre le mur de la terrasse et recouvert le gril d’une bâche. »

 

Et celle-ci rappelant une scène du film « Les oiseaux » d’Alfred Hitchcock :

 

« Un vent fort délogea un groupe de corneilles qui se tenaient sur le toit de l’école Karolinska. On aurait dit de petits esprits noirs qui s’envolaient vers le ciel. »

 

« Cette ombre derrière toi » m’a tenu en haleine tout au long des 60 courts chapitres qui découpent le récit de plus 450 pages. Le style de l’auteur et le rythme de l’écriture contribuent au fil narratif qui relie l’ensemble de l’œuvre. Il n’est pas nécessaire d’avoir lu la première enquête publiée par Saint-Jean éditeur qui était passée sous mon radar, « La disparue du lac Hjälmaren », pour apprécier la lecture du deuxième tome d’une série qui, je l’espère, viendra enrichir les rayons des librairies et des bibliothèques.

 

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Anna Jansson est née à Visby, sur l’île de Gotland, lieu qui sert de décor à plusieurs de ses romans. Elle a écrit plusieurs romans policiers et des ouvrages de littérature pour enfants et adolescents, comme le montre son site Web.

 

En 1979, elle entreprit des études en soins infirmiers à Örebro, ce qui lui permit de mettre à profit sa parfaite connaissance de l’univers médical. Elle se lança dans l'écriture après avoir acquis un ordinateur en 1997. Même après le succès de son premier roman, « Strum sitter guden » (« Le Pacte boréal », publié en 2000), elle continua de travailler comme infirmière à temps partiel. D’abord inspirés par ses rencontres à l’hôpital, ses romans mêlent meurtres crapuleux et complots machiavéliques, sur fond de problèmes éthiques.

 

Anna Jansson a créé une héroïne récurrente, l’inspectrice Maria Wern, pour sa série de romans dont tous les titres se sont retrouvés dans les palmarès des meilleures ventes en Suède.

 

En 2005, elle a entre autres publié « The Silver Crown » (« La Couronne d’argent »), vendu à plus de 50 000 exemplaires, ainsi que, en 2006, « Unknown Bird » (« L’inconnu du Nord »). Ce dernier qui a été finaliste du Glass Key Award du meilleur polar scandinave, a été traduit dans plusieurs pays et a fait l’objet d’une adaptation cinématographique.

 

Après le succès phénoménal de sa série Maria Wern en Scandinavie et en Europe, elle a commencé à écrire Kristoffer Bark. Cette série a connu un succès encore plus grand, avec des traductions en une dizaine de langues et la publication d’un roman par an.

 

Je tiens à remercier les éditions Saint-Jean pour l’envoi du service de presse.

 

Au Québec, vous pouvez commander votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca et le récupérer dans une librairie indépendante.

 

 

Originalité/Choix du sujet :

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Qualité littéraire :

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Intrigue :

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Psychologie des personnages :

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Intérêt/Émotion ressentie :

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Appréciation générale :

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Meurtre au presbytère – Une nouvelle enquête d’Henri Patenaude (Maurice Jean)


Maurice Jean. – Meurtre au presbytère – Une nouvelle enquête d’Henri Patenaude. – Québec : Éditions Crescendo, 2024. – 277 pages.

 

Polar

 

 

 

 

Résumé :

 

Montréal, novembre 1963.

 

William Clement, révérend de la paroisse Saint-Barthélemy, est assassiné dans son bureau au presbytère. Comme celui-ci ne cachait nullement sa hargne contre le mouvement indépendantiste québécois, le Front de Libération du Québec responsable de plusieurs attentats au cours des derniers mois est immédiatement pointé du doigt.

 

Le lieutenant Andrew Harrington, natif de cette paroisse, et son jeune coéquipier, Henri Patenaude, se lancent à la recherche de l’assassin au milieu des tractations politiques.

 

Harrington n’arrivant pas à émerger du chaos émotionnel causé par l’alcool et la pression, laisse à Patenaude le défi de démêler cet amalgame de demi-vérités, de sous-entendus et de secrets paroissiaux.

 

 

Commentaires :

 

Dans la dédicace qu’il m’a adressée, Maurice Jean a précisé le contexte de la cinquième aventure d’Henri Patenaude : « 1963 : naissance du mouvement révolutionnaire au Québec, Patenaude est seul au milieu des demi-vérités et des pressions politiques !  Bonne lecture ! »

 

Ce qui fut effectivement le cas.

 

Une « enquête sur un double homicide, il n’y a aucun témoin direct et les seules personnes qui pourraient [...] aider refusent de [...] dire la vérité... ». L’action se déroule sept ans avant la Crise d’octobre, entre le 5 novembre et le 22 novembre 1963, le jour où « Walter Cronkite de CBS [annonce] que John F. Kennedy, le président américain, vient d’être assassiné à Dallas... ».

