Polar
Résumé :
Toujours activement recherchés par
l’inspectrice Sarah Donnelly, certains complices du vengeur acadien, François Broussard,
doivent se réfugier en Géorgie et honorer leur promesse faite à l’alliance
Sekhmet, une organisation occulte cherchant à venger les victimes du génocide
arménien. Des tiraillements existent au sein de l’alliance sur les meilleurs
moyens de contrer la négation institutionnelle de cette tragédie. Elle choisit
d’appuyer un parti politique susceptible de renverser le gouvernement turc aux
prochaines élections.
Cyberattaques, sabotages, enlèvements,
dénonciations, tous les moyens sont bons pour miner la crédibilité du parti au
pouvoir, mais les services secrets turcs ne restent pas les bras croisés.
L’affrontement apparaît inévitable et ses répercussions débordent largement les
frontières de la Turquie, en Arménie, en Russie et au Rojava syrien. Au fil des
intrigues, les protagonistes découvriront que l’espoir n’est finalement qu’un
mirage.
Commentaires :
En nous livrant « L’espoir est un mirage » dont on découvrira l’origine du titre en
finale, Claude Fleury propose une suite particulièrement intrigante à « Impunité – La nyctale », un premier roman
que j’avais beaucoup aimé. En entraînant ses personnages – Sophie Broussard,
Daniel Savoie et l’inspectrice britannique Sarah Donnelly – dans une aventure
internationale beaucoup plus complexe, au cœur des tensions politiques qui
secouent la Turquie, l’Arménie, la Russie et le Rojava syrien.
Dès les premières pages de cet excellent
thriller, le lecteur est plongé dans un univers où les personnages doivent
composer avec des alliances fragiles, des organisations clandestines, des
services secrets, des intérêts politiques contradictoires et des enjeux
historiques qui dépassent largement les individus.
Claude Fleury ne nous facilite toutefois pas
toujours la lecture. Car la dimension géopolitique du roman est
particulièrement complexe. Les organisations, les personnages, les alliances et
les intérêts politiques sont nombreux et les ramifications de l’intrigue nous
obligent parfois à nous arrêter pour bien comprendre qui poursuit quel objectif
et pourquoi. N’hésitez pas à franchir le cap des 50 premières pages, car
vous serez happés par ce qui fait la richesse de ce polar qui nous oblige à
nous intéresser à des événements, des peuples et des réalités dont nous
connaissons parfois très peu de choses.
Vous apprendrez énormément en lisant « L’espoir est un mirage ».
La situation des femmes en Turquie,
notamment, vous interpellera. À travers ses personnages et les événements
qu’ils vivent, Claude Fleury montre les conséquences concrètes des choix
politiques et sociaux sur celles qui tentent de faire entendre leur voix et de
défendre leurs droits.
Les chapitres au Rojava syrien – une région
du Moyen-Orient que je ne connaissais pas – sont très révélateurs quant à la
place accordée aux femmes et les menaces qui pèsent sur cette réalité
socio-politique.
J’ai parfois eu l’impression de suivre un
cours accéléré de géopolitique. Heureusement, Claude Fleury réussit à intégrer
ses connaissances au récit. Car l’auteur possède une connaissance du monde qui
se ressent à chaque page. Son expérience professionnelle dans les
communications, la culture et les relations internationales, ainsi que ses
nombreux voyages, nourrissent son écriture. Le roman donne l’impression d’avoir
été construit à partir d’une recherche considérable sur les territoires, les
populations, les conflits et les rapports de pouvoir. Et les technologies,
comme en témoignent les extraits suivants :
Sur les méthodes d’infiltration des
systèmes :
« Usman en savait passablement sur la plupart
des techniques utilisées pour infiltrer les systèmes. Il maîtrisait notamment
l'attaque par déni de services, l'injection de codes non filtrés dans une
requête SQL (Structure Query Language), ainsi que le principe du défaçage
consistant à modifier une page d'accueil pour forcer un site à se mettre hors
ligne. Il était familier avec le catéchisme des prêtres de l'intrusion:
toujours brouiller la source de l'attaque, modifier la configuration du serveur
pour récupérer les données, se servir de l'identité d'un équipement pour accéder
à des services spécifiques, ou encore déclencher une saturation en connectant
un maximum d'appareils. »
... ou sur le pilotage de drones :
« ...
le pilotage d'un drone requiert la
présence au sol d'opérateurs qui analysent en temps réel de multiples informations.
