Florence Meney. – La morsure du lac. – Montréal : Druide, 2026. – 387 pages.
Thriller psychologique
Résumé :
Changer de vie, se rapprocher de la nature,
qui n’y a jamais songé ? Ce projet tentant se révélera périlleux pour Éléonore,
auteure montréalaise de talent. Après le succès inespéré d’un roman
introspectif, elle décide d’embrasser le rêve tant convoité de son amoureux,
Christian, en acquérant une propriété en plein cœur des Laurentides. Au menu :
creuser la veine créative, dans un cadre idyllique.
Cependant, ses espoirs d’une vie paisible au
sein de la forêt québécoise prennent rapidement une tout autre tournure. Entre
un voisinage indésirable, une tragédie passée qu’elle réveillera sans le
vouloir et une nouvelle amitié complexe, Éléonore devra affronter des
traumatismes qui feront douloureusement écho à son propre vécu.
Parviendra-t-elle à ne pas faire chavirer sa santé mentale et sa sécurité ainsi
que celles de ceux qui l’entourent ?
Commentaires :
Florence Meney est une auteure de polars, mais
pas seulement. Son parcours littéraire l’a amenée à explorer des thématiques
sensibles telles que l’aide à mourir, le deuil animal, la santé mentale ou
encore la résilience. Un de ses personnages souligne avec justesse que « La morsure du lac » n’est « pas un polar avec des meurtres à chaque
page, comme vos ouvrages habituels ».
Ce roman est une réflexion sur la
reconstruction, la renaissance, à l’image du roman fictif de son héroïne, « Renaître, en somme », qui connaît un
succès retentissant.
L’auteure propose un récit « …où solitude, mensonge, incommunicabilité et
sentiment de culpabilité côtoient résilience et pardon », en tissant
habilement trois trajectoires intimement liées.
Cette « morsure », dont le sens se dévoile
progressivement jusqu’à la finale, nourrit un scénario où la tension monte de
façon constante. Au cœur du récit : Éléonore, écrivaine retirée dans un
environnement boisé, à laquelle viennent se greffer, en alternance, les voix de
Johanne, éleveuse de rottweilers à la réputation trouble et mère d’un garçon
handicapé, de Sylvie-Lune, massothérapeute de Johanne, et de Christian, son
conjoint psychanalyste. À ces récits s’ajoutent de nombreuses analepses qui jettent
un éclairage sur les blessures et les zones d’ombre de chacun.
Au fil d’une soixantaine de chapitres, Florence
Meney orchestre avec précision une mécanique narrative efficace, faite de
drames humains qui s’entrecroisent et se répondent. Les interactions avec le
voisinage, les non-dits, les événements troubles — passés et présents —, les
maladresses relationnelles, les poules dévorées par un renard insaisissable,
l’isolement de l’héroïne et la mort « inexpliquée » d’une voisine contribuent à
maintenir une tension feutrée mais constante.
L’un des points forts du roman réside dans la
finesse de l’analyse psychologique. L’auteure démontre une connaissance pointue
des mécanismes humains, notamment en ce qui touche aux blessures d’enfance, aux
carences affectives et à leurs répercussions à l’âge adulte, un savoir qui fait
écho aux réalités du monde de la santé mentale. Comme l’illustre bien cet
extrait sur les sources de la monstruosité :
« On ne naît pas monstre, on le devient. Du
moins, il me semble.
Sans couver une vision
naïve ou roussélienne de la nature foncièrement bonne de l'homme, je ne veux
pas non plus lui attribuer d'emblée le pire. Carences affectives graves,
traumatisme lors d'une étape du développement, contexte familial violent, ou
sans amour, ou les deux, façonnent les défauts qui finissent par nous définir
et dont nous devenons prisonniers. Mère indifférente ou dépressive, père
violent ou absent? Un enfant blessé, dont personne ne mesure ou ne veut mesurer
la souffrance, les carences qui se cristallisent en opposition, en aliénation,
en déconnexion des autres? Le manque d'empathie pour l'autre, la quête
désespérée pour trouver sa place.
Avec comme victimes
collatérales ceux et celles qui tombent dans la toile de ces individus souvent
brillants, passés maîtres dans l'art de faire du mal, de piquer, de dénigrer,
de laminer... l'air de ne pas y toucher. »
Au-delà de la psychologie, le roman est
également caractérisé par un profond amour de la nature et des animaux. L’environnement
forestier, à la fois bucolique et légèrement oppressant, agit presque comme un
personnage à part entière. Cette sensibilité se reflète dans une écriture
imagée, souvent évocatrice, comme en témoignent ces passages :
«
La petite aiguille de la grande horloge
affleurait le sommet du cadran. Son œil ancestral me criait d’aller me coucher.
»
«
… lorsque je vis ce bel homme à la
soixantaine épanouie descendre vivement de son gros engin, j’eus un instant la
vision d’un demi-dieu grec mature débarquant de son chariot triomphal pour venir
à ma rescousse. »
Parce que sa narratrice est écrivaine,
Florence Meney s’amuse également à glisser quelques clins d’œil au milieu
littéraire québécois, évoquant des collègues à peine voilés...
«
Katherine, la reine de la fiction
historique, Olga, la poète aux mille tatouages, Hervé, l’auteur bien établi
dans le roman noir. »
… ainsi qu’au festival Printemps meurtriers
de Knowlton, autrefois un rendez-vous incontournable pour les amateurs du
genre :
« ...
je suis extrêmement surprise d’être
invitée à un festival local du polar qui a lieu depuis quelques années en
Estrie et auquel tous les auteurs du genre de la province rêvent de participer. »
Enfin, on ne peut passer sous silence la
justesse avec laquelle l’auteure dépeint la vie dans les petites communautés :
proximité, solidarité, mais aussi méfiance, rumeurs et jugements rapides. Un
écosystème social fragile où les drames individuels prennent une résonance
particulière.
Avec « La
morsure du lac », Florence Meney signe un roman à la fois sensible et
tendu, une exploration fine des failles humaines. Une œuvre solidement
construite dont la profondeur de son parcours littéraire.
Une lecture marquante.
* * * * *
Florence Meney, journaliste de métier œuvrant aujourd’hui à la direction des communications de l’Institut de recherches cliniques de Montréal. Auteure de plusieurs romans policiers, dont « L’encre mauve », et d’un recueil de nouvelles noires, « La mort est ma maison », elle a aussi participé à plusieurs ouvrages collectifs. Elle a également publié sept essais. À travers son œuvre transparait la passion pour la nature et les animaux, de même que celle pour la complexité des rapports humains.
Je tiens à remercier les éditions Druide pour l’envoi du
service de presse.
Au Québec, des redevances symboliques me sont
versées si vous commandez votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca et le récupérez à la
librairie indépendante de votre choix.
Évaluation :
Pour
comprendre les critères pris en compte, il est possible de se référer au menu
du site [https://bit.ly/4gFMJHV],
qui met l’accent sur les aspects clés du
genre littéraire.
Intrigue et suspense
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Originalité :
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Personnages
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Ambiance
et contexte :
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Rythme
narratif :
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Cohérence
de l'intrigue :
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Style
d’écriture :
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Impact
émotionnel :
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Développement
de la thématique :
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Finale
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Évaluation globale :
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