Paul et les fées (Denis April)


Denis April. – Paul et les fées. – Montréal : Liber, 2008. 120 pages.



Récits






Résumé : « Les récits regroupés dans ce livre, à peine inventés, tournent autour de Paul Boyer, personnage observateur, souffrant de maladie mentale, qui a jeté un regard parfois étonné autour de lui lors de ses hospitalisations. Il a rencontré dans ce milieu un peu spécial les délires des autres certes, mais aussi la compassion entre ces désespérés de la réalité qui fuient dans leur folie.

Je vous invite à lire ces histoires avec votre cœur d’enfant. Vous comprendrez alors pourquoi certaines grandes personnes sont aussi fragiles que des enfants.

Vous savez, perdre la raison, ce n’est pas sorcier. »

Commentaires : D’entrée de jeu, vous comprendrez que Paul et les fées fait partie de la catégorie des « etc. » annoncés dans le titre de cette page d’avis de lecture. Comme c’est occasionnellement le cas.

Denis April est un ex-collègue d’études classiques des années 60. On s’était perdu de vue. Lui a fait carrière comme avocat, moi dans la gestion documentaire. En 2018, on s’est retrouvé par hasard dans un cours de création littéraire à l’Université Laval. Nous avons échangé et dédicacé nos publications respectives.

Paul et les fées regroupe 6 courts textes ayant pour thème la vie quotidienne des « fous » enfermés dans ce qu’il était convenu d’appeler l’Hôpital Saint-Michel-Archange de Québec. Une ville en soi. Un établissement dont la façade s’étire sur un demi-kilomètre qui dérobe au regard délires et hallucinations. L’auteur y a travaillé pendant ses études, durant l'été et la période des fêtes entre 1968 et 1970, à titre de préposé aux malades : il décrit sans artifice la vie de celles et ceux qu’on y a isolés pour soi-disant les soigner : hantés par les fées de la folie; parfois libérés momentanément pour tenter de survivre dans la société dite normale, utilisateurs des portes tournantes entre enfermements ponctuels et pseudo liberté; en quête d’évasion virtuelle et d’apaisement des troubles par la musique d’un tourne-disque ou d’un piano.

J’ai été touché par chacun des récits. J’ai beaucoup ri à la lecture de celui qui, intitulé Musique d’orchestre, décrit un événement symphonique ayant pour objectif une collecte de fonds auprès de la haute société. Au programme, des compositeurs ayant été atteints d’une façon ou d’une autre de maladie mentale. Un concert perturbé par un « inconnu habillé d’un pantalon gris et d’une chemise à carreaux rouge et noir qui accapare le micro et dont le discours indispose la femme d’un courtier d’assurance qui avait acheté des billets auprès d’un client important. À la fois tordant et touchant.

Le dernier texte, intitulé la Nef des fous, décrit de façon anonymisée et dans ses moindres détails l’expérience de travail estival de l’auteur. Une indicible tristesse et une admirable générosité se dégagent de ces employés généralement sous-payés, côtoyant un personnel infirmier qu’on sent impuissant  dans un établissement où étaient parqués bon an mal an des milliers de malades mentaux.

Paul et les fées est le premier ouvrage publié par Denis April. Il vous entraînera dans un Vol au-dessus d’un nid de coucou québécois si vous le commandez chez votre libraire ou l’empruntez dans une bibliothèque près de chez vous.

Ce que j’ai aimé : Le style direct, franc et sans quelconque jugement de la part de l’auteur. Le réalisme dans les descriptions des situations.    

Ce que j’ai moins aimé : -

Cote :

7/13 (Jacques Saussey)


Jacques Saussey. – 7/13. – Paris : Éditions du Toucan, 2018. 456 pages.



Polar






Résumé : Hiver 2015. Durant l’absence prolongée des propriétaires, une villa de la banlieue parisienne est le théâtre d’un crime atroce. Lorsqu’il arrive sur les lieux, le capitaine Magne découvre avec effroi que le corps n’est plus reconnaissable. Pas de vêtements, pas de papiers : l’identification s’annonce compliquée.

