vendredi 8 novembre 2019

Le cercle de cendres (Félix Ravenelle-Arcouette)

Félix Ravenelle-Arcouette. – Le cercle de cendres. – Montréal : Héliotrope, 2019. 286 p.
 


Roman noir

 
 
 
 

Résumé : Encouragé par sa sœur à délaisser sa vie de petit criminel, Dave entreprend des études à l’université. Bien vite cependant, il sent qu’il n’y est pas à sa place, et lorsqu’un ami de son oncle lui demande de livrer des cigarettes de contrebande en bateau – risque nul, paye généreuse –, il accepte d’emblée, sans se rendre compte qu’il remet le pied dans l’engrenage. Plus tard, c’est un pick-up au pare-chocs rempli de poudre qu’il doit conduire à des clients. Parce qu’il est habile, on le fait rapidement gravir les échelons du gang de motards qui contrôle le trafic sur la réserve. Tout ça alors qu’une opération policière d’envergure se prépare.

Mais Dave a son idée sur ses nouveaux employeurs, et on peut se demander de quel côté des barricades il se trouvera au moment où les forces de l’ordre frapperont.

Ce roman noir raconte la soif d’émancipation d’un jeune homme, et le prix qu’il aura à payer pour l’obtenir.

Commentaires : Les éditions Héliotrope viennent d’ajouter un nouveau titre à leur collection Héliotrope Noir qui vise à « tracer, livre après livre, une carte inédite du territoire québécois dans lequel le crime se fait arpenteur-géomètre ». Le premier roman de Félix Ravenelle-Arcouette, montréalais originaire de Saint-Hyacinthe qui nous plonge dans l’univers des motards criminels qui contrôlent la contrebande des cigarettes et de la drogue sur le territoire des Mohawks à Kahnawake et à Kanesatake.

Un roman qui m’a séduit dès les premiers chapitres avec sa trame dramatique qui entraîne le lecteur dans une spirale vertigineuse, la descente aux enfers d’un jeune autochtone confronté au choix entre devenir avocat (dans un milieu universitaire qui lui est hostile) ou s’investir dans la criminalité « facile » afin d’assurer son avenir : « Une passion sombre et irrépressible lui chuchote depuis longtemps qu’il doit vivre de crimes, qu’il sera meilleur à être mauvais que bon. »

L’auteur est allé sur le terrain et y a rencontré des membres de toutes générations de la communauté autochtone dans le but de documenter son récit. Et le résultat est probant : dans le profil et la psychologie des personnages (le groupe de jeunes et de cousins, certains membres de la communauté, les motards aux actions à glacer le sang), dans la description des lieux, dans les dialogues incrustés d’expression en langue mohawk, dans l’ambiance glauque qu’il a su traduire et qui se rembrunit particulièrement dans la deuxième partie.

Dans Le cercle de cendres, jeunes et vieux sont intoxiqués par l’alcool et les drogues douces et fortes qui influencent leur jugement. Et Dave Lahache, le personnage principal dont on suit le sombre cheminement qu’on souhaiterait réversible, pour qui « il faut apprendre à minimiser son mal quand il risque de nous dévorer », n’y échappe pas. Évidemment, la violence psychologique et physique est omniprésente dans cette histoire très crédible : « si le sang tache, il peut aussi laver ».

Le cercle de cendres met en évidence une autre facette du conflit Blancs/Autochtones omniprésent dans la région : celle du contrôle de la criminalité. Félix Ravenelle-Arcouette nous en fait prendre conscience dans une conversation bien sentie entre Dave Lahache et son beau-frère qui fait dire en finale, à son personnage principal : « le folk system garantit la préséance du droit local sur les autres. On a le pouvoir de faire en sorte que les Blancs quittent le territoire mohawk, tous les territoires mohawks. Moi, en tout cas, je veux pu les voir dans les parages. C’est dans leur regard qu’on se sent comme de la merde. Y pourront venir acheter, traverser, mais plus habiter, et certainement pas investir. Fini les petites passes pour exploiter nos privilèges. Moi, je suis un bandit, mais je serais plus jamais le nègre des Blancs. »

Un roman troublant que j’ai dévoré en quelques heures. Je remercie l’Éditeur pour son service de presse.

Ce que j’ai aimé : L’originalité du récit, l’ambiance générale, la crédibilité des personnages, la qualité de l’écriture, le rythme de l’action, le suspense croissant. Un des bons titres de la collection.

Ce que j’ai moins aimé : -

Cote :

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