 

Il est clair que l’intrigue développée par l’écrivain dans ses cinquante-huit courts chapitres s’inscrit dans une série d’événements troublants qui ont marqué l’histoire du Québec, entre autres :

 

·        le « hold-up dans une succursale de la Banque Royale à Notre-Dame-de-Grâce » ;

·        l’incendie de trois casernes militaires revendiquée par le Front de libération du Québec (FLQ) en mars 1963;

·        l’explosion de boîtes aux lettres dans Westmount dont une, fictive pour alimenter le récit, le soir du 4 novembre « blessant assez grièvement un jeune garçon et son père qui passaient par là. » une « bombe pour ébranler la monarchie britannique » ;

·        les services de police canadiens qui ont des « informateurs au sein du gouvernement Castro » pour les avertir si des fugitifs felquistes se rendent à Cuba ;

·        les filatures de détenus libérés : « Si vous pensez que la Couronne n'a pas porté d'accusation contre vous en juin dernier parce qu'elle n'avait pas de preuve, vous êtes dans l'erreur ; vous avez été libérée uniquement pour permettre à des dizaines d'enquêteurs de vous suivre pour déterminer ce qui restait du FLQ. »

·        la publication de journaux à caractère politique : L’indépendance, publié par le Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN), et La Cognée, « organe officiel du Front de libération du Québec dans les années 1960. Le journal était clandestin et les auteurs écrivaient sous des pseudonymes » ;

·        l’Armée révolutionnaire du Québec.

 

Et en plus, il y a des références à plusieurs personnages qui ont vraiment existé.

 

·        les felquistes Roger Tétreault, Guy de Grasse, Jacques Lanctôt et Mario Bachand, peintre, ce dernier en attente de son procès « pour des accusations liées à l’explosion qui a mutilé pour la vie le sergent-major de l’armée Walter Leja » ;

·        Raoul Roy, « journaliste, essayiste et militant nationaliste québécois [...] considéré comme le père spirituel du FLQ ;

·        Pierre Schneider,  journaliste, poète et militant indépendantiste québécois et un des cofondateurs du FLQ ;

·        Henri Tranquille, écrivain et libraire.

 

Comme il le mentionne à la dernière page du roman, Maurice Jean s,est documenté en consultant l’essai de Pierre Schneider « La république assassinée de Daniel Johnson » (2021) et celui de Louis Fournier « FLQ Histoire d'un mouvement clandestin » (1982) qu’il « recommande à toutes les personnes intéressées par l'histoire du FLQ. »

 

 « Meurtre au presbytère » captive le lecteur grâce à une narration efficace et à des échanges verbaux authentiques. Henri Patenaude, qui a l’habitude de tourner autour du pot et de poser des questions dont il connaît déjà la réponse, mène une enquête rigoureuse et procédurale.


Voici quelques passages particulièrement convaincants :

 

« ... le sergent lui expliqua qu'il préférait d'abord faire le tour de la maison. Il se rendit au salon qui jouxtait le bureau, dans la salle d'eau, puis dans la cuisine et finalement dans la salle à manger. Il s'arrêtait dans chacune des pièces, fermait les yeux, inspirait profondément à la recherche d'une odeur caractéristique, puis observait les objets qui s'y trouvaient. Il prenait des notes avant de sortir de chaque pièce, ayant appris très rapidement que la mémoire était une mauvaise amie dans une enquête. »

 

« Aucun doute, c'est un meurtre! L'arme est à la droite du père Clement qui était gaucher, comme en témoigne la position de l'encrier et le fil emmêlé du téléphone... »

 

« [elle] était ici au cours de la journée d'hier. Il faut trouver ce qu'elle a fait. Si elle a bu un café, je veux savoir à quelle heure et si elle était seule; si elle a parlé au serveur, je veux savoir ce qu'elle a dit; si elle a fait des achats, je veux savoir combien elle a dépensé et surtout ce qu'elle a acheté, car je soupçonne qu'elle a changé d'apparence. Questionnez les vendeurs, les clients, les chauffeurs de taxi! Est-ce clair ? »

 

« Le policier se rendit chez ‘’ Hector Best Used Car in Montreal ‘’ et nota ce qu'indiquait l'odomètre de sa voiture dans son calepin. Il roula ensuite jusqu'à la résidence de Paul Morrissette, effectua les déplacements décrits par ce dernier, puis roula jusqu'au Steinberg où le vol de la voiture avait eu lieu. Il inscrivit le millage dans son calepin. Il se rendit ensuite chez George Blythe, puis devant le presbytère de la paroisse Saint-Barthélemy. Il hésita un instant, puis se stationna au motel Beau Repos […]. Patenaude reprit la route et se dirigea vers le 2945, Maplewood. Il arrêta l'automobile et nota le millage. Il fit un calcul et le résultat le surprit : la distance qu'il venait de parcourir était exactement la même que celle parcourue par la voiture de Morrissette ! »

 

« Observer, écouter, réfléchir davantage, éliminer l’inutile, puis élaborer une hypothèse, hypothèse qui doit être validée avec des faits, uniquement avec des faits. »

 

« Le Qui ? est surévalué, les seules vraies questions sont Pourquoi ? et Comment ? ».