Décembre 1944. Un officier américain scrute avec inquiétude le brouillard qui plombe le ciel de l’Angleterre. Il projette de traverser la Manche au plus vite pour rejoindre la France où il doit préparer l’arrivée prochaine de ses hommes. Le mauvais temps s’éternise mais bientôt, une proposition inattendue va faire basculer son destin.

Soixante-dix ans plus tard, elle confrontera les enquêteurs du quai des Orfèvres à l’un des mystères les plus stupéfiants qu’ils aient jamais rencontrés.

Commentaires : Les critiques de cette septième enquête de l’inspecteur Magne sont dithyrambiques. Il est vrai que la conjonction entre un fait historique qui, de nos jours, est encore énigmatique et des événements récents offre une véritable opportunité littéraire. Le tout dans un contexte très contemporain où écologie et migrants font régulièrement la manchette.

Il faut croire que je n’étais pas « In the mood » (un jeu de mots que vous pourrez décoder aux deux tiers de l’ouvrage environ) lorsque j’ai entrepris la lecture de 7/13, un auteur que j’ai découvert sur le tard, je le confesse. J’ai mis du temps à m’accrocher au récit. La découverte du premier cadavre est par contre hallucinante. Jacques Saussey ne mâche pas ses mots. J’en ai eu des frissons dans le dos.

Dans les premiers chapitres, les palabres entre militaires m’ont quelque peu ennuyé et, dans l'ensemble, le rythme plutôt lent. En revanche, l’intégration à l’équipe d’enquête des « Laurel et Hardy » du Nord apporte une touche d’humour et de légèreté dans cette histoire plutôt complexe. À souligner la très haute qualité d'écriture de l’auteur malgré l’emploi surabondant de figures de style qui m’ont parfois agacé.

Somme toute, cette histoire aux valeurs humanistes m’a fait découvrir un pan de la Deuxième Guerre mondiale qui m’était inconnu et j’en suis reconnaissant à l’auteur de contribuer ainsi, dans une œuvre romanesque, à préserver la mémoire historique collective.

Si ma « pile à lire » cessait de s’accumuler à un rythme fou, il faudrait que je relise 7/13 pour peut-être rejoindre le groupe des lectrices et des lecteurs qui sont tombés sous le charme. Et apprivoiser l’univers du capitaine Magne.

Ce que j’ai aimé : La découverte des hypothèses entourant la mort de ce militaire connu pour une tout autre raison.    

Ce que j’ai moins aimé : Je crois l’avoir déjà exprimé.

Cote :

Sur un mauvais adieu (Michael Connelly)


Michael Connelly. – Sur un mauvais adieu. – Paris : Calmann-Lévy, 2018. 434 pages.


Polar







Résumé : À présent inspecteur de réserve au San Fernando Police Department, Harry Bosch est un jour contacté par un magnat de l’industrie aéronautique qui, sentant sa mort approcher, souhaite savoir s’il a un héritier. Dans sa jeunesse, le vieil homme a dû quitter sa petite amie sous la pression de sa famille. Aurait-elle eu un enfant de lui ?  Cette question n’étant pas du goût du conseil d’administration avide de se partager le gâteau, Bosch est vite menacé. Pour corser le tout, ses collègues du commissariat ne parviennent pas à mettre la main sur un violeur en série particulièrement redoutable…

Commentaires : Si vous n’avez pas encore lu Sur un mauvais adieu, précipitez-vous chez votre libraire préféré pour vous le procurer ou le commander. Du bonbon. À mon avis l’un des meilleurs Connelly depuis que j’ai découvert cet auteur prolifique qui m’a fait apprécier cette littérature de genre après avoir lu Les égouts de Los Angeles. Selon le Washington Post, Sur un mauvais adieu est le « Meilleur thriller et roman policier 2016 » (version originale américaine), à juste titre.

