Robert Harris. – Des hommes de guerre. – Paris : Belfond, 2025. – 509 pages.
« Thriller » historique
Résumé :
Été 1914. Un monde au bord de la catastrophe.
Dans un Londres qui étouffe sous la chaleur
de l'été, Venetia Stanley, jeune aristocrate, brillante et téméraire de 26 ans,
vit une liaison des plus secrètes. Son amant : le Premier ministre, Herbert
Henry Asquith, un homme de plus du double de son âge, follement épris d'elle.
Au-delà de sa beauté et de sa fougue séduisantes, ce dernier voit en elle une
conseillère hors-pair pour analyser les affaires d'État les plus sensibles,
qu'il lui rapporte dans des lettres quotidiennes ou au cours de balades intimes
en voiture.
Mais tandis que la guerre civile irlandaise
semble inarrêtable et que l'Europe entière s'apprête à entrer en guerre contre
l'Allemagne, un jeune officier du renseignement est chargé d'enquêter sur une
fuite de documents top secret - et soudain, ce qui n'était qu'une intrigue
amoureuse devient une affaire de sécurité nationale qui va bouleverser le cours
de l'Histoire... Intrigante en quête de pouvoir ou victime désignée du
dilettantisme d'un homme d'État ? Qui est réellement Venetia Stanley
Commentaires :
Par définition, le thriller est un genre
littéraire qui repose sur le suspense, la tension narrative et l’incertitude
afin de maintenir le lecteur en haleine jusqu’au dénouement. Fausses pistes,
révélations progressives, danger imminent, poursuites ou affrontements en
constituent généralement les principaux ressorts.
En quatrième de couverture de « Des hommes de guerre », l’éditeur
présente Robert Harris comme un « maître
du thriller historique [qui] nous
plonge au cœur de l'une des affaires les plus confidentielles de la Première
Guerre mondiale, qui a bouleversé le cours de l'Histoire ».
Après avoir parcouru les 509 pages de ce
volumineux roman, je partage en partie l’avis du quotidien britannique The Times qui le qualifie d’« historiquement érudit, politiquement
perspicace et captivant jusqu'à la dernière page ».
En revanche, je suis beaucoup plus réservé
quant à son appartenance au genre du thriller. À mes yeux, « Des hommes de guerre » relève davantage
du roman historique, voire du roman politique teinté de chronique sentimentale.
L’action se déroule dans une Angleterre déchirée entre la question irlandaise
et les enjeux de la Première Guerre mondiale. Robert Harris y reconstitue avec
un souci du détail les coulisses du pouvoir britannique sous le gouvernement
d’Herbert Henry Asquith. La recherche historique est indéniablement remarquable
et l’auteur maîtrise parfaitement son sujet.
Toutefois, cette érudition a parfois pour
effet de ralentir considérablement le récit. Les nombreuses correspondances
échangées entre le premier ministre et Venetia Stanley occupent une place
importante dans la narration. Si elles permettent de mesurer l’influence
exercée par cette jeune femme sur le chef du gouvernement, elles finissent
aussi par créer une impression de répétition qui nuit au rythme de l’ensemble.
L’intrigue repose en grande partie sur la
relation entre Asquith et Venetia Stanley, à qui le premier ministre confie des
informations sensibles touchant la conduite de la guerre. Pourtant, malgré
l’importance de leur relation dans le récit, la psychologie des deux
protagonistes demeure relativement superficielle. Asquith apparaît tour à tour
naïf, influençable et étonnamment imprudent pour un homme occupant de telles
responsabilités. Quant à Venetia Stanley, ses motivations profondes demeurent
souvent difficiles à saisir.
Robert Harris ajoute également une enquête
portant sur une fuite potentielle de secrets d'État. Malheureusement, cette
intrigue secondaire progresse lentement et son dénouement manque d’impact. Le
personnage chargé de l’investigation peine lui aussi à susciter un réel
intérêt.
Par contre, le roman réserve quelques
passages particulièrement réussis, notamment lorsque paraît le jeune Winston
Churchill à la personnalité flamboyante : « Premier
Lord de l’Amirauté [...] un conteur
si doué qu’il pouvait rendre la défaite aussi glorieuse que la victoire – mieux
encore, il pouvait vous convaincre qu’elle en était une. »
J’ai également relevé ces deux rares passages
noyés dans le style d’écriture linéaire de Robert Harris :
«
Il creusa son sillon toute la journée, un
navire dans la houle, sans plus d’ambition que de survivre et d’en voir la fin.
»
«
Quel entêté ! Autant vouloir engager la
conversation avec une tête de l’île de Pâques. »
Enfin, un mot sur la couverture : elle m’a
laissé perplexe. Les trois personnages représentés semblent provenir d’époques
différentes si l’on se fie à leurs vêtements respectifs, ce qui crée un effet
visuel curieux. On pourrait même croire à une illustration générée ou fortement
assistée par l’intelligence artificielle.
En définitive, « Des hommes de guerre » est d’abord et avant tout un roman
historique documenté – à preuve la bibliographie qui complète les remerciements
de l’auteur – et porté par une connaissance maîtrisée du contexte politique
britannique de la Première Guerre mondiale. Les amateurs d’histoire y
trouveront sans doute leur compte. Les lecteurs à la recherche d’un thriller au
rythme soutenu et à la tension constante risquent toutefois de demeurer sur leur
faim, comme ce fut mon cas.
Pour ces raisons, je m’abstiens de compléter
cet avis de lecture de la grille d’évaluation habituelle.
* * * * *
Robert Harris est né à Nottingham. Il a été journaliste à la BBC, puis à l'Observer et au Sunday Times, activité pour laquelle il a reçu, en 1992, le titre d'éditorialiste de l'année. Il a aussi été producteur de télévision britannique. Il est l'auteur de nombreux succès de librairie. Plusieurs de ses romans ont été adaptés à l'écran, dont « L'Homme de l'ombre » et « D. », réalisés par Roman Polanski et « Conclave », film que j’avais beaucoup aimé, réalisé par Edward Berger.
Je tiens à remercier les éditions Belfond pour l’envoi du service de presse.
Au Québec, des redevances symboliques me sont
versées si vous commandez votre exemplaire du livre via la plateforme leslibraires.ca et le récupérez à la
librairie indépendante de votre choix.


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