Nulle part où revenir (Henry Wise)


Henry Wise. – Nulle part où revenir. – Paris : Sonatine, 2025. – 425 pages.

 

 

Polar

 

 

 

Résumé :

 

Après dix années passées à Richmond, Will Seems revient dans la petite ville où il a grandi, pour prendre un poste d'adjoint au shérif. Il y retrouve cette terre du sud de la Virginie hantée par l'histoire, celle des riches plantations de tabac et de l'esclavage, que le progrès semble avoir oublié. Dans ce paysage désolé, entre marais et maisons abandonnées, les fantômes sont partout. Et Will va bientôt devoir affronter ceux de son propre passé lorsqu'un de ses amis d'enfance est assassiné. Alors qu'un vieil homme est soupçonné, la communauté noire de la région engage une détective privée, Bennico Watts, pour l'innocenter. Leur enquête va les mener, elle et Will, vers le Snakefoot, ce territoire marécageux où depuis toujours se réfugient les exclus et les dépossédés, et où cohabitent aujourd'hui les descendants d'esclaves et les white trash. Bientôt ils vont réaliser que pour élucider un crime, la compréhension du lieu importe parfois tout autant que le mobile.

 

 

 

Commentaires :

 

Avec « Nulle part où revenir » – « Holy City » en version originale anglaise –, Henry Wise « nous présente le portrait stupéfiant d'une Amérique rurale où règnent toujours de vieux démons, exaltés par une situation économique misérable [...]. Avec un personnage principal complexe, dont tous les repères s'effondrent dans un pays qu'il ne reconnaît plus... », dixit l’éditeur.

 

L’auteur américain, qui en est à son premier roman, propose une fiction où les personnages et l’environnement dans lequel se déroule l’action, plus que l’intrigue elle-même, portent la tension du récit. Si la première moitié installe patiemment le décor, la seconde entraîne le lecteur dans une mécanique dramatique relativement efficace.

 

Henry Wise explore les thèmes de la loyauté, de la culpabilité et des choix impossibles, dans un univers où les personnages, noirs et blancs, semblent constamment rattrapés par leur passé. Ceux-ci sont assez crédibles et passablement tourmentés, imparfaits, fragiles et tiraillés par rapport à leurs convictions personnelles. Les motivations, les hésitations et les erreurs du personnage central, Will Seems, contribuent à lui donner une profondeur qui dépasse la simple fonction narrative. Les acteurs secondaires, eux aussi, participent à étayer ce microcosme dans lequel ils évoluent avec leurs propres histoires, leurs blessures, leurs croyances religieuses et leurs valeurs morales.

 

La plume d’Henry Wise est caractérisée par une écriture très visuelle, presque cinématographique par moments. Les scènes s’imposent facilement à l’imagination du lecteur, grâce à des descriptions très nombreuses qui privilégient l’image et l’atmosphère. En voici quelques exemples notés au gré de la lecture :

 

« Les arbres étaient penchés autour de la bâtisse comme des vieillards courbés sous le poids des années. La maison elle-même était le seul élément dont semblait émaner un sentiment de fierté, pour quelque chose dont le souvenir s'était perdu dans le temps. Des serpents s'y introduisaient souvent, ondulants intrus qui profitaient des brèches dans les fondations, semaient ici ou là leurs longues mues dans des spires de solitude torturée et s'endormaient dans des positions illisibles qui évoquaient l'écriture d'un possédé. »

 

« Il gesticulait tellement que sa cravate sortit de sa veste, qu’elle se plissa comme l'eau de la rivière avec le vent. »

 

« Quelques photos pendaient encore à un fil, accrochées par des pinces à linge, tandis que d'autres étaient sommairement encadrées ou punaisées aux murs, gondolées par l'humidité, des photos qu'il avait prises, toutes monochromes, un noir et blanc austère avec un effet de clair-obscur qui amplifiait le contraste entre les formes sombres et le vide derrière elles. Les arbres noirs le long du marais qui bavaient en reflets mouillés arachnéens, un bref éclat de lumière sur le visage d'une eau sombre, de fins nuages comme des traces de sang sur un ciel de papier, évoquant la quintessence d'une soirée d'automne... »

 

« Le Lounge avait des airs de Noël triste. Des boules de billard gisaient sur les tables élimées dans leurs combinaisons silencieuses inachevées, pendant que l'éternelle partie de poker se déroulait dans le fond. »

 

« Ils étaient entrés dans Richmond comme une baleine au milieu d'un banc d'automobilistes affalés au volant de leurs berlines ou de leurs SUV bardés d'autocollants à l'effigie de la ville dans une débauche grotesque de customisation, et de pick-up en tout genre, petits et grands, tel un assortiment de poissons. »

 

Les lieux, les gestes et les situations renforcent l’immersion dans l’histoire. On a souvent l’impression d’assister directement aux événements plutôt que de simplement les lire. Une règle de base dans l’écriture romanesque.

 

La mise en place de l’intrigue demande un certain temps d’adaptation, le temps que les différentes pièces du puzzle se mettent en place. Le roman prend véritablement son envol à partir de la deuxième moitié. Certains lecteurs pourraient souhaiter une entrée en matière plus rapide. À mi-chemin, c’est à ce moment que les enjeux se clarifient et que la tension dramatique s’intensifie. À partir de là, le récit devient beaucoup plus entraînant. Les événements s’enchaînent avec davantage de rythme, les motivations des personnages se précisent et le suspense se resserre progressivement jusqu’au dénouement qui m’a laissé sur mon appétit. Ce n’est pas la finale à laquelle je m’attendais.

 

En conclusion, Henry Wise propose un roman noir porté par des personnages assez crédibles, une écriture visuelle et une intrigue qui gagne en intensité au fil des pages. Si le démarrage demande un peu de patience – quelques longueurs et redites –, la seconde moitié du livre compense par son efficacité et son pouvoir d’entraînement.

 

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Henry Wise est né et a grandi à Richmond, en Virginie. Il est diplômé du Virginia Military Institute et de l'université du Mississippi. Il est repéré par R. T. Smith, le poète et éditeur de la revue Shenandoah, qui publie ses premiers écrits aux côtés de ceux de James Lee Burke. Les poèmes de Henry Wise ont également été imprimés dans les revues Nixes Mate, Radar Poetry et Clackamas. Ses articles de non-fiction et ses photographies sont parus dans le journal Southern Cultures. Salué par la critique et par ses pairs, Nulle part ou revenir est lauréat du Edgar Award 2025 du meilleur premier roman américain.

 

Je tiens à remercier les éditions Sonatine pour l’envoi du service de presse.

 

Au Québec, des redevances symboliques me sont versées si vous commandez votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca et le récupérez à la librairie indépendante de votre choix.

 

 

 

Évaluation :

Pour comprendre les critères pris en compte, il est possible de se référer au menu du site [https://bit.ly/4gFMJHV], qui met l’accent sur les aspects clés du genre littéraire.

 

Intrigue et suspense :

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Originalité :

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Personnages :

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Ambiance et contexte :

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Rythme narratif :

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Cohérence de l'intrigue :

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Style d’écriture :

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Impact émotionnel :

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Développement de la thématique :

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Finale :

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Évaluation globale :

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