Il faut dire que les deux enquêtes en parallèle qui nous tiennent en haleine dans lesquelles est impliqué Harry Bosh créent une dynamique palpitante. Elles contribuent à générer des interrelations humaines à la fois étroites et complexes avec les différents personnages secondaires. On y retrouve bien sûr l'avocat Mickey Haller, le demi-frère de l’inspecteur, qui gère ses affaires dans sa Lincoln, Maddie la fille de Bosch avec qui les relations ne sont pas toujours faciles, un ancien patron du LAPD…

Dans cette 19e enquête, Bosch, toujours à la recherche de la vérité, est confronté, encore une fois, avec ses cauchemars dans les tunnels au cours de la guerre du Vietnam. Une constante depuis la parution de la première enquête du policier américain. En somme, toutes les conditions sont réunies pour reconstituer tout l’univers attachant du héros qui fait le succès de l’œuvre de Connelly.

Le récit est bien ficelé et prend son envol dès que le nouvel environnement de travail de Bosch est fixé et ses nouveaux collègues intégrés dans l’histoire. En suivant le rythme, on peine à reporter au lendemain la lecture de la suite. Mentionnons que le style percutant de Connelly laisse toujours place à l’émotion des personnages. Et encore une fois, ce roman nous permet d’en apprendre davantage sur le fonctionnement des services policiers et juridiques de Californie. Avec une chute finale tout à fait inattendue.

Ce que j’ai aimé : Retrouver l’univers de Bosch dans un nouvel environnement professionnel.   

Ce que j’ai moins aimé : -

Cote :

La tentation de l'ombre (Éric Young)


Éric Yung. – La tentation de l’ombre – Clermont-Ferrand : Éditions La Borée, 2018. 277 pages.



Polar






Résumé : Récit romancé, La Tentation de l'ombre est une plongée en apnée dans un monde interlope où seuls les initiés, flics et voyous, peuvent vivre et parfois survivre. Un jeune provincial, entré dans la police nationale et affecté dans un service de police judiciaire les plus mouvementés de Paris, a pour mission de pénétrer le milieu du grand banditisme. Il effectue ses classes dans les quartiers de Pigalle, la Villette et l’Opéra avant de rejoindre la BRI [Brigade de recherche et d’intervention] (brigade antigang) du fameux 36 quai des Orfèvres.

Ce récit compose aussi une peinture des mœurs politiques d’une époque, celle des années 1970 et du début des années 1980. En effet, le jeune policier, chargé d’enquêter sur l’assassinat d’une haute personnalité, une affaire politico-judiciaire qui deviendra un des scandales parmi les plus retentissants du XXe siècle, se rebelle contre sa hiérarchie. Pour son plus grand malheur.

Écrit comme un polar, ce récit constitué de faits réels auxquels l’auteur a été mêlé de près, glace le sang tant il met à nu la fragilité des êtres et dévoile les turpitudes de la raison d’État.

Un roman dans lequel la fiction ne parvient pas à dépasser la réalité !

Commentaires : La littérature de genre polar et roman noir nous a habitués à une structure classique d’enquête sur un ou plusieurs crimes menée par un policier souvent aux prises avec ses démons intérieurs. Avec La tentation de l’ombre, on est dans un tout autre monde, un univers sombre.

Tout est dit dans le résumé présenté sur la quatrième de couverture de cette pseudo fiction entre le polar et le roman noir. Un flic/auteur raconte une histoire qui fait froid dans le dos. Le récit d’une partie de sa vie. Dans le style d’une autofiction.

Écrit à la première personne, ce roman nous fait côtoyer policiers et politiciens crapuleux et nous entraîne dans l’univers d’omerta dans lequel doit évoluer un jeune policier confronté à la réalisation de sa mission et aux volontés de la hiérarchie. Un merdier de violence et d’intimidation.

Avec un style percutant, une écriture incisive, l’auteur-personnage de La tentation de l’ombre nous livre une œuvre coup de poing qui ne laisse pas indifférent. « Les flics sont semblables aux chasseurs. Ils aiment les battues, les traques, les embuscades et s’excitent à l’approche de la curée. » Cet extrait traduit bien l’ambiance générale de l’univers de l’unité antigang dans laquelle il fait évoluer son protagoniste.

Éric Yung (pseudonyme de Jean-Bernard Vincent) qui a déjà publié une dizaine d’ouvrages est un fin connaisseur des affaires criminelles et policières et il le démontre hors de tout doute. Un auteur que j’ai eu la chance et le plaisir de découvrir grâce aux éditions de La Borée. J'en recommande fortement la lecture. 