[...] Le système de transmission de
données de ce drone repose sur des communications satellitaires, moins
vulnérables au brouillage que les communications radio. Des logiciels
sophistiqués intègrent les informations relayées par les capteurs, les
paramètres et commandes de vol, l'identification et la reconnaissance des
cibles sur des cartes numériques, les transmissions vidéo, ainsi que tous les
calculateurs destinés au pilotage. »
... sur le mode
de fonctionnement d'un projecteur holographique :
« Le projecteur divisait le faisceau laser en
deux rayons, dirigés respectivement sur une plaque photosensible et sur la
personne réfléchie par le projecteur. L'illusion ainsi créée par l'hologramme
scénique à taille humaine reposait sur la profondeur entre le fond de la scène
et l'hologramme lui-même, d'où la présence d'un tissu sombre très fin
permettant au regard de se fondre dans l'ensemble. »
Cette connaissance donne surtout beaucoup de
crédibilité à l’ensemble.
L’auteur nous rappelle également que derrière
les conflits géopolitiques se trouvent toujours des êtres humains. Des femmes
et des hommes qui doivent vivre avec les décisions prises par des
gouvernements, des organisations clandestines, des services secrets ou des
groupes politiques dont les objectifs peuvent leur échapper complètement.
Claude Fleury excelle dans la description
physique de ses personnages, particulièrement ceux du côté sombre du
récit :
Ahmet Evren, chef du cabinet du président,
dont le nom n’est jamais mentionné :
« Ahmet Evren était un homme assez grand,
affreuse ment maigre, début cinquantaine, sans signe distinct apparent à
l'exception de ses yeux, très sombres, vifs et arrogants, entraînés à dominer
ses interlocuteurs. Lorsqu'il s'était présenté à elle, les deux bras légèrement
relevés le long de sa taille, Sarah eut l'impression d'apercevoir un suricate,
dressé sur ses pattes arrière à l'affût d'un danger. Sa silhouette furtive ne
semblait projeter aucune ombre et malgré cette poignée de main tendue et
l'invitation à s'asseoir sur le canapé, elle n'arrivait pas à chasser cette
première impression. »
Hakan Demirel, directeur des services secrets
turcs :
« On aurait dit un espion flairant un complot
en permanence. [...] Il était, à
proprement parler, énorme! Un homme de cette corpulence devait consacrer le
plus clair de son temps à épaissir sa charpente. Tous ces kilos superflus
respiraient l'excès; toutefois, c'est sa pilosité excessive, à la limite de
l'hypertrichose, qui la fascinait. Cette concentration inouïe de follicules
pileux lui donnait l'apparence d'une mygale noire velue. »
Matronika, la gardienne de prison :
« Ce surnom lui allait à ravir. Maquillée
différemment, elle aurait pu être assortie à la célèbre créature du docteur
Victor Frankenstein. Ses cheveux avaient une texture de laine d'acier,
ridiculement gonflés par la pression qu'exerçait sa casquette de chef de
division. Ses petits yeux rapprochés de fouine aux aguets semblaient écrasés
par des arcades sourcilières velues comme des moustaches. Son visage rougeaud,
à la limite de la rupture d'anévrisme, trahissait un souffle court. Même
immobile, Matronika semblait essoufflée. Toutefois, le trait le plus singulier
de son apparence était assurément cette bouche ouverte en permanence, ce qui
lui donnait l'air ahuri du grand ibijau
gris, comme si la nature
l'avait privée de toute vivacité, du cerveau comme du regard. »
L’intrigue est construite autour de
cyberattaques, de sabotages, d’enlèvements, de dénonciations et de
manipulations politiques. Tous les moyens semblent permis pour affaiblir le
pouvoir en place et provoquer un changement politique. Mais les services
secrets turcs ne restent évidemment pas inactifs. À mesure que l’histoire
progresse, les objectifs des différents protagonistes deviennent de plus en
plus difficiles à distinguer. Qui manipule qui ? Qui dit la vérité ? Qui
poursuit réellement un idéal politique et qui cherche simplement à prendre le
pouvoir ?