 

« [il] avait observé qu’un témoin qui disait finalement la vérité affichait un relâchement musculaire. »

 

« Le cerveau de Patenaude avait cette rare faculté d'enregistrer les discussions et avec beaucoup de concentration, le sergent parvenait à les rejouer dans sa tête comme si elles avaient été enregistrées sur pellicule. »

 

Le mur d’enquête « où il avait épinglé ce qu’il considérait comme étant des faits et les certitudes de cette enquête » et où il n’hésite pas à le vider de son contenu après réflexion parce qu’il doute de tout pour recommencer.

 

Henri Patenaude est un personnage très crédible, confronté à une enquête remplie de suppositions et de réfutations de ses supérieurs, de vérités et de mensonges de témoins, d’informations incomplètes compilées par ses collègues, jusqu’à l’éclaircissement des meurtres et l’identification des coupables. Et de fausses informations, comme cette fausse cellule ultra secrète nommée Hindelang en référence au patriote Charles Hinderlang.

 

Le policier montréalais est aussi amateur de musique classique (Brahms, Bach, Schubert), comme son auteur, qui a rédigé la version finale de son récit en écoutant « La Passion de Matthieu (BWV 244 - Pygmalion, Raphaël Pichon, 2022). »

 

J’ai trouvé intrigante la manière dont Maurice Jean a présenté les conversations téléphoniques, laissant au lecteur le soin d’imaginer les propos des interlocuteurs grâce à de simples points de suspension.

 

Quelques notes explicatives en bas de page permettent d’apporter quelques explications complémentaires. Un exemple qui m’a rappelé une réalité du passé :

 

Red Feather (La Plume rouge) : « Organisme de charité auprès des protestants de Montréal jusqu’à la création de Centraide en 1974. »

 

J’ai souri à la lecture de ces passages, dont le premier est plus d’actualité que jamais.

 

« Le sergent savait très bien que la douane américaine était une passoire... »

 

« ... si on ne savait rien d'eux, c'est que c'étaient peut-être des agents soviétiques ou est-allemands... Des agents du bloc soviétique [...]. C'est la nouvelle réponse lorsqu'on veut fermer un dossier. »

 

Et à cette anticipation historique :

 

« Si le FLQ avait voulu éliminer quelqu'un pour passer un message, un ministre libéral ou un homme d'affaires francophone antinationaliste aurait été une meilleure cible ... »

 

« Combien de bombes le FLQ fera-t-il sauter avant que le gouvernement canadien envoie l’armée pour nous protéger ! »

 

Sans révéler de détails, il est intéressant de noter que l’un des meurtres dans le livre « Meurtre au presbytère » s’inspire du premier roman d’Agatha Christie, « The Mysterious Affair at Styles », paru en 1920.

 

Quant à l’un des personnages importants du roman, Constance Guilbault, elle porte le nom d’une internaute. En 2022, cette dernière avait remporté, dans le cadre d’un concours lancé par l’auteur, le privilège de voir un personnage porter son nom et de choisir ses principales caractéristiques.

 

En conclusion, « Meurtre au presbytère » est un polar captivant et instructif. Maurice Jean est un auteur dont j’avais beaucoup aimé le précédent opus, « Le retour du Cabotin » et que je vous invite à découvrir. 

 

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Maurice Jean, natif de Bedford dans les Cantons-de-l’Est, détient une maîtrise en chimie analytique et a exercé pendant plus de trente ans en tant qu’expert en investigations techniques dans le domaine de l’aéronautique. Il réside actuellement à Morin-Heights dans les Laurentides.

 

Il se lance dans l’écriture de la série « Une enquête d’Henri Patenaude » dans les années 2010. Le défi qu’il s’est donné est de produire des romans accessibles à tous dans la pure tradition du roman policier britannique du début du siècle. Il a relevé ce défi avec la parution de « Portefeuilles en série » en 2017 (réédité en 2023 sous le titre « Pourquoi tuer une vieille dame »). Il réitère l’expérience en 2019 avec « Mes amis Facebook » et en 2021 avec « Le retour du Cabotin ».

 

Je tiens à remercier les éditions Crescendo! pour l’envoi du service de presse.

 

Au Québec, vous pouvez commander votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca et le récupérer dans une librairie indépendante.

 

 

Originalité/Choix du sujet : *****

Qualité littéraire : *****

Intrigue : *****

Psychologie des personnages : *****

Intérêt/Émotion ressentie : *****

Appréciation générale : *****