Ce que j’ai aimé : L’ambiance générale, les sentiments exprimés par le narrateur, le parallèle avec son enfance, la chute finale. 

Ce que j’ai moins aimé : -

Cote :

Red Light. Le sentier des bêtes



Marie-Ève Bourassa. – Red Light. Le sentier des bêtes. – Montréal : VLB éditeur, 2017. 364 pages.



Polar





Résumé : Parce qu’il s’est juré de ne plus jamais mettre en péril la vie de ses proches, Eugène Duchamp a délaissé pour de bon ses activités de détective. Avec son ami Herb Parker, il s’adonne désormais à la contrebande d’alcool, modeste commerce qui leur assure des jours relativement tranquilles. Mais voilà que la célèbre danseuse Carole Morgan, nouvellement couronnée Miss Montréal, est retrouvée étranglée le long des voies du chemin de fer. Pour la police, Herb est un suspect tout désigné : le bootlegger est introuvable depuis la nuit du meurtre, or la victime aurait été vue pour la dernière fois sortant d’un club de jazz au bras d’un jeune Noir. Parce qu’il sait son compagnon parfaitement incapable de commettre ce crime odieux, Duchamp, à son grand dam, reprend du service pour le disculper.

Commentaires : Troisième et dernier volet d’une trilogie ayant pour cadre le quartier des plaisirs de Montréal dans les années 1920-1930 : le Red Light. En pleine Prohibition. Un opus qui possède les mêmes qualités que les deux précédents quoique l’intrigue m’a semblée un peu plus mince. Un roman que j’ai tout de même lu d’une traite avec beaucoup d’intérêt.

Marie-Ève Bourassa n’est pas seulement une romancière et une écrivaine au talent remarquable. Elle fait aussi œuvre d’historienne en campant les personnages de cette série dans une époque méconnue pour un grand nombre de lecteurs. Le sentier des bêtes est truffé de nombreuses descriptions de lieux, de personnages et d’événements qui nous plongent littéralement dans l’atmosphère du moment.

Avec les personnages principaux et secondaires, on arpente les rues délabrées du quartier, on entre dans les tripots mal famés, on sent l’odeur de la déchéance. Tout est décrit avec le moindre détail. Une qualité qui a aussi pour conséquence de ralentir le rythme de l’action. Mais on savoure et on en demande encore.

J’ai eu l’occasion d’en discuter avec l’auteure lors d’une rencontre publique dans une librairie de Québec, la Librairie Pantoute pour ne pas la nommer. Enseigner l’histoire par le roman, la réalité historique par la fiction romanesque. Tout un défi de recherche et d’écriture. Relevé par une auteure québécoise dont le talent a été souligné en 2017 avec le prix Arthur-Ellis du meilleur roman policier canadien en français et le prix Jacques-Mayer 2016 de la Société du roman policier de Saint-Pacôme pour le premier volet de Red Light.

Lecteurs de la Francophonie : empruntez Le sentier des bêtes après avoir dit Adieu, Mignonne et suivi les aventures des Frères d’infortune. 

Ce que j’ai aimé : L’ambiance générale – on se sent à Montréal en 1933 – et la qualité de l’écriture.

Ce que j’ai moins aimé : Une certaine lenteur dans le déroulement de l’action.

Cote :




Le gendre idéal (Gilles Delabie)


Gilles Delabie. – Le gendre idéal. – Oissel : Éditions Cogito, 2018. 337 pages.


Polar







Résumé : À l’aube des Trente glorieuses, dans cette France qui balance entre twist et java, un jeune homme bien poli fait son apparition devant des millions de Français : le gendre idéal.


Le commissaire Bouvier aura le privilège de le croiser dans une enquête aussi tordue qu’un twist, aussi poisseuse qu’une java, sur un fond de cha-cha-cha oriental.

Ah oui… J’oubliais… C’était la guerre.

Commentaires : Découvrir un nouvel auteur est toujours agréable. Un auteur qui a du style et qui ne mâche pas ses mots. Car le genre polar se prête à merveille pour confronter le lecteur avec une réalité historique dont les détails les moins glamour ont toujours été balayés sous le tapis.