Claude Fleury démontre qu’un bon thriller
peut aussi nous amener à réfléchir. À réfléchir sur la vengeance, la justice,
la mémoire, le pouvoir, mais aussi sur l’espoir qui n’est peut-être qu’un
mirage dans un monde confronté quotidiennement aux réalités politiques, aux
intérêts personnels, aux jeux de pouvoir, voire à l’imbécillité de certains
dirigeants. J’ai retenu ces quelques exemples :
« Il est toujours périlleux de bousculer la
clarté des certitudes, tant qu’on n’a pas pris conscience de l’obscur ! »
« Ergoter sur le sens du divin est un
privilège bourgeois que n’ont pas ceux et celles qui luttent pour leur survie. »
« Jusqu'à aujourd'hui, l'humanité a inventé
quelque dix mille religions pour tenter d'expliquer notre place dans l'univers,
certaines se réclamant d'un seul Dieu, d'autres d'un panthéon de divinités.
Cependant, toutes les religions, incapables d'expliquer notre misérable place
dans le cosmos, se sont avisées pour se rendre crédibles, de ne plus y penser.
Selon les dernières estimations, il faudrait se déplacer pendant
quatre-vingt-quatorze milliards d'années à la vitesse de la lumière pour
parcourir l'univers en entier. Dans ces conditions, et tenant compte du fait
que la Terre soit indétectable de n'importe quel point du cosmos, je doute que
la révélation divine puisse émaner de ce misérable atome qu'est notre planète. »
Avec « L’espoir
est un mirage », Claude Fleury fait cohabiter harmonieusement la fiction et
des réalités historiques et politiques bien concrètes tout en assurant une
continuité à son univers romanesque et propose une histoire qui peut être
appréciée même par celles et ceux qui n’ont pas lu « Impunité – La nyctale ». Le roman est exigeant par moments. En se
laissant entraîner dans cette aventure internationale, la dimension
documentaire permet de découvrir ou de mieux comprendre plusieurs réalités tout
en nous faisant voyager.
Avant de conclure, j’aimerais citer ces deux
extraits qui m’ont fait sourire, dont le premier – je vous laisse découvrir, au
fil de la lecture, la référence architecturale – qui rappelle que Claude Fleury
a occupé la fonction de directeur du Bureau du Québec à Barcelone :
« Les plans s'inspirent en partie du quartier
Eixample construit à Barcelone à la fin du XIXe siècle, expliqua le
vieil homme. Les immeubles auront une dizaine d'étages et les carrefours seront
octogonaux. »
Et celui-ci sur la vie éternelle promise aux
combattants djihadistes :
« Quelques exaltés tentèrent un ultime assaut,
préférant mourir en martyr, afin de rejoindre les vierges qui les attendaient
de l'autre côté. Ils n'y trouvèrent vraisemblablement que le néant, similaire à
celui précédant leur venue sur Terre. »
Malgré une intrigue parfois complexe et un
nombre important de personnages et d’organisations à suivre, je recommande sans
hésitation « L’espoir est un mirage »
aux amatrices et amateurs de thrillers qui aiment non seulement être captivés
par une intrigue, mais également apprendre en tournant les pages grâce à l’érudition
de son auteur.
* * * * *
D’une curiosité insatiable, Claude Fleury cumule une trentaine d’emplois différents dans le milieu associatif, privé ou public, soit comme professionnel ou gestionnaire. L’éducation, la culture, les technologies de l’information, le commerce et les relations internationales sont autant de domaines d’activités où il s’est investi. Il a terminé sa carrière en exerçant la fonction de directeur du Bureau du Québec à Barcelone. Globe-trotteur, il a fait le tour du monde et parle quatre langues. Aujourd’hui retraité, il s’est découvert une nouvelle passion, l’écriture.
Je tiens à remercier les éditions David pour l’envoi du
service de presse.
Au Québec, des redevances symboliques me sont
versées si vous commandez votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca et le récupérez à la
librairie indépendante de votre choix.
Évaluation :
Pour
comprendre les critères pris en compte, il est possible de se référer au menu
du site [https://bit.ly/4gFMJHV],
qui met l’accent sur les aspects clés du
genre littéraire.
Intrigue et suspense
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Originalité :
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Personnages
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Ambiance
et contexte :
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Rythme
narratif :
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Cohérence
de l'intrigue :
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Style
d’écriture :
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Impact
émotionnel :
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Développement
de la thématique :
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Finale
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Évaluation globale :
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