Avec Le gendre idéal, on est au cœur d’une enquête policière qui se déroule à Rouen, la ville natale de Delabie : « Un univers 1950-1960 poignant et drôle aussi naïf que désabusé » comme on peut lire sur la couverture de quatrième. À juste titre. Je dirais même avec un titre à l’eau de rose, mais qui nous plonge, dès les premiers chapitres, dans une série de meurtres inexpliqués avec comme cadre les débuts de la télévision – et son vedettariat qui se croit au-dessus de tout soupçon – et la guerre d’Algérie – et ses abjections. Une histoire corrosive et critique qui dénonce les travers de la société française, toutes classes sociales confondues, la haine, le racisme, les abus d’autorité, les faux semblants, la sexualité du clergé, les crimes contre l’humanité. Une thématique qui rejoint des préoccupations très contemporaines.

Une intrigue bien ficelée dans une langue à la fois régionale et universelle. Un polar original et intelligent. Deux mots qui qualifient ce 3e roman de Gilles Delabie que j’ai eu le plaisir de rencontrer à Québec.

Une belle découverte. À commander dans une librairie près de chez vous.

Ce que j’ai aimé : La critique sociale, voire politique, qui cimente le récit.

Ce que j’ai moins aimé : -

Cote :

Qui a tué mon père (Édouard Louis)


Édouard Louis. – Qui a tué mon père. – Paris : Éditions du Seuil, 2018. 85 pages.


Roman


Résumé : « L'histoire de ton corps accuse l'histoire politique. »



Commentaires : C’est le premier roman-essai-autobiographique d’Édouard Louis que je lis. J’ai découvert l’auteur à l’émission télé La grande librairie sur TV5 Monde. Et je n’ai pas été déçu contrairement à certaines critiques. Peut-être parce que cet opuscule, 85 pages très denses, qui se lit en moins de 2 heures rejoint en bonne partie mes valeurs sociales. Peut-être aussi que je viens d’un milieu ouvrier modeste que je n’ai jamais renié.

Dans Qui a tué mon père (sans point d’interrogation), Édouard Louis décrit, d’une part, les relations difficiles qu’il a eues avec son paternel. Dès son plus jeune âge, ce dernier niait tacitement la personnalité naissante d’un fils qui affichait des prédilections attribuées davantage à une fille. À une époque où l’amour d’un père se manifestait par des sous-entendus et ne s’exprimait pas verbalement.

Tout au long du récit se dessine nettement une tentative de dialogue avec  un père meurtri dans son corps à la fois victime de conditions de travail déplorables et de politiques sociales manifestant peu ou pas d’empathie envers les moins bien nantis, pour ne pas dire les pauvres de la société. Édouard Louis éprouve beaucoup d’affection envers ce père qui a vu sa santé affectée par le travail. Il en rend responsable le système sociétal. Et c’est là le deuxième volet de ce roman qui en justifie le titre : c’est la Politique qui a tué son père. Physiquement réduit, objet de honte face à celles et ceux qui rapportent à la société et qui occupent une place, leur place dans leurs familles. Le tout axé sur l’impact des décisions des dirigeants politiques sur les gens les moins nantis.

Auteur de la honte, comme il aime bien se qualifier, Édouard Louis, qu’on soit d’accord ou non avec sa thèse, pousse la réflexion sur la littérature qui fait peu de place à ceux qu’on qualifie de pauvres, les moins privilégiés de la société, et aux pièges dans lesquels ils sont souvent coincés et quasi impossible de s’en sortir. On n’a qu’à penser aux ghettos des banlieues dont sont à l’abri les quartiers bourgeois. Un essai somme toute émouvant, percutant.

Quelques citations :

« Il n’y a qu’à ceux à qui on donne tout depuis toujours qui peuvent avoir un vrai sentiment de possession, pas les autres. »

« On ne dit jamais fainéant pour nommer un patron qui reste toute la journée assis dans un bureau à donner des ordres aux autres. »

Ce que j’ai aimé : La simplicité de la langue, la justesse des observations dans le quotidien, le respect du fils en quête constante d’amour du père.

Ce que j’ai moins aimé : Les raccourcis avec la politique qui auraient gagné à être approfondis.

Cote :

La disparition de Kat Vandale (Christian Giguère)

Christian Giguère. – La disparition de Kat Vandale. – Montréal : Héliotrope, 2018. 205 pages.


Polar






Résumé : En fuyant la banlieue, Kat a surtout fui une vie trop ordinaire. Tombée sous le charme d’un membre de gang de rue, elle est devenue travailleuse du sexe et, jusqu’à la résurgence d’une vidéo incriminante pour ses proxénètes, elle croyait pouvoir continuer comme ça encore un temps. Maintenant, elle est en danger et doit se faire oublier. Son amie Mélissa, gérante de l’agence d’escortes qui l’emploie, voudrait s’assurer qu’elle est parvenue à se mettre à l’abri, mais Kat ne répond plus à l’appel, et une attaque au cocktail Molotov contre leur lieu d’affaires laisse croire que la guerre a déjà commencé.

Le champ de bataille qui s’étend des coins interlopes de Rivière-des- Prairies aux mornes quartiers résidentiels de la couronne sud voit aussi s’affronter promoteurs de boxe, entrepreneurs, politiciens municipaux et producteurs de films XXX. Sous la plume impitoyable de l’auteur, personne n’échappe aux coups.

Commentaires : Avec La disparition de Kat Vandale, Christian Giguère nous plonge dans une histoire complexe aux multiples personnages, au point à s’y perdre en cours de lecture, qui évoluent dans le monde interlope et noir de la boxe, des gangs de rue, des agences d’escortes, des politiciens retors et des films pornos.

Mais qu’est-il donc arrivé à Kat Vandale qui laisse des traces toit au long du récit. Les ambiances constituent une des grandes qualités de ce petit roman. Également les dialogues truffés d’expressions anglaises, pas toujours faciles à décoder, propres aux différents protagonistes, tous de la génération des milléniaux comme on aime bien les appeler. Sans oublier les réflexions personnelles de l’auteur sur le milieu qu’il décrit.

Portrait très réaliste des mœurs d’une couche marginale de la société québécoise dans son quotidien, La disparition de Kat Vandale est un « polar » touffu, noir qui exige du lecteur une attention constante pour suivre la progression du récit et maîtriser la faune des personnages qui interviennent dans la recherche de celle qu’on croit disparue. Un peu déçu par la finale.

Ce que j’ai aimé : Le style d’écriture tout à fait approprié au type de récit ainsi que son côté noir.

Ce que j’ai moins aimé : Le foisonnement de personnages. À plusieurs reprises, je me suis interrogé à savoir à qui on avait affaire dans certains chapitres.


Cote : ¶¶¶

Les infidèles (Dominique Sylvain)

Dominique Sylvain. – Les infidèles. – Paris : Éditions Viviane Hamy, 2018. 360 pages.


Polar






Résumé : Alors qu'elle préparait un reportage sur l'adultère, Salomé Jolain, une jeune journaliste de TV24 à la renommée croissante a été sauvagement assassinée. On a retrouvé son corps dans la poubelle d'un square du 15e arrondissement de Paris, à proximité de l'hôtel de la Licorne. L'enquête est confiée au commandant Barnier, flic stoïque à la vie privée compliquée, et à son adjoint, l'énigmatique lieutenant Maze.

Tous les proches de la jeune femme sont sur la liste des suspects, mais un nom retient toute l'attention de la Crim', celui d'Alice Kléber, la tante de la victime et créatrice du site lovalibi.com qui fournit aux amateurs d'aventures extraconjugales des excuses et des preuves clés en main pour justifier leurs absences... Un lien qui ne peut relever de la simple coïncidence.

Commentaires : Voici un autre polar que j’ai beaucoup aimé. Il aurait aussi pu être intitulé « La vérité dans le mensonge ». Pour sa thématique originale, pour ses personnages aux personnalités complexes et ambiguës, tous des infidèles à leur manière dans cette histoire de meurtres où chacun et chacune y joue un rôle à sa manière. Un récit où, de chapitre en chapitre, le lecteur se fait surprendre par les révélations qui s’accumulent jusqu’au dénouement.

Chaque rôle défini par l’auteur apporte de l’eau au moulin dans cette enquête où chacune et chacun cachent une réalité qu’ils nient et avec laquelle ils sont confrontés. Un récit qui met en scène un enquêteur lui-même aux prises avec ses propres démons. La structure du récit avec le monologue d’un personnage mystère est très efficace avec une croissance progressive du suspense jusqu’au dénouement. Une histoire noire et complexe avec une chute imprévisible qui pourrait être l’amorce d’une nouvelle histoire qui pourrait osciller entre la fidélité et l’infidélité. Il faut également souligner la qualité du texte, les abondantes figures de style, les descriptions inspirantes, les niveaux de langage appropriés des différents personnages.

Les infidèles, le 17e roman de Dominique Sylvain, contribue à enrichir la littérature policière francophone et je vous en recommande fortement la lecture.


Ce que j’ai aimé : L’originalité du récit, la qualité de l’écriture et du style de l’auteur, les personnages bien campés, le suspens toujours présent… Particulièrement la couverture de première et sa fougueuse licorne.

Ce que j’ai moins aimé : -


Cote : ¶¶¶¶

Excellence Poulet (Patrice Lessard)

Patrice Lessard. – Excellence Poulet. – Montréal : Héliotrope, 2018. 237 pages.


Polar






Résumé : Rosemont – La Petite-Patrie, coin Papineau et Saint-Zotique.
Luc Touchette est assassiné dans la ruelle derrière sa garderie, qui se trouve dans le même immeuble que le Salon Spa Afrodite. Y a-tu juste une autre place que Montréal où ça se peut de mettre une garderie à côté d'un salon de massage érotique ? s'indigne Mélissa Picard, éducatrice en deuil de son patron, devant le sergent-détective Sylvain Paquet qui ne sait trop quoi répondre, ÉROTIQUE ! hurle l'éducatrice, c'est quoi le lien avec une garderie, hein ? pis après c'est le bordel pis vous vous demandez pourquoi!

Gil Papillon, le héros, fréquente la rôtisserie Excellence Poulet, à un jet de pierre de la garderie. Il n'a rien à voir dans cette histoire, mais il est curieux et, depuis son retour forcé du Portugal, s'ennuie. C'est comme ça qu'il finira par s'en mêler.

Commentaires : J’avais beaucoup aimé Cinéma royal publié par Patrice Lessard en 2017. Là, je me suis régalé, c’est le cas de le dire, avec cette réédition d’Excellence Poulet dans une nouvelle collection de poche à prix abordable par les éditions Héliotrope. Un petit roman que j’ai dévoré en 3 jours sur le bord d’une piscine d’un hôtel de Varadero, quelques Cuba libre désaltérants d’une main et un polar original de l’autre. Une enquête menée par un personnage haut en couleur mêlé bien malgré lui à une sordide affaire de meurtre. Une histoire hilarante campée entre une garderie, une rôtisserie et un salon de massage érotique.

Un polar dans lequel la police, du moins un de ses membres les plus tordus, ne joue pas un rôle classique. Avec une brochette de personnages secondaires, pas si secondaires que ça, d’ailleurs, tous aussi truculents les uns que les autres du milieu interlope (propriétaire de pawnshop, motards, prostituées…) sans oublier un certain journaliste qui évolue des deux côtés de la ligne. Et, comme il est question d’une garderie, le Parti libéral du Québec et son illustre ministre Tony Tomassi! Je n’en dis pas plus afin de ne pas révéler le pot aux roses… ou au poulet portugais.

Je me suis bidonné de chapitre en chapitre avec parfois le fou rire à la lecture de certains dialogues à la fois savoureux et souvent d’une absurdité déconcertante. Patrice Lessard y excelle. Une intrigue captivante et bien ficelée : mais qui a bien pu tuer le propriétaire de cette garderie et l’abandonner dans un amoncellement de déchets de cuisine? Vous le découvrirez en courant vous procurer le 5e opus ludique de Patrice Lessard.

Ce que j’ai aimé : L’originalité de l’histoire, les niveaux de langue des différents personnages, la qualité des dialogues, l’humour caustique de l’auteur.

Ce que j’ai moins aimé : -


Cote : ¶¶¶¶¶